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Full text of "Oeuvres complètes de X. Barbier de Montault, prélat de la maison ..., Volume 12"

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ŒUVRES COMPLÈTES 



M"" X. BARBIER DE MONTADLT 



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ŒUVRES COMPLÈTES 



DE 





r i __ 

PRÉLAT DE LA MAISON DE SA SAINTETÉ 



Contemplata aliis trader e » 
(S. Thomas d'Aquin.) 



TOME DOUZIEME 
ROME 

VI. — HAGIOGRAPHIE 

(Quatrième partie) 



POITIERS 
IMPRIMERIE BLAFS ET ROY 

7, RUE VICTOR-Ub'GO, 7 

1897 



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AU LECTEUR 



Le nom du chevalier Augustin Canron, avocat à Avignon, re- 
vient souvent à ma mémoire parmi mes bons souvenirs de Rome, 
rendez-vous des pèlerins de la foi et de la science et qui m'a pro- 
curé l'avantage de faire sa connaissance. A son occasion, je parlerai 
hagiographie, sujet encore de ce douzième volume, où, en manière 
dlntroduction, je voudrais dire un mot de son enseignement dans 
les établissements ecclésiastiques. 

Mon docte ami, quoique laïque, avait un goût prononcé pour 
l'ecclésiologie, qu'il cultiva avec succès dans toutes ses branches. 
Il écrivit surtout dans les revues et journaux, mais il a laissé quel- 
ques publications qu'il sera toujours utile de consulter, par exemple 
la Cour de Rome, où il me fit de larges emprunts ; une Notice sur 
les Martyrs Japonais {ŒuvreSy t. IX, p. 379), qui rappelle son 
voyage à Rome, lors de leur canonisation; la Vie du B, Pierre de 
Luxembourg, dont il me montra avec émotion les reliques, lors^ 
qu'en sa compagnie je visitai avec fruit les monuments de la ville 
qu'il habitait et possédait à fond. 

Son œuvre capitale fut la traduction de l'immortel ouvrage de 
Benoît XIV sur la béatification et canonisation des saints. Pie IX l'y 
encouragea particulièrement. La mort l'a enlevé avant qu'il ait pu 
réaliser son projet de publication. Néanmoins, son idée reste et 
s'impose. Il conviendrait de rééditer en petit format les cinq vo- 
lumes in-folio de l'illustre pontife et, au lieu de les traduire littéra-^ 
lement, d'en condenser la substance dans un seul volume^ à l'usage 
des séminaires et des bibliothèques du clergé. 

Il serait temps qu'on accordât à Thagiographie la place qui lui 
revient dans l'enseignement ecclésiastique, de bas en haut. 

Au Petit Séminaire d'Angers, où j*ai été élevé, on lisait au réfec- 
toire les histoires de France, d'Angleterre, de Napoléon, de la Com- 
pagnie de Jésus, de la Vendée militaire. Il y aurait à la fois édifica- 
tion et instruction à aborder désormais la vie des saints^ en sui- 
T. xn 1 



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- 2 - 

vant Tordre du calendrier. C'est chose Tacile maintenant avec les 

vulgarisations des Petits Bollandistes et du Pèlenn, 
Nous traduisions avec ennui deux livres de versions, intitulés : 

Seleciœ e profanis scriploribus historiée et Appendixde Diis, Comme 

des extraits des Actes des Saints seraient autrement intéressants 
i clercs! 

^minaire, de Tensemble on passerait au détail et Ton 
réfectoire, non plus les histoires ecclésiastiques de 
arion> Receveur, RorbacheretDarras, mais les grandes 
les plus renommés, comme S. Dominique, par La- 
Cécile, par Dom Guéranger, etc. Le cours spécial 
ésiastique, qui n'existait pas encore de mon temps à 
qui est devenu à peu près général, se doublerait de 
igiographie, surtout diocésaine, et là interviendraient 
it, sous forme de prolégomènes^ quelques leçons tirées 
, pour initier à la procédure canonique et à ses con- 
tiques. 

miversités catholiques, l'histoire doit former deux 
;, l'un pour Thistoire proprement dite, y compris celle 
l'autre pour l'hagiographie, où le propre et le Marty- 
in auront une large place. La viedessaints peuts'étu- 
3s, par groupes similaires (martyrs, vierges, abbés, 
rées. Dans ce dernier ordre d'idées, mettons notre 
sr rang. Je serais heureux d'avoir pu, par ces simples 
uer une publication, vraiment scientifique, qui s'ap- 
%ints de C Église de France. 

\ 23 oclobre i89S. 



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BIBLIOGRAPHIE 



L — Lbs^saints de la messb. 

1. L'on appelle [Saints de la ^M esse ceux^donijes noms sont; ins- 
crits dans rordinau*e de la messe et qu'invoque spécialement le 
prêtre, chaque fois qu'il célèbre le saint sacrifice. Voici les passages 
du texte liturgique où il en est question. 

Au pied de l'autel, le prêtre, dans la confession de ses péchés, se 
recommande à la Ste Vierge, à S. Michel, à S. Jean-Baptiste, aux 
SS. apôtres Pierre et Paul et à tous les saints : 

Confiteor Oeo omnipotent!, beatœ Mari» semper virgini, beato Michaeli 
archangelOy beato Joanni Baptfstse, sanctis apostolis Petro et Paulo, om- 
nibus sanctis Ideo precor beatam Mariam semper virginem, beatum 

Michaelem arcbangelum, beatum Joannem Baptistam, sanctos aposlolos 
Petram et Panlum, omnes sanctos.. ., orare pro me ad Dominum Deum 
nostrum. 

Lorsqu'il baise l'autel, le prêtre fait mémoire des saints dont les 
reliques y sont incluses et aussi de tous les saints : 

Oramus te^ Domine, per mérita Sancterum tuorum, quorum reliqaise hic 
sunt et omnium sanctorom, ut iodulgere digneris omnia peccata mea. 
Amen. 

\ Ayant l'Évangile, est rappelée la purification des lèvres du pro- 
phète Isaîe par un charbon ardent : 

Monda cor meum ac labia mea, omnipotens Deus, qui labia Isaiœ pro- 
phel» calculo mundasti ignito. 

A la bénédiction de l'encens, on demande; par l'intercession de 
S. Michel et de tous les élus, que cet encens soit agréable au Sei- 
gneur : 

Per intercessionem beati Michaelis arcbaDgeli, stantis a dextris altaris 
incensi, et omnium electorum suorum^ incensum istud dignetnr Dominua 
bene Si dicere et in odorem snavitatis aceipere. 

Après le lavement des mains, le prêtre déclare que Poblation se 
fait en l'honneur du Christ, de sa mère, de S, Jean Baptiste, de« 



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— 4 — 

saints Pierre et Paul, de ceux dont les reliques sont dans Tautel et 
de tous les saints : 

Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem, quam tibi offerimus.... in 
honorem beatse Mari» Virginia et beati Joannis Baptistse et sanctorum 
apostolorum Pétri et Pauli et istorum et omnium sanctorum, ut illis profi- 
ciat ad honorem, nobis autem ad salutem et illi pro nobis intercedere di- 
gnentur in cœlis quorum memoriam agimus in terris. 

Les Préfaces admettent quatre formules finales, qui détaillent 
plus ou moins les neuf chœurs célestes, composés des Anges, des 
Archanges, des Trônes, des Dominations, des Puissances,des Vertus, 
des Séraphins, des Chérubins, en écartant toutefois les Principau- 
tés ^ et en groupant tous ces esprits bienheureux sous la dénomi- 
nation générique d* ce armée du ciel )» : 

Et ideo cum Aogelis et Archangelis, cum Thronis et Domina tîonibos, 
cumque omni militia cselestis exercitus, hymnum gloriœ luae canimus, 
sine fine dicentes (iVoc7, Epiphanie, Pâques, Ascension, Apôtres), — Fer 
Ghristum Domioum nostrum. Fer quem Majestatem tuam laudantAngeli, 
adorant Dominationes, tremunt Potestales, cœli cœlorumque Virtutes ac 
beata Seraphim socia exultatione concélébrant. Cum quibus et nostras 
vocesnt admilti jubeas deprecamur, supplie! confessione àicenies (Carétne, 
Passion, Ste-Viergc, Fériés), — Sed et supernaB Virtutes atque Angelicse 
potestates hymaum glorise tuae concinunt, sine fine dicentes (Pentecôte), — 
Quam laudant Angeli atque Archangeli,Cherublraquoqueac Seraphim, qui 
non cessant clamare quotidie, una voce dicentes (Trinité). 

Au Canon, avant la consécration, il est fait mémoire de la Ste 
Vierge, des douze apôtres Pierre, Paul, André, Jacques majeur, Jean, 
Thomas, Jacques mineur, Philippe, Barthélémy, Mathieu, Simon 
et Thadée ; des douze martyrs : Lin, Clet, Clément, Sixte, Corneille, 

i. « Angolorum Ordines novcm nominibus in Scriptura vocanlur. Primum 
est nomcn Angeli, qiiod locis inniimeris ejusdcm Scriptiirœ habelur. Secun- 
dum est nomea Archangeli, quod habetur I ad Thessalonic.,4: «In tuba et in 
voce archangeli»; et in Kpistola Juda» : « Cum Michael archangelus ».Quatuor 
nomina Principatuum, Polestalum^ Virtutum et Dominationum habentur ad 
Ephes. I per illa verba: « Supra omnem Principalum et Poleslatem et Viriutefn 
et Dominationem », Septimum est nomen Tlironi, quod habelur ad Coloss. I : 
« Sive Throni, sivo Dominationes. ■ Octavura est nomen Chenibim, quod ha- 
betur Psalmo 79: « Qui sedes super Cherubim o.Nonum est nomen Seraphim, 
quod habetur Isaiœ, 6: « Et Seraphim stabant super illud ». Et Patres qui- 
dem, tum Grœci tum Latioi, Ordines Angelorum liis nominibus recensent, ut 
vidori potest apud Suarez, lib. I, De AngeVts, cap. 13, num. 3 ». (Benedict. 
XIW, De serv, Dei béatifie, lib. IV, pars II, cap. 30, n. 2). 

Dom Fonteneau (t. 80, à la Bibl. de Poitiers) rapporte Tinscription du 
XI* sièclo, qui, à l'abbaye de S.-Savin en Poitou, dédiait à S. Michel et aux 
neuf chœurs des anges l'autel du transsept nord. 



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-^ 5 — 

Cyprien, Laurent, Ghrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien et 
aussi de tous les saints : 

Communicantes et memoriam veDerantes, in primis gloriosse semper 
virginis Mariœ, genitricis Dei et Domini nostri Jesu Ghristi ; sed et beato- 
rum Apostolorum ac Marlyrum tuorum, Pétri et Pauli, Andreee» Jacobi, 
JoanniSy Thoma), Jacobi, Philippi, Barlholomœi, Mattbsei, Simpnis et 
Thaddœi; Lîqî, Cleli, Clemenlis, Xysli, Cornelii, Cyprîani, 
Chrysogoni, Joannis et Pauli, Cosmse et Damiani, et omnium i 
tuorum : quorum merilis precibusque concédas ut in omnibus 
Dis tusB muniamur auxiiio. 

Après la consécration, vient un triple souvenir dos sacri 
mitifs d'Abel, d'Abraham et de Melchisédech : 

Supra quse propitio ac sereno vultu rcspicere dignerisetaccep 
sicuti accepta babere dignatus es munera pueri tui justi Abel et s 
patriarche nostri Abrahse et quod tibi obtulit summus sacerdos 
chisedech, sanctum sacrificium, immacula tam hostiam. 

Dans Toraison suivante, le prêtre réclame Tassistance de 1 
pour que son offrande soit présentée à la divine majesté; c 
Honorius d'Autun {Gemma animœ, lib. I, cap. 106) et S. 
ture (Expositio missœ, édit. de Rome, 1888-1596, t. VI 
interprètent Angélus par Christiis. 

Supplices te rogamus, omnipotens Dans, jubé haec perferri p 
sanctiAngeli tui in sublime ultare fuum,iu conspectudiviose rauje 

Avant le Pater, il est fait appel de nouveau aux apc 
martyrs et à tous les saints. Parmi les apôtres, trois sculei 
nommés : Jean, Mathias et Barnabe. Les martyrs sont au 
de douze : Etienne, Ignace, Alexandre, Marcellin, Pierrej 
Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile et Anastasie. 

Nobis quoque peccatoribus famulis tuis^ de muUiludino mis 
tuarum sperantibus, partem aliquam et societatem donare digi 
tuis sanctis Apostolis et Martyribus : cum Joaune, Siephauo, 
Barnaba, Ignatio,Alexandro, Marcellino, Petro, Felicitate, Perpc 
tha, Lucia, Agnete, Cscciiia, Anastasia et omuibus sanctis tuis. 

Après le Pater ^ voici de nouveau la Ste Vierge, S.Pierre 
S. André et tous les saints : 

Libéra nos, qusesumus, Domine, ab omnibus malis, prsBleritii 
tibus et futuris et intercedente beata et gloriosa semper virgio 
nitrice Maria, cum beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque 
omnibus sanctis, da propitius pacem in diebus nostris. 

Après VAgnuSy sont rappelées les paroles de paix adre 
le Christ aux Apôtres ; 



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— 6 - 

Domine Jesu Gbristé, qui dixisti Apostolis : Pacem relinquo vobis, pa- 
cem meam do vobis, ne respicias peccata mea, sed fidem Ecclesia> tuaB 
eamqiie secandum voluntatem tuara paciflcnre et coadanare digneris. 

Si nous groupons ensemble ces textes séparés, nous arrivons à 
cette conclusion : La Ste Vierge figure toujours au premier rang 
et est quatre fois mentionnée : au Confiteor, au Suscipe qui suit le 
Lavabo^ au Communicantes et au Libéra, 

La milice céleste n*cst inscrite que dans les Préfaces, mais son 
chef revient jusqu'à trois fois : au Confiteor, à la bénédiction de 
Tencens et au canon. 

L'Ancien Testament est représenté par quatre personnages, à Fé- 
Tangile et après Télévation : le juste Abel, le patriarche Abraham, 
le prêtre Helchisédech et le prophète Isaïe. 

S. Jean-Baptiste apparaît deux fois : au Confiteor et au second 
Suscipe, 

Le collège apostoh'que n'est complet qu'au Communicantes et le 
Nobis quoque peccatoribus y ajoute les deux derniers, S. Mathias et 
S. Barnabe. En plus^ S. Pierre et S. Paul sont désignés dans le Con- 
fiteor, le second Suscipe et le Libéra, qui y annexe exceptionnelle- 
ment S. André ; S. Jean a également une deuxième mention au No- 
bis quoque peccatoribus. 

Les autres saints sont tous des martyrs : Chrysogone, Jean et 
Paul, Cômeet Damien, au Communicantes; Marcellin et Pierre, au 
JVobis quoque. Parmi les autres, s'établissent plusieurs catégories, 
réparties entre les deux parties du canon : Papes : S. Lin, S. Glet, 
S. Clément, S. Sixte, S. Corneille, S. Alexandre; Evêqves : S. Cy- 
prieo, S. Ignace; Diacres: S. Laurent, S. Etienne; Vierges : Ste 
Agathe, Ste Lucie, Ste Agnès, Ste Cécile et Ste Anastasie; Femmes: 
Ste Félicité et Ste Perpétue. 

Tous les saints sont invoqués en bloc dans cette sextuple cir- 
constance: le Confiteor, le baisement de l'autel, la bénédiction de 
l'encens, le second Suscipe, le Communicantes, le Nobis quoque et 
le Libéra, 

Enfin, les reliques incluses dans Tautel lors de sa consécration 
motivent le double rappel du début et de Toffertoire. 

2. Comme on le voit, les saints occupent une place importante 
dans les prières de la Messe et on peut en (aire deux groupes, 



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— 7 — 

comme Ta fait M. Rohault de Fleury, qui a restreint ses études aux 
SS. du Canon ; c'est-à-dire qu'il exclut S. Michel, les SS. Anges et 
les saints de TAncien Testament. Il ne fait d'exception que pour 
S. Jean-Baptiste, qui n'a pas été inséré au canon. 

Tenons-nous en donc à cette classification, quoiqu'elle soit in- 
complète; mais un volume de plus eût été nécessaire et l'auteur 
trouve que c'est assez d'en consacrer cinq à cette question hagio- 
graphique. 

Son ouvrage a pour titre : les SainU de la Messe et leurs monu- 
ments^ études arckéologlqties, par Ch. Rohault de Fleury, auteur du 
mémoire sur les Instruments de la Passion, études continuées par 
son fils; Paris, Hay et Motteroz, 1894, in-i"", 1. 1, de 220 pages, avec 
109 pi. gravées; t. II, de 258 pages, avec 113 planches gravées. 

Le premier volume est rempli par les trois monographies de la 
Ste Vierge, de Ste Cécile et de Ste Agnès. Pour la Yieif^e il n'est 
question que de sa principale église,qai est Ste-Marie Majeure, l'au- 
teur ayant épuisé la partie historique et archéologique dans deux 
publications antérieures, d'une haute valeur scientifique, l'^'^an^i/e 
et la Vief*ge. Je ne m'arrêterai point aux deux autres saintes, dont 
j'ai très longuement parlé dans la Revue de l'art chrétien : ce serait 
faire double emploi, mais je dois déclarer qu'il y a là, sons le rap^ 
port architectural et iconographique, de très précieux renseigne- 
ments que je mettrai à contribution dans la réimpression de mes 
deux mémoires sur les illustres vierges romaines *. 

Le second volume s'occupe spécialement de Ste Agathe, Ste Lucie, 
Ste Anastasie, Ste Perpétue^ Ste Félicité, S. Chrysogone, SS. Jean 
et Paul, soit en tout cinq saintes et trois saints. Je dirai de chacun 
d'eux ce qu'il est utile de retenir.* ^ 

3. Ste Agathe, vierge et martyre. Née à Catane (Sicile), elle y 
subit le martyre, l'an 252. Trois églises y rappellent un triple sou- 
venir, car elles sont bâties sous son vocable pour fixer la tradition : 
la maison qu'elle habita, oratoire dit maintenant Sta Maria di Gra- 
zia; la fournaise ardente où elle fut jetée, S. Agaia alla fomace; 
la prison, où elle fut enfermée et guérie par S. Pierre, à\ Agata 
al carcere. 

i . Pour Ste Agnès, voir (Euvrest IX, 991 > 



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— 8 — 

Son tombeau, de style classique, est conservé à S, A gâta la ve- 
tere^ ancienne cathédrale de Catane. 

Les reliques qui subsistent d'elle sont, dans Tordre alphabétique, 
sans parler de celles qui ne sont pas dénommées : 

Bras : à la chapelle palatine dePalerme; au monastère deS.- 
Sauveur, à Palerme; à Naples, égl. S. -Paul; à la cathédrale de Fer- 
rare, à S.-Fermo de Vérone; à Tabbayo de S.-Ouen, archidio- 
cèse de Rouen. 

Côte : à Cologne, dans l'abbaye bénédictine Hortus Mariœ. 

Crâne : à Pise, église S.rPaul et à Volterra. 

Dents : à Ghieti (Italie), et à Cologne, église S.-Pantaléon. 

Doigt : à Ste -Agathe des Goths (Deux-Siciles), et à Cologne, mo- 
* nastère de Ste-Agathe et égl. Hortus Marisa, ce Les Bollandistes, dit 
l'auteur, émettent quelques doutes au sujet des reliques de Cologne^ 
considérant que, parmi les compagnes de Ste Ursule, une des 
jeunes filles portait le nom d'Agathe »; à Crémone, égl. Ste-Aga- 
the ; à Rome, égl. Ste-Marie de la Consolation . 

Epaule : à Ste-Agathe des Goths, près Bologne. 

Mâchoire : à Cologne, abbaye de S.-Pantaléon. 

Mamelle : à la cathédrale de Gallipoli (Deux-Siciles), à celles de 
Siponto et de Capoue. 

Menton : à la cath. de Cambrai. 

Ossements : à Crépy-en -Valois et à Ste-Agathe, dioc. de Clermont; 
à Wittenberg (Allemagne). 

Tête: à Dijon; à Cologne, égl. S.-Géréon ; au Mont Athos, en 
Orient. Néanmoins, la partie la plus notable doit être à Catane, dans 
le buste du xive siècle, que l'archéologie admire {Œuvres, IX, 280, 
286). 

Des reliques d'un autre genre sont : son voile, conservé à Catane 
et dont il existe de notables fragments à S.-Laurent de Florence et à 
Gladbach (Allemagne); Tempreinte de ses pieds, au seuil de sa pri- 
son, à Catane et son épitaphe, dite la tablette angélique, à Crémone, 
où malheureusement elle est invisible, car il y* aurait tout intérêt 
pour la science à ce qu'elle fût photographiée pour pouvoir être 
étudiée à loisir {Œuvres, IX, 280, 290). 

Les églises dédiées à Ste Agathe sont, parmi les plus célèbres : à 
Rome, Ste-Agathe alla subuna, Ste-Agathe au Transtévère et Ste- 



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— 9 — 

Agathe aipantani (ont disparu Ste-Agalherfe CaballOj au Quirinal; 
Ste-Agathe ad\colles jacentes, près Ste-Gécile ; Ste -Agathe ad caput 
Africsôy entre le Cœlius et TEsquilin ; Sic-Agathe in posferula, ac- 
tuellement Ste-Marie in posierula et Ste-Agathe de Burgo, au Vati- 
can). — Etal ponlifical : Ste-Agathe Majeure, à Ravenne. — France: 
Ste-Agathe de Grépy, dioc. de Beauvais; Ste-Agathe de Longuyon, 
dioc. de Nancy. 

A Rome, un autel lui était dédié dans la basilique de S.-Pierre au 
Vatican. 

Dans la môme ville, les tisserands Tavaient prise pour patronne 
et à Naples, elle Test des orfèvres. En Allemagne, sont sous son 
patronage les corporations ouvrières des « mouleurs, fabricants de 
balances, de poids, de chandeliers, d'anneaux, de robinets, les ca- 
landi'eurs, tourneurs, etc. ». 

On invoque Ste Agathe contre la foudre et les tempêtes, ainsi que 
les incendies. A cet effet, on place la formule Mentem sanctam sur 
les cloches et les clochers S et même sur les maisons particulières 
(Allemagne). 

Son iconographie résulte de nombreux monuments. Voici ses 
attributs ordinaires : Cheveux longs^ couronne entre les mains, 
symbole de récompense céleste; croix ^ emblème de prière et de 
sacrifice, instrument de martyre; diadème perlé sur la tête; livre, 
oii elle médite; mains levées, dans Tattitude de Torante; palme du 
triomphe; poitrine nue, lacérée par les bourreaux; tenailles, qui 
coupèrent ses seins; seins coupés, qu'elle tient sur un plateau; vé- 
tements riches, à cause de sa naissance illustre; voile sur la tête, 
signe de pudeur. 

Les plus anciennes représentations sont les mosaïques de Ravenne, 
à S.-Apollinaire-le-Neuf (vi* siècle) et de Ste-Gécile, à Rome fix^ siè- 
cle). 

Le moyen-âge, qui avait le sentiment de la pudeur, s'est abstenu 
de figurer Ste Agathe de façon à offusquer les regards des fidèles, 
délicatesse de sentiment que n'ont pas connue les artistes modernes 
qui ne cherchent que des occasions de montrer le nu. Dans ce cas» 
la poitrine n'est pas découverte, mais la vierge martyre se contente 

1 . A Conques, diocèse de Rodez, a la veiHe de Ste Agathe (5 février), on 
sonne les cloches toute la nuit ». 



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— 10 — 

d'exhiber un de ses seins par une fente étroite de sa robe. Je Favais 
signalée ainsi à M. Rohault de Fleury au portail de Téglise de Lon- 
guyon, où sa statue a été sculptée au xiv« siècle; mais on peut re- 
monter plus haut jusqu'au xin^ avec la belle statue de la façade 
latérale de Téglise de Candes (Indre-et-Loire). 

Les traits de sa vie sont peu nombreux : elle comparait devant le 
juge jqui la condamne au supplice; on la jette en prison; debout, 
elle est liée à une croix ou un poteau et flambée avec des torches; 
deux bourreaux lui enlèvent les seins, que S. Pierre lui remet dans 
sa prison; elle est exposée au feu d*un bûcher ou plongée dans une 
fournaise ardente. 

4. Sie Lucie, vierge et martyre. — Sle Lucie souffrit le martyre à 
Syracuse, Tan 298, dans un endroit hors les murs, indiqué par une 
colonne coramémorative. Son tombeau est vénéré à Santa Lucia 
fuori et la cathédrale est dédiée sous son vocable. Le monastère de 
la Conception conserve ce le vêtement qu'elle portait au moment de 
son supplice, le voile, la tunique et les chaussures ». 

Son corps émigra successivement à Constantinople, puis à Venise 
(1204) et enfin à Metz, où fut élevée la belle église abbatiale de S.- 
Vincent et Ste-Lucie. 

Les reliques dispersées sont : les bras, à S. -Pierre du Vatican, à 
Prague, à S.-Martin de Séez, à Oirsbeck (Pays-Bas); un autre à 
Metz, où le crâne était dans un « chef de bois doré », en même 
temps qu'il était revendiqué par la cathédrale de Bourges; la mâ- 
choire inférieure, â Anvers; un os de la téte,àla cathédrale d'Ancône; 
une main,â S.-Georges deVeniîJe; un doigt, à Pesaro et à Metz; des 
cheveux, au dôme de Milan et à Padoue; une côte et de la chair^ â 
Ste-Lucie de Padoue; une vertèbre, à Ottange (dioc. de Metz); un os 
du pied, chez les jésuites de Venise ;un tibia, chez les Cisterciens de 
S.-Sauveur, dioc. d'Anvers; une dent, à Sta Lucia a Mare (àNaples) 
et à Wittenherg; six dents, à Anvers; la coiffe, à Ste-Lucie, dioc. de 
Nantes; un linge teint de son sang, â Vérone. Des os sont signalés â 
Wittenberg (Allemagne), à Ste-Lucie de Vérone et Sta Patritia, â 
Naples. Je n'insiste pas sur les reliques de Cologne, parce qu'cc on 
craint de faire confusion, avec « une des onze mille vierges qui 
portait ce nom et y est très vénérée ». 

Les églises les plus illustres dédiées sous son vocable 8ont,â Rome, 



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— H — 

qui en comptait huit et n'en a plus que trois, SS.-Vincent et Lu- 
cie, à Metz; Ste-Lucie, à Séville; Sle-Lucie, à Spolète; Ste-Lucie, 
à Pithiviers; Sle-Lucîe, à Upson (Angleterre). 

On rinvoque spécialement pour la guérison des maitxd'yc 
une allusion directe à son nom. 

A Beaucaire, elle était patronne des tailleurs. 

En iconographie, ses attributs sont : immobilité, car on 
l'ébranler ni avec des cordes ni en la faisant tirer par des 
la palme du martyre ; la couronne, sur la tête ou à la main, 
est la récompense; les flammes, au milieu desquelles on es 
la Taire brûler; la lampe ardente des vierges sages; le llv 
prière assidue; lo tomô^au de Sle Agathe, devant lequel el 
cita la guérison de sa mère; le poignard ou le glaive, qui lu 
perce le cou. Des miniatures du xu' siècle, en Bavière, la m 
décapitée et le corps c^upé en deux ou le glaive déchirant 
irailles, détails qui ne sont guère conformes à sa légende. L 
où sont ses deux yeux, qui est un de ses attributs fréquent* 
croire, ce qui n'est pas, qu'elle subitce genre de supplice, q 
porte généralement à une autre vierge du même nom ; icono] 
spéciale qui, selon M. Rohault de Fleury, ne s'est pas ce vu 
avant le xiv® siècle ». 

Vingt-cinq planches illustrent les monuments et Ticonoi 
de la noble vierge de Syracuse. 

5. Ste Anastasie, vierge et martyre. — L'identification 
(icile, car on hésite entre deux saintes du même nom, toute 
romaines de naissance : l'une souffrit le martyre à Rome 1 
et l'autre dans l'île de Palmarole, sous Dioclétien, l'an 303. 
hault de Fleury tient pour cette dernière. 

Il énumère ainsi ses reliques : le corps, à Rome, sous le 
autel, mais disputé par 5. Paolo a ripa, à Pise et Pavie ; 
à S. Girolamo de Milan ; le crâne, à Munich: la mâchoire 
sieurs dents, à Zara en Dalmatie; une dent, à Wittenberg; u 
à Munich et du sang, à Naples. Je laisse de côté quelques oss 
innommés. 

Les églises les plus illustres qui lui ont été dédiées sont : à 
Ste-Anastasie, titre cardinalice bâti sur l'emplacement de sa n 
k Vérone et à Zara. 



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- 12 — 

Sa protection s*étend aux enfants malades, à S.-FIour (Cantal). 

Les attributs les plus ordinaires sont : le livre de la prière, la 
palme et la coaronne du martyre ; le poteau^ auquel elle fut attachée 
pour être brûlée; le bûcher y qu'on dressa pour son supplice et le 
glaive de sa décollation. On y ajoute exceptionnellement, en Alle- 
magne, une boite à onguents et, en Orient, une fiole, « en souve- 
nir des soins qu'elle donnait aux confesseurs de la foi et des baumes 
qu'elle appliquait sur leurs plaies. » A Nîmes, on la voit portant des 
vivres à S. Chrysogone^et à Kiev, elle tient cette croix à main « que 
les Byzantins prêtent à tous les personnages dont ils veulent désigner 
la sainteté ». Une autre caractéristique, fournie par Venise et Zara, 
aux xii* et xviu* siècles, est l'attitude dite de Vorante, les bras levés 
exprimant la joie de la béatitude céleste. 

6. Sie Perpétue, martyre. — L'illustre africaine fut égorgée, l'an 
203 , après avoir été exposée à une vache furieuse : le glaive et la 
vache sont donc ses attributs ordinaires. 

On a d'elle son cilice, à Faenza, et le crâne à Yierzon, diocèse de 
Bourges, qui eut une importante abbaye sous son vocable ; des bé- 
nédictines étaient installées au monastère de la Celle, dioc. de F ré- 
jus; l'église de Ste-Perpétue, à Nîmes, a été reconstruite en 1852. 

Elle est, à Yierzon, la patronne des jeunes mères et des mariniers ; 
à Montpellier, on l'invoque pour la guérison des c enfants noués ». 

Suivant une pratique fort ancienne en France^ t le 7 mars, jour 
de la fête de la sainte (à Yierzon), il y avait une cérémonie curieuse, 
qui a été supprimée à cause de Tencombrement et des accidents 
qui pouvaient en résulter. La châsse était portée processionnelle- 
ment, et toutes les femmes ayant au bras leurs premiers nés se fai- 
saient un devoir de passer dessous pendant la marche du cortège^ ». 
Cette dévotion des mères et des enfants provient de ce que Ste Per- 
pétue donna ses soins à Ste Félicité, qui venait d'accoucher en 
prison, et qu'elle-même fut arrêtée, allaitant son enfant. 

Le P. Dreves, dans les Analecta hymnica medïi a?m, 18'fasc., 
pag. 197-200, a publié l'office rythmé de Ste Perpétue, d'après un 
bréviaire manuscrit du Puy, du xvi* siècle. 

7. Ste Félicité, martyre. — Elle est associée à Sle Perpétue dans 

I. Œuvres, IX, 597, au mot Passage, 



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— 13 — 

le culte populaire. Les plus anciennes représentations se voient sur 
les mosaïques de Ravenne et de Venise. Les reliques sont: le corps^ 
autrefois à l'abbaye de Beaulieu (dioc. de Tulle) , qui a conservé 
un bras, enfermé dans un bras d'argent du xih« siècle; des che- 
veux et deux petits ossements, à Wittemberg (Allemagne). Limoges 
avait une église sous le vocable de Ste-Félicité. 

8. S. Chrysogone , martyr, — « Le bourreau coupa la tête de 
Chrysogone et la jeta, ainsi 'que son corps, dans les flots, calendes 
de décembre 269 », à San Canziano, près d'Aquilée. 

Son corps repose à Zara, qui possède aussi un bras, deux pieds, 
« le pommeau de son épée et le marbre sur lequel il eut la tète 
tranchée n. Le chef a été partagé entre Rome, Gattaro et Spalato. 

A Cestre, diocèse de Dijon , on invoquait S. Ghrysogone « pour 
obtenir la pluie » . 

M. Rohault de Fleury donne en détail l'intéressante monographie 
de l'église de Zara et de celle de S.-Ghrysogone, à Rome, qui a con- 
servé une curieuse mosaïque du xiv* siècle, le figurant à la droite 
de la Vierge et en face de S. Jacques Majeur^i. « Il porte le costume 
adopté par les peintres du moyen âge pour représenter les guer- 
riers; la chlamyde et l'épée quUI va dégainer. » 

Son iconographie est très restreinte : comme les chevaliers ro- 
mains, il est armé, bardé de fer et monté sur un cheval; eu qualité 
de chef de milice, il arbore une bannière; Vépée rappelle sa déca- 
pitation. Le P. Cahier ne lui donne qu'un attribut, empereur. J'irai 
plus loin. A la voûte absidale de sou église au Transtévère, des 
stucs dorés, exécutés en 1627 aux frais du cardinal Borghèse, res- 
taurateur de l'édifice roman, montrent en trois tableaux : S. Chry-* 
sogone distribuant ses biens aux pauvres, comparaissant devant 
Tempereur et confessant sa foi, enfin décapité. 

Une miniature d'un charmant bréviaire du xv* siècle, à la biblio- 
thèque de Clermont-Ferrand, représente S. Ghrysogone en costume 
civil, et dans sa prison; il joint les mains et est consolé par un 

1. Pour montrer rtoc quelle négligence certains écriTaios renseignent leurs 
lecteurs, je crois utile de faire cette citation : « La madone dite di Carminé, 
dans l'église de S.-dirysogone» est une très ancienne mosaïque. La Vierge est 
assise dans une sorte de niche, en forme de trône, tenant Tenfant Jésus de la 
main gauche. A droite est S. Paul, à gaache est S. Pierre » (Laforge, la Vierge 
p. 43). 



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- 14^- 

rayoD de lumière céleste ; les bourn&aux se lienneni derrière lui , 
prêts à le frapper. 

9. 56\ Jean el Paul, martyrs. — Je renvoie pour leur martyre, 
leurs corps, leur maison et leur iconographie à Rome, au tome IX de 
mes Œuvres, p. 358; mais comme mon docte ami a singulièrement 
élargi le sujet, je vais coinpléter mes renseignements personnels à 
Taide des documents qu*il fournit et qui nous font sortir de la ville 
éternelle. 

Les tètes ont émigré à Casamari, les bras se retrouvent à Venise; 
Avignon avait deux vertèbres, une portion du corps était à Tabbaye 
de Reichenau, en Autriche. 

On les invoque spécialement pour les biens de la terre, la sérénité 
de Tair et la pluie, ainsi que contre le tonnerre et les tempêtes, en 
Bavière. On leur demande aussi la guérison des énergumènes. 

Leur iconographie comporte plusieurs éléments, selon le point de 
vue auquel on se place. Chrétiens, ils tiennent Vévangiley qui est le 
livre de leur foi ; martyrs, ils ont la hache de leur décollation, la 
palfiie et la couronne, par exemple dans les mosaïques de Ravenne, 
au VI* siècle; chevaliers^ ils portent l'équipement militaire, armure^ 
lanccy épéCj bouclier ; ^bienheureux , leurs mains sont levées pour 
indiquer qu'ils sont entrés au paradis. Un manuscrit français du 
XIV* siècle ajoute exceptionnellement la croix, portée miraculeuse- 
ment devant eux dans une bataille contre les Scythes, où elle valut 
la victoire à Gallicanus. Pour Hilan, voir Œuvres^ XI, 524. 

Outre le titre cardinalice de Rome, les cathédrales de Ferentino 
et de Ganosa leur sont dédiées, ainsi que Téglise abbatiale de Casa- 
mari (États pontificaux), important édifice du xii* siècle; une autre 
église, fort remarquable et datant du xui' siècle, porte leur nom, à 
Venise, ou la prononciation vulgaire Ta dénaturé en Zanipolo. 

10. Je n*ai, par cette sèche analyse, donné qu'une idée bien im- 
parfaite du beau et profitable ouvrage de M. Rohault de Fleury. 
L'hagiographie s'étudie de deux façons, par les textes et les monu- 
ments. Les premiers sont de la compétence des Bollandistes, tandis 
que les seconds ressortissenl aux archéologues. Or les monuments 
embrassent à la fois la lipsanographie, qui traite exclusivement des 
reliques et s'occupe également de leurs reliquaires; Viconographie, 
qui reconnaît leurs images dans le cours des siècles et constate les 



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— 18 — 

attributs distinctifs ; le culte en général, soit public, soit privé, comme 
invocation spéciale pour les biens de Tâme et du corps, qui s'étend 
particulièrement à la construction des éffUses et à Térçction des au- 
tels. Par ce côté absolument nouveau, Tœuvre intéresse vivement les 
archéologues^ qui se réjouiront à Texamen approfondi des mono- 
graphies, si savamment détaillées et figurées, des titres cardinalices 
de Ste-Anastasie et des SS.-Jean et Paul, ainsi que des abbayes de 
Vierzon et de Casamari, pour ne citer que ces quatre monuments. 

La répartition est faite par régions : de Rome , on passe successi- 
vement aux États pontiHcaux et à ritalie, à la France et à TAIIe- 
magne, puis à la Belgique et aux Pays-Bas, pour finir par TEspagne 
et rOrient. Dans chaque catégorie, les localités explorées se suivent 
selon Tordre alphabétique. 

Quand on ferme ces gros volumes, qui font trouver très courtes 
les heures consacrées à leur lecture, on reste émerveillé et de ce que 
l'auteur a si patiemment colligéet de ce que le lecteur peut apprendre 
lui-même en si docte compagnie. Le clergé ne doit pas demeurer in- 
diflérent en présence d'une œuvre de haute science qu'il est plus à 
même que tous autres d'apprécier à sa juste valeur^ car, à son style 
et à ses tendances , elle semblerait plutôt composée -par quelqu'un 
des nôtres que par un laïque. 

Que Dieu conserve longtemps à la science ecclésiastique un de ses 
champions les plus valeureux et les plus éclairés I 

IL — Décret db la S. C. des Rites i. 

1. En 1860, la Sacrée Congrégation des Rites rendit un décret 
par lequel elle réservait les vitraux des églises aux seuls saints ca- 
nonisés, prohibant d'y représenter les bienheureux et les vénérables. 
Elle se basait sur cette considération que le vitrail constitue un 
culte public, qui doit être refusé à ceux qui n'y ont pas encore 
droit [ÛHuvres, IX, 184-186). 

Le 14 août 1894, la Ck)ngrégation est revenue sur cette décision^ 
qu'elle a jugée avec raison trop sévère^ car, en réalité, il en 
est du vitrail comme d'un tableau et d'une fresque, qui peuvent 

i. Décret de la S, C. des Rites dans la Rev. de Vnrl chrét,, 1894, pp. 520-521. 
Qompte-rendu par BIr Battandiundani les Anatectajuris pontificH, 1895, p. 190. 



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-16- 

fort bien n*avoir qu'un caractère purement historique. Ce nouveau 
décret a été rendu très probablement à l'occasion du concours pour 
les vitraux de la cathédrale d'Orléans, relatifs à Jeanne d'Arc, qui 
ont fait quelque bruit et qu'on était en droit de combattre, vu la loi 
portée par le Saint-Siège. II n'en est plus de même aujourd'hui : 
des conditions sont imposées qui rendent ces vitraux licites. 

La question a été préalablement étudiée par les théologiens et les 
archéologues, qui ont fait leur rapport, lequel a été imprimé. Nous 
espérons que ces votuniy comme on dit à Rome, seront publiés, car 
ils forment les considérants du décret et nous feront mieux pénétrer 
dans son esprit. 

La conclusion pratique est celle-ci, après approbation de S. S. 
Léon XIII : Tout décret contraire est aboli. On peut représenter 
dans une église, par la peinture sur mur , sur toile ou sur verre^ 
les hommes et les femmes, morts en odeur de sainteté, lors même 
qu'ils ne seraient officiellement ni bienheureux ni saints, mais 
n'auraient que le titre de serviteurs de Dieu, à la condition expresse 
qu'ils ne domineront pas Tautel et ne porteront autour de la tête 
ni nimbe ni rayons ou autres signes de sainteté, qui constituent 
à proprement parler le 'culte public. Il est requis de plus que le 
sujet ne soit ni profane ni étranger aux habitudes ecclésiastiques : 
il doit donc viser directement à l'édification et promouvoir des 
sentiments religieux. 

Le décret, pour répondre à une difficulté, autorise à la fois les 
imagines ei les gesta. L'image, c'est le personnage isolé ; le geste^ 
une scène quelconque de sa vie. 

Voici la teneur de cet important décret général, qui fera loi dé- 
sormais dans l'iconographie chrétienne et la décoration artistique 
des églises. 

Decrelum générale. — Inter constitationes Romanorum Pontificum ac 
S. Rituam Congregationis décréta, qu» édita fuere pro moderando cuitu 
servorum Dei, qui cum fama sanctltatis vel martyrii decesserunt, sed 
ioter beat 08 aat sanctos ab Apostolica Sede adhue relati non sunt, noo- 
nulla ad eorura imaginum, sive in templls sive iu publicis oratoriis, appo- 
sitionem pertinent. Recenter etlam cumvlcarlus apostolicas districtas oc- 
cidentalis Scotiffi relulisset in vitris coloratis, quibas templorum feneslra; 
dtfcorantar, prœfatas imagines Interdum depingi ; Sacra êadem Congre- 



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— M — 

galio per decretum, die 24 martii 1860 editum, hune morem minime ap* 
probandum censuit. 

Verumtamen cum non raro, nedum in ejusmodi vltrîs, sed etiam in 
templorum parietibus fada ac gesta rcprsesententur quorum Di ' * 
vel prœcipai actores vel pars aliqua f ucrunt ; dubitatum esl nu 
bilio illa etiam ad historicas hujusmodi reprseseutationes sese 
Re itaque maturo exanilni subjecta, auditisque votis virorum 
theologia et in ecclesiastica quoque archeologia prsestantium, ^ 
tuam Gongregatio, referente subscripto cardinali eidem prœfec 
dinariis comitiis, sabsignata die ad Valicanum habitis, respo 
censuit : Imagines virorum ac mulierum qui cum fama sanctitati 
serunt, sed nondum beatificationis aut canonizationis honores < 
sunt, neque aitaribus utcumque imponi posse neque extra allarii 
cam aureolis, radiis aliisve sanctitatis signis; posse tamen eor 
gines vel gesta ac facla in parietibus ecclesiaa seu in vitris 
exhiberi, dummodo imagines illse neque aiiquod cultus vel sanc 
dicium prseseferant neque quidquam profani aut ab Ecclesia3 < 
dine alieni. Dei 14 Augusti 1894. 

Facta postmodum Sanctissimo Domino Nostro Leoni papsB XI 
subscriptnm cardinalem prsefectum de prsedictis relatione, idem 
simus I)ominus Noster Sacrse Congregationis senlenliam ratan 
confirmavit et ila décréta qusQ in contrarium facere videanlui 
debere jussit. Die 27 iisdem mense et anno. 

t Caj. card. Alolsi-Masella, S. R. G. pr»f. — Aloisius Tripe] 
tarius. — L. -}• S. 

2. Voici immédiatement Vapplication de ce décret à des 
historiques projetés : 

Un prospectus réclame de la piété des fidèles des fonds p 
nir de verrières une église historique, qui a été autrefois 
On y lit entr autres r'cc Le vitrail du fond représentera Thist 
fondation... Les autres fenêtres seront garnies de riche gris 
bas de laquelle se détacheront en médaillon ou en plein 1 
suivants : Le château-fort et la vieille église paroissiale qu 
détruite... J'ai pensé à ne réserver que la partie infér 
chaque baie pour y exécuter treize petits sujets rappelant 
cipaux épisodes de Thistoire du prieuré... La chasse du ro 
tagne, du prix de 1325 fr., est offerte à l'église par une g 
famille. » 

Le programme n'est pas acceptable dans sa partie prol 
les vitraux sont faits, dans une église, non pour apprendre 
locale^ mais pour édifier les fidèles qui viennent y prier. 



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<- 18 - 

>difier la composition sur certains points. Par 
cbàteau et de la vieille église ne peuvent in- 
ologues : or les édifices religieux ne sont pas 
[ition. Quant à un sujet de chasse^ cela dépasse 
préhension, rigoureusement ecclésiastique et 
ti décret de la Congrégation des Rites relatif 

\evue du Bas-Poitou^ 1894, p. 505 : « Dans la 
me-des-Armées, élevée à Domrémy en l'hon- 
î, M"® la duchesse de Ghevreuse, promotrice 
ne les vitraux rappellent les gloires chrétiennes 
itiative de M. le marquis de La Rochejaquelein, 
rcs, une des verrières sera consacrée au sou- 
alissimes qui se sont succédé à la tête de la 
que et royale de la Vendée ; elle portera les 
eau, d'Elbée et de La Rochejaquelein ». 
cliente, sans doute ; mais on oublie trop qu*il 
non d'un musée et que la question de rejet 
chrétiennes et des généralissimes de l'armée 
iéCy a été réglée récemment par la Congréga- 
mtorise pareil honneur qu'aux vénérables, aux 
ints : tel n'est pas le cas actuel. 

- Souvenirs de pèlerinages i. 

ubles du château de Pau (1561-1562), publié 
et Mazerolle et qui est un document de pre- 
la mention de quatre importants pèlerinages, 
té suffisamment mis en lumière, 
•e Dames de Lorette, d'argent. — 531. Une 
te, de naccre de perles, garnie d'un petit cer- 
^a première image est une statuette, représen- 
euse, avec son voile et sa chape. La seconde 
nseigne, comme l'indique la monture métalli<» 

Ainthoine..4 et uneNostre Dame du Puy, qui 
K, le tout d'or. — 254. Une enseigne où y a 

nce historique et archéologique^ 1894, pp. 252'2j3. 



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_ 19 - 
Une Noslrc Dame du Puy, enlevée, sans émail ». Je ne crois paà 
qu'il s'agisse ici «de laconfrairie de Notre Dame du Puy d'Amiens», 
mais bien de la célèbre Vierge du Puy en Velay. 

« 342. Une Nostre Dame dagatte, tenant son effant dedans ung 
navire d'or ». La Vierge dans un bateau est propre à Boulogne sur- 
mer, conformément à la légende qui la fait arriver miraculeus 
par mer. 

« SOl.Ungpillier d'agatte, enchâssé en or, lequel se œuvre 
dedans une Nostre Dame esmaillée de blanc ; avec son estu; 
petit ». Le pilier me fait songer au célèbre sanctuaire de 
Dame del pilar; si la Vierge n'est pas ici sur son pilier, c'es 
doute faute d'espace, puisque l'objet est « bien petit », mais 
enfermée^ d'une façon très originale, dans le support de la s 

IV. — MmiATURES *. 

Les manuscrits à miniatures de la maison de Savoie^ par Fra 
Mugnier; Moutiers-Tarentaise, Fr. Ducloz, 189i, in-S*" de 124 ] 
Édition de luxe, sur papier Hollande, tirée à 100 exemplaires 
ment, avec 17 phototypies, prix 30 fr.; édit. avec 5 similigra^ 
7 fr. 50. 

Cet ouvrage se recommande à un triple point de vue aupn 
amateurs. II a été imprimé avec le plus grand soin par un 6 
intelligent, qui a maintes fois fait ses preuves dans la Bibliot 
Savoyarde, due à son initiative et à son zèle patriotique. Vt 
est un écrivain d'archéologie : ou le voit de suite aux nom 
renseignements qu'il fournit à l'histoire, à la liturgie et à l'icoi 
phie. Les dix-sept phototypies permettent dese rendre un compte 
de la beauté et de la variété des miniatures. Nous ne pouvons 
qu'adresser nos sincères félicitations aux trois collaborateurs q 
mis en commun leurs efforts pour mener à bien une œuvre de 
valeur. 

Les trois manuscrits^ décrits et reproduits, sont : le Brévia 
Marie de Savoie, duchesse de Milan, exécuté pour des franci 
vers 1439 et conservé à la bibliothèque publique de Ghambéi 
Livre i heures du duc Louis de Savoie, que l'on peut dater de 

1 . Dans la Revue de l'arl chrétien^ 189$. 



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- 20 - 

à 1445 et que possède la bibliothèque Nationale de Paris ; le Livre 
d'heures du duc Amédée IX, écrit en 1466 et maintenant à la biblio- 
thèque de Chambéry. Nous sommes donc tout le temps en plein 
iv^ siècle, époque assez connue pour que l'interprétation des sujets 
religieux ne laisse pas subsister le moindre doute ou la plus petite 
difficulté. Aussi je proposerai quelques explications ou rectifications 
qui me paraissent nécessaires. 

ce Un pape devant Tautel » (p. 19) et « messe dite par le pape, un 
cardinal de chaque côté de Tautel » doit s'entendre de la Messe de 
St'Grégoire, qui eut tant de vogue à la fin du moyen âge et à la Re- 
naissance. 

Page 87 : « Grande miniature intéresisante : Dieu le Père et Dieu 
le Fils sont assis sur un trône, surmonté d*une tiare dorée qui est 
soutenue par deux anges... Ils posent une couronne ducale sur la 
tète d'une jeune femme, aux cheveux blonds, déployés sur un man- 
teau bleu rehaussé d'or. Couronnement d'Anne de Chypre? ou de 
rÉglise? y> Les points d'interrogation sont de trop, car la mise en 
scène, avec le concert des anges, et l'escorte d'anges à ailes en plu- 
mes de paon, ne convient qu'au couronnement de la Vierge, dont la 
pureté est attestée par le semis de lys en fleur qui rehausse son 
manleau. 

Page 89. « Fidèles retirés par un ange du feu de l'enfer x), ce qui 
serait contraire au dogme catholique : ce In inferno autem nulla est 
redemptio ». Je ne vois là qu'un lapsus, que l'époque même rend 
facile à corriger, car dès lors s'introduit sous cette forme l'icono- 
graphie du purgatoire. 

Page 94. ce Le pape, assis, avec la tiare, longue barbe blonde, 
présente un très grand crucifix... à un prince sans barbe, agenouillé. 
Nous ne croyons pas nous tromper en disant que nous avons sous 
les yeux Amédée VIII, devenu Félix V, et son fils Louis, auquel il 
présente le crucifix en signe des souffrances que le fardeau de la 
souveraineté lui impose ». En se reportant à la planche, on constate 
tout simplement que le duc Louis, pour qui a été fait le manuscrit, 
est à genoux devant la Sainte Trinité : le Père, en pape, chape, 
tiare et avec le nimbe crucifère ; le Fils, attaché à la croix et le 
Saint Esprit, en colombe, posé au sommet de cette même croix. 



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— 21 — 

Les préoccupations historiques offrent souvent Tinconvénient de 
faire voir de travers les choses les plus claires. 

€ Saint Louis, roi de France, mitre blanche bordée de rouge, très 
haut sceptre à la main, robe fleurdelysée ))(p. 50). — « Saint Louis, 
roi de France, confesseur^ manteau bleu parsemé de fleurs d» lv<3. 
crosse rouge, mitre blanche sur le devant de laquelle de 
Peut-êlre saint Louis de Marseille, évoque » (p. 7i). Peut 
se transformer en certainement, car la mîlre, la crosse ei 
(appelée partout manteau dans Touvrage) dénotent l'évôqu 
louse, que les fleurs de lys et ,1e sceptre proclament de ra 

Page 97. « La lôte(de S. Jean-Baptiste) est apportée si 
teau par une servante, en très longue robe verte, suivii 
musiciens ». Ces musiciens, qui ont joué pour faire dans 
sent le nom de la personne les précédant : ce ne peut-étr 
vante, ainsi parée, mais Salomé elle-même. L'office du S 
laudes, a ces deux antiennes : « Puella3 saltanti imperav 
Nihil aliud petas nisi caput Joannis ». — <( Domine mi rex 
in disco caput Joannis Baptistae ». 

M. Mugnier semble affectionner le mot ((homme »quanc 
quel nom donner au personnage. (( L'Exaltation de la 
homme nu, avec un très court caleçon à braguette, cou ron 
dorée sur la tête, porte une mince et haute croix dorée; il 
vers un petit édifice rouge » (p. 71). La légende du bré 
14 septembre, permet de nommer Héraclius : ce Regnum 
clio impetravit (Chosroas), quibusdam conditionibus 
quarum ea prima fuit ut crucem Christi Domini restitueret 
rediens Jerosolymam, Héraclius solemni celebritate suis 
retulit. Quod factum illustri miraculé commendatum 
Héraclius, ut erat auro et gemmis ornatus. insistere coac 
porta quse ad Galvarise montem ducebat. Quo enim magis 
conabatur, eo magis retineri videbatur. Cumque ea re et i 
clius et reliqui omnes obstupescerenl, Zacharias, Jeroso 
autistes : Vide, inquit, imperator, ne isto triumphali o 
cruce ferenda parum J.-G. paupertatem et humilitatenj 
Tune Héraclius, abjecto amplissimo vestitu, detractisque 
plebeio amictu indutus, reliquum viae facile conTecit et 
Calvarise loco crucem statuit, unde fuerat a Persis asporti 



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— 22 - 

Ces quelques critiques prouveront avec quoi soin méticuleux il 
importe de décrire les miniatures, que Ton comprendra toujours 
sans peine en tenant compte à la fois des règles iconographiques et 
des particularités propres à chaque période de l'art. 

V. — Iconographie. 

1. 5. Charles Borromée i. — On lit dans le Saint-Maixentais du 
S janvier 1895 à propos de l'oratoire du château de Yillaine (Deux- 
Sèvres) : « On y remarque encore une toile^ un peu délabrée au- 
jourd'hui et figurant un saint en prières devant un livre et un cru- 
cifix. Il est en mozette ou camail rouge et rochet, près de lui sa bar- 
rette cardinalice. Je ne sais pourquoi (peut-être à cause de cette dé- 
votion au crucifix), j'ai pensé à S. Charles Borromée ». 

M. Louis Lévesque a raison ; quoique je n'aie pas vu ce tableau, 
les trois attributs du livre^ du crucifix et des insignes cardinalices, 
conviennent parfaitement à S. Charles, très souvent représenté ainsi 
dans d'anciennes gravures et peintures; parfois, il porte la cappa, 
mais la mozette est plus régulière, conformément à un décret de la 
Congrégation des Rites, qui a eu son application à Ste Radegonde 
de Poitiers dans un tableau provenant de l'abbaye de Sto Croix et 
fait à l'occasion de sa canonisation. Agenouillé devant le crucifix, 
qu'il portera solennellement en procession, le saint archevêque de 
Milan prie pour la cessation de la peste. 

Une autre caractéristique, non moins probante, serait sa physio- 
nomie si personnelle, avec son long nez. 

2. Visitation «. — Le Bulletin de la Société Archéologique du Li- 
mousin, 1894, pp. ^92, 293, décrivantdeux émaux du xvu» siècle, dit 
de la Justice : « Elle repose sur une sorte de terrasse sphériquc 
dont on ne verrait que le haut et qui est peinte en vert et ornée 
d'herbes et fleurs en noir, rouge et or jo ; et de la Tempérance : 
« Tenant du bras droit, relevé à hauteur de l'épaule, un pot d'où 
un liquide va s'écouler dans un autre vase en forme de pichet, 
qu'elle tient de la main gauche contre la hanche ». 

On peut être plus précis. La « terrasse sphérique », herbue et 

i. Dans la Revue Poitevine, 1895, pp. 346-347. 

2. Dans la Corresp, hisl, et arch., 1894, pp. 314-315. 



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fleurie, n'est autre que le globe terrestre : la Justice, en effet, do- 
mine le monde. 

« Un liquide » s'écoulant d'un vase dans un autre ne constitue la 
vertu de tempérance qu'autant que l'ardeur du vin est modérée par 
une addition d*eau. 

Le même Bulletin^ p. 526, mentionne une tapisserie d'/ 
son, à la cathédrale de Mende^ représentant ce la Fuite en l 
ou peut-être encore le départ de Jésus-Christ allant annoncer 
gile. Deux personnages, dont l'un parait être Jésus, s'embr 
deux femmes font de même. Un âne, à côté, paraît attendre 
part )>. La scène est celle de la Visitation : les deux femm 
sainte Elisabeth et la sainte Vierge ; les deux hommes, saint 
rie et saint Joseph. L'àne, sur lequel Marie était montée, a 
plutôt l'arrivée. 

3. Ste Claire i.— Une notice nécrologique vient d'être publ 
l'artiste belge Le baron Béthune — pourquoi dit-on baron 
qu'il était comte romain? — Elle est appuyée, pour faire val 
talent, de deux phototypies représentant l'église abbatiale de 
sous qu'il a construite et le tableau de Ste Claire qu'il a pe 
tableau est suave comme une peinture de l'école Ombrienne 
pourquoi s'y est-il glissé une faute iconographique? La fon 
des Clarisses abrite sous son manteau les saintes et bienhei 
de son ordre : toutes sont nimbées. Rome a déclaré bien ( 
que la béatification ne donnait droit qu'au rayonnement de 1 
on ne peut s'émanciper de cette règle. 

L'abbaye de Haredsous présente, à sa façade, quatre croi 
au porche, une au pignon, une à chacun des deux clochers 
s'expliquerait encore, mais quatre est une fastidieuse redon 
Ou oublie trop que la croix ne peut être un amortissement 
qu'on met faute d'autre chose. 

4. S. Michel'^. — L'Archivio slorico rfeZ/'ar^e, Rome, 1894, < 
p. 285, reproduit un tableau, du xv"* siècle, qui esta Faenza( 
Au-dessous de la vignette est écrit : La Madonna, San Gia 
Varcangelo RaffaeU, Le texte, au contraire, dit : La Madonn 
Michèle arcangelo e San Giacomo ; c'est lui qui a raison. E 

\, Corr, hist, et arcfi,, 1894, p. 3u7. 
2. Ibid,,^. 357. 



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— 24 — 

le tableau fut destiné à la « coropagnia di San Micheline di 
Faenza » ; le costume est celui de Tarchange, qui occupe la première 
place à la droite du trône : armure militaire, glaive tiré et figure 
imberbe; derrière lui dans le paysage deux scènes le mettent en 
évidence : l'apparition au Mont Gargan sous la forme d*un taureau 
et au mausolée d'Adrien, à Rome. 

5. Ste Ursule i. — Dans le dernier numéro de la Correspondance 
(p. 320), se trouve, à propos du tableau conservé dans l'église de 
Saint-Thibaut de Joigny, la description suivante : ce Une femme de- 
bout, vêtue d'un riche costume, tient deux flèches dans sa main et 
lit dans un livre » . Les trois attributs conviennent à Ste Ursule. Le 
Uvre, qui indique la vie de prière ; les flèches^ instrument de sup- 
plice; le riche costume^ parce qu'elle était princesse. 

6. Parmi les dons offerts au musée des arts décoratifs, il s'en 
trouve un ainsi décrit : « Statuette à mi-corps^ représentant une 
sainte^ les cheveux retombant sur les épaules, grand manteau et 
corsage d'hermine ; elle tient dans chaque main des attributs. Bois 
sculpté et peint. France, xvie siècle». (Correspond, hist, et arch.^ 
1895, p. 232), On ne saurait être trop précis pour établir Tidentifi- 
cation, qui ici reste dans le vague, faute de deux mots essentiels. 
Le manteau et le corsage pourraient faire songer à Ste Catherine : 
ses attributs j qu'il eût été si facile et si utile de désigner, auraient 
fourni immédiatement le nom de la sainte. 

YL — Patron et titulaire ^. 

ce Le patron d'une paroisse ou église est saint Jean-Baptiste. La 
fête du titulaire, car ici c'est le même que le patron, se célèbre, de 
temps immémorial, le jour de la Nativité de saint Jean -Baptiste. 
Mais nous avons découvert, par la tradition et les titres, que la célé- 
bration devrait èlre au jour anniversaire de la Décollation. 

« Que faire alors? Les fêtes religieuses ont dégénéré en fêtes ci- 
viles, tapageuses et contraires à leur but premier. Conséquemment, 
déplacer la fête religieuse, c'est créer deux fêtes balladoires et rien 
de plus. Faudrait-il le faire quand même? Et, dans ce cas, comment 
ordonner les choses? 

1. Corr, hist. et arch., d897, p. 357. 

2. Dans le Prêtre, 1894, pp. 1064-1066. 



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— 25 — 

« Le meilleur ne serait-il pas^ s'il était possible, et pour ne rien 
changer au culte extérieur établi^ de faire seulement Toffice du bré- 
viaire à la Décollation et pendant Toctave, de célébrer la messe au 
jour de Tincidence, avec une simple bénédiction après (par permis- 
sion de révoque) . Dans ce cas proposé, la fête de la Décollation pas- 
serait-elle forcément de l''^ classe? Alors il faudrait une solennité 
extérieure, le dimanche suivant, et alors aussi, sans doute, nous ne 
pourrions pas avoir la solennité extérieure du dimanche qui suit la 
Nativité, parce que nous aurions ainsi deux fêtes du titulaire ». 

La question est complexe, car il s'agit à la fois du fait et du droit 
qui ne s'accordent pas. 

La solution, en tout cas, n'appartient nullement au clergé de la 
paroisse, mais exclusivement à l'Ordinaire, qu'il importe de rensei- 
gner et consulter avant tout. 

Puisqu'on me fait l'honneur do me demander mon avis, voici 
quelle est, suivant moi, la ligne de conduite à suivre en cette oc- 
currence. 

Le curé fera à son évêque un rapport circonstancié et motivé, 
où il signalera l'erreur admise et fournira les preuves certaines et 
authentiques, antérieures à la révolution, qui exigent une modifi- 
cation à l'état de choses actuel. 

L'évêque, informé et convaincu, rendra une ordonnance, conte- 
nant ces trois points : la suppression de l'abus, la substitution de 
la légalité et les règles à suivre à l'avenir pour la pratique du culte. 

Cette ordonnance sera lue au prône et transcrite sur le registre 
de la paroisse, afin que personne n'en ignore présentement et ulté- 
rieurement; un double en sera conservé aux archives de l'évéché, 
et, par surcroît de précaution, la Semaine diocésaine en reproduira 
la teneur. 

Voilà pour le droit strict, qui, pour l'office, se basera sur les 
rubriques spéciales, afférentes, aux patrons, tout en tenant compte 
des modifications qui sont la conséquence directe du concordat. 

En fait, cette réhabilitation peut avoir des inconvénients au point 
de vue civil , mais ce sont des considérations extrinsèques, qui ne 
me semblent pas devoir contrebalancer la décision à prendre, la- 
quelle doit viser directement le but à atteindre, c'est-à-dire la 
réintégration de la fête primitivement fixée. La Décollation, fête se- 



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condaire relativement à saint Jean, devient fête principale par le 
choix qui eu a été Tait à l'origine, tant par l'élection de la popula- 
tion que par l'évéque consécrateur, à supposer qu'il n*y ait pas do 
doute à cet égard. Je réponds donc positis ponendis. 

VII. — Yen. Jrannb d'Arc*. 

1 . Les Notes d'Art et d'Archéologie ont donné en phototypie la 
bannière offerte récemment à Notre-Dame de Paris et Tinscription 
qui l'accompagne. Je ferai à ce propos deux observations critiques. 

L'inscription est sur (c une plaque de cuivre ». Le cuivre est 
moins monumental que la pierre; de plus, sa durée est moindre, 
car on peut l'enlever facilement. La rédaction laisse à désirer, en 
raison de quelques singulières coupures : 

Cette bannière semblable — à celle de Jeanne d'A?'c (au lieu de 
cette bannière — semblable à celle de Jeanne d'Arc). 

A été déposée ici en souvenir — de la fête célébrée à Notre-Dame 
(pour a été déposée ici — en souvenir de la fête)... 

Ici ne suffit pas et ne dira rien quand la plaque aura quitté 
Notre-Dame. 

S. E. le cardinal Richard nécessitera une recherche avant cent 
ans. Pourquoi ne pas avoir précisé en ajoutant archevêque de Paris? 

Le dessin de la restitution est assurément exact au point de vue 
du style. Comment se fait-il qu'en trois endroits, et toujours par la 
même distraction, l'iconographie en soit gravement défectueuse sur 
un point essentiel, qui est le nimbe, signe de sainteté ? Sur la face, 
les anges agenouillés n'ont pas de nimbe, tandis que le Christ l'a 
crucifère, ce qui était de rigueur. Au revers, les deux tenants de 
l'écu de France ne sont pas non plus nimbés et pas davantage la 
Vierge de l'Annonciation, quoique l'ange Gabriel le soit. 

J'ai insisté sur ces irrégularités flagrantes, afin qu'on soit averti 
pour en éviter de pareilles dans une occurrence analogue. 

i. ^ M. Filoleau, qui veut bien se souvenir de la fondation que 
j'ai faite à Angers du Musée diocésain, me permettra, à l'occasion 
de sa belle planche du Salve regina, publiée par l'Enlumineur, n* 

i. Dans laCorresp. hist. et arch,, 1894, pp. 215-216. 
2. Ibid., 1894, p. 240. 



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- 27 - 

du l<^r août 1891, de lui signaler deux erreurs iconographiques. La 
Vierge, en reine, tenant rEnfant-Jésus sur le bras gauche, est en- 
veloppée dans une auréole rayonnante et flamboyante : ni l'un ni 
l'autre n'ont le nimbe, dont l'auréole ne dispense pas. II le faudrait 
donc uni pour la mère et crucifère pour le fils. 

Par contre, Jeanne d'Arc, agenouillée, a autour de lat' 
nimbe circulaire, qui ne convient qu'aux saints : or, elle n'< 
vénérable. 

VUI. — S. GÊTULK. 

s. Gétule (Getulio, on dit aussi Zotico), né à Tivoli, y épou 
Svmphorose, dont il eut sept enfants: S. Crescence, S. Julien, 
mésius, S. Primitif, S. Justin, S. Strattée et S. Eugène. Il vi 
ii« siècle et fut tribun militaire. L'empereur S. Adrien le fit n 
mort, parce qu'il était chrétien^ à Gabies en Sabine, où il avi 
propriété ; on se servit pour le flageller de sarments de vigr 
épouse rapporta son corps à Tivoli; dans la même tombe 
inhumés la mère et les enfants. Ste Symphorose, suspendue 
cheveux à un orme qui a donné son nom à la place delfOl 
tête en bas au-dessus d'un brasier dont la fumée devait la su£ 
fut jetée dans l'Arno, une pierre au cou, tandis que ses fils 
empalés. 

A la fin du v*» siècle, le pape S. Simplice, originaire do 
éleva, en l'honneur de S. Pierre, une église qui a pris le noi 
Carità, depuis que Pie VU en confia la desservance à la co 
de la Charité, dont il était membre. Le corps de S. Gétule fi 
placé, sous le maître-autel, mais le pontife en sépara la têt 
être vénérée à part. Une première invention eut lieu en 1724 
seconde en I89i. A cotte dernière date, le 26 juillet, deux c 
giens constatèrent que le corps est entier, moins deux tibij 
plante des pieds. 

Le crâne de S. Gétule est conservé depuis 1587 au Gesù 
pris le nom de Ste Symphorose et qui possède huit fragmen 
provenant de S. Ange in pescheria, qui en fit don à la mém 
Cette église nous intéresse particulièrement, car elle fut con 
pour les jésuite^ aux frais du cardinal Cointrel, qui était fr 



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— 28 — 

La fête de S. Gélule se célèbre le 10 juin. A Tivoli, il est, à cause 
du genre de son supplice, protecteur des vignes et patron des vigne- 
rons. A l'occasion de sa nouvelle reposition, M^^ di Carlo, archi- 
prêtre de la cathédrale et prieur de la confrérie qui dessert Téglise 
délia Carilà, a fondé une espèce de semaine religieuse intitulée // 
tribuno cristiano, par allusion aux fonctions de S. Gétule. 

La ci*ainte des Lombards fit transporter les corps saints à Tinté- 
rieur de Rome. C'est pour cela que S.-Ange in pescheria reçut ceux 
que nomme une inscription, retrouvée en 1866 (Œuvres^ t. II, 
p. 216, note 2); je ne me charge pas de concilier comment les reli- 
ques sont encore en môme temps à Rome et à Tivoli. 

IX. — S. JÉRÔME*. 

M. Démange vient de publier à Nancy une brochure, avec plan- 
ches, sur Les vitraux de F église de Blénod-les-Toul, dont il est curé. 
On y apprend que le Ministère de Tinstruction publique et des 
Beaux-Arts lui a alloué, pour leur restauration, « une subvention 
de 7,500 francs » et que (cla présente étude a eu pour but principal 
d'aider l'artiste » qui « rendra ^ toutes ces verrières leur aspect 
primitif ». Comme Fauteur a eu la gracieuseté de me citer 
plusieurs fois, je crois répondre à ses intentions en lui signalant 
quelques inexactitudes qui pourraient induire en erreur le peintre- 
verrier. 

On lit page 18 : « Le personnage nimbé représenté ici est S. Sébas- 
tien. Il n'est vêtu que d*un manteau rouge,qui ne cache ni ses pieds 
ni ses bras. Le saint devait être lié à l'arbre qui se voit derrière lui. 
Il n'est plus possible de le constater à cause des rajustements faits 
à cet endroit. Un lion peint en jaune est à ses pieds ». 

Aidé du dessin, dont je n'ai pas à contester l'exactitude, je recon- 
nais sans peine, à cette place, non pas S. Sébastien, car il n'y a là 
aucune de ses caractéristiques, mais S. Jérôme, dont l'identification 
est certaine, grâce à des attributs multiples qui, réunis, neconvien- 
nent qu'à lui. L'illustre prêtre et docteur est dans un désert, suffi- 
samment caractérisé par des rochers et un grand arbre feuillu. Il est 
agenouillé, car il prie : de la main droite il se frappe la poitrine 

1. Dans la Correspondance hist. et arch., 1895, pp. 231-238. 



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— 29 — 

avec un caillou et dé la gauche tient la hampe d'une croix dont la 
partie supérieure a disparu; à côté je crois voir un livre fermé. Son 
lion est à ses pieds. Tai assez longuement disserté de toute cette ico- 
nographie dans la Revue de VArt chrétien^ à propos du Culte des 
Docteurs de V Église à Rome^ ainsi que dans le tome IX de mci 
Œuvres complètes, à Toccasion d'une peinture murale à Tulle, pour 
n'avoir pas besoin de revenir ici sur ce sujet. 

Je renverrai également au tome VI pour la Messe de S. Grégoire, 
où je tiens à relever quelques particularités. Pages 22-25 : « S. Gré- 
goire célèbre la messe... Il porte la tonsure monacale » . Pour- 
quoi pas tout simplement cléricale? — « Sa chasuble... est ornée 
de deux bandes de drap d'or assez étroites, qui se coupent sur les 
épaules et forment la croix ». Ces bandes sont des orfrois 
de passementerie. — « Un coussin rouge est appuyé contre 
le retable ». C'est un corporalier rectangulaire, muni de houppes 
vertes aux quatre coins. — « Une sorte de niche en orfèvrerie riche- 
ment travaillée clôt le fond du tableau; on y aperçoit à gauche un 
petit personnage en pied, qui doit être la sainte Vierge... On ne peut 
plus voir le saint Jean de l'autre côté ». Cette prétendue « niche » 
est un retable, dont la partie supérieure est trilobée. Gomme d'ha- 
bitude, il représente la crucifixion, avec la Vierge à droite (la droite 
du Christ) et saint Jean à gauche: de l'évangéliste il reste encore la 
tête et le crucifix est masqué par l'apparition. — « Un cardinal, 
vêtu du manteau rouge », c'est-à-dire de la cappa, dont le chaperon 
coiffe sa tête, sous le chapeau rouge. — « Une lampe ou couronne 
descend de la voûte » : ni l'un ni Tautre, mais un pavillon d'étoffe 
verte, par respect pour l'autel où se fait la fonction *. 

H. Démange a aussi publié une brochure intitulée : Une curieuse 
statue de Sainte-Anne, qu'il date « duxv^ siècle i. La phototypie 
me permet de l'attribuer plus sûrement à la fin du xiu* siècle. C'est, 
à ma connaissance, le plus ancien exemple de cette iconographie 
spéciale: Sainte-Anne porte sur le bras gauche la Sainte Vierge qui 
allaite l'enfant Jésus. 

i. AiUeurs, on trouve « lobes ogivales » (p. 18), quoique lobe soit du mas- 
culin; p. S7: « Sainte Catherine enfonce une épée dans une tête de païen », 
ce païen est son persécuteur Maxence; p. 25: « une pèlerine d'hermine de 
petit gris », bien que l'hermine et le petit-gris soient deux fourrures absolu- 
ment distinctes^ exemple dans les chapitres des basiliques de Rome. 



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^30 - 

X. — B. JOAGHm PlCCOLOMINl. 

Les Bollandisles ont donné, dans les Analecta Bollandiana, 
t. Xlll, pp. 386-397, la Vita ac Legenda B. Joachimi Senensis. Or le 
B. Joachim Piccolomini, natif de Sienne et profèsde Tordre des Ser- 
vîtes, mourut en 1305 : sa vie a été racontée par un contemporain 
qui Ta connu. Elle est suivie des Aliracula, où je relève plusieurs 
traits relatifs à des Ex-voto originaux : ce sera le complément de 
ce que j'en ai écrit au tome VU des mes Œuvres. Tous ces vœux 
sont en cire modelée, usage qui s'est perpétué jusqu'à nous^ au 
moins pour la forme humaine ou partie du corps. 

Un convers de Tordre est guéri d'une hernie, il porte lui-même 
son image votive au bienheureux; ce que fait également un enfant 
tombé d'une fenêtre. — Un passant reçoit une pierre sur la tête, 
un enfant se casse un bras en tombant de son lit, un florentin est 
guéri d'une hernie; tous trois apportent en reconnaissance un cierge 
de leur hauteur. — Un chien mord un enfant et un doigt est coupé; 
comme il a repoussé miraculeusement, un doigt d*argent est sus- 
pendu au tombeau. — Un paysan est mordu à la cuisse par un serpent, 
il offre une cuisse en cire; un autre se fait une blessure au pied 
avec une fourche, il se présente avec un pied de cire. — Un soldat 
renversé de cheval a les côtes brisées : le B. Joachim l'ayant 
sauvé, il lui porte son effigie à cheval. — Un prisonnier mal sur- 
veillé ayant pu s'évader se fit représenter enfermé dans sa prison. 

Quidam cœpit beatum Joachioum valde laudare et quasi super omnes 
ipsum extoUere, dicens quod non modicum mirabatur quomodo Dominus 
per eum mirabilia non ostendebat. Conversus autem quidam de ipsorum 
Ordine Ibi cum lis sedebat, qui habebat quandam infirmitatem gravissi* 
mam> qaam vulgariter ioguioariam vocaut ; et tumescenle inguine, erat 
ibi factam apostema gravissimum, et cum io crastioum a medico debcret 
Incidi, valde timebat. Audieos autem vitambeati Joachini sic sanctam et 
miraculis plenam, mentem et devotionem in ipso posuit, et cœpit se vo- 
vere dicens : pater sanclissime Joachine, si vera sunt quœ de te audivi, 
roga omnipotentem Deum ut in me incipiat tua miracula demonstrare; et 
ego tibi piomitto illud propalaref et personaliter imaginem ceream in meam 
similitudinem tibi ferre, Factum est autem in crastinum, adveniente me- 
dico ad lucidendum, cum elevaret pannes, fuit inventus ita perfectissime 
iiberatus ac si nunquam aliquod malum ibi fuisset. Tune prsedictus con- 
versus, portans propriis manibus imaginem cereami ad locum veniti et 
dictuin miraculum déclara vit. 



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-.31- 

(Juidam ssdcutaris^ dum per viam transiret incaule, accidit ut ab uoO 
lapide percuterelur dosuper veuiente, a quo non mediocriler exslitit vul- 
neratus ; et cum sanguis multus iude exiret, lia ut capilli et infula iufun- 
derentur sanguine, sentiens ictom lapidis, valde doluit, et beatum Joachi- 
nuro, devotione qua potoit, invocavit. Et cum subito pro medîco missum 
esset, adveniente medico, nulium vestigium vulneris ibi repertum fuit, 
nisi caput cum infula sanguine craentatum. Tune liomo ille iafulam si- 
mul cum lapide ad ejus sepulcrum fecit suspendi, et imaginem ccream 
longiludinis suœ staturse porlavit. 

Senis, quidam puer sex annorum panem iu manu portabat, et per viam, 
ut pueri f aciunt, comedebat ; cui cum quidam canis obviasset, volui t pa- 
nem de manu pueri arripere. Puer autem, ad semanum letrahens, a cune 
tailler morsus fuit, ut unum de digitis manus simui cum pane abscinde- 
ret. Quod mater et pater pueri cémentes, postquam vulnus medicari fe- 
ccrunt, beatum Joachinum tota devotione cordis invocarunt. Secundaau- 
lem die, adveniente medico pro ipso curando, invenit dlgilum integrum 
noviter ibi natum. Nam primus totaliter erat abscissus. Tune cum lacri- 
mis ad tumulom ejus puerum adduxerunt, et ibi unum digitum argeuteum 
suspendi fecerunt. 

Rusticus quidam, cum per siivam Laci transiret, serpentem magnum et 
nigrum obviam tiabuit ; qui serpens, cum esset in média die, tempore 
sestus, valde elevato capile et audacler incedebat. Rusticus vero, acccplo 
baculo quem manu tenebat» serpentem super dorsum percussit. Al ser- 
pens super ruslicum se jactans, Ipsum crudeliter in crure momordit et in 
vulnus venenum infudit. Cum autem rusticus reverteretur ad domum, 

intumuit crus valde. Ipse autem devotionem acceperat in R. Joachim 

fit vovit se beato Joacbino, quod si eum lil>eraret, ferret sibi crus unum de 
cera, secondum possibilitalem quia pauper erat. Qui obdormiens vidit unum 
fratrem cam habitu Servorum, dieentem sibi ; Ostende milii crus tnum, 
ut illud sanem> quia ego sum sanctus Joachinus quem invocasti. Et cum 
tangeret eum, evigilavit seger a souino et invenit se perfectissime Iii>era- 
tum. Tune gratias Deo egitet quod voverat adimplevit. 

Domina qusedamuuicumfiiiumtrium annorum habebat, quem tenerrime 
diligebat. Cum autem ad ecclesiam vadens, fiiium dimitteret dormiente.ii 
in lecto, accidit ut ûiius evigilaret a somno et se soium inveniens ploraro 
cœpit. Et cum veilet de l^ctoexire, in terram cecidit,etbrachiumdextrum 
confregit. Mater vcro ab ecclesia revertens, cum intraret domum, audivit 
puerum plorantem, et currens ad eum invenit quasi semimortuum jacere 
in terra. Et cum elevaret eum et mitleret pro medico sicut decet, posi- 
tas est super lectum. Mater vero vovit beato Joacbino quod, si ûlinin 
ante reditum patris liberaret, imaginem longitudinis fiiii de cera sibi 
offerret. Secunda autem die, adveniente medico, ita brachium consolida- 
tum Inventum est ac si l»sio numquam ibi fuisset. 
Soldatus quidam, noraine Guillielmus, quando beatus Joachinus incœpii 



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-32- 

facere miracala, Senis erat ; sed cassatas cum sociis a commani Sena* 
rum, BoDonisB adstIpeDdium est receptos. Cum aulem esset Bononise, 
habebat quemdain equum magnum, cui difficiliter mittebatar frenum, et 
se calcibus et dentibus defendebat. Sed cum quadam die a sculifero fre- 
nari non posset, ipsemet frenum accepit. Squas autem, elevatis calci- 
bus, prœdictum Gulielmam in pectus percussit et quasi mortuam in terra 
dejecit. Veniens aulem medicus dixit quod plures de coatis pectoris erant 
confraclse. Soldatus vero recordatus fuit miraculorum beati Joacbini,qu9B 
viderat cum esset Senis. Et statim tota mentis devotione se vovit^ quod* 
si eum liberaret, equum et seipsum super equum in statua cerea suo al- 
tari faceret offerri. Qui statim meliorari incœpit, et in paucis diebus fuit 
perfectissime liberatus; et quod voverat sancto, Gdeliter adimplevit. 

In civitate Forolivii, cum quidam f rater noster miracula sancti Joachini 
in populo prsedicasset et devotionem magnam in eum populus concepis- 
set, accidit quod paucis post evolutis diebus hastiludium magnum fieret 
in platea communis. Sed cum quidam puerulus Yannorum, ad fenestram 
cum pluribus pueris ad videndum maneret, capite incaute et pueriliter 
inclinato, per fenestram capite verso in terram corruit ; cujus altitude a 
terra est fere bracbiorumXXX. Cum autem malli currerentad juvandum 
puerum, invenerunt eum super pedes suos tamqaam pennam unam levi- 
ter cecidisse. Mater vero pueri videns cadere (ilium, qui in alia fenestra 
erat, beatum Joachinum invocavit, quiafuerat ad prœdicationem, quando 
frater noster ejus miracula dixerat. Interrogatus vero puer qualiter se ha- 
béret, respondit : Beney quia quidam frater de Ordine Servorum, habens 
coronam valde lucidam in capite^ meipsum cadentem acceperat et leviter in 
terra super pedes meos posuerat. Tune dominus Jacobus, avus pueri, Deo 
devotus et homo ulique bonae famse, beatum Joachinum in tribus locis 
civitatis depingi soliemniter fecit, etimaginem ceream solidam Senis ante 
suum altare fecit suspendi. 

In comitatu Arelii quidam, nomine Bartholus, audierat de miraculis et 
vita beati Joachini, quia illis diebus Senis fuerat. Dam autem quandam 
arborem in quadam die incidere vellet, incaute securim elevans, super 
pedem sinistrum securi se percussit, et ita pedem fortiter laceravit quod 
asque ad terram vulnus per longitudinem pedis transiret. Sed cum poo- 
nam magnam in ictu percussionis sentiret, clamavit dicens : Sancte Joa- 
chine, adjuva me. Cum autem pararet asinumut ad civifatem accederet ut 
curaretur, sensit dolorem pedis totaliter recessisse ; et ponens pedem in 
terra, vidit quod se polerat Ormare super ipsum. Tune elevavit fasciam 
magnam, quamuxor sua ibi posuerat cum stuppa et albedine ovi. Et in- 
venit vulnus totaliter solidatum et perfecte sanatum ; sed remanserat ibi 
exutraque parte cicatriz, credo in signum miraculi. Tune ipse cum plu- 
ribus de contrata sua Senas venit, et fra tribus miraculum enarravit, et 
instrumentum publicum de hoc fratres iieri fecerunt, et ipse imaginem 
cruris cum pede de cera satis magnse slatur» anle ejus sepulcrum fecit 
appeudi. 



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- 33 — 

In civitate Florenllae, quidam nomine Lippus, de fralernifale ipsorum, 
videlicet ServorQm, erat ioferîu9 non raediocriter ruptus, ita ui infestina 
ad loca inferiora quasi omnia descendissent. Et cum dolorcs non roodicos 
sustineret, yovit se beato Joachino, quodsi ejus meritis llberarelur, yeniret 
pedibus nadis de Florentia usqoe Senas, et ibi poneret unam imaginem 
ceream suse longltudioîs, et sibi offerret uoum doplonum pro illuminando 
Corpore Christ!. Qui mane surgeas, se invenit perfeclissime liberatum, et 
illam infirmitatem ulterius non sensit, cura snperviveret ultra viginti annos. 
Unde et Senas nndis pedibus venit, et quod promisit fideliter adimplevit. 

In civitate Massse Marilimse erat quidara qui injuste captus, cum falso 
esset contra illum probatum, ad capilis truncationem judicatus erat. Cum 
autem yalde tristis in carcere perraaneret, eo quod sic inique esset dam- 
natus, yenil sibi in mentem beatus Joachinus, et hoc propter multa quss 
de ipso aadierat Senis. Et sic recordatus rairaculorum qusB audierat, se 
devotissime vovit, quod si meritis beati Joachini liberaretur a f ali morte 
et a carceribus, portaret ad ejus altare compedes et faceret fieri unum 
carceremdecera et imaginera saara intus. Elecce custodes de sero, somno 
grayati, carcerem apertura dimiserunt, et se dormitioni dederunt nutu 
Dei. Quod captivi cémentes, sine labore aliquo inde fugerunt, non solum 
ipse» sed et oranes alii. Tune ipse Senas pedibus nudis venit^ et compe- 
des per médium civitatis usque ad locum fratrum suis manibus tulit, et 
carcereliam de cera, sicut voverat, fieri fecit. 

XI. — Saint Josbph *. 

J. Lo Bréviaire romain a celte rubrique, au chapitre XXX des 
Rubricœ générales : <c Commemorationes communes seu suffragia 
de Sanctis, quse habentur in psalterio post vesperas sabbati, dicun- 
tur in fine vesperarum et laudum ». Il y en a cinq : de la croix, de 
la Sainte Vierge, des Saints apôtres Pierre et Paul , du patron et de 
la paix. Cette addition, après le Benedictus et le Magnificat , ne se 

1. Le Suffrage de S. Joseph, au xvi* siècle. Tulle, Crauffon, 1895, in-S» de 
7pag. Extr. du BtUletin de la Société des le tires, sciences etrarts de la Corrèze 
1895; tir. à part à 50 ex. — Comptes-rendus : Par M.Ledos, dans le Polybiblion 
t.LXXIV,p.l87. c Le mém'e ôrudit étudie,d*aprés les Heures gothiques exposées 
à Tulle par M. le chanoine Pau, le Suffrage de saint Joseph au XVI* siècle. Ce 
document, qui correspond à Tépoque où le culte du père nourricier de Notre 
Seigneur a commencé à se développer, valait assurément la peine d'être si 
gnalô, et les liturgistes sauront gré à Mt*" Barbier de Montault de l'avoir lire 
de l'oubli et de l'avoir si soigneusement étudié. Dans le répons, il nous semble- 
inadmissible de compter via pour une seule syllabe ; Taccent tonique s'y 
oppose. » Par M. de Camprémy dans V Enlumineur, 1895, p. 64 : « Le suffrage 
de S. Joseph est une étude très clairement faite et décrite, qui intéressera 
beaucoup nos lecteurs ». Par M" Battandier, dans les Analecla juris pontificii; 



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— 34 — 

fait qu*à des jours déterminés. Elle comporte une antienne^ un 
verset et une oraison. 

Voici, quant à Texpression propre, les définitions du Dictionnaire 
de Boiste : « Commémoration ou commémoraison , mémoire d'un 
saint , le jour de la fête d'un autre. » — « Mémoire , commémora- 
tion d'un saint.» — «Su^ra^e, prières, terme de liturgie. » 

Tout cela est vague et insuffisant. En effet, « prières » ne dit pas 
grand'chose à l'esprit, car le bréviaire n'est qu'un recueil de prières 
diverses, et le lexicologue oublie la forme et la place du suffrage. 

Mémoire est le terme courant, donné comme synonyme de com- 
mémoration; deux mots qui^en conséquence, se définissent l'un par 
l'autre. Êtes-vous réellement plus avancés^quand vous savez que la 
commémoration est une mémoire et la mémoire une commémoration ? 

La mémoire d'un saint a bien lieu « lo jour de la fête d'un autre »; 
c'est le cas de deux fêtes occurrenles , ce que la rubrique appelle 
« commemoratio alicujus festi occurrentis » ; celui qui est éliminé 
de l'office par un autre reparait seulement sous forme de mémoire. 
Mais ce n'est pas le seul cas ; il y a aussi les mémoires fixes, qui con- 
viennent à certains temps de Tannée et à certains rites inférieurs : 
« Âb octava Epiphanise usque ad dominicam Passionis exclusive et 
ab octava Peutecostes usque ad Âdventum exclusive, in dominicis, 

1895, p. 1054 : « Le savant liturgiste s*occupe du culte de St Joseph dans la 
liturgie et la dévotion privée, mais plus spécialement dans celle-ci. Il apporte 
en preuve do son antiquité un incunable du xvi* siècle, du diocèse de Tulle, 
qui contient, le jour de la fôte de ce saint, le 19 mars, une antienne, qui est 
un hymne à trois strophes, avec verset et oraison. Cette fôte n'était pas com- 
mune alors, car les heures si connues de Simon Vostre, imprimées en 1507, 
ne portent pas la fêle de ce saint, mais le document transcrit par M*' Barbier 
de Montaull prouve qu'elle commençait alors à s'introduire. Avant la prière, 
on lit cet avertissement en français : Quiconque dira, etc. Le dernier membre 
de phrase montre que la confiance que l'on place en ce grand saint pour faire 
réussir les affaires difficiles est ancienne et la continuité de cette dévotion 
prouve que l'événement Ta justifiée. Dans l'hymne en forme d'antienne qui 
précède l'oraison, S. Joseph est appelé virgo, ce qui est la tradition la plus 
généralement suivie, contre l'opinion de S. Hilaire. De plus, la Ste Vierge 
Marie y est appelée gerula^ c'est-à-dire porteuse; aussi nous voyons que dans 
la plupart dos anciennes représentations de la Vierge, à commencer par celles 
des catacombes, elle porte toujours son enfant, soit sur ses genoux, soit sur ses 
bras. Cependant» ou devrait voir dans quelques types d'oran/e, trouvés dans 
des peintures des catacombes ou des verres cimétériaux, le type de la Ste 
Vierge, bien qu'elle ne soit pas get-nla do son divin fils {Analectay p. 359, 
note), ce qui démontrerait que les figures de la Vierge seule ont, elles aussi, 
une haute antiquité. Citons enfin cette finale de l'antienne, qui contient une 
donnée historique et une prière : Cum securit etc. » 



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- 38 - 

feriis et festis, nisi officium sit duplex, vel infra octavas, etiarasi de 
dominica vel semiduplici iufra eas fiât ». 

Voilà donc le caractère du suffrage nettement établi d'après la li- 
turgie. Mais, au moyen âge, il y eut aussi les suffrages extra-litur- 
giques; correspondant à la dévotion privée. On les trouve plus ou 
moins nombreux dans les livres d'heures manuscrits ou imprimés 
et ils se réfèrent à ti*ois sources distinctes, suivant que la dévotion 
est générale, locale ou personnelle. 

Ce suffrage ne diffère pas de l'autre, son aîné, et, comme lui, il se 
récite en latin, langue avec laquelle les fidèles s'étaient familiarisés. 

2. Je vais en citer un exemple notable, extrait d'un incunable du 
XVI» siècle, qui appartient à M. le chanoine Pau et que j'appellerai, 
faute de titre spécial. Heures gothiques. Ce petit volume précieux, 
que j'ai feuilleté avec plaisir et profit, a figuré à l'Exposition rétros- 
pective de Tulle : il y a donc lieu de révéler une des curiosités 
pieuses qu'il contient. 

Je reproduis d'abord le texte intégralement; je le commenterai 
ensuite, pour montrer Tintérêt particulier qui s'y attache. 

Quiconque dira de bon cœur Toraison de Sainct Joseph, père nutritif de 
Nostre Seigneur Jésuchrist , 11 gaignera grans [pardons et parviendra au 
dessus de ses affaires. 

DB SAINGT JOSRPH, XIX DB BfABS. 

Antienne, 

Salve, Joseph, Salvatoris 
Sancte pater nomine, 
Locum tenens tune tutoris, 
Cum Maria conjuge : 
Virgo custos es uxoris , 
Yicem gerens gerule. 

Sponsus testis et pudoris, 
Sponse tante gratie, 
Ad te patrem putativum 
Dolens fundo gemitum 
Ut me factum abortivum 
Ad tutum ducas exitum. 

Cum securi, faber sancte, 
Excide in me vitium 
Ut sim lignum adoptivum, 
Ad celi ducas palatium. 



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— 36 - 

y, Orate pro nobis, Joseph et Maria. 

^. Ut ad celi gaudia fcstiDeraus in via. 

is. Deus, qui beatum Joseph pueri Jesti nutrilîum ac custodem 
gine desponsata delegare voluisti et sic per maritale consoitium 
ït legis opprobrium ipso s dcvitare voluisti ; concède ut quorum 
im agimus in terris ad illorum gloriam in celis pervenire valea- 
r Dorainum. 

culte de saint Joseph commence à se manifester d'une manière 
I au XV® siècle, la Renaissance Ta développé considérablement 
assigné une place définitive dans la dévotion. Le suffrage de 
cunable correspond à cette seconde phase. Il a son pendant, 
même forme , dans un livre d'heures manuscrit, aussi des 
du xvp siècle, d'origine angevine et que possède la biblio- 
publique de Poitiers : je Tai publié au tome IX de mes 
complètes, pages 370-371, qui donne des détails très cir- 
:;iés sur le culte du saint patriarche dans le passé, 
«raison de sainct Joseph », car tel est son titre dans Tincu- 
st précédée d'une rubrique, qui fait cette triple recomman- 
elle doit être récitée <r de bon cœur », c'est-à-dire avec piété 
ction, pour atteindre le but que Ton se propose; sa récita- 
raîne Tacquisition d'indulgences spéciales, de « grans par- 
comme on s'exprimait autrefois, car l'indulgence efface la 
je au péché, mais on oublie trop facilement de dire quels 
3t qui les a octroyés, ce qui permet de douter de leur authen- 
autant plus qu'ils ne sont indiqués nulle part ailleurs ou du 
le les ai-je pas encore rencontrés; enfin cette oraison vaut 
pour les personnes embarrassées dans leurs « affaires » et ce 
s à tort qu'on invoque saint Joseph dans ces circonstances 
), lui-même s'étant trouvé dans des phases analogues, comme 
te sur la vertu de la Vierge et la fuite en Egypte, où Dieu 
visiblement en aide. 

ie de saint Joseph^ après avoir quelque temps varié de date, 
elà au 19 mars, qui fut accepté par l'Église comme jour 
e jour-là, le suffrage devait ne pas être omis^ sans préjudice 
s de sa répétition selon l'occurrence, 
n tienne » revêt ici une forme particulière. Ce n'est pas l'an- 

son établisseaicnt à Senlis, on 1588, voir les Notes d'art et dCarchéo- 
5, p. 100. 



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- 37 — 

tienne proprement dite, comme dans les Heures de la Bibliothèque 
de Poitiers, mais une espèce d'hymne, dont le type procède du 
moyen âge, qui en est arrivé même à versifier toutes les parties 
d'un office, ainsi qu'en témoignent les Analecla hymnicamediiœvij 
si laborieusement et utilement compilés par le R. P. Brèves. Un ""^^ 
exemples les plus populaires est le répons de saint Bonaventu 
Si quœris miracula, qui forme Tantienne du Magnificat dans Tofl 
rimé de saint Antoine de Padoue. 

Cette petite hymne se compose de trois strophes; les deux p 
mières ont six vers et la troisième quatre seulement. Mais cette di 
sion n'est pas exacte et les assonnances n'en établissent que dei 
chacune de huit vers : il serait opportun de rétablir l'ordre norn 

Les vers sont assonnants. Dans la première strophe, les rimes s< 
entrecroisées et le rythme, basé sur l'accentuation, non sur la quî 
tité, est alternativement de huit et de sept pieds. 

La mesure est moins bien observée dans la seconde strophe, 
le quatrième et le sixième vers admettent à tort huit pieds, tan 
que le dernier en compte neuf. De plus , elle est monorime , mo 
un vers, le cinquième, qui va chercher sa rime trop haut. 

Le mot Sahe, placé au début, indique tout d'abord ce qu'on no 
mait un salut ou salutation dévote^ en s'adressant directement 
saint. 

Deux mots appellent notre attention : Viigo et gerule. Sa 
Joseph est le père putatif de l'Enfant Jésus, patcr nomine, n 
portant que le nom : il est le tuteur, « locum tenons tutoris, » 
Marie, son épouse, dont il a été constitué gardien, « custos, > viei 
lui-même, virgo, La virginité de saint Joseph, hardiment proc 
mée de nos jours, a été contestée dès les hautes époques du chi 
tianisme : en efiet, les Évangiles apocryphes, qui sont dépourvus 
toute autorité' canonique, sans pour cela manquer de valeur his 
rique, le disent père de plusieurs enfants cl veuf, lorsqu'il épousî 
Sainte Vierge. Saint Hilaire^ évêque de Poitiers, était de ce sei 
ment, tandis que Mïf' Pie, son successeur à longue dislance, é 
vait « le virginal époux de Marie ». Qui croire des deux? Evide 
ment le plus ancien^ qui devait, en cette qualité, être plus à poi 
d'être mieux informé et qui y ajoute les titres de saint et de docti 

GeruiOf c'est la porteuse : Marie a porté son fils dans ses bras 



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— 38 — 

c'est ainsi que toute la tradition la représente. Il a fallu l'esprit nou- 
veau^ qui souffle souvent par ignorance^ pour lui ôter son enfant 
ou le placer entre ses jambes. Gardons nos vieilles Saintes Vierges, 
telles qu'elles nous ont été transmises par les siècles antérieurs ; les 
modernes ne peuvent être qu'une exception, basée sur les appari- 
tions de la Médaille miraculeuse , de la Salette, de Lourdes. Quant 
à celle dlssoudun, elle a été ramenée par Rome au type primitif, 
dont il convient de ne pas s'écarter. La Maternité de Marie ne con- 
tredit pas, même aux yeux, son Immaculée Conception ; bien au 
contraire^ comme en témoigne l'oraison de son office, imposé à 
l'Eglise universelle, après la proclamation du dogme. 

Saint Joseph, au môme titre que Marie, fut porteur de l'Enfant 
Jésus. D'abord, il le prend par la main, comme le i*eprésente la 
statue du Musée de Langres, qui est du xvi« siècle ; puis, au siècle 
suivant, il le porte dans ses bras. L'iconographie contemporaine ne 
connaît guère d*autre type : on voit qu'elle a sa racine dans le passé. 

La fin est une prière. Après avoir redit les titres à la vénération, 
le dévot se retourne vers lui-même et, plein de confiance, il invo- 
que, lui avorton, ce abortivum, » la puissante intervention de saint 
Joseph pour obtenir une bonne mort, ce qu'on lui demande encore 
de nos jours : « Ad tutum ducas exitum. }> 

Saint Joseph a travaillé le bois, il passe pour avoir été charpen- 
tier et, comme tel, il tient la hache, instrument du métier. L'invo- 
cation finale s'adresse à l'ouvrier, « faber sancte,» et la hache prend 
tout d'un coup une intention symbolique : elle servira à retrancher, 
couper le vice, selon la parole de l'Évangile, qui montre la hache 
au pied de l'arbre stérile. L'arbre, une foTs débarrassé des branches 
pourries, n'a plus qu'un bois utile. Purgés de nos vices, nous de- 
venons ce « bois adoptif », qui ornera le palais du ciel^ « lignum 
adoptivum, » « ad celi palatium ». Ce symbolisme, qui n'est pas 
exagéré, fait plaisir à rencontrer à une époque aussi tardive que le 
xvie siècle. 

Le verset ne s'adresse jamais qu'au saint : ici, les deux époux sont 
associés et Marie n'est pas séparée de Joseph. La même pensée a 
inspiré les mémoires de l'époux qui se font aux fêtes de l'épouse, 
comme à celle des fiançailles. 

Suivant une autre pratique du moyen âge, le répons rime avec son 



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— 39 — 

verset. De la sorte on a deux vers de douze pieds et, pour ne pas 
en trouver quatorze, il importe de compter, dans gaudia et via, ia 
pour une seule syllabe, quoique ce soit singulièrement anormal. 
Peut-être le répons se compose-t-il de deux vers, chacun de sept 
pieds? 

L*oraison terminale unit encore les deux époux, dont elle rappelle 
Tassociation voulue par Dieu . En sorte que leur commune média- 
tion est un moyen efiScace de parvenir à la gloire dont ils jouissent 
dans les cieux. 

Le texteporte au verset nohis et au répons festinemus. Ce pluriel 
dénote que la prière est collective et empruntée à TofiSce de saint 
Joseph : reste à déterminer dans quel bréviaire elle figurait. 

L'oraison s'exprime aussi au pluriel, agimus, valeamus. L'intention 
est évidente et les deux parties du suffrage se tiennent. 

Si le suffrage eût été fait exclusivement pour la dévotion privée 
et individuelle, le texte se fût contenté du singulier : les livres 
d'heures sont sur ce point très précis. 

Le suffrage de saint Joseph que je viens d'analyser est peu de 
chose assurément dans l'histoire, encore à faire, de la sainte litur- 
gie ; mais, puisque je le rencontrais sur mon chemin, il était de 
mon devoir de faire pour lui ce que personne n'avait encore tenté, 
montrer quelle place honorable il tient parmi les documents an- 
ciens. 

XII. — St Nicolas *. 

Vie de saint Nicolas^ évêque de Myre^ patron de la Lorraine^ par 
Emile Badel ; Abbeville, Paillart, 1894, in-32 d'une feuille, avec 
de nombreuses vignettes. — Cette vie , bien racontée, deviendra 
vite populaire. Son illustration abondante en rehausse surtout la 
valeur ; toutefois, je lui ferai le reproche de n'avoir jamais nimbé 
les anges. Je signalerai également deux expressions qui ne sont 
pas canoniques : Saint Nicolas de Port est qualifié insigne église pa- 
tronale. Insigne ne peut se concéder que par le Saint-Siège et en- 
core à une collégiale seulement. Si saint Nicolas est réellement 
patron de la Lorraine (on ne cite aucun acte authentiquée l'appui), 
il ne s'ensuit pas que son église soit par cela même patronale, titre 

1. Dans le Pré/re, 1894, p. 1000. —Voir Œuvres, t. IX, pp. 386-397. 



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— 40 — 

absolument inusité. Je vois avec plaisir que ce pieux opuscule est 
muni de l'imprimatur de TOrdinaire, fait d'une extrême rareté en 
France. 

XIII. — Saint Phiuppe Néri *. 

Les livres illustrés ont grande vogue actuellement. Nous ne de- 
vons pas rester en retard à cet égard sur la librairie profane. Di- 
vers essais ont été tentés à plusieurs reprises et ils ont généralement 
réussi : telles sont les vies de la Sainte Vierge, de sainte Cécile, de 
saint François d'Assise, de saint Michel, de saint Martin et de saint 
Vincent de Paul. Continuons à suivre cette voie, qui offre de pré- 
cieuses ressources aux artistes et môme aux simples amateurs. 

Il est question, en ce moment, d'illustrer une vie de saint Philippe 
Néri, écrite par une dame française et Ton me fait l'honneur de me 
demander mon avis sur le mode de publication. J'applaudis de tout 
cœur à l'idée et je ferai tous mes efforts pour aider à sa réalisation. 
Le xvi* siècle est une grande époque pour l'art et saint Philippe a 
vécu à une date si rapprochée de nous que les documents ne font 
pas défaut : il y en a môme peut-être trop et il faudra faire un choix 
sévère parmi ceux que conservent avec un soin jaloux les Filippini 
de la C/iiesa nuova ^. On a là tout sous la main, ce qui facilite sin- 
gulièrement le travail. 

D'abord, nous avons le portrait du saint dans le magnifique ta- 
bleau du Guide qui surmonte son autel : il faudra y ajouter un des 
masques de cire moulés sur son visage après sa mort. 

Une vue d'ensemble de la chapelle s'impose, avec un détail pour 
l'autel 011 il repose. 

Plusieurs lettres autographes donneront son écriture et sa signa- 
ture à diverses époques. Une étude graphologique ne pourra qu'in- 
téresbcrlcs lecteurs. 

Parmi les objets de la dévotion personnelle, voici un crucifix, un 
reliquaire donné par saint Charles Borromée, une Madone peinte sur 
bois, un triptyque, que saint Philippe portait dans ses visites aux ma- 
lades, son chapelet et une image coloriée par sainte Madeleine de Pazzi. 

1. Ulmlration de la vie de SI Philippe Névi, dans le Prêtre ^ 1894, pp. 706-707. 

2. A l'occasion du SO* centenaire de S. Philippe, la Vera Romat 1895, n« 22, 
p. 4, donne la liste des reliques, d'après mon Année liturgique et la Correspond 
dance de Rome, mais sans me citer : le journal est rédigé en italien, la citation 
seule est en français. Je proteste contre ce plagiat, un peu trop sans gêne. 



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— 41 — 

Le service ecclésiastique comporte un calice, la clochette qu'on 
sonnait à sa messe, un bénitier^ une chasuble, un conTessionnal 

A la vie privée se rapportent une armoire, un banc, un lit, i 
chaufferette, des lunettes, une montre, un siège de bois, la porte 
sa chambre, une tasse, une cuiller. 

De ses vêtements, il reste des bas, un gilet, deux caleçons, i 
ceinture de soie, des chaussons, des pantoufles, un bonnet de m 

Pour le placer dans son milieu, on lui adjoindi'a le cardinal ] 
ronio et le célèbre compositeur Palestrina, qu'il a encouragés à 
science. 

Sa canonisation sera rappelée par la statue de marbre élevée d 
la basilique de Saint-Pierre et la médaille frappée par Grégoire 
à cette occasion en 1622. On no peut oublier non plus la statue ( 
lui érigea à Bénévent le cardinal Orsini, préservé de la mort par i 
intercession au milieu des ruines de son archevêché à la suite d 
tremblement de terre. 

Dans les édifices publics on trouverait quelques bons tableaun 
maîtres, dignes d'être reproduits : j'en ai donné la liste dans 
Musées et Galeries de Borne. 

Enfin, une place doit être faite, dans cette revue générale, à 
glise de La Vallicella qu'il fit reconstruire, à la Madone qu'on y 
nère et à l'amphithéâtre des jardins de S. Onuphre, où il réunis 
les enfants pour les instruire et leur faire chanter des cantiquei 

XIV.— S. Pierre i. 

Le Musée Fol, à Genève, possède un fragment de verre doré, 
est ainsi décrit par son fondateur dans Choix d'intailles et de can 
antiques, Genève, 1876, t. II, p. 26S, et figuré pi. LXVII, n^ 
« Diamètre : 32 c. Style chrétien. Fond de calice, tête de S. Pi 
et de S. Paul de profil, avec l'auréole; devant les saints on vc 
(pax) croisé avec les clefs formant X,en dessous û allongé et en( 
en dessous D N (Dominus Noster) I C [Jésus Christus); le tout 
doré entre deux feuilles minces de verre opalin, entouré é 
bourrelet de verre bleu saphir ». 

La gravure, quoique assez imparfaite, rend mieux compte 
l'objet, qui serait un de ces médaillons d'or historié qui ornaienl 

l. Dans la Revue de l'Art chrétien, 1895. 



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— 42 - 

patènes eucharistiques de verre bleu : mais je ferai observer que 
plus ordinairement les médaillons se détachent en bleu et non en 
blanc sur le fond dans lequel ils sont incrustés. Si le fragment est 
authentique, il faudrait corriger « fond de calice » et lui assigner 
comme date environ le iv« siècle, plutôt avancé. 

Les deux têtes, chevelues et barbues, n'offrent pas de caractéris- 
tique assez accusée pour pouvoir distinguer les apôtres Tun de 
l'autre; de plus, elles ne sont pas en regard, mais à peu près su- 
perposées et de profil, tournées à gauche, celle du spectateur. Cette 
disposition me parait suspecte, d autant plus que le nimbe, bandeau 
zigzagué, forme comme un ovale au-dessus de la tête, au lieu de 
l'entourer. Au iv« siècle, ce nimbe ferait exception ; quant à sa for- 
me en perspective, elle n'est autre que celle adoptée par la renais- 
sance. 

Le chrismc, composé des deux lettres X P, est si connu que je 
m'étonne de voir l'initiale traduite Pax et la seconde lettre con- 
vertie en deux clefs mises en sautoir. Or, il n'y a pas ombre de 
clefs, qui feraient ici allusion au pouvoir de S. Pierre. L'oméga^ 
qui appellerait aussitôt Yalpha dont il n'est jamais séparé, n'est 
pas, en réalité, une lettre grecque, mais un de ces signes d'abré- 
viation que l'on dit arqué à cause de sa forme particulière. L'ins- 
cription est à rebours, comme sur un sceau. J'y vois donc sur 
trois plans, de haut en bas : le chrisme ^, puis N D et enfin 
I C. Il faut alors lire, soit Xpistus Dominus lesucy soit Jesuc Domi^ 
nus Xpistus. D N ne donne pas deux initiales et, comme il n'y a 
qu'un mot, la contraction est indiquée par le sigle. De même IC ne 
formerait pas deux mots, mais un seul, conformément au mono- 
gramme grec, dont l'origine et les transformations sont très con- 
nues des archéologues. Mais la composition est encore là non moins 
insolite. Aussi je considrre ce fragment de verre comme apocryphe 
et l'œuvre d'un faussaire. Il est essentiel de ne pas laisser accréditer 
une erreur, qui se couvre de l'importance du Musée Genevois et 
de la notoriété de son fondateur. 

XV. — Rectifications. 
1 *. Le Manuscrit (n** de juin 1894) contient trois descriptions de 
1. Dsinsi A Corresp.hist. et arch.p 1894, pp. 251-252. 



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- 43 — 

miniatures, qui me paraissent inexactes chacune sur un point: 
« La danse d'Hérodiade, dans un intérieur. — La tête de S. Jean- 
Baptiste remise par le bourreau à Hérodiade » (page 90). Hé- 
rodiade est la mère et Salomé la fille. C'est Salomé qui a dansé de- 
vant Hérode et reçu la tête coupée. 

(( Un saint pape écrivant sous l'inspiration du S. Esprit » (p. 91). 
Cette iconographie est propre à S. Grégoire-Ie-Grand. 

« Le roi Louis XI, sous la figure de S. Marc, Tévangéliste, pei- 
gnant le portrait de sa fille en grand costume de dame de TAnnon- 
ciade et tenant dans ses bras TEnfant Jésus » (p. 97). L'évangéliste 
S. Luc a seul pourtraicturé la Vierge, témoin le beau tableau de 
Raphaël, â TAcadémie de S. Luc, à Rome. 

2 *. Un tombeau roman à effigie vient d*être découvert à Bruay, 
près Valenciennes. Au-dessus du cénotaphe, en enlevant des décom- 
bres, M. le curé a trouvé trois petits vases en terre cuite, à anse 
double, de 7 à 8 centimètres de haut. L'un de ces vases était recou- 
vert de vernis rouge et verdàtre que Ton trouve sur les poteries les 
plus grossières, et les deux autres d'une couche blanchâtre très 
friable, provenant sans doute d'un émail jaune dont on les avait 
décorés; ces deux derniers vases sont ornés de rinceaux du xi* ou 
xn® siècle. « La présence des trois petits vases semble indiquer une 
vénération, un culte » {Rev, de l'art chrétien^ 1894, p. 298). 
Culte y c'est trop dire; je n'y vois que la trace d'une coutume li- 
turgique de ce temps, parfaitement justifiée par l'abbé Cochet : ce 
sont les vases où fumait l'encens autour du corps et qu'après la 
cérémonie funèbre on déposait dans la fosse ou le sarcophage. 

3 *. Les titres constituent un privilège : il faut donc ne les em- 
ployer qu'à bon escient. Un journal religieux parlait dernièrement 
delà « cathédrale de Monza» et de la «c basilique de Saint-Louis-des- 
Français. » II y a là une double erreur. Saint-Louis^ simple église 
nationale, n'a jamais été et n'est pas basilique dans les deux accep- 
tions du mot : son plan, quoique à trois nefs, n'est nullement basili- 
calj comme sont encore à Rome Sainte-Agnès-hors-les-Murs et les 
Quatre-Couronnés dont l'architecture n'a pas été dénaturée, ainsi 
qu'on le voit à tant d'autres édifices, par exemple Saint-Jean-de-La- 

1. Dans la Corresp. hist, et arch., 1894, p. 354. 

2. Qualificatifs d'église, dans la Corresp. hist, et arch., 1894, p. 279. 



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— 44 — 

tran et Sainte-Cécile. A Rome, les basiliques sont de deux sortes^ 
majeures et mineures; Saint-Louis n'appartient à aucune de ces 
catégories. 

L'église Saint-Jean-Baptiste, bâtie par |la reine Théodelinde, n'a 
jamais été érigée en cathédrale ; elle relève directement du siège ar- 
chiépiscopal de Milan. Elle était collégiale, c'est-à-dire desservie par 
un collège de chanoines. Je dis était, car la collégiale, supprimée en 
droit par le gouvernement piémontais, s'éteint graduellement; il ne 
reste plus actuellement que deux chanoines. Or, d'après l'axiome, 
très faciunt capitulum, il n'y a donc plus de chapitre. 

4 *. On lit dans l'Ami du clergé paroissial, 1894, p. 443 : « A 
l'époque où le baptême se conférait par immersion, les baptistères 
formaient un édifice à part, mis sous le patronage de saint Jean- 
Baptiste ; c'était (sic) des monuments remarquables par la richesse 
et le luxe de leurs décorations. On peut en juger encore par les 
baptistères de Sain t-Jean-de-La tran à Rome,, de Milan et de Pise. » 

Cette nomenclature n'est ni complète ni exacte. D'autres baptis- 
tères italiens peuvent revendiquer l'honneur d'être mentionnés ici : 
tels sont ceux de Florence et de Parme. Milan n'a pas de baptistère 
distinct du dôme. 

5 K II vaut mieux laisser le nom en italien, quand on ne lui 
trouve pas un équivalent en français, que de forger un mot nou- 
veau. Rubis de balasso est tout simplement un rubis balai. Floriere 
se traduit /oMmer. Bottilier est calqué sur bottiglierey mais le dic- 
tionnaire a bouleiller, Grembial, imité de grembiale, se dit liturgi- 
quement grémiaLm Pour/^ropme», est ici pour étrennes, pourboire, 
qui se dit en italien propina, « Six étuis pour le missel, les livres 
des évangiles, l'épistolaire et le Rituel »> : on parlerait correctement 
en écrivant housses, couverture d'étoffe des livres liturgiques, dont 
deux sont dénommés par la tradition évangéliaire et épistolier, 
« Jean de Faconde, n*est pas exact : Johannes a sancto Facundo se 
traduit ordinairement Jean de Saint- facond ou Jean de Sahagun. 
Ces petites erreurs se relèvent dans lesAnalecta ecclesiastica, livrai- 
son de septembre, pages 357, 358, 389. 

6 3. « Derrière lui (S. Bernard) sont S. Bartholomé et S. Jean. — 

1. Baptistères d* Italie, dans la Corr. hist. et arch., 1894, p. 339. 

2. Traductions, Ibid., 1693, pp, 216, 217. 

3. Néologisme, Ibid,, 1895, p. 216. 



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- 46 - 

« Je citerai aussi un beau S. Bartholomé ». {Noies d'art, n^ d'octo- 
bre, pp. 156, 158). 

Bartholomé dérive évidemment du latin BartholomœuSy qui a 
produit l'ilalien Bartolomeo. Eu français, on a toujours dit Bar- 
thélémy, Y avait-il lieu d'écrire autrement? Je ne le pense pas : un 
néologisme n'est opportun que quand la tradition ne fournit pas 
le mot nécessaire au langage [ou qu'il y a avantage réel à modifier 
l'acception reçue. 

XVI. — S. Ange gardien. 

1. M. le baron de Rivières m'écrit d'Albi, le 23 juin 1895 : 

MoNSBiGNBUB, DaD8 le tome X de vos Œ!avres,que vous avez envoyé à la 
Société archéologique du Midi, vous parlez des anges gardiens et aux 
pages 298 et 299, vous citez l'article du Monde de M. d*Azambuja. 

A ce sujet-là, je vous dirai que, dans tout le Midi de la France, notam- 
ment dans le Haut «Languedoc, les gens de la campagne qui parlent patois, 
quand ils se rencontrent, se saluent par ces mots : Adiisias amay la coum- 
pagno; traduction littérale : A Dieu soyez et votre compagnon, traduction 
libre : Bonjour à vous et à Cange gardien (votre compagnon). 

Des gens superficiels ont cru que cela voulait dire Bonjour vous et la 
compagnie. Mais le sens réel est celui que je vous ai donné plus haut. 
Je ne passe pas de semaine, quand je suis à Rivières, sans entendre cette 
formule de salut qu*on m^adresse lorsque je rencontre un paysan. Et je 
réponds de même : Adissias, Mais ce mot Adissias a été détourné de son 
sens primitif, et quand on prend congé de quelqu*un, on lui dit : Adissias, 
absolument comme en français on dit bonjour pour prendre congé. Le 
mot Adissias est formé des trois mots : A Diou^ifis, A Dieu soyez. 11 se 
trouve dans le Trésor du Félibrige, dictionnaire romano-f rançais, publié 
il y a quelques années ^ et composé par le poète Mistral. 

J*ai pansé que cette digression vous intéresserait. 

2. Le P. Brèves, dans les Analecta hymnica medii œvi, 17® fas- 
cicule, pp. 40-43, a reproduit l'office du S. Ange gardien, d'après le 
Bréviaire de yalence,en Espagne, imprimé à Venise,en 1489, à Sa- 
ragosse,en 1503 et à Valence en 1533. Je le lui emprunte pour com- 
pléter ce que j'ai dit de cette dévotion dans le volume précédent. 

i. Aix on Provence, Remondit-Aubin, 2 vol. in-fol., t. !•'. 



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46 — 



De sancto Angelo custode. 
In I Vesperis, Super psalmos Antiphona 
Plaude, regnum ; gaude, Yalentia, Sarsum tendant oculi 



Comitata duce angelico ; 
Offer Deo cordis frequentia 
Laudes promplas devoto canlico; 
Sed non desis, tu, Gatalonia, 
Defeusata ense cherubico ; 
Fange, pro me pro nostro Angelo 
Invitata, tu, Aragonia. 

^. Soiis adspersa radiis 
Tellus gaudet, ex sethere 
Gum nobis missis angelis 
Deus cessât a verbere ; 
Cuncta succedunt prospère 
Sub cura tanti principis. 
f, Deus nobis dédit in vespere 
PrsBsideatem custodem hominis. 
Ad Magnificat A. 

Transit custos ad vailem flentium, 
Dux ad plebem, princeps ad popu- 

[lum, 
Gonsolatur luctum gementium, 
Gaudent urbes per suum Angelum. 
Ad Completorium. Super psalmos A. 

patriarche populi. 
Qui curam geris hominum, 
Ad te suspirant famulî 
Quos premit culpa criminum ; 
Funde preces ad Dominum 
More custodis Angeli. 

Ad Nunc dimittis. A, 

Ghristus lapis, verus Deus, 
Supponatur caplli ; 
Somnus noctis ne sit reus, 
Adsil lucla Angeli ; 

1. Le Breviarium Ordinis SS, Trinitalis, imprimé à Valence en 1519. donne 
cette variante : 

Immolandom Abrahœ filiara 
Oeu« jabot per 6uam Angelam, 
Sed rerooat pracepiam positom, 
Dam pertnanet ûxam coosiliura. 
y . Ad h{BO peter exemit gUdium, 
FodU oianiu ad uati jugulam. 



Ad locum montis Garmeli, 
Ubi ni! aliud est quam 
Domus Dei, porta cœli. 

Ad Matulinum. Inviîatorium. 

Adsunt custodis Angeli 
Regni nostri solemnia, 
Devotione vigili 
Laudes promat Ëcclesia. 
In 4 nocturno antiphonw, 
i . Gustos forlis et providus, 
Datus pro seule populi, 
Quo justas fit intrepidus, 
Plectit coronam homini. 

2. Servat amicitiam 
Homini prœlatus. 
Impetrat munditiam 
Angélus beatus. 

3. Gonfidenter agimus 
Sub tanto patrono, 

Per quem vitam trahimus 
De cœlesti throno. 
Responsoria. 

1. Gastra movens per suum Ange- 

[lum, 
Trahit Deus subjectum populum, 
P^octe portât accensura cereum 

Per lier devium. 
f. Miles insequitur, 
Mare dividitur, 
Pharao mergitur, 
Populus graditur. 

2. 1 Timet, tremil Elias fugiens. 
Dormit, adest custos subveniens, 



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47 - 

Ad instantem exitum, 

Prohibentem ne tepeseat 

Intra fines urbium. 

^ , Trahit secum paucos damans, 

Civitatis culpam damnans 

Provocantem Dominum. 

In 3 nocturno. X.diphonœ, 

i . Hevelavit Deus 

Grande mysterium, 

De supernis loquens 

Per suum Angelum. 

2. VerbaDei nuntiat 
Fidei ad lumen, 
Sic a morte revocal 
Giadii acumen. 

3. Civitatis oslia 
Angélus custodit, 
Ne subintrent odia 
Murum anteponit. 
Responsoria, 

1. Scalam videt tangentem superos 
Scandentes et descendentes augelos, 
Deum cernit cum levât oculos 

Jacob innoxios. 
f . Sed constringente brachio 
Coniuctatur cum Angelo. 

2. OlBpem miram, quam dedisti 
Urbem banc incolentibus, 
Cum Angelum statuisti 
Prœsidentem civibus 1 
Impie, Deus, quod dixisti, 
Indulgens peccatoribus. 
^. Qui sic mundum dilexisli 
Ut traderetur Filius 
Et custodem transmisisti 
Dedicatum mortalibus. 

Yerbeta ^ 

lndulge,cu8tos, et défende populum 
Semperque intercède pro nobis ad 
[Dominum, 
Prece sedula Deum nobis plaça, 

1. Cette prose est tirée d'un manuscrit du xvi* siècle, au séminaire de Gi- 
roue. 



Cibum affert, somnum excutiens 

Et viam dirigens. 
j^. Surge, mande et perge protinus 
Montem pelé, hœc ait Aogelus. 
3. Viam vitse pergens diluculo, 
Vir Tobias cum lucis Angelo ; 
Manet pater csecos in clanculo, 

InniteDS baculo, 

Magnus in populo. 
j^ . Decoratus patri reducitur, 
Excsscatus lumini traditur. 
In 2 nocturno Antiphonœ, 

1 . In hujus maris tluctibus 
Et procellarum flatibus 
Exstinguit ensem igneum 
Deus per suum Angelum. 

2. Trahit ad robur animi 
Tutela sancti Angeli, 
Datur virtus conamini 
Et venia piaculi* 

3. Exardescit ira cum gladio, 
Ëxpavescit rex coram angelo. 
Sic tepescit peslis in populo. 
Responsoria, 

i . In f ornacis ligati medio, 
Sidrach, Misach,8anctus Abdenago, 
Descendenle ad ipsos Angelo, 
Irroranlur dulcore nimio. 
f, Torquet flamma Chaldseos de- 
[vorans, 
Mulcet sanctos ad laudem provo- 

[cans. 

2. Peslis dévorât populum 
Régis David pro scelere, 
Furentem videt Angelum 
Rex ferientemaspere. 

j^. Ait David : corde condoleo; 
Statim ad haec parciiur gladio. 

3. Dam sequentem Loth expectal 
Suadentem Angelum, 
Impellentem mox prospectât 



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— 48 — 



Kxpurga noslra corda a commissa 

[culpa, 
Ut merearaur habere gratiam 
Et (ecum possidere aeternam glo- 

[riam, 
Ubi semper tecam dicamas 
Te Deum laudamue. 
Jn Laudibus. Antiphonœ, 
i. Pugil noster Angelas 
Draconem prostravit, 
Concrepemus vocibus: 
DomÎDUS regnavit. 

2. Offert prœsul hostiam, 
Sperate in eo, 

Ad nostri custodiam, 
Jubilate Deo. 

3. Te ad laudem excitât 
Gustos ne sis reas, 
Tecnm corde jubilât : 
Deus, Deus meus. 

4. Aile prseco clamilat : 
Ad cœlum prospicite 

Et vox de cœlo promicat : 
Deo benedicite. 

5. Tonat in cœlestibas, 
Omnes properate 
Custos noster Angélus : 
Dominum laudate. 

Ad Beneâictus A. 

Prœsul, custosy tutor sanclissime, 
(Jrbem istam serva tutissime; 
Inimicum pelle, fortissime, 
Pestem cunctam sana, piissime. 
Ad Horas Antiphonœ. 
Ad Primam, 

Audi preces supplicis 
Angeli beati ; 
Confer, Deus, servulis 
Sint immaculati. 
Ad Tertiam. 

Serva, pastor ovium, 
Regni hujus gregem, 



Qui per sanctum Angelam 
Tuam pandis legem. 
Ad Sextam, 

Fove quo per Augelum 
Popiilus profecit, 
Qui sequendo invium 
in roultis defecit. 
Ad Nonam. 

Plantent mentis hortulum 
Tui credibiiia 

Qui per sanctum Angelum 
Facis mirabilia. 
Jn Vesperis. Antiphonœ, 
i. Adest dies lucidus, 
Quo plebs grafulatur ; 
Aquam movet Angélus, 
Languidus curatur. 
2. Purgat labia calculo 
Prophefœ tacentis 
Deus, misso Angelo 
Ad salutem gentis. 
3* Portât pium Lazarum 
Ad sinum cœlorum 
Et cœleste gaudium 
Chorus Angelorum. 

4. Laudant Deum pueruli 
Christo adhserentes, 
Horum sancti Angeli 
Deum sunt videntes. 

5. Adstant piures Angeli 
Thronum circumdantes, 
Digna vota populi 

Deo prsesentantes. 
Ad Magnificat A. 

virtus debilium, 
Splendor castitatis, 
ductor humilium, 
Décor puritalis, 
princeps nobilium, 
Ardor caritatis, 
Bcala sublimium. 
Nos junge bealis. 



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- 49 — 

XVII. — Sainte Syre *. 

Si j'avais un conseil à donner à H. le chanoine Pau, qui ne m*en 
demande pas, je lui dirais : ce Vous avez exposé à Tulle une série 
d'objets liturgiques, qui m'ont* fort intéressé et que J'ai cherché à 
faire connaître en détail^ ici-môme; mais les expositions sont fugi- 
tives et n'apprennent pas tout. Je suis persuadé que vous avez autre 
chose encore dans votre collection. Rédigez-nous du tout un cata- 
logue descriptif, qui restera comme document et instruira ceux qui 
ont besoin, à divers titres, d'y recourir. Ces inventaires ne sont 
pas assez fréquents et beaucoup d'objets utiles à connaître échap- 
pent ainsi aux studieux. » 

Je reviens volontiers sur les Heures gothiques, imprimées au 
xvi» siècle et dont j'ai déjà présenté deux extraits, à propos de la 
Sainte Face et de Saint Joseph. Je vais lui emprunter aujourd'hui 
r « Oraison deSaincte Syre ». 

Le texte est double. Le premier est en vers français et le second 
en vers latins. 

La pièce française compte trente-six vers, de huit pieds chacun, 
dont les rîmes se suivent ou sont alternées. Sainte Syre est féconde 
en ce miracles merveilleux » : on lui demande, entre autres, la gué- 
rlson de la ce gravelle » et de la « pierre ». 

La pièce latine, plus courte, n'a que dix-huit vers, de huit pieds. 
On y apprend que Sainte Syre, fille du roi d'Ecosse, était sœur de 
Saint Fiacre, qu'elle resta vierge et que la « Champagne » possède 
son a tombeau » très fréquenté. L'oraison finale, très explicite, in- 
forme que Sainte Syre rend la santé aux a herniaires » et à ceux 
qui sont affligés de « ruptures », de a calculs » et de a diverses 
infirmités » \ 

1. Voraison de Sainte Syre, Tulle, Grauffon, 1895, in-S, de 3 pag. Extr. du 
Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de la Corrèze^ tir. k part à 
50 ex. 

2, Le Dictionnaire hagiographique de l'Encyclopédie théologique de M igné 
distingue trois saintes du môme nom : 

« Sainte Sire, Sira, martyre en Perse sous Gosroés I, souffrit vers le milieu 
du VI* siècle. — 28 février. 

« Sainte Syrie ou Syre, Syrta, martyre à Troyes, était une dame illustre de 
celte ville, qui fut une des premières à se convertir au christianisme, lorsque 
TEvangile y fut annoncé. 11 est probable qu'elle souffrit sous le président 



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- 50 - 



Oraison de Saincte Syre, 



glorieuse darae pucelle, 
Saincte Syre, de Dieu ancelle; 
Pleine de paix et de concorde, 
De doulceur el de miser! cor de 
Dévotement je le requîer 
De cueur enclin et te supplie 
Qu*ii te plaise de nettoyer 
Mon corps de toute maladie, 
Afin que puisse te prier 
Et en priant ton nom louer, 
Car tu es de louange digne 
Et de maladie médecine^ 
Par tes vertuz et sainctetez 
De reins pierres grosses et dures 
Sont boutés hors et déjectez 
De toutes povres créatures 
Et gravelle pareillement, 
Donlce dame, tu fais yssir 
De maintes gens incontinent 
Voulans de cueur toy requérir. 
Aussi plusieurs vont démonstrec 
Autres miracles merveilleux 
De jour en jour et exaucez, 
Où repose ton corps précieux. 
Vierge plaisante et gracieuse, 
Très humblement je le requîer 
Que de mon âme sois curieuse 
Quand du corps la faudra vuider 



Et pour moy veuillez deprier * 
Le roy des cieulx et requérir 
Que icelle puisse purger 
Et tout plaisir mondain fuir 
Et me impétrer par ta bonté 
Que avec toy puisse à la fin 
Venir Dieu, qui est plein de bonté 
En la glorequi est sanstin.Amen^. 

De Sancla Syria ant. * 
Syria, vlrgo pura, 
Régis Scolie fi lia, ^ 
Sancii Fiacri ^ soror, 
Tu es Stella eximia, 
Prefulgens virginum gemma. 
Campanie laus et honor, 
Ad sepulchrum confugiunt 
Tuum populi et sumuot 
Sanclitatis remedium. 
Omnium plena virtulam, 
Medicina egrotorum, 
Fer miseris auxilium. 
Prepotens in miraculis, 
Omnibus anxiliatrix, 
Sis infîrmis advocata. 
Sis cunctis démens et pia 
In corpore et anima 
Ut possideamus régna. Amen. 
j^. Ora pro nobis, beala Syrya. 
^. Ut digni, etc. 



Oremus, Omnipotens sempiternc Deus, qui benefîciis béate Syrie, Vir- 
ginia tue, herniosis, ruplis, calculosiset adiversis infirmitalibus deteutis 
sanitatem preslas, quesumus ut quicumque eam cum devotione implo- 
rant, puritatem mentis et corporis te impetrasse sentiant et letentur. Per 
Dominum, etc. 

Rictioyare, vers l'an 287. Son chef est à Paris, dans l'église de Saint-Merry. 
— 8 juin. 

a Sainte Syre, 5.yra, vierge, était sœur de Saint Fiacre et flDrissait dans le 
vu» siècle. Elle est honorée dans le diocèse do Meaux. » 

Lo P. Cahier, dans ses Caractéristiques des Saints, en mentionne quatre : 
Sainte Sire de Brie, invoquée pour la gravelle; Sainte Siro de Champagne, 
^yre, Syria ; Sainte Sire d'Iriande ; Sainte Sire de Perse. 

1. Il faut retrancher et pour retrouver la mesure. 

2. Du latin deprecari, 

3. On remarquera cette conclusion latine. 

4. Anttphona. Le texte latin prend la forme du suffrago, qui se compose 
d'une antienne, d'un verset et dune oraison, 

5. Le rythme exige Fiacrii, 



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XVIII. — S. HlLAlRE. 

L*Antiphonaire de Bangor, qui date de la fin du vn^siècle et est con- 
servé à VAmbrosiana de Milan,contient,sous le nom deS.Hilaire,évê 
que de Poitiers, une hymne liturgique, racontant la vie du Christ; 
il importe de la reproduire, parce qu'elle est peu connue, et de la 
commenter, pour montrer dans quels rapports elle se trouve avec 
Ticonographie primitive. 

Uymnus Sancti Hilarii de Christo. 
1. HymDum dicat turba fratrum, Fertur infans occulendus 
Hymnam cantus personet ; Nili flumen quo fluit ; 

Christo régi concinentes, 10. Quis refertur post Uerodem 



Laudes demus débitas. 
3. Ta Dei de corde verbum. 
Tu via, tu Veritas, 
Jesse virga tu vocaris, 
Te leonem legimus. 

3. Dextra Patris, mons et agnus, 
Angularis tu lapis, 
Spoosus idem vel columba, 
Flamma, pastor, Janua. 

4. In prophetis inveniris, 
Nostro natus sseculo ; 
Ante ssecla tu fuisti, 
Factor priml sseculi. 

5. Factor cœli> terra factor, 
Congregator ta maris> 
Onmiumque ta creator 
QusB Pater nasci jabet. 

6. Virginls receptus membris, 
Gabriele Duutio, 

Crescit alvos proie sancta. 
Nos monemur credere. 

7. Rem novam nec ante vlsam 
Virginem puerperam. 
Tune Magi stellam secuti 
Primi adorant parvulam. 

8. Offerentes thus et aurum, 
Digna régi munera ; 

Mox Herodi nuntiatum, 
In videos potenti», 

9. Tum jubet parvos necari, 
Tarbam fecit martyrum, 



Nutriendas Nazareth; 
Multa parvas, multa adultus 
Signa facit cœlitus, 
14 . Quae latent et quse leguntur 
Coram multis testibus, 
Prsedicans céleste regnum 
Dicta faclis approbat. 

12. Débiles fecit vigere, 
Cœcos luce illuminât, 
Verbis purgat leprse morbum, 
Morluos ressuscitât. 

13. Vinum quod deerat hydriis 
Mutari aqua jubet, 

Nuptiis mero retentis 
Propinato populo. 

14. Pane quino, pisce bino, 
Quinque pascit millia, 
Refectis fragmenta cœnse 
Ter quaternis corbibus. 

15. Turba ex omni discumbente 
Jagem iaudem pertulit; 
Duodecim viros probavit 
Per quos vita discitur. 

16. Ëx quibus unus invenitur 
Christi Judas traditor, 
Instruuntur niissi ab Anna 
Proditoris osculo. 

17. Innocens captus tenetur 
Nec repugnans ducitur, 
Sistitur falsis, grassantur 
0£ferentes Pontio. 



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K2 — 



18. Discuiit objecta prœses, 
Nallum crimeo invenit/, 
Sed cutn turba Judeorum 
Pro salule Csesaris 

19. Dicerent Ghristum negandum^ 
Turbis sanclus traditar, 

Impiis verbis grassantur, 
Sputa, flagra sustinet. 

20. Scandere crucem jubelur 
loDOceDs pro noxiis, 
Morte carnis quam gerebat 
Mortetn vieil omnium. 

21. Tum Deam clamore magno 
Patrem peudens invocat, 
Mors secuta membra Gbristi 
Laxat stricla vincula. 

22. Yela templi scUsa pendeot, 
Nox obscurat saeculum, 
Excitant ar de sepalchris 
Dudum ciausa corpora. 

23. Affult Josepb beatus ; 
Corpus myrrha perlitum, 
Linteo rudi ligatum 
Cum dolore condidit. 

24. Milites servare corpus 
Annas princeps prœcipil 
Ut videret si probarel 
Christus quod spopooderat. 

25. Angelum Dei trementes^ 
Veste amictum candida, 
Qui candore claritatis 
Vellus vicit sericum. 

26. Demovit saxum sepulchro 
Surgens Gbristus in léger. 
Hsec vidit JudH)a mendax, 
HsBC negal cum videril. 

27. Femin» primum monentur 
Sal valorem vivere, 

Quas salutal ipse mœstas, 
Complet tristes gaudio. 



28. Seqae a mortuis patema 
Suscitatum dextera 
Tertia die redisse 

N un liai apostoiis. 

29. Mox videlur a bealis 
Quos probavit fratribus, 
Quod redisset ambigentes, 
Intrat clausis januis. 

30. Dat docens prœcepta legis, 
Dat divin u m spiritum ; 
Spiritum Dei perfeclum, 
Trinilatis vinculum. 

31. Prsecipit lotum per orbem 
fiaptizari credulos, 
Nomen Pat ris invocantes, 
Coniilentes Filium. 

32. Myslica iide révélât 
Tinclos Sancto Spiritu, 
Fonte tinclos innovatot 
Filios faclos Dei. 

33. Ante lucem, turba fratrum, 
Concinamus gloriam 

Qua docemur nos f uturos 
Sempiierna ssecula. 

34. Galli cantus, galli plausus 
Proximum sentit diem, 
Mos canenles et precantes 
Quœ futura credimus. 

35. Majeslatemque immensam 
Concinemus uni ter 

Ante lucem nuntiemus 
Ghristum Regem sseculo. 

36. Ante lucem nuntiemus 
Ghristum Regem sœculo, 
Qui in itium recte credunt 
Regnaturi cum eo. 

37. Gloria Patri ingenito, 
Gloria Unigenito, 

Simul cum Sancto Spiritu 
In sempiterna saecula. 



Cette hymne est bien de S. Hilaire, comme l'atteste la tradition. 
S. Isidore de Séville place Tévôque de Poitiers au premier rang 
parmi les hymnographes, c'est-à-dire qu'il est le premier en date et 



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— 53 — 

après lui vient chronologiquement S. Ambroise : « Sunt autcm di- 
vini hymni, sunt et huraano ingenio coropositi. Hilarius autem 
GalIuSy episcopusPictaviensis, eloquentiaconspicuus, carminé floruit 
prirous. Post qucm Âmbrosius epistx)pus )) (Isidorus Hispalen., De 
Ecoles, officiis^ lib. I, cap. 6). 

Le concile de Tolède, en 633, associe les noms de ces deux évo- 
ques pour la composition des plus anciennes hymnes : « Qnos bea- 
tissimi auctores Hilarius et Ambrosius ediderunt » (Mansi, Concil, 
ampliss. coUect., t. X, page 622, canon 13) *. 

Le vénérable Bède appelle Thymne du Christ très belle, «hymnus 
pulcherrimus », et il la cite en exemple du rythme trochaïque tétra- 
mètre, dont il explique ainsi la formation prosodique : « Metrum 
trocbaicum tetrametrum, quod a poetis graecis et latînis frequenlis- 
simeponitur, recipit locis omnibus trochseum, spondeum omnibus 
praeter tertium. Currit autem alternis versiculis ita ut prier habeat 
pedes quatuor, posterior pedes très et syllabam. Hujus exem- 
plum est totus ille hymnus pulcherrimus : Hymnum dicat lurba 
fratmmj etc. In quo aliquando et tertio loco prions versiculi spon- 
daeum reper les, '^ ut Fac^or cœli, terrœ factor, Verbispurgat leprœ 
morbum » (Beda, De arte metrica, apud Patrolog. laline, L XC, 
col. 173, § 23). 

!. Le P. Gerbier écrit dans la Semaine religieuse du diocèse de Poitiers, 1895, 
p. 795 : . 

« On connaît Thymne que le Saint, alors en exil, envoya à sainte Abre : 
Lucis largilor splendide. Georges Cassander et Grégoire Fabricius lui ont at- 
tribué aussi celle de la Pentecôte : Beata nobis gaudia^ celle du Carême : Jésus 
QuadragenariXf ci enfin colle de l'Epiphanie : Jésus refulsit omnium» Hincmar 
de Reims lui attribue la longue pièce qui commence : Hymnum dicat turha 
fratrum. — Le faux Alcuin désigne saint Hilaire comme ayant complété le 
Gloria in excclsis. Un mémoire do M»' Cousseau.lui attribue également le Te 
Deum, mais, dit dom Guéranger, sans raisons suffisantes. 

« Le manuscrit d'Arezzo du Liber Hymnorum nous permet d'ajouter trois 
autres hymnes à celles déjà citées. La première, composée de 20 strophes 
acrostiches, est un résumé frappant de la doctrine catholique opposée à Ter- 
reur arienne. On y voit une réfutation vigoureuse de l'hcrésie dont l'évoque 
plaçait ainsi la formule populaire sur les lèvres des fidèles. La seconde, éga- 
lement acrostiche, a pour sujet l'àme célébrant le bonheur de sa foi, Renala 
sum, Chnstiana vivo, Locata in cœlestibus. Ce texte féminin a fait supposer à 
M. Gamurrini qu'une néophyte, peut-être sainte Florence, pourrait bien en 
être l'auteur. Mais il parait plus vraisemblable d'admettre que le sujet est plus 
large que celui d'une conversion privée. Une troisième hymne exalte les vic- 
toires du nouvel Adam sur Satan. » 

Toutes les attributions ci-dessus, moins celle d^Hymnum dicat, sont plus quo 
douteuses. Dans l'énumération est oubliée l'hymne bien connue : lux, beata 
Trinitas. 



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— 54 — 

Appliquons cette théorie à l'hymne elle-même. Mais auparavant 
il faut définir les trois termes spéciaux employés. « Tétramèire, vers 
grec, latin, de quatre pieds : tetra, quatre; metron, mesure.— /"ro- 
chéCj pied d'une longue et d'une brève. — Spondée y pied de vers 
composé de deux syllabes longues: spondé, sacrifice d (Boiste, 
Diciionn. univers, de la langue française). 

Les vers sont alternés. Le premier et le troisième admettent quatre 
pieds, chacun de deux syllabes; le second et le quatrième ont aussi 
quatre pieds, mais les trois premiers comptent deux syllabes, tandis 
que le dernier n'en a qu'une. Le vers est donc bien tétramètre. 

Hymnum \ dicat \ turha \ fratrum 
Hymnum \ cantus \ perso | net. 

M. Warren a numéroté l'hymne par strophes de quatre vers. Au 
temps de Bède, il n'en était pas ainsi, car il place au n^* 3 la strophe 
Factor cœli, qui est maintenant au n*> 6 : pour lui la strophe avait 
donc huit vers, ce qu'indique la coupure en plusieurs endroits où 
la phrase continue d'une strophe à l'autre. 

L'hymne de S. Hilairese récitait à l'office de la nuit, avant le jour, 
au chant du coq. Le texte le dit expressément : Ante lucem (n®* 33, 
36). — Gain cantus (n® 34). Elle avait donc sa place marquée, dès 
l'origine, dans la liturgie gallicane. 

Elle raconte en détail la vie du Christ, et tout le chœur des fidèles 
y prend part : Turba fratrum (n'" 1, 33). 

Cette vie est extraite des quatre évangélistes concordants. Sur un' 
point seulement, paraît une réminiscence des évangiles apocryphes^ 
lorsqu'il est question des miracles de l'enfance : a Multa parvus... 
signa fecit ». 

Après la première strophe, qui sert d'appel, se groupent les sym- 
boles, que d'anciens textes appellent nomma divina : on en trouvera 
de curieux et plus complets spécimens dans le Spicilegium du card. 
Pitra et les Analecta hymnica du P. Dreves. Il y a ici treize noms, 
sur lesquels je ne m'appesantis pas, parce que j'aurai occasion d'y 
revenir ailleurs en détail : Agneau^ Colombe^ Droite du Père, 
Époux, Flamme, Lion, Montagne, Pasteur, Pierre angulaire^ Porte^ 
Verbe, Verge de Jcssé, Vérité, Voie. 

Au n** 4, le Christ est annoncé par les prophètes. 

Au no 5, les mages sont dits les premiers adorateurs de l'Eufanl 



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- 55 — 

nouveau-né : ici sont oubliés les pasteurs, qui les précédèrent. 

Deux dons seulement sont énumérés au n® 8, For et l'encens : il 
manque la myrrhe, qui s'adressait à l'humanité du Sauveur, tandis 
que les deux autres le proclament Roi et Dieu. « Digna Régi mu- 
nera » fait alors le pendant de (( Christo Régi concinentes » (n^ 1). 

On remarquera les trois expressions : « Linteo rudi ligatum » 
(no 22), qui se dit d'un suaire de grosse toile; « Vellus sericum » 
(n® 25)^ qui montre la soie blanche, non teinte, on usage déjà dans 
les Gaules au iv^ siècle; et « Tinctos Sancto Spiritu, fonte tinctos » 
(n° 32), qui rappelle l'usage antique de l'administration du sacre- 
ment de confirmation aussitôt après le baptême, comme Font encore 
les évêques quand ils baptisent. 

Les deux derniers vers de la 38« strophe se répètent au commen- 
cement de la suivante. N'y aurait-il pas là une erreur de copiste ? 

La doxologie terminale est précédée d'une profession de foi for- 
melle sur la résurrection des corps et la gloire éternelle qui s'en 
suivra pour les élus. 

L'hymne va beaucoup plus loin que l'iconographie du iv* siècle, 
comme on peut s'en convaincre par la comparaison avec les sarco- 
phages du musée chrétien de Latran , dont j'ai donné le catalogue 
complet et détaillé au tome I de mes Œuvres. On y voit entr'autrcs 
la création d'Adam et d'Eve, ce qui justifie jusqu'à un certain point 
l'appellation de terrœ factor; la nativité, avec le cortège des bergers 
*et des rois ; les noces de Cana,qui ouvrent la série des miracles évan- 
géliques; l'arrestation du Christ et sa comparution devant Pilate. Là 
s'arrête la Passion. Il n'est pas plus question de la Résurrection que 
de l'Annonciation, qui sont des scènes plus tardives^ comme l'Ascen- 
sion et la Pentecôte ; mais plusieurs fois nous rencontrons le collège 
apostolique et, avec le marbre de la galerie Sciarra^ se manifeste la 
première idée du jugement dernier, précurseur de la félicité éter- 
nelle. 

Quoique l'hymne de S. Hilaire ait dû être populaire, dès le 
iv« siècle, je ne vois pas qu'elle ait eu une influence réelle sur l'art 
chrétien primitif, qui pouvait tout aussi bien s'inspirer directement 
de l'Evangile, suivi presque pas à pas par le saint docteur. 



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— 86 - 

XIX. — Compléments divers. 

1. Les erreurs qui se trouvent souvent dans les journaux ne mé- 
ritent guère attention , car le journal passe et se collectionne peu. 
Dans les revues, que Ton peut feuilleter et compulser, la chose est 
plus grave, et il convient de s'y arrêter. C'est un devoir de signaler 
ce qui se rencontre de défectueux dans un livre, qui aura beaucoup 
de lecteurs, surtout s'il est destiné à la vulgarisation. Dans ce cas est 
le MeubkypubUé par la maison Quentin d^ns sa, Bibliothèque de ren- 
seignement des Beaux-Arts. 

Or, tome I, p. 118, je lis, à propos d'un dressoir de la collection 
Basilewski/sculpté au xve siècle : « Sur la partie centrale est figurée 
une statue de sainte Anne ». En me reportant à la planche, donnée 
à la page précédente, je vois de suite d'où provient l'erreur : une 
banderole, à hauteur do la tête, porte en capitales S' AN. D'abord, 
il y a eu abrégé saint et non pas sainte^ puis la statuette permet*de 
compléter ainsi (êeA)AN. En effet, il s'agit bien de l'évangéliste S. 
Jean, reconnaissable à sa figure imberbe, ses cheveux à la naza- 
réenne, son double vêtement en qualité d'apôtre, sa main droite 
bénissante, tandis que la gauche tient la coupe, en forme de calice, 
contenant le poison auquel le condamna Domitien. 

2. Sur un dressoir, du commencement du xvi^ siècle, qui a figuré 
à l'exposition de Lyon en 1878, le Meuble , par M. de Champeaux , 
t. I, p. 120, signale « deux volets, décorés de serrures à jour et de . 
bas-reliefs empruntés au Nouveau Testament ». Il suffit de se repor- 
ter à la planche de la page 119 pour reconnaître dans ces bas-reliefs 
l'Annonciation et la Nativité : on ne peut laisser le lecteur dans le 
vague de l'interprétation, d'autant plus que le sujet de la vie du 
Christ se continue au-dessous par ce l'Adoration des Rois et la mise 
au tombeau ». 

3. Le Bulletin monumental (18%, p. 18S) signale, dans l'église de 
Plancy (Aude), un vitrail du xviojsiècle, où figure, entr'autres saints, 
« S. Etienne ». D'après la planche annexée, les attributs seraient la 
dalmatique et l'évangéliaire ouvert, qui caractérisent en effet le pre- 
mier martyr; mais, comme la main gauche pendante tient une 
chaîne, cet attribut particulier ne peut convenir qu'à S. Léonard, 
qui délivre les prisonniers et qui porte le costume des diacres. 



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— 57 — 

4. M. Brune, faisant la description des curiosités de l'ancienne 
église abbatiale de Baume-Ies-Messieurs (Jura), dit : « La Vierge 
donnant le rosaire à S. Dominique et à Sle Claire »- Ce tableau est 
de Tan 1582; suivant la tradition iconographique, le pendant de S, 
Dominique est, non pas la franciscaine Ste Claire, mais la domini- 
nicalne Ste Catherine de Sienne. — « Ste Catherine est représentée 
avec ses attributs ordinaires : la couronne sur la tête, une palme à 
la main gauche et à la droite une longue épée dont la pointe s'appuie 
sur l'épaule d'un personnage couronné et portant un sceptre, que la 
sainte foule aux pieds, une roue brisée fait pendant à ce person- 
nage». (Bull. arch. du Com. des trav. hhi., 1894, pp. 464, 475). 
L'illustre vierge et martyre est ici dans l'attitude du triomphe, elle 
foule avec mépris son persécuteur Maxence. 

5. M. le curé de Montbré, dans Tarchidiocèse de Reims, a publié 
en brochure spéciale : le Retable de Montbré , le beau monument 
« en pierre, du commencement du xvi* siècle », qui orne son église. 
J'y relève trois inexactitudes. 

« Le retable repose sur une plinthe. » Cette plinthe, ou plutôt gra- 
din^ a un nom spécial, predella, 

« A gauche de la crucifixion, nous voyons S. Pierre. » D'après la 
planche, S. Pierre est à la droite du Christ en croix et à gauche du 
spectateur, qu'en pareil cas, on doit négliger, parce que ce n'est pas 
lui qui règle l'ordonnancement général^ mais bien le Christ, occu- 
pant la place principale. 

« Dans le compartiment voisin nous trouvons une sainte femme , 
portant un vase de parfum. » Ce vase suffit à la désigner : c'est Ste 
Madeleine myrrophore. 

Les statuettes qui^ouronnent le retable, à la hauteur de sa gale- 

rie, sont, de gauche à droite : 1* le prophète Isaïe ; 2° le roi 

David ; 3" Moïse ; 4o Aaron ; 5^ l'ange Gabriel saluant 

Marie, placée en face de lui, à di*oite de la crucifixion. Les quatre 
autres personnages ne sont pas d'une interprétation facile; cepen- 
dant, à considérer les deux personnages du milieu, on croit recon- 
naître deux religieux ou deux ecclésiastiques discutant contre des 
philosophes. » Selon la planche, ils ont cette triple caractéristique 
qui convient aux prophètes : le bonnet pointu, la robe longue, le 



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— 58 — 

phylactère ou le geste qui indique qu'ils voient et montrent Celui 
dont ils annoncent la venue pour racheter l'humanité. 

6. Le Bulletin de la conférance d'histoire et d'archéologie du dio- 
cèse de Meaux^ n*» 3, p. 114^ publie le dessin d'une médaille du 
XIV siècle. Elle représente, sur la face, le Christ sortant du tombeau, 
acoslé de deux anges, les gardes endormis, avec la légende : f. 
VENUE . BENEDICTI . PATRIS . MEI . et, au revers, un homme à 
longue robe et capuchon, agenouillé^ tenant des deux mains une 
croix qu'il adore; en exergue : VOTA . ME A . DNO . REDDAM. 

L'auteur de la notice hésite sur l'attribution et croit que cet objet 
de piété « est un témoin palpable du vœu de visiter les Lieux saints, 
au moins un souvenir de pèlerinage à quelque saint sépulcre cé- 
lèbre, peut-être même d'une sorte de brevet constatant Taffiliation à 
une confrérie de ce nom ». 

L'affectation n'est pas douteuse. Il s'agit du méreau de la con- 
frérie du S. Sépulcre, érigée à Paris et qui se composait de pèlerins 
de Terre Sainte*. Les deux sujets s'y réfèrent complètement. La 
face montre le S. Sépulcre, ou plutôt la résurrection du Christ qui 
l'a rendu glorieux^. L'exergue avertit que ce pèlerinage est béni de 
Dieu qui y appelle. Le pèlerin, agenouillé sur le Calvaire, adore la 
croix qui y fut plantée pour le salut du genre humain et il déclare 
qu'il rend grâces à Dieu du pèlerinage accompli par vœu. 

XX. — L'AucHivio sTORico dell'arte. 

UArchivio storico dell'arte est une revue de premier ordre, qui 
rend les plus grands services à la science archéologique par ses 
monographies érudites et l'abondance de ses reproductions photo- 
typiques. Toutefois, sans m'en offusquer le moins du monde, car le 

1. Ces pèlerins se Dommaient paumier^, parce qu'ils revenaient du pays des 
palmes et qu'ils en rapportaient avec eux. Jls étaient érigés en confrérie à 
Paris. On trouvera do très amples détails sur cette confrérie dans un ouvrage 
intitulé : Anciens statuts de l'ordre hospitalier et militaire du S. Sépulcre de 
Jérusalem, suivis des bulles f lettres patentes et règlements authentiques dudit 
ordre. Paris, Gailleau, 1776, in-8« de 308 pages. A la suite est insérée une bro- 
chure de 56 pages , qui a pour litre : Statuts et règlements de Varchiconfrérie 
royale des chevaliers voyageurs et confrères de dévotion du S. Sépulcre de Jéru- 
salem, avec le tableau des offices divi7is et fondations gui se célèbrent en la cha- 
pelle dudit ordre. En tête figure la bulle de Benoist XIII, accordée aux archi- 
confréries du S. Sépulcre de Jénisalem^Van 1726. 

2. « Erit sepulchrum ejus gloriosum» (Isaï., XI, 10). 



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— 59 - 

bon l'emporte de beaucoup sur le défectueux, j'ai relevé de ci de là 
quelques expressions, relatives à Ticonographie, qui ue sont pas 
rigoureusement exactes. 

1. Un tableau a été exposé à Londres : on l'attribue à Jacopo 
Bellini, mais il serait plutôt de Técole do Domenico Morone. 

Vi e rappresentato un frate Doraenicano, predicante lu piazza ad un 
numeroso asserabramento di popolo. Vi si scorgano parecchi nomini con 
capelli luDghi e turbante in testa a guisa di rabbini. Se3ondo la tradi- 
zione, il santo domenicano Yincenzo Ferrer ebbe a predicare frequente- 
mente in divers! paesi e a fare moite conversioni, specialmento fra gli 
Ebrei. Pare dunque giuslificata la congcttura del catalogo che il soggetto 
avessea rappresentare la predicadidetto fraie. La facciata délia chiesa èstata 
da aieuni identific&ta quale quel la di sant'EufemiaaVerona » (1895, p. 247). 

Ces indications conviennent mieux à S. Pierre, martyr, qui était 
originaire de Vérone et qui prêchait souvent en plein air, à cause 
de la foule de ses auditeurs. On voit encore en dehors de Téglise de 
S. Eustorge, à Milan, la chaire où il prêcha (âFwvres, XI, 501,505). 

2. A Gasale Monferrato, le tympan de la porte de l'église de S. 
Dominique, qui date du xvp siècle, représente les donateurs, age- 
nouillés devant la Vierge et présentés par les patrons de Tordre à 
qui l'église appartient. « L'esser essi sonz'attributi rende malage- 
voled*indovinare se siano San Domenico con un altro santo del suo 
ordine, quale san Tommaso o san Bernardine, oppure i dueprinci- 
pali dignitari del convento a tempo in cui fu fatta Topera. Décida 
chi vuole » (1895, p. 296). La solution est facile à fournir, surtout en 
face de la planche. Deux dignitaires, contemporains, seraient abso- 
lument insolites à cette place, qui ne convient qu'à des saints. S. Ber- 
nardin est un franciscain. Le pendant de S. Dominique pourrait 
donc être S. Thomas d'Aquin. 

3. Une planche (1895, p. 79) porte à la lettre : « Erodiade, di 
Bartolomeo Veneto », célèbre peintre du xvi' siècle. La jeune fille 
parée, qui tient dans un plat la tête coupée de S. Jean-Baptiste, n'est 
pas Hérodiade; mais la fille de celle-ci, qui se nommait Salomé. 

4. Page 94, on lit à propos d'un tableau de Técolc de Van Eyck, 
qui est à Londres dans la galerie nationale : 

Vi e rapresentato Sant^Ellgio^ il quale, seduto da un lato in abito da 
eremila, accoglie vel suo grembo un grazloso daîno sfuggito ad una com- 
pagnia di cacciatori, che si vedono in distanza, montre sul davaoti un 



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— 60 - 

gentllaoïno laico ed un eccleeiastico veaerauo il santo, inginocchiandosi 
tlioaDzi a lui a mani giunte. Ë probabile che l*autore sia uno di quel pit- 
lori délie Flandre che verso la iîae del XV secolo lurono in Francia e vi 
csercitarono unainfiuenza suliapittura locale, polendosi ciôarguire dalla 
circostanza che un*altra lavola dello stesso, perfelto riscontro alla qui in- 
dicata , rappresentava nel fondo l'interno délia cattedrale dl Saint Denis 
presse Parigi , dentro la quale vedesi SanfËligio che, mentre célébra la 
messa, ed un angelo gli apparisce dali*allo. » 

Eligio traduit Eligius^(\m signifie Eloi. Ici^ les deux traits cités 
se réfèrent exclusivement à S. Gilles, dont le nom latin est Egidius^ 
qui se traduit en italien Egidio, Il y a donc sbaglio, comme disent 
les Italiens, sur le nom propre. De plus, S. Denis n'a jamais été ca- 
thédrale, mais simplement abbatiale. 

5. En 1895, p. 27, à propos d'une crucifixion peinte à fresque, en 
l'i95, à Milan : « Â gauche de la ci*oix, Longin se tient debout, por- 
tant la hampe avec le roseau pour humecter les lèvres du Christ 
mourant ». Ce rôle est rempli, non par Longin qui de sa lance perce 
le côté, mais par celui que les fresques de S. Urbain alla Caffarella, 
à Rome, nomment Calpurnius. 

6. VArchiviOj 1895, p. 304, note, au tombeau de Louis II, mar- 
quis de Saluées, à Saluées, qui date du xvi* siècle, la représentation 
des cf sept vertus théologales ». En réalité, d'après la planche, ce 
sont les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales, qui 
expriment ici que le défunt les a pratiquées pendant sa vie. 

7. Au devant du tombeau do Francèsco Ammanati, à Pise, est 
sculptée ce una mezza figura di Cristo uscente dal sepolcro » (1895, 
p. 272). On pourrait croire à la représentation de la résurrection, 
tandis qu'il s'agit du type bien connu du Christ de pitié. Ce sujet 
convient à un monument funèbre, et on y voit comme l'écho de la 
strophe finale du Dies irœ : a Pie Jesu Domine, donaeis requiem ». 

8. En 1895, pp. 62, 63, voici sur un sarcophage du xiv^ siècle, 
« quegli Evangelisti che stanno ridotli a undici » : il faut rectifier 
apôtres. Sur la foi de l'historien Roncioni, on nomme Pise (p. 60) 
ou personnification de cette ville, une femme couronnée et allaitant 
deux enfants, qui n'est autre que la charité^ reine des vertus, et 
pour cela exaltée sur les épaules des quatre vertus cardinales *. 

1. Didron, qui en donne la représentation dans les Annales archéologi- 
gties, t. XXI, p. 57, no s'est pas mépris sur son identification (pp. 5, 58). 



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— 61 — 

Page 88, S. Paul est décrit exactement avec son front chauve 
barbe pointue, ainsi que son glaive baissé; mais on laisse sans 
la tête qui apparaît à sa droite et qui est celle de S. Pierre, tell< 
l'a fixée la tradition : figure plutôt grosse et ronde, avec des che 
et la barbe crépus et abondants. 

Je ne puis m'expliquer le doute exprimé à la même page : < 
tanto il significato che avrebbero dovuto avère quelle figure nel 
pito non è ben chiaro; quella statua con le bilancieela cartel^ 
è scrîtto : Veritas de terra orta est et justitia de cœlo prospei 
essa il Ghristo o una figura allegorica? » D'après les monun 
analogues et contemporains, l'hésitation n'est pas possible 
l'identification : il ne s'agit nullement du Christ, mais de la ^ 
de Justice, que le texte biblique nomme justitia, et qui se disti 
en outre par la balance, son attribut ordinaire. 

XXI. — Un ostensoir monumental. 

J'ai été consulté par un savant et pieux Lorrain, sur cette q 
tion: « Une circulaire imprimée et répandue pour la «construct 
d'un ostensoir monumental, dit : (c L'ostensoir aura 1,25 de '. 
« teur; sur un pied ogival et, au milieu d'une gloire dans le 
« de l'église , le bienheureux (Pierre Fourier) se tiendra deb 
a élevant la sainte hostie de ses deux mains, comme à ia procès 
« du !•' juin 1897. » Cette nouveauté est-elle licite?» 

J'ai répondu , dans le Prêtre du 22 août 1895, p. 891 : « Lej 
tensoirs à effet sont repoussés par le bon goût et par suite de 
commodité réelle occasionnée à qui doit les porter. Il con^ 
donc de ne pas en exagérer inutilement les proportions. Pour 
mettre le B. P. Fourier à cette place et dans cette attitude, il s< 
opportun de consulter la S. G. des Rites. Je doute qu'un év( 
ose assumer cette responsabilité, en donnant son autorisation » 

Ces quelques mots n'ont pas satisfait l'auteur du projet, K 
Marchai, curé de Mattaincourt, qui m'écrivait le 10 décembre : 

Il ne me semble pas que ce soit une nouveauté de mettre une stati 
saiot en dessous de Thostie dans rostensoir. Souvent (je ne parle ps 
rimage du Sacré-Cœur, qui peut se dire chez lui à cette place), on v< 
patron de TÉglise; qu'il tienne Thostie, en levant les bras au-dessi 
sa tête, ou quMl joigne les mains^ peu importe, à mon sens. 11 y i 
ostensoirs céiôbres, où la Sainte Vierge tient cette place, v. g. Loui 



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— 62- 

Albert, etc., pour ne citer que les plus renommés. Ailleurs, v. g. Avenue 
Friediand, chez les PP. du S. Sacrement, c'est S. Michel. 

Je comprendrais encore une mince hésitation, si Je personnage en ques- 
tion n'avait pas été revêtu du sacerdoce. Sur teire, il pouvait tenir l'hostie, 
et depuis son entrée au ciel il ne le pourrait plus; voilà pour le prêtre 
élu. Pour un simple élu, il voit et touche Dieu là-haut; pourquoi Téearter 
ici-bas? 

J'avais d'ahord proposé mon Bienheureux avec son costume traditionnel 
qui le fait reconnaître de tous; mais, comme il est supposé en procession, 
je lui ai fait mettre l'aube, le cordon» Tétole, la chape, etc. ; il est donc 
en règle. 

Vous admettez bien quMl serait licite de poser là une chimère, une bête 
quelconque, qui supporte l'hostie, somme toute; et vous prétendriez 
écarter un Bienheureux, qui vit en très bonne intelligence avec le divin 
maître? 

Je regrette de n'avoir pas encore la photogravure de Tostensoir, qui 
est fait et qui est ravissant ; je serais heureux de vous l'envoyer ; mais 
vous me feriez bien plaisir si vous me donniez soit par le Prêtre (et alors 
je vous serais très obligé si vous m'adressiez le n*), soit autrement, 
votre avis sur mes objections et sur leur bien-fondé. L'appréciation d'un 
maître comme vous en science sacrée est trop précieuse pour que je 
n'essaie pas de l'obtenir. 

Je maintiens toute ma critique et les considérations pieuses in- 
voquées pour provoquer mon adhésion ne me font nullement 
changer d'avis. Puisqu'il le faut, j'accentuerai ma manière de voir, 
toute platonique maintenant, Toslensoir étant fait. D'après le pros- 
pectus, je serais seul à penser ainsi, car l'idée de ce projet, lancée 
une première fois, a été accueillie par tous avec le plus magniflque 
élan. Je n'en suis pas troublé davantage. 

Rome ne connaît pas, et avec raison, nos grandes machines fran- 
çaises d'orfèvrerie. Restons donc dans la tradition liturgique, qui 
est aussi celle de l'esthétique. 

Le mot nouveauté n'est pas déplacé et les exemples produits sont, 
en effet, tous très modernes, II y a là tout simplement imitation 
d'un système très contestable sous tous les rapports. 

Je ne vois pas qu'une tige d'ostensoir comporte forcément une 
chimère^ une bête quelconque, qui ne pourrait exister là qu'au 
point de vue symbolique. Et encore la bète ne soutiendrait pas 
l'hostie, mais serait vaincue par sa puissance I 

(( Au milieu d'une gloire dans le style de l'église, le bienheureux 



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~ es- 
se tiendra debout )>. En iconographie, la gloire est le complément 
du nimbe et de la canonisation : il y a donc anticipation intempes- 
tive et usurpation de privilège. 

Le style de l* église n'a rien à faire ici et c'est réellement une pué- 
rilité que d'exiger l'uniformité jusque dans les vases sacrés, dont 
le type est indépendant de celui de l'architecture. 

Que veut-on rappeler en la circonstance ? Un fait historique: «^ Le 
premier acte de ministère du Bienheureux avait été la procession 
de la Fête Dieu, durant laquelle il ravit tous ses paroissiens par sa 
rare modestie et sa foi ardente en la présence réelle » . On eût 
obtenu, sans fracas^ le même résultat en représentant c ce fait sail- 
lant » sur le pied de l'ostensoir, en émail ou en bas-relief. Mieux 
encore^ on pouvait figurer le bienheureux à genoux, mains jointes, 
adorant dévotement l'Eucharistie, ce dont aurait rendu compte une 
inscription latine. 

En réalité, que nous offre-t-on dans «r ce monument commémo < 
ratif »? Deux gloires superposées : celle de l'hostie et celle du bien- 
heureux. La seconde ne nuit-elle pas à la première? Ne dislraira- 
t-elle pas les fidèles en concentrant sur le bienheureux l'attention 
qui revient exclusivement à « la Présence réelle ». Ce rapproche- 
ment est absolument contraire à la pratique romaine, qui s'affirme 
surtout dans l'œuvre si touchante et bien pondérée des Quarante 
heures, oii est exclu tout autre culte que celui de l'Eucharistie. 

L'intention est excellente, je n'en doute pas ; mais ce n'est pas 
assez pour un projet qui visait à 1' c immortalité ». En pareil cas, 
il eut fallu le mûrir davantage et avant tout consulter, d'abord les 
vrais savants, puis l'autorité compétente, la seule qui puisse 
nous éclairer et nous guider. J'insiste de nouveau pour que la S. G. 
des Rites, gardienne vigilante des convenances et des traditions, 
soit appelée à se prononcer définitivement sur une initiative^ ré- 
cente^ française et absolument anormale. Les enthousiastes trou- 
veront peut-être là une idée géniale; pour moi, elle n'est pas 
même ingénieuse, car elle semble la copie d'une célèbre affiche pa- 
risienne, où un homme debout montre, le bras tendu, une large 
pastille Géraudel. Ne copions pas à l'église le style de la réclame. 



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64 - 



XXB. — S. ECTBOPE. 

M* Loais Aadiat, qui a pablié ane excellente vie de S. Eatrope, 
dont j'ai rendu compte an tome IX, p. 320, rech^^he ayec avidité 
tout ce qai concerne TéTéque de Saintes. Aussi mVt-il demandé 
de loi transcrire les divers textes édités par le R. P. Dreves dans les 
Analecta hymnica medii xci, parce que même par cette voie ils ne 
parviennent pas à la connaissance de tons ceux que le sujet inté- 
resse. Je m'empresse de le satisfaire, en reproduisant les quatre 
documents suivants, empruntés à l'ancienne liturgie. 

1. Prose, d'après deux missels manuscrits de labbaye de la Tri- 
nité de Vendôme, conservés à la bibliothèque de cette ville, Tun du 
XV* siècle et Tautre de l'an ^të7 (AnaL^iO*tB8C,jSequeHtix inedUxj 
Leipzig, Reisland, 1891, pp. 170-171). 

le. Et in orbe iebosaa 
Erat, qnando plebs Hebnaa 
Christo venit obvia, 



1. Plectmin lingn» moderetor 
El affectas excitetur 

Yocum consonantia. 

2. Lyrse cborda temperetor 
Et in serve collaudetor 

Rex, qoi régit omnia. 

3. Non discorde! voci vita ; 
Si vox cordl sit unita, 

Dulcis est sympbooia. 

4. Decantemas in bac die 
Eutropii pli pie 

Pia naUlitia. 

5. Discant omnes et discant singoli : 
Xantonensis bic salus popoli, 

Lux, decus et hostia. 

6. quam felix, quam praclarus 
Fuit martyr Deo caros 

Ex regom propagine ! 

7 . Sammi régis opéra 
Videos, sprevit prospéra 

Cum maodi caligine. 

8. Erat prsesens iu deserto, 
Corsa correns tune incerto, 

Qaando quinque miilia 

9. Panis vivus satiavit, 

Bis sex sporlas cumulavit 
Quinque panum copia. 



11. Lazare jam sasdtato, 
Param ante circumdato 

A Jadaeis Messia. 

12. Haec et plura vidit signa 
Salvatoris fide digna 

Fœlix bic Eutropius. 

13. Mente Cbristo juDgitur, 
Cujus mortis nilitar 

Felix fore sodas. 

14. Cam addisset Cbristam passom 
MorteiD cracis, non incassum 

Jam passe compatltor. 
lo. Mox relictis omnibas, 
Auro, gemmis, opibus, 
Ad bas partes mittitur. 

16. Vita, signis 
\ir insigois 
Corde, ore 
MIro more 

Verbum Dei prsddîeat. 

17. Multi creduDt, 
Morbi cédant, 
Mœstis risum, 
Cœds visum 



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- 65 — 



Reddit, œgros visitât. 

18. Mundi facit contemptores 
Deo parcos et victores, 
Morbos fugat et languores, 

Reprimit daemonia. 

19. Dat captivis libertatero, 
Vitse confert novitatem, 
Ditat dictam civitalem 

Horum affluentia. 

20. Chris ti martyr, lux décora, 
Prece pia Ghristum ora 

Et pro nobis dudc implora 
Eju8 patrocinia. 



2i. Nostra salus, spes reoram, 
Consors regni beatorum, 
Pressos mole vitiorum 
Deo reconcilia. 

22. Assistentea tuse landi, 
Pretiose martyr, audi : 
Uuos hic soles confovere 
Post hanc vitam iucis verœ 

Transfer ad pal alla. 

23. Quos hic Christo scis servire 
Ora pœnas non sentire; 

Sed, cum dies erit irae, 

Nobis coafer et largire 

Sempilerna gaudia. 



2. Hymne des vêpres et des laudes, d'après un bréviaire ras. du 
xiu^ siècle de l'abbaye de Vendôme, à Vendôme; un autre bré- 
viaire ms. du xv® siècle, de même provenance, ibid,; un bréviaire 
ms. de Saintes, xv* s., à Paris et le Brevlarium Senonense, imprimé 
à Paris en 1519 (Anal., 12« fasc , Hymni inediti, 1892, pp. 113- 
116). 



1. Gollsetentur corda nostra 

Et exultent labia, 
Quia vicit Satan sanctus 
Miles Eutropius. 

2. Qui ad urbem converleDdam 

Christo missus Xanctonas, 
Complendo jussum necatur, 
Sociandus superis. 

3. Hune deducuut angelorum 

Chori 3upor sethera 



Cum triumpho perceptumm 

Prseparatabravia. 
. flujus tanti congaudentes 

Cœlesti tripudio, 
Jubilemus die festo 

In hymnis Altissimo. 
. Sempilernse Trinitati 

Honor sit et gloria, 
Largienti servis sais 

Inlinita gaudia. 



3. Office rythmé (Anal,, 13« fasc, Historiœ rylhmicœ, 1482, 
pp. 135-137). Les sources sont : un brév. ms. de la Trinité de Ven- 
dôme, à Vendôme, xm^s.; un brév. ms. de Troyes, à Troyes, 
XIII» s.; un brév. ms. de Saintes, à Paris, xiv s ; deux brév. ms. de 
Saintes, à Paris, xv* s.; un brév. ms. de Troyes, à Troyes, xv« s.; un 
brév. ms. de Limoges, à Paris, xv s. 

In 4 vesperis. Ad Magnificat. 
Eutropii festlva celebremus martyris 
Pastorisque primo missi a Rom a Xanctonicis, 
Ut pro eo coudooemur ioGnitis gaudiis. 



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— 66 - 

Ad matutinum. 
Invitatorium, 
Offeramus Ghristo summa laodum sacrifida, 
Quo (ruens sacerdos ejus régnât Eutropius. 

In 4 nocturno, Antiphonae. 

i. Vera narrans gesta laudis de membris dominicis, 
Gloriosum caput Christum prsedicat in subditis . 

2. Ad haec verbis commonemur non frustra Davidicis, 
Cum ait horam Jésus nosler retributor facills. 

3. Colentes ergo triumpbum magni Eutropii, 
Recitemus vitam ejus mercedis non dubii. 

1 ^. Ad se Christus prasdicandum primos legft nuntios, 

Léger unt primi secundos ac secundi tertios. 
j^. De quibus fuisse sanctus ferlur Eutropius. 

2 ^, Queni successor Pétri Clemens sacravit pontiûceoi 

Ac Xanctonas veritatis fidnm misit indicem. 
f, Monuit hune fore Ghristi teslem invincibilem. 

3 ^. Dura ad urbem destinatam miles sanctus properat , 

Invento Simonis ense hostes Ghristi enecat. 
j^. Yertit Deus auditores et per ipsum intonat. 

In 2 noctumo, Antiphonœ. 

i. Aniàias Incratus multas, sanctus venit Xanctonas, 
Errores verus propurgat, lux tenebras effugat. 

2. Serere nunquam cessabat semen evangelicum, 
Unde gaudens Deo fructum oblnlit vivificum. 

3. Nam omnis fere conversa regio Xanctonica 
Ghristo landes referebat per iidem et opéra. 

i ^. Quod sobrius fuit, castus, mitis et hamiiimus 
Testât ur elector ejus Glemens beatissimus. 
j^. Quadriga virtutum vectus Satan stravit ocias. 

2 ^, Signa multa vivons fecit, non est dubitabile : 

Probant hœc qu» egit mira subsequenti tempore. 
f, Publicavit miraculis se non falsa prodere. 

3 ^. Prseobtusa quidam mente lacrimabant idolo, 

Gum luceret valde vita signis et eloquio. 
f, Is securi caput csesus migravit a sseculo. 

In 3 noctumo. Antiphonœ. 

i. Post excessum cujus instat tanta persecutîo 
Ut pauci déferrent illi vix qui ejus tumulo. 

2. Ipsum unde confessorem recolentes posterl 
Decoralum nesciebant corona martyrii. 



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- 67 — 

3. Uuod ostensum est constructa condigne basilica 
Translatoqae illuc ipso praesule Palladio. 
i ^, Gam spectarent corpas sancti duo ex abbatibus, 
Visa est cicalrix plag» securis in capite. 
f. Quibus nocte subsecuta sic per visu m loquitur : 
Jesu quem vidistis sanctom complevi martyriam . 
3 ^. martyr praevenerande, Eulropi, Xanctonae, 

Quam celeres miraculis, quam benignus miseris ! 
j^. Sentiat te rogaos qoisquis, pontifex mirabilis. 
3 ^. A Clémente papa date patri» Xanctonicae, 
Eutropi, prœsul sancte, nos peccatis eripe. 
f, Pro corona tui cursus laudes Cbristo promimas. 

Prosella, 
Erepti aqu», igné» pœn», umbrosss 
Val le et putridae ac immensse, 
Tua prece, petimus 
Dei vit» bseredes simus 
VersB œternœqae : 
Sic pie a tormentis nos eripe. 

Ad laudes» Antiphonx, 
i , Evangelizatum missus prsesul Eatropias» 
Non tacebat Christi laudes diebns ac noctibus. 

2. Ostendebat cara Deo laudum sacrificia, 
Orthodoxa fide facta caritatis opéra. 

3. Hajus vita Deo laudes, idolis opprobria 
Diffamabat circumcirca mira Dei gratta. 

4. Laudemus Ghristum in sancto cuncti Eutropio, 
Qui pro vita tulit nostra corporis dispendia. 

5. Auctorem totius laudis prœdicamus Dominum 
Qui certare dat electis et vinceudi prsemium. 

Ad Benedictus. AnU 
quam prsestas, gloriose Eutropi pontifex, 
Duobns modis vincendi, duobus martyrii ; 
Eo, nam semper audiris, posce danda iudigis. 

In 2 vesperis. Ad Magnificat, Ant. 
totius bonitatis nesciens fons nimii, 
Qui quod petunt sœpe prsebes alienis fîdei, 
Vitam nobis sanctam sanctus oret Butropius. 

On trouve ces trois variantes dans le Bréviaire manusciMt de 
Saintes du xv* siècle. 
Aux premières vêpres, super psalmos : 



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- 68 - 

Eutropi egregie, Id omnibus amabtlis 

pontifex prsecipue, Et in cunctis laudabilis, 

fulgens gemma marlyram. Sis nobis ciemens ubiqoe 

ei sidus eximium, Qaibus es prœsens Xanclonœ. 

2" répons du 3« nocturne : 

Intercessor egenoram, Eutropi, profulura 

Pie potens ad Dominum, Quseque nobis impetra. 

f. Id te posse mundo miiltis 
Claram fit mIracuHs. 

Antienne du Magnificat aux deuxièmes vépros ; 

Prœfalgens roseis, Eutropi sancte, trophsels, 
Lux Aquilanorum, rosa propria Xauctonicorum ; 
Tu surdis auris, lux csecis, semita claudis, 
Naufragio mersos, vinclis solvens religatos, 
Solve, jubenle Deo, nexus a peclore nostro, 
Namque quod in terris soi vis solvelur in astris. 

4. Hymne, tirée du Bréviaire ms. de Limoges, xv^ s. {AnaL^ 
19« fasc, Bymni inediti, 1895, pp. 125-126). 

1. iËternum regem gioriœ 5. Lapidatur, flageilatur, 
Coilaudet plebs fidelium, Ense cœsus et aseia» 
Qui corona lastilise Verberalur et lucratur 
Goronavit Eutropium. Cœlestis regni gaudia. 

2. Hic Babylone genitus 6. Sic certavit fideliter, 

Et Admirandi filius Mundana spemens prœmia; 

Christo se jungit penitus, Patri, matri prœbens lier 

Patiem linqait puer pius. Per quod régnant in gioria. 

3. Romam yenit, Petrum quœrit, 7. Qusesnmus, auctor omnium, 
A quo prsesul efficitur; In hocpaschaii gaudio, 
Per Neronem Petrus périt, Ab orani mortis impetu 
Post quem Ciemens pr»ficilur. Tuum défende popuium. 

4. Pastor missus a Clémente 8. Gloria tibi, Domine, 
Civitate Xanlonica, Qui surroxisti a mortuis, 
Christo semper hseret mente, Cum Pâtre et Sancto Spiritu 
Nil quserens prseter cœlica. In sempiterna sœcula. 

XXIIL — S. Louis*. 

1. Véglise nationale de St-Louis'des-Français,à Rome, noies his- 
toriques et descriptives, par Mgr d'Armailhacq, recteur de l'église de 

i. Dans \ol Revue de Vart chrétien, 1895, p. 426. 



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— 69 — 

St-Louis-des-Français; Rome, 'Cuggiani, 1894, iri-l'^ de 372 pages, 
avec 23 pholotypies. 

L'idée qui a inspiré ce livre est excellente : raconter Torigine et 
le développement de notre église nationale, montrer les souvenirs 
et les œuvres d'art qu'elle contient. Les planches en augmentent 
puissamment l'intérêt. Malheureusement, l'exécution est faible; 
aussi serais-je tenté d'appeler ce travail plutôt un essaie qu'amélio- 
rera une seconde édition, préparée plus sérieusement. L'auteur me 
permettra donc de lui signaler ici les principaux desiderata des stu- 
dieux. On voit tout de suite qu'il est novice en l'art d'écrire et d'im- 
primer. Les épreuves n'ont pas été suffisamment corrigées, de là de 
nombreuses fautes typographiques : je sais ce qu'il en est et ce qu'il 
en coûte, car j'ai eu souvent affaire aux compositeurs romains, qui 
ne connaissent pas du tout notre langue ou ne la possèdent que très 
imparfaitement. Il n'a pas l'habitude des termes du métier, aussi 
un mot est-il souvent employé pour un autre; mais les planches 
permettent heureusement de rétablir la confusion ^ C'est surtout 
sur les noms propres qu'il faudra exercer une surveillance particu- 
lière ; on ne peut que sourire en lisant ces traductions du latin : 
€ card. Burdesio » (p. 309), pour de la Bourdaisière; « Rupîsoard », 
pour de Rochechouart (pp. 289-371), etc. 

Sous forme d'appendice sont données les principales inscriptions 
de l'église. Non seulenjent, le relevé n'est pas complot, mais la re- 
production n'en est pas faite épigraphiquement. Il faudra donc de 
toute façon recourir au recueil de Forcella pour se renseigner oxac- 
ment. 

Ce qui est non moins grave, c'est que l'écrivain ignore la littéra- 
ture du sujet. Ainsi, il n'a pas un mot pour la brochure du chape- 
lain Héry, qui est la première concernant Sl-Louis-des-Français et 
pas davantage sur tout ce que j'ai publié : inventaires, inscriptions, 
textes, etc. Je ne suis donc pas médiocrement étonné do voir, entre 
autres documents, considérés comme inédits, le catalogue des re- 
liques et le calendrier des fondations. 

i . Page 206, à propos du « monument » du peintre Sigalon : « C'est un 
rectangle, terminé dans le haut par un tympan ». Au lieu de rectanglSy mettez 
cippe et remplacez tympan par fronton. — Ailleurs, p. 246 : a Une niche for- 
« mant fenêtre ^ d'eu émarge un buste » ; p. 250 : « Le chœur est recouvert 
d'une voûte à voile; p. 293 : « marbre cipolin gris-bleu, » or la vraie couleur 
du cipoUin est le vert, tandis que le gris-bleu convient au lurquin. 



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— 70 — 

J'arrête ici cette critique, qui n'a qu'un but : promouvoir une 
œuvre approfondie, digne du monument national qu'elle décrit et 
reproduit * 

2. Les reliques de S. Louis sont peu nombreuses à Rome. Le 
catalogue de S.Louisdes-Français enregistre, au n^71 : « De ossibus 
S. Ludovici, Galliarum régis • (Œuvres, I, 257). Le procès-verbal 
de consécration de l'église, en 1589, par le cardinal de Joyeuse, in- 
dique, au maître-autel, dans le sépulcre, des reliques de S. Louis, 
comme Ta cru W^ Lacroix et le répète M«' d'Armailhacq. Piazza 
écrivait en 1713, dans VFmerologiodi ftoma, p. 248: • Al 6iesu,nel 
giorno sequenle (26 août) s'espone un braccio di detto santo in un 
nobile busto d'argento, all'altar di S.Ignazio» —Les autres reliques 
signalées au tome VII, p. 580, sont : du crâne au palais Massimo 
et des ossements à la cathédrale d'Albano 2. 

3. Notre église nationale est sous son vocable, ainsi qu'une des 
chapelles latérales ; une chapelle aussi lui est dédiée à S. Ilde- 
phonse. 

4. Sa fête se célèbre à Rome le 25 août ', Dans le bréviaire, elle 
est du rit semi-double * et n'a de propres que l'oraison, les trois 
leçons du 2« nocturne qui racontent la vie et celles du 3«, dont 
rhomélie est de S. Ambroise. A S.-Louis-des-Français, où la messe 
est chantée pontificalement par un évêque, les cardinaux tiennent 
chapelle à dix heures, en présence de l'ambassadeur de France, qui 
se rend en train de gala, reçoit lui-même le Sacré-Collège et occupe 
un fauteuil dans le chœur, au côté gauche ; l'Académie de France 
et les pieux établissements français ont des sièges au haut de la 
nef. Le soir, à six heures, le pape, accompagné de sa noble anti- 
chambre, vient à S.Louis, où il est reçu par l'ambassadeur et le clergé 
de l'église; après avoir adoré le S. Sacrement, il passe à la sacristie, 

i. Est-il bien certain que « ce fut sous Louis XVI, le 20 avril 1775, qu'elle 
fut canonisée » (p. 213)? Jeanne de Valois ne se trouve pas sur le catalogue 
des canonisations (Œuvr. comp., tome IX, p. 143) et, d'autre part, on sait que 
a Benoit XIV approuva le culte de la bienheureuse Jeanne de Valois, établi 
de temps immémorial » (Ibid.) 

2. « Ejus corpus postea Luleliaui Parisioruni translatum est,quodin celebri 
S. Dionysii templo asservatnr ac colitur, caput vero in sacra œde Sanctœ 
Capellœ ». 11 y aurait lieu de corriger cette partie de la 6« leçon. 

3. « Ubi vero festum S. Bartholomœi celebratur die 25, de S. Ludovico fit 
die 26 ». {Rubriq* du bréviaire), 

4. « Semiduplex, in Gallia vero duplex ». (Rubr, du brév,). 



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- 71 ^ 

où il admet au baisement du pied le supérieur et les chapelains do 
S.-Louis, les secrétaires et attachés d'ambassade et les personnes 
présentes admises par faveur. 

5. S. Louis est patron de la France, do l'Académie française et de 
l'Académie des sciences. Les cathédrales de Blois, la Rochelle, Ver- 
sailles et Carthage portent son nom. Le P. Cahier indique sous son 
patL*oaage les corporations ouvrières das barbiers et coiffeurs, bou- 
tonniers, brodeurs, distillateurs, merciers, lapidaires, ouvriers en 
bâtiment : il faut ajouter les contrepointiers, les lapidaires, les ma- 
çons, les maquignons, les passementiers^ les tailleurs de pierres et 
les tapissiers. On l'invoque spécialement « contre Tacidification de 
la bière ». L'ordre militaire de S.-Louis fut créé en son honneur. 
Les aveugles ont confiance en sa protection^ parce qu'il fonda 
pour eux Thospice des Quinze* Vingts. 

6. M^r d^Armailhacq apporte ainsi sa contribution à l'iconogra- 
phie de S. Louis : 

Dans les niches (de la façade) sont placées des statues : d'un côté 
Gharlemagne... ; du côlé opposé, S. Louis, roi de France, en costume du 
temps de Louis XIV, tenant en main la couronne d'épines (p. 159). — 
Les quatre statues qui garnissent les niches ne sont pas anciennes ; Fan- 
teur de la Rome antique et moderne s ouvrage publié en 1750, disent 
qu'elles sont récentes. Elles sont, en effet, du sieur* de i'Ëstache, pension- 
naire de l'Académie de France à Rome, qui a dû les exécuter vers 1730 
(pp. 161-162). 

Charles Na(oire,né à r^îmes en 1700,ayant remporté le prix de peinture 
en 1721, fut envoyé à Rome comme pensionnaire de TAcadémie de France ; 
à la fm de ce premier séjour, il obtint le prix de TAcadémie romaine de 
S. Luc. De retour en France, il s'acquit une grande réputation par ses dé- 
corations dans le genre de Boucher; il peignit dans la chambre de la reine, 
au château de Ver8ailles,la Jeunesse et la Vertu présentant deux princes- 
ses à la France, ce qui lui valut d'être nommé membre de l'Académie 
de peinture. En 1751, il fut nommé directeur de FAcadémie royale de 
France à Rome, en remplacement du sieur de Troy. Le plus important 
travail qu'il exécuta depuis cette époque est la peinture de la voûte de 
S.-Louis : cet ouvrage lui mérita de nouveaux honneurs, car il fut à la 
suite nommé chevalier de S. Michel . Au premier plan de cette vaste fres- 
que, on voit la France éplorée, pleurant à genoux prés du cercueil du roi 
qui se trouve placé à rentrée de la tente, au camp de Tunis : uu guerrier 

1. Quelques notes me paraissent indispensables pour compléter ou rectifier 
Tauteur. Cet ouvrage est en italien et a pour titre : Homa anlica e moderna, 

2. Singulière expression, qui n'a plus cours. 



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— 72 — 

debout, portant Toriflamme, cacbc ses larmes et sa douleur; à Tarrière- 
plan s'aperçoivent au milieu du camp des malades secourus par les mi- 
nistres de la religion ; deux génies, aux côtés du cercueil, portent Tuu les 
armes de la France, Fautre la couronne d'épines. Dans la partie supé* 
Heure, S. Louis est transporté au ciel par un groupe d'anges, dont les uns 
portent les emblèmes des vertus royales ^ Lui-même est appuyé sur la 
Religion, qui tient d'une main le calice surmonté de la sainte boslie et 
soutient de l'autre le bras du saint roi. A côté, Tcmpereur Cliarlemagne, 
ayant en tête la couronne fermée, porte le globe du monde surmonté de la 
croix. Au-dessus, Notre Seigneur, avec le signe de la rédemption, dans un 
soleil radieux et au milieu des anges, ouvre les bras pour recevoir son 
fidèle serviteur. L'ensemble de cette composition, Texactilude du dessin, 
la fraîcheur du coloris font justement apprécier cette œuvre par les cri- 
tiques de Fart ^. 

Natoire entreprit ce travail en i75i, il y mit beaucoup de soin et de 
zélé. Voici ce qu'il en dit dans sa correspondance : a 10 décembre 1753. 
Je fis, il y a environ un an, étant engagé par M. l'abbé de Canillac (alors 
auditeur de Rote), une pensée pour le plafond ^ de l'église de S.-Louis, 
que Ton continue toujours à décorer. Il en fut si content qu'il la fit voir 
au pape ^ et elle fut approuvée. Gomme elle sera faite à fresque, elle sera 
moins fatigante et moins longue. Cela représentera la mort de S. Louis, 
dans sa dernière croisade, à Tunis et son passage dans le ciel. M. l'Am- 
bassadeur s'intéresse beaucoup pour cet ouvrage,il compte qu'à la S.Louis 
prochaine cette église sera achevée et qu'il sera en état de faire les hon- 
neurs à tout le Sacré-Collège qui vient ce jour-là célébrer la feste ». 

Et,au mois d'avril suivant,ii écrit : « Mon ouvrage de S.-Louis s'avance, 
je suis dans la peinture à fresque jusqu'au cou. C'est une opération toute 
dilTérenleà laquelle les peintres ne devraient pas ignorer. J'ai finy le grand 
carton avec assez de succès, il a trente-trois pieds de proportion. » (Cf. 
Nouvelle biographie générale, publiée par Firmin Didot, article Natoire; 
V Académie de France A Home, par Lecoy de la Marche, pages 270, Îl7i). 

Ce travail absorba Natoire pendant environ trois mois et nous donne une 
preuve de la rapidité de son exécution, qui ajoute un nouveau prix à ce 
chef-d'œuvre (pp. 165-167). 

S. Louis, patron de notre église, est particulièrement honoré dans la 
chapelle qui suit celle que nous quittons (de la Vierge). Anciennement, 
elle était dédiée à l'apôtre S. André; ce fut après les réparations de 1750 
qu'elle fut affectée au culte du saint roi de France ^. L'entrée de cette 

1. 11 eût été nécessaire de désigner ces vertus. 

2. En réalité, elle est un peu trop dramatique et allégorique. 

3. 11 serait plus exact do dire que la voûte est eu plein cinire. 

4. Benoît XIV, qui s'entendait mieux en droit qu'en art. 

5. Celte façon d'agir est contraire à la tradition ecclésiastique : il n'y a pas 
lieu d'assigner une chapelle particulière au saint qui a l'église tout entière 
sous son vocable. 



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- 73 - 

ehapelle est enrichie d'une grande draperie en sluc avec fleurs de lys et 
couronnes royales dorées sur fond bleu, tombant en plis onduleux, qui 
débordent jusque sur les piliers et sont soulevés de chaque côté par des 
anges ; sur rarchivolte et au milieu des draperies, se montrent, vêtues en 
guerrières, le casque en têle, la Foi avec le monogramme du Christ et la 
Religion, tenant sous ses pieds un intidèle qu'elle frappe de sa lance. 

Cette décoration ne manque pas de goût et produit un bel effet 

L'autel supporte deux colonnes corinthiennes de marbre jaune antique 

Au-dessus de la corniche et des colonnes sont assis deux anges en marbre 
blanc, qui soutiennent une couronne assez large en bronze doré .... 

Sur les deux parois de la chapelle est un lambris en forme de soubas- 
sement, surmonté, aux deux extrémités, de deux demi-boules en relief. 
Au-dessus s'appuie un cadre cintré, dont le milieu renferme, sur marbre 
noir antique, deux inscriptions en dédicace. Tune à Liouis IX, l'autre à 
Louis XiV, surmontant les armes du donateur * 

L'ornementation particulière de notre chapelle est l'œuvre d'une femme, 
architecte et peintre. L'agent de Louis XIV à Rome, Ëipidins Benedetti, 
avait voulu consacrer à 1 embellissement de la chapelle de S. Louis une 
partie de la fortune qu'il avait gagnée aux affaires de France. Il confia 
les travaux à l'amie d'une dé ses8œurs,Plautilla Bricci,qui jouissait alors 
d'une certaine réputation . On trouve son nom inscrit aux archives de 
l'Académie de S. Luc parmi ceux des sociétaires de celte illustre Aca- 
tiémie, elle finit sa vie dans un couvent. L'abbé Benedetti lui avait fait 
construire un petit palais, palazzino, près la porte S. Pancrace, qui fut 
détruit lors du siège de Rome en 1849 et qui était cité comme l'une des 
villas agréables des environs de la ville. 

Plautilla n'était pas seulement architecte, elle était aussi peintre; elle 
avait commencé par peindre des miniatures et ne recula pas devant la 
grande peinture. C'est à son pinceau que fut confié le soin de représenter 
S. Louis. Son tableau supporterait bien quelques critiques : le roi de 
France, la couronne en tête, tenant le sceptre d'une main et s'appuyant 
de l'autre sur une grande croix, se tient dans une pose théâtrale. A ses 
côtés et presqu'à ses pieds, on voit le haut du corps de deux personnes, 
dont l'une tient un livre ouvert, probablement les Constitutions de 

1. Il convenait de reproduire ces inscriptions dont la teneur se trouve dans 
Forcella, Iscriz, délie chiese di Roma, t. III, p. 48, n» 125, ann. 1680 : 

MAGNI LVDOVICI DIVO LVDOVIGO 

XIV IX 

REGVM OPTIMI REGVM SANCTISSIMO 

VIRTVTE AC VIGTOailS PHCTATIS AC RBLIGIONIS 

MAXim AMAJpiSSlMO 

ROUJR NEGOTIOHVM GBSTOR ANO DNI 

BLPIDIV8 M. DC. LXXX 
AB • BBNED1CTV8 DECORAVIT 

" Abbas, 



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— 74 ^ 

S. Louis et Tautre une croix. Ce tableau manque de vigueur et 
d'énergie 

Les deux parois de la chapelle sont ornées ei couvertes de deux 
grandes toiles, de 5"^,30de hauteur. Celle du côté de Pépître est l'œuvre 
de Louis Geminiani, né à Rome en \6%^, peintre de Técole florentine, 
mais qui subit, après un séjour à Venise, Tinfluence des écoles véni- 
tienne et lombarde. Il devint, sous le pape Alexandre VU, conservateur 
de la galerie du Quirinal . On admire, à Ste-lIarie-des-Monts, sa Ste Marie- 
Madeleine dePazzi; au Gesù, son S. François de Borgia; à S. Silvestre 
in capitey sa fresque du baptême de Constantin . loi son tableau représente 
S. Louis, roi de France, remettant aux mains de Tarchevêque de Paris ' 
la couronne d'épines; le saint roi est entouré de ses preux qui Tontac* 
compagne pendant la croisade ; l'archevêque le reçoit à Feutrée de la ba- 
silique : un groupe d'anges assiste du haut du ciel à ce pieux hommage 
rendu à la sainte relique; la composition est pleine d'harmonie et d'un 
coloris très doux à Tœ!!. 

Sur le côté opposé est une toile de même grandeur, œuvre de Nicolas 
Pinson, né à Valence dans la Drôme, devenu presque romain par un très 
long séjour. On doit à cet artiste les belles peintures qui sont dans 
l'église d'Aix en Provence. Le sujet qu'il a traité ici a été inspiré par le 
souvenir des bienfaits d'une reine de France pour notre église : Catherine 
de Médicis, agenouillée et entourée des dames de sa conr, montre à 
S. Louis, gloritié dans les cieux, les plans du monument qu'elle veut 
faire construire en son honneur ' et que lui présente un jeune page. L'en- 
semble de cette composition mérite d'être remarqué, aussi bien que les 
détails et les agréments du coloris (pp. 273-280). 

7. Méry s'exprime en ces termes dans la Théologie des peintres, 
Paris, 1765, pp. 163-165, 251-253 : 

S. Louis f roi de France, — On auroit raison de s'étonner qu'un sujet 
aussi intéressant pour nous qu'est l'histoire et les actions de S. i^ouis, qui 
présentent un champ si vaste à l'art et au génie des peintres, ait néan- 
moins été si négligé ou si mal rendu, en sorte qu'on ne hazarderoit point 
trop si l'on disoit que dans la collection immense des tableaux qui déco- 
rent les églises de cette capitale (Paris), à peine en trouve-t-on trois ou 
quatre de S. Louis, qui méritent l'estime des connaisseurs. Nos peintres 
qui se sont exercés avec tant de succès et d'émulation sur toutes sortes de 
sujets de piété ont été si peu curieux de traiter celui-ci qu'il semble que 
Lefirun est le premier qui ait produit, en ce genre, quelque chose d'excel- 
lent par le tableau de S. Louis qu'il a peint pour la chapelle de M. Pel- 
letier, ministre d'État, située à Villeneuve-le-Roi. Cet habile artiste a 

1. Paris n'était pas encore érigé en archovôché. 

2. Fe&(Dexcnpt. de Rome, 1821, t. III, p. 21) dit plus exactement : « Cathe- 
rine de Médicis accorda do grands secours pour la construction de celle 
église », dont elle est bienfaitrice et non fondatrice. 



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— 78 - 

commencé en effet à donner à ce saint un air de vérité, ane expression, 
on caractère, qui le distinguent de tout ce qu'on a voit fait avant lui sur 
ce sujet. Aussi il paroît quMI a consulté, d'un œil savant et judicieux, tous 
les monuments qui présentent quelques traits de S. Louis ou qui en 
ébauchent la figure, afin de ne point donner de ce saint un portrait qu'il 
auroit imaginé, comme Ton avoit fait jusqu'alors, puisqu'il semble que 
les peintres précédents et plusieurs même de ceux qui sont venus après 
lui n'avoient pas plus l'idée de S. Louis, en le représentant, que celle du 
roi Gontran ou de Charlemagne. Il est certain que le tableau de Le Brun 
est d*une belle composition, la figure du saint est noblement dessinée, 
l'attitude marque les sentiments de religion que lui inspire la vue et la 
présence de la croix, avec la couronne d'épines du Sauveur; les anges 
qui paroissent ravis et frappés de ce spectacle, tous les ornements enfin 
qui l'accompagnent, contribuent à la grandeur et à la dignité du sujet. 

Je ne parle pas de la peinture du dôme des Invalides, exécutée par la 
Fosse et qui est d'un grand goût. Elle demanderoit une description et des 
réflexions plus étendues que je laisse à une plume plus diserte et plus 
habile. 

Le tableau dont j'ai parlé a été gravé par Gérard Edeline, dont tout le 
monde connoît le mérite et le talent qu'il avoit pour rendre les morceaux 
des grands maîtres. 

11 y a dans l'église de la maison professe des jésuites, rue S . -Antoine, 
un tableau de S. Louis, placé au maître-autel et peint par Vouet; dans la 
sacristie, un S. Louis mourant, par Le Sueur. — Dans la coupe du dôme 
du Val de Grâce, S. Louis qui présente la reine Anne d'Autriche à Jésus - 
Christ dans la gloire, par Mignard. — Chez les Frères de la Charité, dans 
Tune des salles de leur hôpital, S. Louis pansant les malades, par Louis 
Testelin, morceau fort estimé. — Dans la coupe du dôme des Invalides, 
peinte par La Fosse, S. Louis offrant à Dieu sa couronne et lui consacrant 
en même temps son épée. — A Notre-Dame, on verra, dans la chapelle 
des Noailles, à côté de Fautel, une statue de S. Louis, sculptée en marbre 
par Jacques Bousseau. — Dans le chœur de l'église S. Eustache, la statue 
de S. Louis, sculptée par Sarrazln . — On pourra voir encore, dans les 
chapelles qui sont autour du dôme des Invalides, les principales actions 
de la vie de S. Louis, représentées en bas-reliefs au-dessus des portes et 
sculptées par nos meilleurs maîtres ^ 

8. Le P. Cahier assigne cinq atti*ibuts à S. Louis : Armobiesy 
Clous, Couronne d'épines. Drapeau, Église. A Rome, j'atteins le 
chiffre de dix-huit. 

Apothéose. Les anges enlèvent S. Louis au ciel, où il est reçu 

i. Rien n'égale peut-être, sous le rapport de Tart, les splendides yitraux de 
la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire), peinte au 
XVI* siècle, et représentant en détail la vie de S. Louis. 



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- 76 — 

par le Christ. C'est la traduction des dernières paroles prononcées 
par le roi mourant : « Sed cum iterum Iransmisisset, bellum Sara- 
cenisillaturusjamque castra in eorura conspectu posuisset, pesti- 
lentia decessit in illa oratione : Introibo in domum tuam, adorabo 
ad lemplum sanctum tuum et confitebor nomini tuo » (6« leçon). 
Tel est le sujet de la grande fresque qui tapisse, à S.-Louis-des- 
Français, la voûte de la nef médiane, peinte par Natoire en 1754. 

Armoiries, Natoire les a représentées près du cercueil du roi 
défunt. Elles se blasonnent : D'azur, semé de fleurs de lis d'or. Les 
fleurs de lis n'ont été réduites à trois, en l'honneur de la Ste Trinité, 
que sous le règne de Charles V. 

Clous de la Passiori. Us rappellent sa dévotion à la Passion du 
Sauveur *. Une fresque du cloître de S. Isidore les lui met entre les 
mains, au nombre de trois (xvn® siècle), quoique Paris n'en ait 
possédé qu'un seul. 

Collier, Le collier d'or, porté au cou, est un insigne royal, au 
XV siècle, sur le retable en bois peint de l'église Ste-Brigitte et, au 
xviii®, sur une peinture murale de Ste-Marie in Ara cœli. 

Corde. Elle ceint ses reins, parce qu'il était tertiaire de S. Fran- 
çois, comme on le voit à VAra cœli, dans la grande nef, au-dessus 
des colonnes. 

Couronne. La couronne royale, posée sur sa tête ou tenue par 
des anges, dénote sa haute dignité. C'est un insigne pour ainsi dire 
commun à toutes ses représentations^ comme le cloître de la Trinité 
des Monts (xviu' siècle), une fresque de 1605 à S. Onuphre, un stuc 
à S. Ildephonse (xvii* s.), le retable de Ste-Brigitte (xv® s.) et le 
panneau peint par Mantegna, galerie Dorla. 

Couronne d*épines. S. Louis Tacheta à l'empereur Beaudouin et 

fit construire, pour la conserver, le magnifique édifice de la Sainte 

Chapelle. Il la tient en main pour la montrer aux fidèles {/resq. du 

cloilre de Ste- Maine-des-GrâceSy à Bénévent, XVII^ s.; statue de la 

façade de S, -Louis -dès-Français, xvm^s. ; stuc, à S. Ildephonse) ou 

la fait porter par un ange {fresq, de Natoire) et la remet à l'évêque 

de Paris {toile de Geminiani). 

1. « Singulari devotione passionis Christi iDstrumenta, spioeam coronam, et 
insignem crucis partem, et alias sanctorura reliquios honorabal, qiias ab Im- 
peratore Conslantinopolilano potissimum impetratas et magnis imponsis in 
Galliam advectas, ut Parisiis susciperet » (Breviar. Franciscan.). 



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-- 77 — 

Croix, Employée comme attribut par Naloire et Plautille, à 
S.-Louis-des-Français, elle rappelle sa croisade. « Gum jam vigesi- 
mum anDum in regno ageret, io morbum incidit; quo tempore co- 

gitavit de recuperanda posscssioae Jerosolyraorum Mare cumin- 

genti exercitu trajiciens, primo praelio Saracenos fugavit. Sed cum 
ex pestilentia magna militum multitudo periisset, victus ipse cap- 
tusque est » (4« leç.). 

Fleurs de lis. Elles attestent la souveraineté. Non seulement on 
les voit sur Técusson, mais encore elles rehaussent la couronne 
royale, la tunique^ le manteau, Toriflamme et le sceptre. 

Glaive. I^ glaive que S. Louis tient de la main gauche au re- 
table de Ste Brigitte convient à la fois au guerrier, qui combat les 
Sarrazins et au justicier, qui protège les bons et punit les cou- 
pables ^ fl complète le costume chevaleresque ^. 

Livre. Il ne parait qu'une seule fois au tableau de Plautille : se 
référant alors aux Ordonnances, il est le symbole de la loi écrite. 

Main de justice. Attribut royal, elle se voit à S. Onnphre et à la 
Trinité des Monts. 

Manteau. Il est exceptionnellement blanc, au musée chrétien du 
Vatican, panneau du xv» siècle; mais plus ordinairement bleu, 
comme le portaient les rois de France, par exemple à S. Oouphre, 
à la Trinité du Mont et à Bénévent. Dans l'un et Tautre cas, il est 
parsemé de fleurs de lis d*or '. La Trinité et Y Ara cœliy au siècle 
dernier, y ajoutent un chaperon d'hermine. 

Nimbe. Il indique la canonisation : « Ipse clams miraculis a 
Bonifacio papa octavoin sanctorum numerum relatusest» {6^ leç.). 
Les peintres ne Font pas oublié à Ste-Brigitte et à la Trinité. 

1. Sur une miniature du commencement du xiv* siècle, conservée k la Biblio- 
thèque nationale et publiée par de Wailly dans son édition de Joinville, S. 
Louis, assis et couronné, rend la justice : trois malfaiteurs sont pendus à des 
arbres. 

2. Un manuscrit du Musée britannique dit qu'à son départ pour la Croisade 
le peuple l'entoura « pour contempler le bon roi qui si loin s*en allait férir ». 

3. A la Sainte-Chapelle de Riom, en Auvergne, un vitrail du xv« siècle, qui 
représente sa vie, lui donne pour attributs la couronne fleurdelisée et le man- 
teau bleu semé de fleurs de lis. 

A Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) un tableau daté de 1609 figure S. Louis 
en tunique bleue fleurdelisée d'or, avec un chaperon d'hermine* Je sceptre 
dans la gauche, la main de justice dans la droite, et portant sur la tôte une 
couronne d*or à fleurs de lis. 



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— 78 — 

Oriflamme, Sur la fresque de Natoire, elle fait allusion à ce sou- 
venir historique consigné dans le Bréviaire : « Ubî convaluîsset, 
vexillum ab episcopo Parisiens! accepit » (4« /ep .). 

Pauvres, «Multa aedificavit monasteria et pauperum hospitia, bene- 
ficentia egentes sublevabat ; frequens visebat aegrotos, quibus ipse 
non solum suis sumptibus omnia suppeditibat, sed etiam quae 
opus erat manibus ministrabat » (6* leç.). Hantegna, dans le beau 
panneau de la galerie Doria, a peint S. Louis^ vêtu d'un costume 
chevaleresque, en style du xv« siècle, mi-partie civil et militaire, 
debout à la porte de son palais, distiibuant aux pauvres Tor que 
lui présente un de ses gens. 

Sceptre, Il a pour pendant la main de justice (la Trinité des 
Monts) et se termine par une fleur de lis sur le retable du xv* siècle 
à Ste Brigitte et sur la fresque du cloître du Pincio, au xv!!!"". 

Tunique, Elle est bleue et fleurdelisée, pour le roi ; brune, pour 
le tertiaire franciscain, comme à S. Isidore, VAra cœli et à Bénévent 
{cloitre de Ste-Marie-des-Grâces), où le manteau royal la recouvre 
et où cette fresque du xvn^' siècle est accompagnée de cette inscrip- 
tion : 

S. LUDOVIGUS REX GkLUM CONFESSOR 8» ORD". (terlii or- 
dinis) OBIIT ANNO 1270. 

Résihiions cette quadruple série de caractéristiques : Roi de 
France, S. Louis en revêt ou porte les insignes, collier, couronne, 
fleurs de lis, main de justice, manteau, sceptre et tunique ; Croisé^ 
il se distingue par son costume guerrier, le glaive et Toriflamme ; 
Tertiaire^ il a la tunique et la corde des franciscains ; enfin, sa dé- 
votion s'atteste par les clous de la Passion, la couronne d'épines et 
Tamour des pauvres. 

Au point de vue archéologique, notons : au xv' siècle, les ta- 
bleaux de Mantegna, du Musée du Vatican et de Téglise Ste-Bri- 
gitte; au xvn«, la fresque de S.-Onuphre ; au siècle dernier, les 
fresques de TAra cœli et de la Trinité des Monts ^ 

9. Je ne puis me dispenser de reproduire ici, d'après Me^*^ d'Armail- 
hacq, pp. 315-318, cet extrait du Diarnum Pauli Alaleonis, maître 

I.Oq ne s'attendrait guère à voir S.Louis sculpté sur une râpe à tabac, datée 
dol7i0, %t qui apparlient à M. ûesuiarets, à Bagneux (Maine-et-Loire), si on 
ne savait que sa présence indique le nom de baptémo de celui à qui elle était 
desliuôe, et que l'inscription appelle M'. lOLY. 



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— 79 — 

des cérémonies de la chapelle papale, sur la visite de Sixte Y à 
l'église de S. -Louis, en 1587 : 

Feria Hta^ 24 septembris 1587, pantifex mane post novum quod herl 
habuit de qoadam Victoria In Gallia, habita a duce Guisi» conlra gentes 
rebelles, ivil pedester a monte Quiriaali, descendens ad ecclesian 
dovici, nationis Gallorum, cum stola supra mozzettam, prseceden 
et sequentibus eum cardinalibus in manlelletis pedester similiter 
latis et allis et in porta ecclesise aspersit se et alios, ministrante ; 
rium lilmo D. Cardi. Sancla Crucio, priore presbyterorum cardi 
audivit missam lectam de Spiritu Sancto ; qua audita, cantores d 
clesiae cantarant 19 psalmum Exaudiat te Dominus in die trib 
et totum cum Gloria Patri, Deinde a sacrestano dici» ecclesise i 
cocta induto, fuerunt cantati sequentes versos et a cantoribus re\ 
cum tribus orationibus, ut dicam : 

j^. Posuisti nos. Domine, in contradictione vicinis nostris. 

F^. Et ioimici nostri subsannavernnt nos. 

j^. Domine virtutam, couverte nos. 

^. Osténde faciem tuam et salvi erimus. 

f, Ecce qui elongant se a te peribunt. 

1^. Perdidisti omnes qai fornicantur abs te, 

j^.Mihi autem adbserere Deo bonum est. 

^. Ponere in Domino meo spem meam. 

j^. Domine, in Tirtute tua Isetabitur rex. 

A. Et super salotare tuum exultabit vehementer. 

j^. Domine, exaudi, etc. ^. Et clamor, etc. 

j^. Dominus vobiscum. ijf. Et cum, etc. 

Oremus. Omnipolens sempilerne Deus, in cujus manu sunt 
polestates et omnia jura regnorum, respice in auxilium chrbtian 
gentes tibi rebelles, quas in sua feritate confidunt, dexterse tu» 
conterantur. Per Christum Dominnm nostrum. Amen. 

j^. Ora pro nobis, sancta Dei genitrix. 

^. Ut digni efûciamur promissionibus Christi. 

Oremus. Concède nos famulos tuos, qoaesumus. Domine Deus, 
mentis et corporis sanitate gaudere et glorios» beatae Marise sen 
ginis intercessione a pressenti liberari tristitia et seterna perfrui 1 

j^. Ora pro nobis, béate Ludovice. ijf. Ut digni, etc. 

Oremus. Deus, qui beatum Ludovicum, confessotem tuum, de 
regno ad cœlestis regni gloriam transtulisli, ejas, qusesamus, i 
intercessione Régis omnium Jesu Christi, Filii tui, nos cohœredes 
Per Christum Dominum. Amen. 

Dum cantabatur psalmus Exaudiat supradictus et versiculi ei 
pradicti, pontifex et cardinales stabant, ad orationem vero genu 
teruntsive permanserunt. 



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- 80 - 

Dicio vero psaimo Exaudiaty versus et orationes dédit roihi SanctissI - 
mus in scriptis et ore mandavit ut prius ordo servatus servaretur. Quo 
peracto, poutifex rediit ad montem Quirinalem in leciica veclus, asso- 
ciatus a majore parte cardinalium equitantium supra mulis, ex ilils qui 
pedester cum pontiGce ad ecclesiam S. Ludovici vénérant. 

XXIV. — La fuite en Egypte. 
M. Prost, dans le Trésor de V abbaye Saint- Bénigne, de Dijon, 
p. 9, reproduit cet article de Tlnventaire de 1395 : « ftem, une 
imaige de Saint Joseph, qui porte un bourdon, une robe (?), ensemble 
le barry qui pend à une chenotte et tout est d'argent et y faut une 
pierre 9. fl ajoute en note : « Dans l'iconographie religieuse du 
moyen âge, le bourdon et le baril de pèlerin n'ont jamais été les 
attributs de Saint Joseph : ce sont ceux deTapôtre Saint Jacques le 
Majeur. Je proposerais donc la correction : Saint Jaçque, au lieu de 
Saint Joseph, si plus loin (art. 47) Tinventaire ne mentionnait pas 
une imaige de Saint Jacque. Je ne vois pas de quel autre saint il 
peut être ici question. En tout cas, il ne figure aucun reliquaire de 
Saint Joseph dans l'inventaire de 1519 ». 
Cet inventaire, sous le n^ 19, donne la solution du problème : 
Item, une ymaige de Noire-Dame, qui est assise sur Pasne, tenant sur 
sa main dexire un petit cloché, duquel le milieu est ung cristalain rompu 
et y a des reliques; et, à Tautre main, tenant son enfant sur ses genoulx, 
Fasne ayant bride et croupière d'argent, garnie de pierreries tant ledit 
asne que ledit ymaige, sans y en faillir que deux. Et en tour de laditle 
ymaige sont quatre piliiers de la hauteur de la coronne dudit ymaige 
lesquels soutiennent un tabernacle; sur lequel tabernacle sont huit tant 
cloichers que pommeraulx et y en souloit avoir neuf, mais à présent en y 
faut trois ; ledit tabefnacle garny de pierres devant et derrier, sans en 
point faillir. Le pied dudit ymaige est de cuivre fueuillagié d'argent; le- 
quel fueuillaige tient à cioud d'argent et est ledit pied garny à Tentour de 
pierres et en y faut cinq. Etes! assis ledit pied sur quatre lyons de cuivre, 
le tout d'or (doré), le fout et les fleurettes d'argent et sont allentour dudit 
font en nombre de trente trois. 

Le m 7 du premier inventaire est moins explicite : 

Item, une ymaige de Nostre-Dame et qui chevauche la mule, laquelle a 
une bride d'argent et porte ladiUe ymaige un cloichotoù il a des reliques 
et y faut 111 petites pierres et une fulète d'argent. 

Les deux textes se correspondant parraitement, on peut en con- 
clure à Tidentité de la représentation, qui n'est autre que la Fuite 



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— si- 
en Egypte, abritée sous un tabemacley probablement pour honorer 
la relique que la Vierge tenait en main. Mais, conformément à la tra- 
dition iconographique, la scène n'était pas complète sans S. Joseph, 
qui en fait partie intégrante. Sans doute, il n'y avait pas place pour 
lui sur le pied de cuivre, car il aurait alors fallu l'allonger disgra- 
cieusement, au détriment de l'ensemble. Il n'en est pas absent tou* 
tefois, mais simplement séparé. Les n°' 7 et 8, bien que distincts, 
forment en réalité un seul groupe, que S. Joseph peut précéder ou 
suivre, car on rencontre les deux types, quoique le premier soit 
préférable, parce qu'alors il sert de guide à l'âne. 

l)e plus, les attributs sont bien ceux du patriarche dans la cir- 
constance ; étant représenté en voyageur, on y trouve, d'ordinaire, 
le bâton, les bardes et la gourde. Le bourdon est ici le bâton de 
marche sur lequel il s'appuie et auquel sont suspendus les objets 
indispensables, vu la longueur de la route. Souvent le bourdon, 
qui est plus solennel, se change en un vulgaire bâton qu'il pose sur 
son épaule. La robe s'entend d'un vêtement de rechange; le baril, 
plein de vin, est attaché par une chaînette au bourdon. 

De celte façon, tout s'explique naturellement et il n'y a plus la 
moindre difficulté à l'interprétation du texte. 

XXV. — La Gazette des Bbaux-Arts, en 1880 et 1881. 

1. Dans la Gazette des Beaux- Arts de 1880, François Lenormand 
n'a pas été gracieux pour Léon Palustre, qui aurait pu le lui rendre 
avec usure^ c'était facile. Il a l'air d'avoir découvert les monuments 
des bords de l'Adriatique. On en parlait pourtant longtemps avant 
lui et on en parlait encore récemment. Un érudit peut ne pas con- 
naître l'important travail publié au siècle dernier, par Mgr de Vita> 
deBénévent, qui a donné une description suffisante pour l'époque 
et d'assez bonnes planches des portes de Monte Sànt' Angelo; mais 
il est vraiment impardonnable de ne pas même citer les grandes et 
belles publications deSchultz et de Salazaro, qu'on ne peut désormais 
se dispenser de consulter, pas plus que le voyage de Paris à Sybaris. 

2. P» 111 : tic La relique du saint Lacet » ne peut être qu'une faute 
typographique pour le saint Laict, que le chanoine Cerf a si bien 
élucidé dans le Bulletin monumental y mais nous ne pouvons ad* 

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— 82 - 

mettre qu*on dise, p. 141 : c L'église de S. Jacob, » comme 8*il 
s^agissait du patriarche de TAncien testament, tandis qu'il faut écrire 
S. Jacques, l'apôtre et patron de Compostelle, à qui est dédiée 
l'église de la place Navone, à Rome. 

3. P. 141 : a II (Pinturicchio) fit, au Vatican, le portrait de Julie 
Farnèse, et plaça, au-dessous de l'image de la Vierge, la femme qui 
était épouse adultère et maîtresse du pape ». Le fait est absolu- 
ment faux. Julie Farnèse n'accompagne point l'image de la Vierge, 
qui est isolée au-dessus d'une porte et qui ne comporte pas, dam 
son médaillon restreint, un autre personnage {Œuvres, II, 279), pas 
plus que cettQ Vierge impersonnelle n'a été représentée sous les 
traits de la susdite Julie, comme on Ta écrit ailleurs. Pure inven- 
tion, contre laquelle j'ai protesté, en 187S, dans le Journal de 
Florence, dans deux articles du 4 avril et du 16 mai, intitulés 
Alexandre VI et son dernier historien. Récemment^ la calomnie de 
Grégorovius, copiée de Vasari, a été réfutée par le D' Pastor (6e5- 
chichte der pupste im zeitalter der Renaissance^ t. III, p. 498), 
qu'appuie la Civiltà cattolica (1896, t. 1, p. 713). 

4. P. 142 : « Pinturicchio avait peint, en outre, plusieurs por- 
traits de Lucrèce et de César Borgia et de leurs frères. Tout cela est 
détruit, égaré, ignoré, j» Le portrait du duc de Valentinois, ou duc 
Valentino, comme on disait à Rome, n'est pas détruit et on peut le 
voir encore dans une des chambres Borgia {Œuvres, 11,279) : il n'est 
pas ^^aré,'car il tient à la muraille même, ayant été peint à fresque; 
il n'est pas non plus ignoré, car j'en ai parlé dès 1867,à Rome même. 
6. P. 178, à propos de la pâmoison de la Vierge, on lit cette sin- 
gulière phrase : « Son costume de veuve, son voile d'abbesse signifie 
que la perfection reste au cloître; sa conformation, intentionnelle- 
ment dessinée, suppose une femme à peine pourvue des dons fémi- 
nins. » La sculpture ainsi décrite date du xv* siècle. Ce n'est, en 
général, qu'au siècle suivant que la Vierge perd son voile pudique 
et qu'on lui donne des seins rebondis comme à une nourrice. Mais 
on se demande ce que signifient ici les termes mal placés de veuve 
et d'abbesse. 

6. P. 234. A propos du tombeau du cardinal du Prat, à Sens (133S) : 
c Sur un emmarchement de deux degrés s'élevait un soubassement 
iong, cantonné aux angles de quatre vertus, en avant par la Force, avec 



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-83 - 

répée et la boule, et par la Prudence, avec un compas et une hor- 
loge; les deux autres se voient trop incomplètement dans le dessin 
pour être particularisées. 9 Ces quatre vertus sont faciles à nommer, 
d*après les monuments contemporains : ce sont les vertus cardinales. 
Ce n'est pas la Force, qui tient le glaive et le globe du monde, mais 
bien la Justice; cela a été péremptoirement démontré par maint 
exemple dans les substantiels articles de la fievue de Part chrétien 
et des Annales archéologiques relatifs à {'Iconographie des vertus. 

7. P. 239 : ce Enfin l'autre long bas-relief représente l'entrée à 
Sens. Il faut, à ce propos, faire remarquer que le cardinal, beaucoup 
plus occupé des affaires de la cour et de la politique que de celles de 
son diocèse, n'y a jamais mis les pieds. Il n'y vint que mort. » Le 
sculpteur n'a pu, ainsi que le chapitre de Sens, se moquer de la pos- 
térité en représentant un fait qui n'avait pas eu lieu. L'interpréta- 
tion du sujet doit donc se chercher ailleurs. 

Suit le détail de cette prétendue entrée dans la ville épiscopale : 
« Il ne faut pas croire que toutes les crosses se rapportent au car- 
dinal, qui n'a pas eu moins de cinq évêchés, et entre autres abbayes, 
celles.de Fleury et de Sainl-Bcnoît-sur-Loire. On voit ici dix crosses, 
une croix simple et une à double croisillon, en tout treize^ et elles 
se rapportent à la ville de Sens, où se trouvaient treize prêtres car- 
dinaux. » Les curés-cardinaux n'ont jamais eu la crosse comme in- 
signe. La croix simple se rapporte Siixmétropoliiainy la croix double 
au légaty et les crosses au cortège des évêques, qui suivent à cheval 
ce même légat. 

K II (le légat) est à cheval, sous un dais dont on ne voit que trois 
bâtons, et donne la bénédiction avec deux doigts. » Un ne l'a jamais 
donnée qu'avec trois doigts, et si le pouce ne parait pas, cela tient 
uniquement à la disposition de Ja sculpture. 

8. P. 242. Au tombeau de Tristan de Salazar, archevéqqe de 
Sens (1519) était sculpté ce rébus : « Ce sont d'abord, avec des moi- 
neaux, trois têtes d'épis; les deut syllabes TE NO, avec un tilde sur 
rO; cinq autres épis et les deut syllabes TE HA. C'est évidemment 
un rébus ou plutôt une devise. Maucler a conservé le souvenir que 
cela signifiait épi, ne te hâte, c'est-à-dire : ne mûris pas trop vite. » 
Il faut lire les quatre syllabes à rebours, c'est-à-dire de droite à 
gauche NON | TE | HA | TE. Si l'épi mûrissait trop vite, les moi- 



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4^4^ogle 



-.84 — 

neaui seraient là pour le dévorer. Evidemment ces pillards bien 
connus ne doivent pas être négligés dans l'interprétation de la sculp- 
ture, car ils forment avec les épis le corps du rébus. 

9. P. 338. «cUne plaque d'ivoire (vi« siècle) représente un person* 
nage, vu de face, tenant un livre de la main gauche et levant la 
main droite pour bénir.— Quel est ce personnage? — Un évangé- 
listo sans doute. » Le livre convient bien à Vévangélisle , mais non 
la bénédiction. Tout fait croire que ces deux caractères réunis in- 
diquent le Sauveur. 

10. P. 3iO. La statuette de S. Biaise, à Namur : a C'est un ou- 
vrage fort curieux que ce petit évêque, chape et mitre, tenant, en 
sa main gauche, sa crosse épiscopale et, dans la droite, le râteau^ 
instrument de son supplice. » Ce n'est pas avec un râteau que les 
flancs de l'évéque de Sébaste ont été déchirés, mais avec un peigne 
de fer. Le râteau appartient à S. Zanobi, de Florence , qui n'est pas 
mentionné dans les Caractéristiques des saints. 

il. P. 391. « Sur le plat de l'envers un autre cartouche contient 
la devise du bibliophile. Celle de Orolier est assez singulière pour 
être mentionnée : Portio mea. Domine, sit in terra viventium. Que 
ma part de bonheur, ô mon Dieu, soit sur la terre des vivants. » Il 
n'y a pas du tout de singularité dans cette devise empruntée à l'Ëciî- 
ture Sainte et faisant allusion au Ciel, qui est la vraie terre des vi^ 
vants. Le xvi* siècle aimait à citer la Bible qu'il connaissait et sou- 
vent les maisons de l'époque reproduisent, à leur façade, un verset 
latin, que les protestants ne mettaient, eux, qu'en français. 

12. P. 491. Dans la galerie du château de Chantilly, oc la Vierge 
d'AIessandro, pi*ès de Ste Elisabeth, qui montre un grand livre au 
bambino ». Lisez Sainte A)xne, la mère de la sainte Vierge et non Ste 
Elisabeth, mère de S. Jean-Baptiste. 

13. P. 543. L'écusson de Léon X, ici figuré, se blasonne id^azur^ 
à une bande jumtlle de gueules; au chef d'argent^ à la boule (ou 
tourteau) aux trois fleurs de lis de France, acosté des lettres L X 
(Léon X); au lambel abaissé à qualité pendants de gueules, et trois 
fleurs de lis entre les pendants. Où a-t-on pris ce blason fantaisiste 
et si peu héraldique? Il aurait fallu le dire, c'était de première né- 
cessité. Pourtant les armes de Léon X sont bien connues de tous 
ceux qui ont visité le Vatican {Œuvres, t. IH, p. 371, h<» 210). Cff 



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- 88 — 

sont celles des Médîcis, avec la tiare et les clefs sur l'écu. 
Mieux aurait valu copier un blason réel que d'en inventer uu 
aussi faux et absurde, complété en outre par deux branches de lau- 
rier et de chéne^ qui ne sont pas davantage dans la tradition. 

XXVI. — S. Benoit Labre K 

Un prospectus-réclame, pour pèlerinages et en vois de fonds, porio 
comme adresse : « Marçay-Saint-Labre. » Il y a là une nouveauté et 
une irrégularité contre lesquelles proteste le plus vulgaire bon 
sens. 

D'abord, S, Labre n'existe pas dans le calendrier de l'Eglise, qui ne 
connaît, avec ses prénoms , que S, BenoïUJoseph Labre. Dans un 
saint, le nom de famille disparaît, à lel point qu'il n'existe même 
plus dans la liturgie. Laissons donc aux ignorants -— ce qui ne de- 
vrait pas être le cas d'un curé — cette manière de parler qui est 
toute française. 

Marçay est le nom de la commune et l'autorité compétente peut 
seule modifier cette appellation en l'allongeant : or la nécessité ne 
s'en fait pas précisément sentir. 

L'addition d'un nom de saint n'est possible que dans une seule 
circonstance, celle du patronage de la paroisse, en vertu d'un induit 
pontifical, qui n'a certainement pas été sollicité ni accordé. 

Qu'on laisse donc les choses en l'état et imitons la modestie du 
saint, qui fuyait l'ostentation. Marçay-S.'Labra est une appellation 
à effet, un peu trop humaine et laïque pour qu'elle soit de notre 
goût. 

XXYII. — B« Marguerite-Marie. 

Un curé a posé cette question à VAnù du clergé, 1896, p. 191 : 

Je fais construire dans notre église paroissiale une chapelle qui sera 
dédiée au Sacré Cœur. Je me propose de mettre au-dessus du tabernacle, 
dans une niche» la statue du Sacré Cœur de Jésus; à droite de la statue du 
Sacré Cœur, par conséquent du côté deTévangile, la statue de Notre- 
Dame du Sacré Cœur; à gauche de la statue du Sacré Cœur de Jésus^ c'est- 
à-dire ducôlé de Tépître, la statue de la B. Marguerite-Marie, faisant pen- 
dant à N.-D. du Sacré Cœur. Prière au savant liturgiste de TAmt, de me 

1. Œuvres y X, 318. 



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dire si cet arraDgement n*esl pas contraire aux prescriptions liturgiques... 
Si l*ou supprimait la statue du milieu , pourrait-on mettre la statue du 
Sacré-Cœur de Xésus du côté de Tévangile et celle de N.-D. du Sacré Cœur 
du côté de Tépître, lui servant de pendant 7 

Il a été répondu qu'aucune statue ne pouvait reposer directement 
sur le tabernacle, c'est-à-dire que le tabernacle ne peut lui servir de 
support, et que les deux statues du Sacré Cœur de Jésus et du très 
pur cœur de Mai*ie pouvaient se mettre en regard. « Licetne appli- 
care ad utrumque latus introîtus sanctuarii, ita ut sibi invicem ad- 
versentur, effigies seu statuas sacratissimi Cordis Jesu et purissimi 
Cordis B. M. V. ? S. R. G. resp. : Nihil obslare in casu. » {In Cadur- 
cen., 31 mart. 1887.) 

La difficulté ne me semble pas résolue. Le décret pour Cahors 
défend de poser la statue du Sacré Cœur même en arrière du taber- 
nacle {Œuvres, XI, 65). Pourquoi ? Afin de ne pas surajouter une 
dévotion nouvelle à celles déjà suffisantes du Crucifix et du S. Sa- 
crement. 

Du côté de Tévangile, qui est très honorable, le Sacré Cœur 
n'aura plus qu'une place secondaire» accessoire : je ne vois pas alors 
d'inconvénient à l'y mettre et à lui donner pour pendant la sainte 
Vierge. Mais quel sera le type de la Vierge? Evidemment, ce ne 
peut être Notre-Dame du Sacré Cœur, car ce serait bis in idem, 
puisque le culte se réfère indirectement au Cœur de Jésus^ plutôt 
qu'à celui de Marie. 

Quant à Marguerite Âlacoque, on oublie trop facilement qu'elle 
n'est que bienheureuse et, à ce titre, elle ne peut faire vis-à-vis à la 
sainte Vierge ; mais aussi que la S. C. des Rites a déclaré qu'elle 
n'entre pas dans le groupe du Sacré Cœur comme partie intégrante, 
puisque cette dévotion s'est établie en dehors de son influence 
directe, ainsi qu'en témoigne la concession de l'ofiice faite par Clé- 
ment XIII, et qu'elle n'est que bienheureuse, c'est-à-dire ne jouis- 
sant pas d'un culte universel dans TEglise. 



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s. ANTOINE DE PADOUE' 



I.-FÊTE 

i. S. Aatoine ^ de Padoue, ainsi nommé du lieu où il mourut 
en 1231» naquit à Lisbonne en Portugal. A Padoue, on Tappellepar 
antonomase // Santo, c'est-à-dire le saint par excellence ^. Le 
Martyrologe Ta inscrit au 13 juillet, qui est son jour natal, après sa 
canonisation par Grégoire IX, en 1232 ^. 
2. Piazza écrivait, en 1713, dans VËmerologio di Roma^ page 392: 
a La fête de ce glorieux saint se fait, avec beaucoup de pompe et 
apparat, musique et panégyrique, indulgence plénière et octave; 
dans la basilique des SS. Apôtres, où dans sa noble chapelle, toute 
couverte d'ex-voto et de riches offrandes, se conserve son capuce. 
A VAra çœli, il y a également solennité et octave. A la noble église 
des Portugais alla scrofa, il y a indulgence plénière; cette pieuse 

1. Le culte de S, Antoine de Padoue, à Romet dans la Voix de S. Antoine, 
revue mensuelle, Paris, 1896. 

2. « II était âgé de vingt-six ans Iorsqu*iI prit l'habit de S. François : et afln 
que ses parens ou ses amis n'eussent moyen de s'inquiéter sçachant où il 
seroit, il changea son nom de Ferdinand en celui d'Antoine, & cause de la dé- 
votion du lieu où il prenoit l'habit, qui portoit ce même nom • (Les nouvelles 
fleurs des vies des Saints, Lyon, 1720). 

3. « Le jour qu'il mourut, ses frères désiraient cacher sa mort, afin de le 
pouvoir enterrer en leur église, sans être empêché par le peuple de Padoue; 
mais les enfans, inspirez de Dieu, allèrent par toute la ville, criant à haute 
voix : Le saint est mort. Dont le peuple fut fort étonné et peut-être que la 
coutume de l'uppeller simplement saint et non saint Antoine, vint de là; en- 
core aujourd'hui à Padoue, ils ne l'appellent que saint » {Fleurs^ p. 575). 

Lequile (Didaco). // Santo di Padova dalCestrema Spagna alVestrema ïtalia. 
Epiche narrative a cinque gran Monarchi per mezzo di cingue Beverendissime 
Eminenze, Roma, Dragondelli, 1662, in-8, avec gravures, très rare. 

4. Œuvres, t. IX, p. 139, n* 75. — « Les miracles que Dieu fit après sa mort 
furent si manifestes et si communs qu'un an après, qui fut Tan 1232, le pape 
Grégoire IX, étant à la Pentecôte en la ville de Spolète, le canonisa et le reçut 
au nombre des saints » (Fleursy p. 575). — « Magnis laboribus pro gloria Dei 
perfunctus, meritis et miraculis clams, obdormivit in Domino, idibus junii, 
anno salutis millesimo ducentesimo trigesimo primo, quem Gregorius nonus, 
pontifex àiaximus, sanctorum confessorum numéro adscripsit » (6* leç» de son 
office). 



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— 88 - 

nation, chaque jour, fait honorer le saint qui en fut Fornement et 
la splendeur. A Ste-Gatherine délia rota, Téglise fut autrefois dédiée 
à ce saint; à la basilique de S. Pierre» qa*il visita, on expose partie 
de son chef dans la chapelle dédiée à S. Antoine et à S. François ; 
à S. André a monte cavallo existent de ses reliques et dans toutes 
les églises de Tordre de S. François, il y a indulgence plénière. 
A S.Hommebon,se fait la fête des iSLittQUVS,giubbonari ei calzettarL)i> 

3. Voici ce que j'écrivaisen J868dans la Correspondance de Rome, 
p. 343: 13 juin. S. Antoine de Padoue. Fête à son église, qui estTé- 
glise nationale des Portugais: Tambassadeur de sa Ha jesté très Fidèle 
assiste en grande pompe à la messe pontificale, chantée à dix heu- 
res et demie en musique. 

Aux SS. Apôtres, i'égUse est parée de tentures de damas rouge et 
la machina est exposée au milieu de la nef: Ton place devant un 
autel pour y célébrer la messe. 

Le dimanche suivant, il y a messe en musique et, dans Taprès- 
midi, a lieu la procession solennelle ^ qui sort des SS.-Apôtres et 
fait un assez long parcours, en passant par le Corso, Un piquet de 
dragons, en grande tenue, ouvre la marche. La confrérie de S. An- 
toine est précédée de sa bannière et escortée d'une escouade de 
dragons, échelonnés de distance en distance : leur présence est 
motivée sur ce que leur caserne est située sur la paroisse, place 
délia Pilotta, Viennent ensuite les quatre principales branches de 
Tordre de S. François : conventuels, observantins, capucins et ter- 
tiaires. La musique d'un régiment de ligne précède le curé de la 
paroisse, accompagné de deux prêtres en chape, qui porte la relique 
de S. Antoine. La statue, en costume de conventuel, est traînée sur 
un brancard qui a la Terme d'un temple antique. Un second piquet 
de dragons ferme la procession, qui se termine par un groupe de 
personnes pieuses, hommes et femmes, chantant le chapelet. 

Ce même dimanche, Tarchiconfrérie de S. Antoine, qui a son 
siège dans l'église de Stc-Lucie aux botteghe oscure, célèbre la fête 
de son patron. Elle est précédée d'un triduo, qui se faitàsept heures 
du soir et est suivi de la bénédiction du S. Sacrement. Le samedi, 
à quatre heures, on chante vêpres. Dans la matinée, le lendemain, à 
sept heures, il y a communion générale et, à dix heures, messe so- 

1. Elle a été supprimée par les Piémonlais, mailres de Rome. 



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lenaelle. A six heures du soir, le panégyrique précède la bénédiction 
du S. Sacrement. Pie IX, par rescrit du 22 février 1856, a accordé 
l'indulgence pléniére aux fidèles qui, s'étant confessés et ayant 
communié, visitent relise de Tarchiconfrérie depuis les premières 
vêpres jusqu'au coucher du soleil le jour suivant et y prient aux 
intentions du souverain pontife. 

4. La fête complète comporte un ensemble de pieux exercices qu*il 
est utile de signaler. Elle est annoncée et préparée par une neu vaine 
ou un triduo. La veille se chantent les vêpres. Le jour^ il y a le ma* 
tin, communion générale et grand'messe ; dans l'après-midi, pané- 
gyrique, bénédiction du S. Sacrement et procession solennelle ^« 
La fête se continue pendant Toctave. 

6. Dans les lieux où existent des couvents de franciscains, c'est à 
eux et non au clergé séculier à célébrer la fête de S. Antoine, 
puisqu'il appartient à leur ordre. II y a là une question de conve- 
nance et de droit primordial, qu'on est étonné de voir contester. 

En 1671, la S. C. des Rites donne gain de cause aux conventuels 
de Lngo, diocèse dlmola, qui prétendaient faire seuls la neuvaine 
et la procession de S. Antoine, soit au jour de sa fête, soit pendant 
l'octave, malgré les réclamations de l'archiprétre : en cela,*elle main- 
tint ses déclarations antérieures rendues pour Casai maggiore en 
1664 et 1667. 

Itnolen. S. R. G., iohserendo declarationibas factis pro Casali majori 
die 22 novembris 1664 et 2 aprilis 1667 contra archipresbyteram ejns- 
dem loci, iterum déclara vit, audita quoque relatione vicarii gênerai is, 
non licere archipresbytero terr» LagI celebrare nequé processionem 
sea novenam facere dicti S. Antonii do Padaa in die illius festi et Infra 
octavam respective, sed taie jus spectare ad fralres minores conven- 
tuales S. Francise! ejusdem loci ab immemorabili. Die 13 junii 1671. 

La S. C. des Rites écrivit à i'évéque d'Urbania la lettre suivante 
que je traduis de l'italien : 

Urbanien, A Tévéque. M. l'Ëminentissime cardinal Sacchetti a proposé 
de nouveau à la S. G. des Rites la controverse qui s'est élevée entre le 
p. Gardien et les autres PP. conventuels de S. François, delà ville d*Urba- 
nia d'une part et de Tautre, le chapitre et les chanoines de la cathédrale 

i . « La villo de Padouo a témoigné une grande dévotion au saint, ayant 
lait bâtir uno belle église à son nom, célébrant sa fèto tous les ans avec une 
procession générale, on laquelle ou porte ses reliques avec grande solennité » 
{Fleurs, p. 575.) 



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- 90- 

de la ville susdite, au sujet de raccompagnement de la statue de S. An- 
toine dePadoueà la procession solennelle qui se fait chaque année, le jour de 
la solennité dudit saint. La S. G. a cru devoir réécrire :i4dmén<em. Son inten- 
tion est que, la veille de la fête dudit saint, les susdits PP. conventuels 
Aillent processionnellement prendre la statue du saint au lieu où elle se 
trouve pour la porter à la cathédrale et Vy laisser. Et que, le jour de la 
fêle, on fasse, avec la susdite slatue, la procession accoutumée, qui devra 
se terminer au Heu où la veille elle a été prise, de façon qu^elle soit remise 
dans Tendroit où elle se conserve hahituellement toute l'année. Enfin, la 
fonction terminée, les pères conventuels seront tenus d'accompagner pro- 
cessionnellement le chapitre jusqu'à la cathédrale. -Rome, 23 janvier 1694. 

La même année, les conventuels se plaignirent que les chanoines 
fle la collégiale de S. Pierre, à Avignon, fissent, [à leur préjudice, 
pour célébrer la fête de S. Antoine, une quôte, une procession et 
une neuvaîne. La S. G. répondit que le chapitre ne pouvait rien 
de tout cela sans la permission de Tévéque. 

Avenionen. Uelata in S. U. G. ab Ëmo D. cardinali Pamphilio contra 
capUulum et canonicos parochialls et coUeglatae eccleslse S. Pétri, civi- 
tatis Avenionensis, P. P. conventualium instantlie, supplicantlum prohi- 
ber! dictis canonicis et capitule celebrare festum S. Antonii de Padua, 
queestuatioaem, processionem ac novenas ejusdem sancti peragere in 
eorum grave prsojudicium, necnon decretorum hujus^. G. in hac eadem 
materia pluries edictoruro ; eadem S. G., visis cl audilis juribus a patri- 
bus prœdictis tam in scriptls quam in voce dcductis, respondit : Non 
Hcere canonicis et capitule collegiatse prœfatse sine lioentia episcopi 
f acéré quassluationem, processionem et novenas. Et ita imposterum exe- 
qui et servari mandavit. Die 20 novembris 1694. 

II. — Office. 

1. L'office se célèbre, au bréviaire^ du commun dos conresseurs. 
Sont propres seulement Toraison et les trois leçons du second noc« 
turne, peu longues et qui ont un caractère purement historique. 

2. En 1G70, à la demande du cardinal Barbadigo, évoque de Pa- 
doue, Clément X éleva au rite double pour toute TEglise, aussi bien 
pour les réguliers que pour les séculiers, l'office de S. Antoine, qui 
n'était que semi-double, comme il conste de ce décretde la S. G. des 
Rites. 

Urbls et Orbis. SSmus D. N. Glemens, divina providentia papa X, ad 
preces Emi Barbadici, episcopi Patavien., bénigne induisit ut officium 
S. Antonii de Padua, quod hactenus ab Ëcclesia universali sub rilu 



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- 91 - 

scmidapiid recitatam est, in poslerum sub duplici ab omnibus qui ad 
ho.ras canonicas tenenlur, tum secularibus^ tum regularibns utriusqae 
6CXUS recilelur. El ila servari mandavit. Die 18 junii 1670. 

III. — Reliques. 

Le corps repose, à son au toi, dans Téglise deS.-Ântoine, àPadoue. 

Tel est Je relevé que j'ai fait, au tome VII, p. 578, des reliques de 
S. Antoine à Rome et aux environs : 

Du capuce, aux SS.-Apôtres et à la Conception des Capucins. 

Des cendresy aux SS.-Apôtres. 

Des cheveux, h S.-Pierre au Vatican, aux SS.-Apôtres et à Monte 
Cavi. 

Du ciliée de laine grise, à S.*Grégoire sur le Cœlius. 

Du ci'âne, aux SS.-Apôtres. 

Des ossemenisy à S.-Roch, SS.-PierreetMarcellin, Castel Gandoiro 
et Ariccia. 

De la peau de la tète, à S.-Pierre au Vaticar». 

De la tunique, à Ste-Marie in Ara cœli. 

Reliques sans désignation, aux SS.-Jean et Paul, à Ste-Marie in 
Campilelli et à Frascati. 

IV. - Patronage. 

1. S. Antoine est patron de Tordre Tranciscain et des villes de Hil- 
dcsheim, Lisbonne, Naples et Padoue. 

2. Sont sous son vocable les corporations des faïenciers, des 
porcelainiers, des verriers et des marchands de fraises. 

3. On rinvoque spécialement pour les épizooties, la flèvre, la peste 
et la contagion, les objets perdus. S. Bonaventure, dans le répons 
Si quxrisy y ajoute la lèpre, la maladie, les dangers sur mer et la 
délivrance des captifs. 

4. Le mardi lui est spécialement consacré ((Fut^re^s, X, 127) *, ainsi 
que le nombre treize, parce qu'il mourut le treize juin, qui était un 
mardi. 

1. Officio di SanV Antonio e modo di farc li suoi nove martedi, Turin, 1709. 
C*est une neuvaine de mardis. 

Voici le titre de deux autres ouvrages italiens : Officio brève del mira- 
eoloso S. Antonio di Padova colla sua novena, Rome, 1710. — Esercizio sacro 
in onore del glorioso S. Antonio di Padova, Rome, 1733. 



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- 92 — 

S. remprunte i Dom Guépin, au sujet des objets perdus y la note 
suivante, qui a été reproduite par plusieurs Semaines religieuses : 

Saint Antoine de Padone est resté cher à la piété populaire. Eu Italie, 
on l*appelie valgairement le « saint des miracles > ; les fidèles recourent 
à lui avec une touclianle familiarité dans les moindres incidents de la vie 
et des grâces innombrables récompensent presqne journellement leur 
cooflance. Mais entre toutes les faveurs qu'on lui demande le plus sou- 
vent, ii faut mettre au premier rang celle de retrouver les objets perdus. 
C'estj si nous osons parler ainsi, la spécialité de saint Antoine; et en 
France même, où la dévotion pour les saints s*est si malheureusement 
refroidie, cette prérogative n'a pas été oubliée par les fidèles. 

Les historiens de saint Antoine ne donnent pas Torigine de cette dévo- 
tion. Elle se rattache peut-être à un miracle rapporté par quelques-uns 
d*entre eux. Le père d'Antoine, disent-ils, ayant eu le maniement de cer- 
tains deniers publics, fut cité en justice pour rendre compte de sa gestion 
et exposé au déshonneur parce qu'il avait perdu ses quittances. Antoine, 
alors en Italie; fut soudainement transporté en Portugal, et apparut devant 
les juges pour leur présenter les pièces au défaut desquelles son père eût 
été condamné. 

Un autre fait de la vie d'Antoine, plus universellement rapporté que le 
précédent, a pa encore donner l'idée d'invoquer le saint dans les occa* 
sions que nous signalons. On lit dans le livre des miracles de saint An- 
toine, que, pendant son séjour à Montpellier, le diable persuada à un no- 
vice de quitter l'Ordre et d'emporter dans sa fuite un psautier avec gloses, 
dont le Saint faisait usage pour enseigner ses frères. Dès qu*il eut con- 
naissance de ce double malheur, Antoine se mit en prières : et, touché 
par l'affliction de son serviteur^ Dieu condamna l'instigateur de la faute 
à la réparer lui même. 

Dans sa fuite, le voleur avait à traverser un pont ; voilà qu'à l'entrée, 
le démon se présente à lui, en brandissant une hache : « Retourne, lui 
dit-il, au serviteur de Dieu Antoine et à ton Ordre, et rapporte le psautier, 
sans quoi, par l'ordre de Dieu, je te tuerai et je te jetterai dans le fleuve. ■ 
Le novice voulut résister; alors le diable prit la stature et l'aspect d'un 
géant tellement hideux et féroce que le fugitif épouvanté revint en toute 
hâte se jeter aux pieds de saint Antoine et lui remettre le psautier en 
demandant avec larmes le pardon de sa double faute*. 

Parmi les miracles présentés à l'examen du Souverain-Pontife pour 
obtenir la canonisation de saint Antoine, on n'en trouve aucun qui fasse 
allusion h son don spécial de retrouver les objets perdus ; mais, tout 

1. Quant au pouvoir spécial de saint Antoine pour retrouver les objets 
perdus, le savant boUandisle Papobroch, qui n*a jamais passé pour un esprit 
faible, s'applique tout spécialement à le mettre en lumière dans son commen* 
taire sur la vie de ce grand ttiaumalurgo. 



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^ 93 — 

prête à croire qae les fidèles ont constaté ce privilège, dès que le glorieux 
thaumaturge fut élevé sur les autels. Un répons, attribué à saint Bona- 
ventnre, fut admis dans toute la chrétienté comme formule spéciale de 
prière pour obtenir de saint Antoine les grâces de cette nature 

Non seulement à Padone et en Italie, mais en Espagne, en France^ en 
Portugal, en Allemagne, nous voyons que les fidèles faisaient souvent 
chanter ce répons par les frères Mineurs pour obtenir le recouvrement d*uu 
objet de prix : et il est impossible de ne pas reconnaître une intervention 
miraculeuse de saint Antoine dans les découvertes ou les restitutions tout à 
fait inattendues, qui récompensaient presque à chaque fois cette naïve 
confiance. Ces faveurs ont été pour beaucoup dans la popularité du culte 
de saint Antoine do Padone, qui se propagea au moins autant que celui 
de saint François d'Assise. Une fouie de petits écrlls, publiés depids le xvi* 
siècle dans le but de répandre cette dévotion, contiennent des recueils 
de miracles opérés par saint Antoine de Padone. Cette manifestation de 
la puissance du saint thaumaturge ne s'est pas arrêtée de nos jours, et 
chaque année apporte un accroissement à cette série ininterrompue do 
prodiges. 

On est embarrassé pour choisir dans ces ouvrages quelques traits pro- 
pres à montrer la puissance de saint Antoine pour rendre à ses clienls 
les objets volés on perdus. Des hommes illustres par leurs dignités et leur 
savoir ont eu Thabitude de recourir à lui pour cet objet aussi bien que 
les ignorants et les pauvres. Citons par exemple un célèbre théologien de 
rOrdre de Saint-Dominique, élevé plus tard à Pépiscopat, frère Ambroi- 
se Catharin. Partant un jour de Toulouse, il emportait un ouvrage qn*il 
allait confier àTimprimeur, et des notes qui lui servaient dans ses dispu- 
tes contre les hérétiques. Il perdit ses mauuscrits en route, et ne s'en 
aperçut qu'après plusieurs lieues de marche. Ausitôt il rebroussa chemin 
et mit tout en œuvre, avec le concours du gouverneur de Toulouse, son 
ami, pour retrouver ce fruit de ses études. Ces efforts furent inutiles ; et 
n'ayant plus humainement aucun espoir de secours, Catharin invoqua 
saint Antoine de Padone, et s'engagea, s^il retrouvait ses manuscrits, à 
publier hautement cette faveur dans un livre qu'il préparait sur la gloire 
des saints, et à stimuler la dévotion des fidèles envers le saint thaumat^ 
turge. A peine avait-il fait cette promesse, qu'un voyageur le présente 
et lui demande s'il n'a pas perdu un livre et despapiers. Catharin répond 
affirmativement et indique à quels signes on peut reconnaître ses manus- 
crits. € Tout cela, répartit le voyageur, est intact à tel endroit. > Catha- 
rin s'y transporta en effet, et retrouva son paquet, auquel personne n'a* 
vail encore touché. Il a raconté lui-même ce fait avec de longs détails, 
dans un de ses ouvrages* 

Un gentilhomme espagnol, nommé don Jean Gomes Cano, était à 
Bruxelles, en Tannée 1650, occupé à la poursuite d'un procès, lorsqu'il 
s'aperçut que des pièces indispensables pour le sueeèe de sen affaire, 



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— 94 - 

avaient été enlevées de son dossier. 11 les cherchait en vain depuis «rois 
mois, quand il eut enfin la pensée de recourir à saint Antoine. 11 promit 
de faire célébrer plusieurs messes en son honneur, et vint, immédiate- 
ment après, au couvent des Frères Mineurs pour les recommander. A 
peine était-il entré dans le cloître qu*un religieux très vénérable 8*appro- 
che et lui demande Tobjet de sa visite. JeanGomez raconta et son malheur 
et son vœu. « Allez, lui répondit en espagnol le religieux, entendez une 
messe en Thonneur de saint Antoioe. et soyez certain que vos pièces vous 
seront rendues demain. > Il dit et disparut^ sans que Gomez put découvrir 
sa trace. Le lendemain, les pièces volées.étaient restituées au gentilhomme 
qui gagna son procès. 11 resta convaincu que ce religieux inconnu n'était 
autre que saint Antoine lui-môme, et plaça un ex-voto dans l'église des 
Franciscains de Bruxelles en témoignage de sa reconnaissance. 

En 1656, le P. Célestin de Saint-Simon, provincial des Carmes réfor^ 
mes en Belgique, se rendait au chapitre général de son Ordre avec trois 
de ses Frères, prêtres comme lui. En route, ils perdirent neuf écus d'or, 
et firent aussitôt des recherches minutieuses pour les retrouver ; mais 
tout fut inutile. Le lendemain, sans s'être concertés entre eux, ils célébrè- 
rent tous les trois la messe en Thonneur de saint Antoine de Padoue, 
afin de retrouver cette somme, nécessaire pour la continuation de leur 
voyage. Us poursuivirent cependant leur route et ne s'arrêtèrent dans une 
hôtellerie qu'après huit ou neuf heures de marche. Ils étaient assis ensemble 
près du foyer, lorsqu'on préparant le feu ils trouvèrent une pièce d'or 
parmi des branchages. Un instant après, ils se mirent à table; quand ils 
se levèrent après le repas, ils virent sept autres pièces semblables tomber 
à leurs pieds, devant plusieurs personnes, qui restèrent stupéfaites comme 
eux de ce prodige. En se retirant dans leur chambre, ils aperçurent un 
neuvième écu sur le plancher. Dès leur arrivée à Rome, il vinrent à 
l'église d'Ara cœll, desservie par les Franciscains, pour y célébrer de 
nouveau la messe en Thonneur de saint Antoine et déposer officiellement 
de ce miracle. 

Parmi les clients de saint Antoine de Padoue, on serait surpris de trou- 
ver Charles II, roi d'Angleterre, si l'on ne savait pas que ce prince était 
secrètement attaché à la religion catholique. Se trouvant, durant son exil, 
à Cologne, il fut dépouillé, par un vol, du peu d'argent qu'il possédait 
encore. Il envoya aussitôt un de ses gentilshommes chez les Frères Mi- 
neurs pour leur demander d'invoquer pour lui saint Antoine de Padoue. 
Le lendemain, un des religieux, traversant l'église du couvent, aperçut 
un homme qui lui montrait du doigt un confessional, et s'esquiva ensuite 
sans lui parler. Le père courut au lieu indiqué et y trouva un sac plein 
d'argent qu'il portaaussitôtaugardien. Ony trouva exactement la sonmie 
volée au roi d'Angleterre, qui donna une attestation de ce fait, signée de 
sa main et scellée ^e son sceau. 

Personne n'eut jamais une dévotion plus tendre et plus confiante à saint 



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— 95 — 

Antoine de Padoae que le P. Benoît Colnago, saint religieux de la Com- 
pagnie de Jésus, mort à Gatane en 1617. Sa piété envers le glorieux thau- 
maturge revêtait les formes les plus ingénieuses et les plus aimables : 
aussi Antoine se prêtait-il à toutes les volontés de son serviteur. Quand 
les fidèles avaient perdu quelque objet de prix, ils ne manquaient pas de se 
recommander au pieux jésuite^ qui sommait pour ainsi dire saint Antoine 
de venir à leur secours. 

Un homme avait perdu un mulet, et le cherchait en vain depuis qua- 
rante jours, quand il eut enfin la pensée de réclamer les prières du père 
Colnago. Celui-ci lui donna une branche de giroflier, qu'il tenait par 
hasard à Ja main, a Ailes, ajouta-t-il à la chapelle de saint Antoine, et 
offrez-lui de ma part cette ileur. Il les aimait beaucoup durant sa vie, et 
il ne pourra pas résister à une prière qui lui sera présentée avec une fleur. » 
L*homme obéit ; mais il revint quelques jours après dire au péro quMl 
n'avait pas obtenu l*objet de sa demande. Colnago lui ordonna d'offrir en- 
core un bouquet à saint Antoine. L'homme obéit. Le lendemain, au point 
du jour,il entendit frapper à sa porte. C'étaient deux religieux Franciscains 
qui demandaient à lui parler. L'un deux était assis sur le mulet, perdu 
depuis si longtemps. L'homme descendit en toute hâte ; mais il ne trouva 
plus que le mulet à sa porte. Les deux Franciscains avaient disparu. 

Une fois, le P. Benoît avait longtemps prié pour obtenir qu'une femme 
recouvrât un cheval perdu. Croyant que sa demande n'était pas exaucée, 
il envoya à la chapelle du Saint un enfant de chœur^ auquel il remit 
un caillou, i Va, lui dit-il, et parle de ma part à saint Antoine en ces ter- 
mes : Le P. Benoît me charge de vous dire que votre cœur est plus dur 
que cette pierre, puisque vous refusez d'accorder un bienfait tant désiré. 
L'amour se prouve par des actes : pourquoi tant de retards lorsqu'un be- 
soin urgent réclame un prompt secours? » L'enfant obéit ; et sa commis- 
sion faite, il déposa le caillou sur l'autel de saint Antoine. Il allait se re- 
tirer lorsque le saint lui apparut et lui dit en souriant : « Reprends ton cail- 
lou, retourne vers le P. Benoît et dis-lui de ma part, que c'est lui qui a un 
cœur de pierre. Après tant d'expériences répétées, comment n'a-t-il pas 
compris qu'il était exaucé? > Le cheval en effet avait été retrouvé, sans que 
le P. Benoît en fût averti. Le pieux jésuite demanda pardon au Saint de la 
liberté qu'il avait prise envers lui, et ne douta plus de l'efflcacité ni de la 
promptitude de son intercession. On le vit accomplir sur-le-champ des 
miracles éclatants au nom et par la puissance de saint Antoine. 

Noos avons cité ces faits, entre mille autres, qui peuvent servir à en- 
courager la confiance des fidèles envers saint Antoine de Padoue. L'expé- 
rience journalière apprend que son pouvoir n'est pas diminué, et que, 
pareil à ces anges préposés par le ciel à notre garde, il est toujours prêt à . 
nous secourir, dès que nous recourons à lui. Puissent ces pages encou- 
rager la confiance des fidèles envers ce grand thaumaturge et mettre de 
plus f n plus en honneur la touchante dévotion qui s'est perpétuée parmi 



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— 96 - 
nous comme un des derniers restes de la piété simple de nos aïeux ! 

6. S. Antoine est titulaire, à Rome, des deux églises des Portugais 
et des Franciscains, via Merulana. 

Une chapelle spéciale lui est dédiée, à mi-côte de la rampe qui 
conduit à S.-Pierre m Montorio. 

On trouve des chapelles ou autels sous son vocable dans les 
églises de Ste-Marie in Ara cœli, S.-Isidore, S.-Barthélemy-en-rile, 
SS.-CômeetDamîen,S.-Sylvestre in capi/e, SS.-Apôtres, Domine quo 
vadis, VAngelo custode^ S.-Paul alla regola^ Ste-Marie in via lata . 

7. A la façade des maisons de Romo, on ne voit pas seulement 
des Bladones, mais aussi la représentation de S. Antoine, jusqu'à 
trente-quatre : trois sont en marbre, treize en toile peinte, dix à 
fresque, cinq en papier, deux en majolica et une en stuc (Rufini, 
Indicazione délie immagini di Maria sanlissima collocate sulle mura 
esteme di taluni edifici deWalma città di Roma^ Rome, 1853, t. II, 
p. 287). 

La maison n* 53 de la Via di Marfono est ornée d'une fresque 
du siècle dernier, devant laquelle brûle une lampe, toutes les nuits. 
S. Antoine tient TEnfant Jésus dans ses bras : le médaillon, do 
forme ovale, est abrité par un dais de bois et au-dessous est gravée 
cette inscription, qui sollicite la dévotion du passant : 

Antonio il santOj o passiegere, adora, 

Che fu ri di miracoli fecondo, 

Mentre visse non solo, 

Ma morto ancora, 

Che stupir fece la natura e il mondo : 

Perd con viva fede a lui t'affida 

Che périr non puo mai chi in lui confida. 

V. — PiEUSB Union. 

1. Rome possède : aux SS.-Apôtres» une confrérie de S. An- 
toine ^ ; à Ste-Lucie, aux botteghe oscure^ une archiconfrérie et, à 
S. -Antoine près le Latran, une pieuse union. Je vais traiter seule- 
ment de cette dernière. 

1. Un tableau de l*Académie de S. Luc représente la confrérie de S. An 
toine dePadoue. 



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- 97 -~ 

2. En i894, une pieuse union a été instituée, avec Tapprobalion 
du général de TOrdre des frères MineurselduCardinal-Yicaire^dans 
l'église do S. Antoine, près de S.-Jean-de-Latran. Elle a pour but 
de promouvoir le culte de S. Antoine, auquel on expose ses besoins 
spirituels et temporels, d'étendre la vraie foi aux infidèles, aux 
juifs, aux hérétiques, aux schismatiques et aux incrédules, enfin do 
procurer du pain aux indigents. Les obligations consistent dans la 
récitation quotidienne du Gloria Patri en Thonneur de la Ste Tri- 
nité et du répons Si quœris ou, pour ceux qui ne le savent pas, d'un 
Pater, Ave et Gloria, de faire une aumône pour les pauvres, Tins: 
cription sur le registre de la pieuse union et la confession et comr 
munion, le jour de S. Antoine ou pendant Toctave. 

Pia unio a S. Antonio Patavino nuncupata in ecclesia S. Antonii de Urbe 
canonice erecta. 

Nota est omnibus siogularis in S. Antonium de Padua univers! populi 
chrisliani devolio et fiducia ejusque cultus ublque (errarum mirabili modo 
propagatus omoibus similiter patet. Hinc templa vel altaria aut staluae in 
merooriam ejus erecta, hinc imagines et pictursB ar(o decoratdo, sancti ef- 
figiem varie illustrantes, hiocque solemnia feata in ejusdem honorem 
ubiiibet raagno populi concursu concelebrata. 

Causa tam vivîdse tamque didusaserga sanclum devotionis non aliunde 
procul dubio dérivât nisi ab ejusdem speciali privilégie, a Deo communi- 
cato, miracula operandi, favores ionumerasque gralias dispensandi. Qaad 
omnia in nolissimo responsorio Si quaaris miracula seraphicus doctor 
S. Bonaventura paucis expressit et complexus est, unde sanctiis nostor 
gloriosum Ihaumatargi titulum in Ecclesia Dei quasi jure sibi acquisivit. 

Quod si S. Antonii intercessio ac protectio potentissima quidem est 
apud Ailissimum ad quascumque calamitates arcendas morbosque pel- 
lendos, ea tamen siogulari modo refulget in mirabili privilégie a Deo ipsi 
collato quo ad ejus invocalionem res perdUœ inveniuntur; quod quidem» 
exorato S. Antonio, experti unanimes testantur. 

Verum non res materiales tanlummodo, sed quod nunquam satis lu- 
gendum, et ipsa dona supernaturalia persaepe amillunlur; ad hasceliam 
nostri Ihaumaturgi potenlia se extendit, qui, dum vitam ageret, zelo vere 
aposloiico flagravit tum ad infidelium conversionem, tum ad hsereiicos et 
peecatores ad veritalem diviDamquegratiamreducendos. Non mirumigltur 
si iofelix homo, Dei gratia privalas, per hujus sancti invocalionem reçu* 
perare eamdem possit, si perdiderit, vei invenire, si numquamhabuerit. 

Ilisce rationibus moti, clarissimi viri, S. Antonio maxime addicti ac de 
proximorum salute valde soUiciti, approbanle Ministre Gener«ali ejusque 
definitorio, in id devenerant ut in ecclesia S. Antonii de Uri^e, prope in* 
xii 7 



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signem basilicam Lateraafinsem eistrucia et fidelium freqaeDlia celebrata , 
institaeretur Pia Unio uoiversalis, a S. Antonio Patavino nuncupaia. 

OmneB qaibus res innotuit pium opus summis laudibus extulerunt, pra&- 
serlim Eminentissimus cardinalis Lucidus Maria Parocchi, vicarius Sanc- 
tilalis Suffi, qui ejusdem ecclesi» primarium lapidem posuit ac deinceps 
templum, astistentibus decem ex ordine nostro prœsulibus, solemiii rilu 
consecraylt. lo diversis qiiidem regionibus ac loeis, prae^eitim in eccle* 
siis franciacalibus, non pauc» existunt pi» sodalitates in hircrem thau« 
maturgi canonice iuslilulse ; atlamen opportunum visum est aliam erigere 
in Urbe, quse sedes est Pontifîcis summi, Ghristi in terris vices gerenlis, 
apud diclam ecclesiam a S. Antonio nuneupatani,quae, Deoita disponenle, 
residentîa facta est Ministri Generalis totias ordinis Minoram, ut t«m 
omnes palriarchae Assisiensis asseclse quam cœteri christifideles qui Ro- 
mani ex omnibus orbis partibus conveniunt, prœratam Plam Unionem fa- 
cilius agnoscere eique nomen dare yaleanl, ad propriam devotionem erga 
S. Antonium augendam et ad proximorum salutem promovendam. 

Caput 1. Finis Pix Unionis, 

Hujus Pia Unionis finis duplex est : 

Art. !• Gratias agere Deo munificenlissimo, qui tôt eximia gratiarum 
dona S. Antonio Patavino contulil et non solnm in cœlis sed et in toto 
terrarum orbe giorificat. 

2<* Rogare S. Antonium ut omnes qui rébus ad saluiem aniro» et cor- 
poris necessariis destituli existunt vel primum regnum Dei et jastitiam 
ejus quffirunt, bsc omnia, S. Antonio intercedente, inveniant. 

Hinc : a) Ut pagani, incredull, hebrœi, bserctici et schismatici veram 
fidem inveniant, quam nunquam habuerunt vel misère perdiderunt. 

b) Ut peccatoreSy quos tantopere adamavit S. Antonius, divinam gra- 
tiam, quam propria cuipa amiserunt^ récupèrent, ad veram pœnitentiam 
redaeti. 

c) Ut fratres et sorores trium Ordinum S. P. Francisci seraphici spi- 
rilQS thesaurum, quem super omnia qusesivit S. Anionius, quœrant et ipsi 
indesinenter, secundum propriam regulam et constitutiones ac landem 
inveniant vel inventnm cum omni soliicitudine castodiant. 

d) Ut panem qnotidianum ad vilse sustentamentum necessarinm pau- 
percs inveniant. 

e) Ut fortan» vel famse bona reperiant, qui tribalationibufl vel calami- 
tatibus oppressif illa amisenint. 

Caput II. Obligationes, 

3<» Ad aisequendos descriptos fines cbrislifideles adscripti debent : Re* 
citare quolidie tria Gloria Patri, in gratiarum actionem SS. Trinitati, qu» 
tanlam intercessionis potentiam thaumaturge nostro impertire el eiargiri 
dignata est. 

4<» Singulis diebos rccitare responsorium Si quœris in bonorem S. An- 
tonii, vel qui nesciuni» unum Pater, Ave et Gloria, 



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— 99 ~ 

S"* Aliquam eleemosynam paaperibus erogare, quoties S. Antonii in(er- 
cessione ac pafrocinio aliquain gratiam oblînuerint. 

6« P. Direclori Piae Unionis, at infra, coramunicare Darrationem gratia- 
rum et favomm, Inlercedente S. Antonio, oblenlorum; quso quidem nar- 
ratio a proprio confessario vel alla persona fîde digna, in quantum tieri 
polest, subsignata, in archivo convenlus S. Antonii asservabilur. 

7* In fes,to S. Anlouii vel infra octavam ejusdem, sacramcnta confes* 
sionis et communionis suscipcre. 

Caput III. Conditiones pro aibnissione, 

8» Omnes ulriusque sexus fidèles qui admilti desiderant Piœ Unîonis 
directori^a MinistroGeneraii instituto et Romse in conventu S. Antonii, via 
Merulana, 124, commoranli, tradere vel transmittere nomen, cognomen 
et nomen patriad ae residentiae. — Omnes parochi ceteriqae sacerdotes, 
prœsertim vero franciscalium convenluum superiores et cujusvis piaa as- 
socialionis prd&eides, sive per se, sive per aliam personam ab ipsis de- 
lectam^coiligere possunt nomina, cogoominaac residenliam adscribendo- 
rum eaqne collective transmittere P. directori. 

9^ Pideliter supradiclas obligationes adtmplere. 

Caput IV. Fnictiis. 

i(y* Omnes christifideles quam vix adseripti fuerint, participes sunt 
fructuum unius missse quse pro ipsis ceterisque ejusdem ecclesise benefac- 
toribus qualibet feria tertia applicaiur in przefata ecclesia, in qua ultra 
quinquaginla roissœ quotidie celebrantur. 

ii* Virlute communicationis a Rmo P. Général! ordlnis peractœ, omnes 
adseripti participes sunt omnium orationum et bonorum operura quœ in 
ordine minorum S. Francise i, cui ipse prseest, quotidie fîunt. 

Approbatio. Lucidus Maria, misera tione divina episcopus Albanensis, 
S. R. E. eardinalis Parochi, SSmi Dni nostri Papse vicarius generalis, 
Romanse curise ejusque dislrictus judex ordinarius, etc. 

Piam christifidelium Unionem a S. Antonio Patavino, cujus finis est 
excitare yel augere devotionem in eumdem S. Tliaumaturgum, ejus pri- 
vilégia recolere ac per enm obtinere a Deo opl. max. qu» animas et cor- 
pori sunt aecessaria, nos, potestate nostra ordinaria, erigimus in ecclesia 
illi dicata, in via Merulana, prope archibasilicam Lateranensem et cano- 
nice erectam esse pronuntiamus ejusque constitutionem quatuor hisceca- 
pitulis ae undecim articulis consignatam adprobamus. 

Datum Romse ex sadibus Vicariatus, die i3februarii A. D. i894.~L. M. 
card. Vicarius. — Petrus C. Cecchi secretarias. 

3. Par rescrit du 6 avril 1895, la S. G. des Indulgences accorde an 
général des Frères Mineurs la faculté de déléguer des prêtres, sécu- 
liers ou réguliers, pour inscrire les fidèles à la pieuse union de S. 
Antoine et former des centres secondaires. 

Beatissime Pater, Fr. Aloysius a Parma, minister generalis totius or- 



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— 100 - 

dinis Pralrum S. P. Francisci,ad pedes Sanclilalis Tu^e humllitcr provo- 
lutus, exponit quod, ineunte anno i89i, ab Ëmiaenlissimo cardinali Vi- 
cario Sanctitalis Tiw Pia unio S. Anlonii Patavini franciscanorum in 
ecclpsia eidem thaumalurgo dicata, via Merulana, prope Laleranam, ca- 
nonice erecta fuerit et exinde adscriptorum chrisUfidelium nuniftrus ex 
omnibus orbis parlibus ad centum millia circiter excrevcrit. Quibus prs8- 
missis, a Sanclitate Tua enixe implorât orator ut sacerdolesytam regulares 
quam sœculareSydelegare possit ad effectum utriusque sexns chrisiiiideles 
ia singulis orbis regionibus prœlaudatse Pise Unioni adscribendi, cum 
participatlone indufgentiarum quas Sanclitas Tua cidcm PisD Unioni bé- 
nigne elargiri dignata est; itemque, quotics opus (ueril,eju6dem PiœUnio- 
nis centra secundaria in cunclis nationibus constituere valeat. Quam 
gratiam, etc. 

S. C. Indulgentiis sacrisque Reliquiis prœposita, utendo facullalibus a 
SSmo Domino nostro Leone pp. Xlli sibi specialilpr tribulis, bénigne an- 
nuit pro gralia in omnibus juxla preces. Prsesenli in perpeluum valituro 

V absque ulta brevis expeditione. Conlrariis quibuscumque non obstantibus. 
- Datum ilomae^ex secrelaria ejusdem S. G., die Caprilis 1895.— Fr. Igna- 
i' tîus card. Persico prsef. — Alexander archiep. Nicop., secret *. 

J ■ 4. Les indulgences accordées par Léon XIII à la pieuse union, le 

; , 4 mai 1894, sont : Indulgences ptétiières^ le jour de Tinscription ou 

le dimanche suivant; le jour de S. Antoine, patron de l'union; le 
p' 25 février, anniversaire delà translation de ses reliques; une fois 

'^ Tan, aux conditions ordinaires, pour un exercice en l'honneur de 

r^ S. Antoine pendant treize mardis de suite; à rarliclc de la mort. 

5:- Indulgences partielles : sept ans et sept quarantaines, chaque jour 

Ç de la neuvaine qui précède la fête du 13 juin; cent jours, une fois 

%[ le jour, pour la récitation de trois Gloria Patri en l'honneur de la 

!^ Ste-Trinité; cent jours, une fois le jour, pour toute priAre corres- 

pondant au but multiple de la pieuse union. Toutes ces indulgences 
sont applicables aux âmes du purgatoire. 

5 Spéciales indulgcnliœ conccduntur Pix unionis a S. Antonio Polavino 

^ sodalibîis. 

licalissimc Pater, Fr. Bapliaci ab Aurcliaco, procurator generalis ordinis 

V minorum S. P. Franciscl Assisien., ad pedes S. V. humiliter provolulus, 

ï?* ^. ^« yolr. de S. Antoine, i89C, pp. 358-361, a publié u^ne Instruction prati- 

>- que sur la Pieuse Union de S. Antoine, signée du Unie l\ Général de l'ordre 

C franciscain. 'Klle concerne les « centres nationaux, diocésains ou provinciaux 

^ et paroissiaux », les « devoirs des dircclours », le c pieux exercice des treize 

îr^ mardis en Thonneur de S. Antoine », les a pouvoirs personnels accordés aux 

prêtres », le a billet d'admission dans la pieuse union », « la Voix de S. An- 
toine », «« la croix de S. Antoine » et « le pain de S. Antoine ». 



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— 101 — 

cxponit quod in ecc!esia S. Aotouii Patavini, prope archibasilicam Laie- 
rancnsem, canonice erecla fuil Pia Ui.io in honorera ejusdem S. Tauma- 
turgi. Jamvero ut christ ifideleâ huic pia societati nomen dare magis exci- 
tentiir, a S. V. cnixe implorât, consuetis condllionibiis lucrandas et anima- 
bus in purgatorio detentis applicabiles^indulgeutiasplenariaset partiales. 

S. G. Indulgentiis sacrisque Reliquiis prœposita, utendo facultatibus a 
SS. D. iN. Leone pp. XIII sibi specialiter tributis, christifulelibus pr^efata) 
Pise Uuioni nomen dantibus indulgenlias uli infra bénigne concessit, ni- 
mirum plenarias : 1"^ Dieadscriptionis vel die dominicoeamJem adscrip- 
tionem immédiate seqnenti. 2<> Die (esto S. Antonii Patayini conf., pia) 
unionis patron! cœlestis; 3^ necnon Iranslationis ejusdem reliquiarum, 
quu) recolttur quotannis die 35 (cbruarii; 4" In tredecim fcriis tcrtiis con- 
iinuis, quovis tempore, sed semel in anno tanium, iis sodalibus qui me- 
moralis feriis pium aliquod cxercilium in honorem ejusdem sancti dévote 
peregerint, dummodo in singulis enuntiatis diebus vere pœnitenles, con- 
(es>i ac S. Synaxi refecli, aliquam eccîesiam vel eliam publicum orato- 
rium visilaverint ibiquc ad mentem Sanclitatis Suae oraverint ; 5^ In mortis 
arliculo, si vere pœnitentes, confcssi sacraque suscepta communionc, vel, 
si hsec prîBstarc nequiverint, saltem contriti semcl SS. Jesu nomen ore,sin 
minus corde, dévote recitaverint. 

Partiales vero iisdem sodalibus tributa est : i^ Septem annorum toli- 
demque quadragenarum» in singulis novendialiuœ precum diebus immé- 
diate prœmitlendarum ante festum ejusdem sancti, quod die 13 junii cele- 
bratur; 2» ccntum dierum, semel in die, dévote recitantibus ter Gloria 
Palriy in graliarum actioneni SSmae Trlnitati ob mira dona eidem sancto 
tributa; 3* pariler centum dierum, item semel in die, aliquam precem ef- 
fundentibuB ad fines asseqnendos quos sibi praeponit Pia Unio. 

Quns omnes indulgenlias eadem S. G. declaravit fore etiam applicabilcs 
animabus igné purgatorii detentis. 

Prœsenti in perpetuum vallturo, absque ulla brevis expeditione. Con- 
trariis quibuscumquo non obstantibus. 

Datum llomœyex secretaria ejusdem S. G., die 4 maii 1894. Fr. Igna- 
tius card. Persico prajf. — Alcxander archiep. Micopol. secret. 

VI. — Indulgences. 

1. Le 8 juillet 1894, Léon Xlll a accordé par bref une indulgence 
plénirre aux fidèles qui, confessés et communies, visitent, le mardi, 
une église franciscaine, où le S. Sacrement est exposé en Thonneur 
de S. Antoine. 

Induhjeniia plenaria in honoiem S. Anlonii conceditur christifidelibus 
visitantibus eccletias ordinis Minorum singulis feriis lei'tiis cxposito SS. 
Sacrammto. 

Léo pp. Xlll. Ad perpctuam memorlam. Ad augendam ûdcllum rell- 



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— 102 — 



^ 



gionem aoimaruiinqiie salatem procurandam cœlestibus Ecclesi» the- 
sauris pia charitale intenli, omnibus et singulis ulriusque sexiis christîG- 
delibus, yere pœnitentibus et confessis ac S. communioDe refectis, qui 
expositioni SSmi Sacramenti in ecclesHs fratrum ordinis miiiorum S. 
Francise!, cujiisvis orbis provinciae, singulis feriis terlHs anni baberi 
soiitis, per aliquod temporis spalium dévote interfuerinl atque pro chris- 
lianorum principum concordia, haeresum extirpationo, peccalorum con- 
yersione ac S. matris Ecciesi» exallatione pias ad Deum preces eflude- 
rint; qua ferla prsedictarum id egerint, plenariam omnium peccatorum 
suorum indulgentiam et remissionem, quam etiam auimabus chrisliQde- 
Hum qu9D Deo in charitate conjunctae ab hac luce roigraverint, per modum 
suffragii applîcare possint, miscricorditer in Domino concedimus. Prsesen- 
tibus perpeluis futuris lemporibus valituris. Yolumus autem ut prsdsen- 
tium lilterarum transsumptis seu exemplis , etiam impressls, manu ali- 
cujus notarii publici subscriptis et sigillo personse in ecclesiastica digni- 
taie constitulsD munitis, eadem prorsus fidos adhibeatur quœ adhiberelur 
ipsis priesenlibus, si forent exhibitSB vel ostensœ. 

Daium Romse, apud S, Petrum, sub annule piscatoris, die 111 Julii 
MDGCCXCIV, ponlificatus nostri anno decimo septimo. — C. card. de Rug- 
giero. 






2. Répons de S. Bonavenlurc, — 
Cherchez- vous des miracles? La 
mort, l'erreur, les calamités, le dé- 
mon, la lèpre, prennent la fuite : 
les malades se relèvent en santé. 

La mer et les chaînes cèdent; 
jeunes et vieux demandent et re- 
couvrent Tusage de leurs membres 
et les objets perdus. 

Les dangers disparaissent, la né- 
cessité cesse aussi ; quUis le racon- 
tent ceux qui Pont éprouvé; que 
les habitants de Padoue parlent. 

La mer, etc. 

Gloire au Père, et au Fils et au 
Saint-Esprit. 

La mer, etc. 

f. Priez pour nous, bienheureux 
Antoine. 

i^. Afm que nous devenions dignes 
des promesses du Christ. 

Plions, — Que voire Ëglise, ô 
Dieu, soit réjouie par la pieuse com- 



Si quëeris miracula, 
Mors, error, calamilas, 
Dsemon, lepra fugiunt, 
iEgri surgunt sani. 

Cedunt mare, vincula; 
Membra resque perditas, 
Petunt et accipiunt 
Juvenes et cani. 

Pereunt pericula. 
Cessât et nécessitas ; 
Narrent hi qui seutiunt, 
Dicant Paduani. ^ 

Cedunt mare, vincula, etc. 

Gloria Palri, el Filio, et Spiritui 
sancto. 

Cedunt mare, vincula, etc. 

j^. Ora pro nobis, béate Anloni. 

^. Ut digni efticiamur promissio- 
nibus Christi. 

Oremus. — Ecclesiam tuam, Deus, 
beali Anronii Confessoris lui com- 



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I 



— 103 - 

mémoraison du bienheareax An- memoratio votiva Iselificety a( spi- 

toine, yolre Confesseur, afin qu'elle ritùalibns semper muniatur anxl- 

ioît toujours munie de secours spi- liis , et gaudiis perfrui mcrealur 

rituels et mérite la jouissance des seternis. Per Christum Dominum 

joies éternelles. Par le Cfirist Notre- nostrum. Amen. 
Seigneur. Ainsi soit-il. 

Le Souverain Pontife Pie IX, par décret de la S. Congrégation 
des Indulgences, du 25 janvier 1866, a accordé à tous les fidèles, 
chaque fois que, de cœur au moins contrit et avec dévotion, ils ré- 
citeront ce Répons avec le verset et Toraison annexés : une indul- 
gence de cent jours; une indulgence plénière, une fois le mois, en 
un jour au choix, à tous ceux qui auront récité ce répons, tous les 
jours pendant un mois, pourvu que, vraiment repentants, confessés 
et communies, ils visitent une église ou un oratoire public et y 
prient quelque temps selon Tintention de Sa Sainteté. 

3. Bénédiction de S. Antoine. — On appelle bénédiction ou bref 
de S. Antoine * la formule suivante, qui a la vertu de chasser le 
démon : « Les personnes qui la portent avec confiance obtiennent 
force et courage dans les tentations, les peines, les épreuves et les 
maladies », dit la petite feuille imprimée qui se distribue aux 
fidèles. 

Ecce crncem f Domini. Fugite, partes adverse. Vieil leo do tribu Jnda^ 
radix David. Alléluia. Alléluia ^. 

Léon Xlil , le 21 mai 1892, a accordé une indulgence de cent 
jours, une fois le jour, pour la récitation de cette formule, qui a été 
inscrite^ avec cette mention,' sur la croix qui est le signe distinctif de 
la pieuse union de S. Antoine, à Rome. 

Rescriptum quo indulgentia quandam invocationem recitantibus 
conceditur. 

Beatissime Pater, Fr. Raphaël ab Aureiiaco, procurator generalis tolius 
ordiois minorum, ad pedes Sanclitalis Vestrîe, ordinis Seraphici protec- 
toris benevolentissiml , provolutus, ad fovendara chrislilhlelium devotio- 
nom erga Dominicse Crucis recordationem, humlliter implorât indulgentiam 

1. Sur une gravure romaine du xvn* siècle, il est intitulé : Brève di S. An- 
onio di Padoa contro li demoniL Après cimcem est tracée une croix. 

2. Elle forme la troisième antienne des laudes et des vêpres dans rofBce 
doTExaltation de la croix. Sixte Y Ta fait graver, en 1586, à la base de Tobc- 
lisque qui se dresse sur la place du Vatican (Œuvres, VU, 513). 



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— 101 - 

300 dieram, semcl in die lucraDdam et aniniabus Id purgalorio dclentis 
appllcabilcm, ab omnibus chrisllOdelibus , dévoie e( corde contrito rcci- 
lanlibus sequenlcm invocalionem ex Breviario Romano desumptam, a S. 
Anionio Palavlno, ull ferlur, crebro usurpalam, et a s. m. Papa SIxlo V 
prœdecesBore Vestro, ad basem obelîsci S. Pétri inscriplam : 

Ecce Crucem Domtni, fugite partis adversx, viàii leo de tribu Juda, 
radix David» Alléluia. 

SSmus D. N., in audienlia habita die2i maij 1892 ab infrascriplo secrc- 
tario S. Congregalionis Indulgeutiis sacrisque Reliquiis prîepositœ, bc- 
lifgne coDcessit iodulgenliam centum dierurUy semel in die hicrandam, ab 
omnibus ulriusque sexus chrislifidelibus, qui prsedictam invocationem 
corde saUem conlrilo ac dévote rocilaverinl : quam indulgentiam eadem 
Sanclitas Sua etiam auimabus igné purgaloriidetenlisapplicabilem decla- 
rare dignala est. Prsesenli in perpetuum valituro absque ulia brevis expe- 
dilione. Contrariisque quibuscumque non obstantibus. 

Ditum Rom%,ex8ecrelaria ejusdem S. Congregalionis, die 21 maij 1891. 
— A. card. Seralini. t A. Archiep. Nicopolitan., secret. 

Vil. — Costume. 

1. La question du costume propre de S. Antoine a été Tobjet de 
longues controverses, que je n'entends pas réveiller. Je crois cepen- 
dant qu'elle peut être élucidée par l'archéologie et que, pour la tran- 
cher, il suffît de recourir à l'histoire et aux monuments. 

Or nous savons positivement que S. Antoine fut disciple de 
S. François, de son vivant môme. 11 est donc à croire qu'il se mo- 
dela sur son maître : or le costume du patriarche d'Assise est bien 
connu, entre autres par la fresque contemporaine du Sacro Speco,k 
Subiaco. 

Les deux plus anciennes représenlations de S. Antoine datent de 
la fin du xme siècle et se voient aux mosaïques absidales de S. Jean 
de Latran et de Ste-Marie Majeure ; elles donnent le costume exact. 

Les monuments subséquents ont varié sur ce point, suivant la 
branche de l'ordre qui faisait la commande. Dans cet ordre d'idées, 
les types divers se résument à trois, et S. Antoine est costumé in- 
différemment on Observantin, en Conventuel et en Capucin. Les Ob- 
scrvantins ont droit à des égards particuhers, car ils continuent la 
filiation directe, et leur costume a de grandes chances d'authenti- 
cité. Cependant, celui des Capucins, qui ont prétendu remonter à 
la source, offre de sérieuses probabilités. Les Conventuels seuls de* 



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- m — 

Traient étro exclus, car la forme, la couleur et la matière ne sont 
plus les mêmes qu'au temps de la règle primitive ^ : ils forment une 
mitigation, que le Saint-Siège a sanctionnée de son autorité. 

Rome tolère la divergence, quoiqu'il soit facile, avec un peu de 
bonne volonté, d'en venir à Funification du type, ce que je souhaite 
ardemment. 

2. Yoici la série des décrets de la S. C. des Rites qui concerne le 
costume de S. Antoine. 

En 1654, à Honterchio, diocèse de Borgo S. Sepolcro, la statue de 
S. Antoine devant être portée en procession , revêtue de Tbabit des 
capucins, il y eut une protestation contre cette innovation. La S. C. 
des Rites consultée se contenta do répondre que cet habit n^était 
point défendu dans Tespèce, et que la concession regardait l'évéque 
seul, qui pouvait l'admetlre ou le rejeter, en se conformant aux dé- 
crets du concile de Trente et d'Urbain Ylll sur la matière. 

Burgi S. Sepulchri. Stanle altercatione in terra Mouterchii, dioecesis S. 
Sepulchri, super delalione simulacri S. Antonii de Padua in processione, 
respeclu habitas capucinoruin cum quo efficiendus esl; S. R. G., ad quam 
uegociam dedactum est, respondit habilum hujusmodi non essevclilumin 
casude quo sgituret ideopermitlendam arbilrl oepi8copi.Diei8julill65l. 

En 1659, une image de S. Antoine ayant été imprimée à Vérone, 
la S. C. des Rites, par ordre du pape Alexandre VU, enjoignit d'en- 
lever le distique qui y était apposé et, conformément au décret de 
rindex ^, de changer, à la lettre, les mots la vraie forme en la plus 
vraie forme. De la sorte, on ne laisse pas dire que l'habit des capu- 
cins soit la véritable forme donnée par S. François à ses religieux , 

1 . « Nous pouvons ajoulor à cela le grand zèle qu'eul ce glorieux père do 
robservatiOQ de la règle, combien il souiïrit pour empêcher le relâchement et 
entretenir la manière de vivre que S. François leur avoit laissée, parce quo 
frère Uélie étant ministre général de Tordre, commença à introduire de nou- 
velles coutumes contraires à la pauvreté évangélique et à la sainteté dont 
leur père et ses premiers compagnons avoient toujours fait profession et 
parce qu'ils lui résisloient en cela, il les affligea et tourmenta en toutes ma- 
nières et S. Antoine, comme le plus zélé, lui résista et frère Hélie l'ayant 
voulu faire prendre, il s'échappa et appella de la sentence au pape Gré- 
goire IX, devant lequel il le convainquit et rendit muet; ce qui fut cause que 
le pape déposa frère Hélie de son généralat et y établit un autre qui eut 
le premier esprit de leur iondateur » (Fleurs, p. 573). 

2. « Un des décrets généraux met à l'index toutes les inscriptions des images 
de S. François et de S. Antoine de Padoue annonçant que l'habit dans lequel 
ils sont peints est celui-là même qu'ils ont porté ({ 3, n* 8) * [Anal, jur. 
poni,, t. I, col. 1289). 



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- 106 - 

niais on permet de déclarer, au seul point de vue archéologique^ 
que cet habit est la forme qui semble la plus vraie. 

OrdinisCapuccinorum* In C. S. R. orJiaarU, habita coram SSmo» ad le- 
lationem EmiD. cardinalis RospiglioBii, Sanclitas Sua mandavit ^x imagine 
S. Antonii de Padua, Veron» irapressaa cum habitu capucinorum , delerl 
disiicou et dedieatoriatn reduci ad (ormam decreli Congregalionîs Indieis, 
nempe ubi dicitur la vera forma dici lapiu vera forma. Die 27 septembria 
405^ 

i( Le Saint-Siège, écrit M^' Chaillot (Anal, jur, pont.^ t. XX, 
col. 466), n'a rien décidé sur la forme de Thabit porté par S. Antoine 
de Padoue; il a permis d'habiller le saint, soit en costume de con- 
ventuel, soit comme capucin. Cependant Innocent X rendit un bref 
prescrivant l'habit conventuel pour une statue de S. Antoine, con- 
servée dans le trésor de l'église métropolitaine de Naples. En 1667, 
la S. G. des Rites écrivit au nonce de Naples d'engager les conven- 
tuels à user modérément de leur succès, de façon à ne pas froisser 
les capucins. Par malheur, les conventuels ne se conformèrent pas 
aux conseils de modération qu'on leur donna, car ils firent imprimer 
et propagèrent en divers points de l'Italie le décret, avec une note 
affirmant que le Saint-Siège avait absolument prohibé d'exposer 
l'image avec Thabit des capucins. Cela fit que la S. G. des Rites dut 
faire connaître publiquement qu'elle avait uniquement statué pour 
l'église métropolitaine de Naples. » 

Dno nanlio NeapoliUno. Cum ex décrète S. R. Cong^egationis sub 15 
hujus in conlroversarium causa intcr capncinos et conveutuales iatius ci- 
vilatls jussum sit omniaoexecutionimandaribrevcsa.me.lnaocenUi X ad 
(avorem conventualium edilum super exposilione S. Anionii de Padua io 
sacelio Thesauri S. Januaiil, insigni Ampiitudinis tuo) ourse ab eadem 
S. C. prœdicta commissa fucrit execulio, prout ex allia ejusdem liUeris 
libi dalis constat. Nunc denuo Emi DD., ad penitus et radicUus tollenda 
dissidia omnia et lites muhis abhinc annis propter prsediclam causam 
agitatas et ad conciliandos arabarum partium animes conGrmandosque, 
prout decet, religiosos militantes sub eodem vexillo S. Fraucisci, censue- 
runt tibi addere pra^sentes bas litteras ne graveris ad le advocare omnes 
conventualium superiores Utic commorantes, quibus nomine et prsescriplo 
S. G. jubeas ut decreto super hac re ad ipsorum favorem emanato omnl 
débita moderatione utantur et speciatim ne jactent hac de lite vicloriam 
et triumphum , ne per strepitum talis acclamalioniB capucinorum animl 
conlurbentur. Prœserlim quia S. R. G. super veriori et proprio habita 
S, Antonii nihil innovari intendit , sed décréta desuper emanata in suc 



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— 107 - 

robore relîquU, sine prtejudicio anibanim parlium, erU igUur tiise Ampli- 
tudiois hoc onus ut ia execotione lalis decreti omnia pacifîce succédant ne 
scandala suborianlur, quod uti spero a prudentia lua prospère successurum, 
ita precor Âmplttudini iuœ omnem incolumilatem. Romae, hnc die 15 ja- 
nuarii 1667. Ampiitudinis tuîB uti frater araanlissiiuus. M. card. Ginettus. 
Bernardinus Casalius» S. R. C. secretarius. 

En 1667, la S. G. des Rites autorisa Texposition, dans la cathé- 
drale de Naples, d'une statue de S. Antoine, avec le costume des 
conventuels, à Texclusion de celui des capucins; ceux-ci.se plai- 
gnirent do l'extension du décret, qui est local et ne concerne pas 
tout Tuni vers. Pour mettre fin à la controverse, elle déclara qu'il 
n'obligeait qu'à Naples, laissant dans son intégrité la question 
générale. 

Romana seu Neapolitana, Cum S. R. G-, die 9 novembris 1667, declara- 
verit statuam et simulacrnm S. Antonii de Padua esse exponendum in sa- 
crario et Ëcclesia melropolitnna Neapolis in habitu conventualium et 
nulle modo in habilu capucinoram in eadem ëcclesia, prout in dicto de- 
creto , etc. Et quod postea fratres conventuales istud typis mandaverint 
Roms9, Yeneiiararo, Brixise, Mediolani et Novarise, cum hujusmodi intilu- 
latione: Decretum S. Congregationis super simulacro divi Anlonii Patavini, 
ne ipsum ullo modo in habilu capucinorum exponalur sed lantummodo in 
habitu minontm S. Francisci conventualium. Et proindo exponentibus ca- 
pucinis varia exinde oiiri discrimina, cum a nonnulUs interprelatur non 
in sola melropolitana Neapolitana, sed ubique locorum; eadem S. G., ad 
illa removenda et majorem caulhelam et satisfaetionem , declaravit ema- 
nare et intelligl pro et in sola metropolitana civitatis Neapolis. Die 21 julii 
1668. 

En 1680, les capucins ayant voulu exposer avec leur habit S. An- 
toine dans l'église do rAnnunziata,il fut répondu à Tarchevôque de 
Naples que le décret de 1668 s'étendait à toute la ville et n'était pas 
restreint seulement à la cathédrale. 

Neapolitana* Aodila epislola Emi archiepiscopl Neapolitani sub data die 
19 aprilis proxime prseterili, ubi qusesitum fuit declarari : An per lilteras 
die 6 aprilis mcnsis elapsi sibi transmfssas circa prohibilionem exposi- 
tionis simulacri S. Antonii Patavini in habitu PP. capucinorum in ecclesia 
SSmœ Annuntialionis civitatis Neapolis derogalum censeatur decrcto die 
21 julii 1668 favore capucinorum edito, quo dictum fuit decretum edilum 
die 19 novembris 1667 favore patrum minoram conventualium émanasse 
et inteiligi non pro tota civitate Neapolis, sed pro et in sola metropolitana 
ejusdem civitalis? S. Riluum Gongregatîo, supplicanle P. Procuratore gc- 
nerali minorum conventualium, declaravit decretum emanatamdie 21 Julii 



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- 108 — 

1668 pro patribus capucinis inlelligi debcre pro tota cWitale Neapolis, et 
non pro sola metropolilana ejusdeni civitalis, quibuBcumque in coutrarium 
non obstantibus. Et Bcriptura fuit Bmo archiepiscopo pro executione. DIo 

6 maii 1680. 

La controverse existant à Tcano entre deux brandies de l'ordre de 
S. François fut ainsi tranchée par la S. C. des Rites; les observan- 
tins feront la procession le jour de la fête, et Ton y portera une 
statue avec le costume des observantins, tandis que les capucins la 
renverront au dimanche dans Toctave, mais avec faculté de rha- 
biller en capucin. 

Theanen* S. R. G., super conlroversia orta inter minores observantes 
refornialos ordinis S. Franci8ci,civi(atis Theani ex una et fratres capucines 
ejusdem civitatis parlibus ex altéra, circa processionem S. Aulouii Pata- 
vini, inbîerendo dccretis alias ad (avorem capucinoram emanatîs et 
signanter in Romana seu Neapolilana die 21 juîii 1668 et fieneventana 

7 junli 1673, censuit processionem S. Antonii esse faclendani per dictes 
fratres mlnorum obBervanlium in dio feslivitatls S. Antonii ciim delationc 
statu» ejusdem sanctiin corum habilu; et per fratres capucinot in domi- 
nica infra octavam, pariter cum dclatione simulacri S. Antonii in habita 
capucinorum. El ila declaravit. Oie 22 maii 1683. 

VIII. — Art et archéologie. 

1. L'art, à Rome, a glorifié S. Antoine d'une façon éclatante, par 
une série de chefs-d'œuvre, dont il importe de faire le relevé minu- 
tieux. La Voix de S. Aîiloine, illustrée avec tant de goût et d*à- 
propos, en a déjà fait connaître plusieurs par d'excellentes repro- 
ductions qu'elle a l'obligeance de meltt*e à ma disposition : elle 
continuera^ dans l'intérêt de la science et de la dévotion, à propager 
les meilleurs types. 

Je classe ici les peintres par ordre alphabétique : 

BiANCHi. L'original est à Sle-Marie-des-Anges et il en a été fait 
une copie en mosaïque pour le retable delà chapelle des chanoines, 
à S.-Pierre du Vatican. S. Antoine est agenouillé devant l'Immacu- 
lée Ck)nception (Voix, i898, p. 1 17), fig. 8. 

Calandruggi. Apparition do l'Enfant Jésus, tableau du retable, 
au maitre-autel de S. Anlonino {Voixy i81)5, p. 170), lig. 6, et à 
S. -Paul alla regola. 

Cauraghe (Annibal), 1560-1609 : Apparition de l'Enfant Jésus, 



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Fig. i, — Tableau d'EvangolisU, à S.-Jcan-l*orte-Latine, à Rome. 

SS.-Cùme et Damien au Forum, église du tiers ordre franciscain 
(Voix, 1895, p. 265). 



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- 110 — 

La Vierge, entre Ste Cécib et S. Antoine de Padoue : Pinacothèque 
du Capitole, première salle, n* 32. 

De l'école des Carrachc, six petits tableaux à fresque, représen- 
tant des traits de la vie, à Taulel de sa chapelle, dans l'église de S.- 
Barthélemy-en-rîle. 

DoMiNiQUiN (Dominique Zampieri, dit le), 1581- 16il: Apparition 
de TEnfant Jésus, à l'Académie de S. Luc. 

EvAMGBLisTi (Philippe) : tableau, à S.Jean-Porte-Latine(Foix, 1894, 
p.tî2), fig. 1. 

Ferrari (Gaudence) : Introduction au ciel do S. Antoine, gai. 
Sciarra, 3« salle, n" 17. 

Garofolo (Benvenuto Tisio, dit le), 1481-1339 : S. François et 
S. Antoine, Pinacothèque du Gapitole, S* sal., n* 164. 

La Vierge, S. Joseph, S. Jean et S. Antoine, gai. Borghèse, 2«sal., 
n0 36. 

GiORDANO (Luca), artiste napolitain, mort en 1705. Vision de 
S. Antoine, toile du retable de son autel, à VAtigelo custode, objet 
d'une grande vénération, attestée par de nombreux ex-voto. 

Jacques de Torrita (fra), franciscain : S. Antoine priant, mosaï- 
ques absidales de S.-Jean-de-Latran et Ste-Marie-Majeure (Foix, 
1894, pp. 17, 140), fig. 2, 9. 

LuTTi, 1686-1724 : Apparition de TKnfant-Jésus, aux SS. -Apôtres 
{VoiXylhQo, p. 187), fig. 5. 

Odazi (Jean) : S. Antoine, église Ste-Marie in via lala, 

Palma le Vieux : La Vierge, entre S. Antoine et S. Paul ermite, 
gai. Borghèse, M* sal., n^ 3i. 

PiNTURiccHio (Bernardin), 1434-1513 : peinture murale à sa cha- 
pelle, dans l'église d'Ara cœli, {Voix, 1894, p. 35), fig. 7. 

Saints de Tordre franciscain, à la Pinacothèque du Vatican, 4«saL, 
n-23. 

SACCHi(André), 1598-1661 : S. Antoine ressuscitant un mort,galer. 
Barberini, 1^ salle, n' 3. Même sujet, à la Conception des Capucins. 

ScARSELLA (Hippolytc), dit le Scarsellino : S. Antoine, gai. Cor- 
sini, 10* salle, n' 23. 

Spagna (dello): S. Antoine, galer. Campana. 

Titien Vecelli, 1477-1?>7C : Plusieurs saints, panni lesquels S. 



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- m — 

Antoine : à la Pinacothèque du Vatican, 4' sal., n« 20. Ge tableau 
est signé : titianvs faciebat. 

Véronkse (Paul Cagliarijdit) : S. Antoine prêchant aux poissons, 
gai. Borghèse, il« sal., n* 2. Ge tableau est fort remarquable *. 

2. L'archéologie est fort bien représentée dès le siècle même de 
S. Antoine. 

xup s. Mosaïques absidalesdeS.-Jean-de-Latran et de Ste-Marie- 
Majeure, exécutées par Jacques deTorrita, franciscain, à la demande 
du pape Nicolas lY, aussi de Tordre de S.-François. 

xive siècle. Panneau peint dn musée chrétien du Vatican, 10® 
armoire, n" 7 {Œuvres^ t. II, p. 251, m 7). 

xve siècle. Au musée chrét., volet d'un triptyque, daté de 1435, 
avec cette inscription (Œuvres, t. JI, p. 256, n« 1) : 

. s. ANTONIVS. DE. PA 
DVA. DIE. X* XVI*. MARTII 

Galerie Gampana, deux tableaux. — Panneau, au palais Massimo. 

— Fresque de Pinturicchio, à Y Ara cœli. — Statuette de marbre au 
tombeau du cardinal Riario, aux SS.-Apôtres et au retable offert par 
le card. de Portugal, à SteMarie-du-Peuple, en 1489. 

XVI' siècle. Au musée chrét. {Œuvres, t. Il, p. 251, n° 8), et salle 
des cartes géographiques au Vatican, où figure deux fois sa prédica- 
tion {Œuvres^ t, II, p. 143, n** 11, 19), avec des inscriptions explicati- 
ves. — Peinture, à Ste Marie-des-Monts. — Gravure romaine de 1587. 

xvn« siècle. — Peintures à la Navicella,k S.-Isidore, à TAra cœli, 
aux SS.-Apôtres, à S.-Barthélemy-en-riIe, au Mont-de-Piété, et à 
Ste-Anastasie, avec cette inscription : sanctus antonius ulyssypon. 

— Statue à S.-François a Ripa {Voix, 1894, p. 102),rtg. 4- 

xviii* siècle. Fresques à S.-Sylvestre in capite et à l'Ara cœli ; 
toiles à Ste-Prîsque, Ste-Dorothée, SS.-Apôtres et S.-Antoine in 
Monlorio; statuette en bois du musée Antonin. 

3. UArchivio siorico dell* art e, 1891, p. 364, a donné la reproduc- 
tion d'une rarissime gravure de la seconde moitié du xv« siècle, que 
M. Paul Eristeller a découverte à Rome parmi les gravures de la 
Biblioteca Casanatense ou de la Minerve. Elle mesure 0,268" de 

1. VArchivxo storico âelVarle, 1895, p. 228, a signalé à Soligo un tableau de 
la Vierge, entre S. Joseph et S. Antoine, qui parait l'œuvre du peintre Mila- 
nais Prancesco Pagano Figini, Ters 1537-1542. 



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- 113 — 

hauteur sur 0»205 de largeur. Le sujet principal y est entouré de 
treize panneaux relatifs à la vie du saint et a pour but d*exciter la 
dévotion des fidèles envers lui, en traduisant le répons Si guœtis en 
dialecte Toscan. Voici cette curieuse inscription : 

SB TV CERGHI £ MIRAGOLI MORTE BRRORE GALAMl 
TA DEMONIO LBBRA PVG6AN0 GLÎFBRMl 81ËV0 
N SANI DA LVOGO M MARE 7 llRCAMl AI)DO 
MANDINO LB BMENBRA ET LE GOZE PBRDVTE 
E RIGEVBRANNOLE ET GOVANI 7 EVECHl PËSG 
UONO £ PERICOLI GBSSANO LA NlSlGlTA 
DIGHILLO COLORl E QVALl LO SEiNTANO 

S. Antoine, sangtvs. antonvis (sic) db padva, imberbe, nimbé et 
habillé en franciscain, est assis sur le tronc d*un noyer, où son ami 
Tiso lui avait préparé, à Camposampiero, une espèce de cellule en 
paille, à toit aigu, qu'entourent des branches chargées de fruits. Il 
a devant lui une table, sur laquelle pose un livre ou vei*t, tandis qu'il 
en consulte un autre, ouvert à sa droite sur un pupitre bas. De la 
sorte il pouvait travailler dans la solitude et respirer un air pur. Il 
montait à ce noyer par une petite échelle, appuyée contre le tronc 
de Tarbre. A droite est agenouillé un franciscain, qui Tinvoque, les 
mains jointes; à gauche^ se tient aussi à genoux un cardinal, coiffé 
du chapeau rouge et vêtu de la cappa, qui le regarde avec confiance, 
les mains croisées sur la poitrine. 

Les petits sujets se succèdent dans cet ordi*e, d'abord en haut, 
puis en descendant à droite et en remontant à gauche: S. Antoine, 
debout dans une chaire cubique, prêche eu présence du pape, de 
sa cour et de nombreux fidèles. 

Assis sur la marche de Tautel, auquel il tourne le dos, il entend 
la confession d*un pécheur qu'il réconcilie avec Dieu^ 

Accompagné de son sociusy il guérit un lépreux, couvert de plaies 
et jambes nues. 

1. « Se convertirent 22 voleurs signalés, lesquels se confessèrent à lui • 
{Fleurs,^, 571). — « 11 paroissoit souvent à quelques-uns en songe et leur di- 
soit : lève-toi et te va confesser d*un tel péché, que tu as commis contre Dieu 
et fais pénitence» encore que le péché fût si secret qu'il n'y avoit que Dieu et 
celui qui Tavoit fait qui le sceussent » (p. 572). 



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- 114 - 

Sur un navire» il apaise une tempête par sa bénédiction» qui fait 
fuir le démon. 

Il guérit un paysan, qui Taccueillc reconnaissant à rentrée de sa 
maison. 

11 montre du doigt le tyran de Padoue que Ton va enterrer* ; on 
remarquera, en tète du clergé, deux croix processionnelles^. 

Il remet le pied coupé. 

Il n*a pas peur ni du tyran ni de ses soldats armés. 

Par sa bénédiction à la manière latine, il chasse les démons du 
corps de trois possédés qui invoquent son secours. 

Habillé de la chasuble et descendant de Tautel, où il vient de cé- 
lébrer et qui porte encore le calice, il présente sur la patène rhos- 
tie que Tàno adore, à la stupéfaction de son propriétaire. 

Guérison d'une malade qui est au lit. 

Il donne un vêtement à un pauvre qui lui rend grâce. 

Il rend la vie à un enfant que sa mère lui présente. 

IX. — Iconographie. 

Le P. Cahier, dans ses Caractéristiques des saints, page 803, énu- 
mère vingt et un attributs, qui sont : Ane, Apparition de CEnfant 
Jésus, Banderole, Cadavre, Chaire, Châsse, Cœur, Coffre, Gre^ 
nouille, Crucifix, Feu, Groupe, Jambe, Langue, Livre, Lis, Mis^ 
sion, Monstrance, Orage, Pied, Poisson, Nous les retrouvons presque 
tous à Rome, qui en compte jusqu'à cinquante-deux que je classe 
ici par ordre alphabétique. 

Agenouillement. Cette attitude, qui est celle de la prière et de Tex- 
tase, se rencontre assez fréquemment, par exemple aux SS.-Apô- 
Ires, à VAngelo custode, à S.-Jean-Porte-Latine et à S.-Barthélemy-en- 
rile, surtout pour les apparitions deTEnfant Jésus et de la Vierge. 

Ane. On dit indifléremment mule et mulet. Il adore, en pliant les 
genoux, l'hostie que S. Antoine lui présente, tandis qu'il ne regarde 

1. « Une fois que Padoue étoit oppressé par le cruel tiran Ancelio, il sorUt 
de soo sépulchro une voix claire et articulée, qui dit à Barthélemi Cooradin, 
gardien de ce couvent, lequel déploroit un soir devant le saint les misères que 
la ville onduroit de ce tiran, qu'il tint pour assuré que l'octave d'après sa 
ète elle seroit consolée et délivrée du déplorable état où elle étoit, comme il 
arriva » (Fleurs, p. 575). 

2. Œuvres, t. H, p. 504, au mot Croûr. 



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- 115 - 

môme pasTavoinequi lui estoCTerto par son maître, que cette preuve 
convaincante de la présence réelle convertit^ Le fait est très connu 
et populaire. Citons surtout une gravure du xvi* siècle, une fres- 



Fig. 3. — -Tableau de Campagaola; à Padoue. 

que de S.-Barthélemy-en-rile, xvii* s., et une toile du xviu% à 

Ste-Prisque. Fig. 3. 

1. Insigne miraculum de sacrosancla Eueharislia agnila ab asina, eonciû- 
nanU divo Antonio Ulyssiponense, vulgo de Padua, ad hxreticos Patarenos, 



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— 116 - 

Anges. A Saint-Barthélemy-en-rUe , ils regardent S. Antoine 
avec admiration ; de même » au tableau de Galandrucci ; sur une 
gravure du xvi« siècle, ils Tbonorent d'une couronne et l'enlèvent au 
ciel, sur une fresque de sa chapelle, à S. -Barthélémy. Aux SS.-Apô- 
tres, à la coupole, peinte au xvii* siècle, un ange tient son lis. 

Attitude. S. Antoine est à genoux ou debout. 

Autel, il prie devant {toile du XVIlh «., aux SS.- Apôtres) et a 
là son apparition de TEnfant Jésus (toile du XVI h s., à la Navi- 
ce lia)» 

Barbe. Elle est très légère, à peine sensible, sur la belle fresque 
de Pinturicchip, à Ste Marie in Ara cœli, pour indiquer l'adoles- 
cence, époque de sa vie où il entra dans Tordre de S. François ^. 

Bourse. Une statuette en bois, du xviu^ siècle, au musée Anto- 
nin, rappelle ainsi ses aumônes et son amour des pauvres. En effet, 
quoique riche par sa naissance, il se dépouilla de tout pour s'atta- 
cher uniquement à la pauvreté. 

Branche d'olivier. Je ne la rencontre qu'une seule fois, dans la 
main droite, sur une gravure romaine, datée de 1587. Elle exprime 

Arimini et non alibi evenUse demonstrat Jac. Villaoius. Arimini, 1667, in-4% 
ouvrage rare. — La scène se serait passée à Bourges, selon la Voix de S. An- 
toine, 1895, pp. 188, 189,230. 

« Disputant avec un nommé Bouibille, qui ûloit un des plus obstinés et qui 
nioit la vérité du très saint sacrement de rautel,le saint le combattit et si bien 
qu'il ne sçavoit plus que répondre. L'hérétique, suivant leur stile ordinaire, 
lui demanda des miracles, et S. Antoine en Gt un de grande édiGcation. L*hé- 
relique avoit un mulet enfermé, qui fut trois jours sans boire ni manger. Le 
saint, après avoir dit la messe, prit la sainte hostie en grande révérence, fit 
venir le mulet affamé, auquel il dit ces paroles : Au nom de ce Seigneur que 
je tiens, moi indigne, en mes mains, je te commande que tu viennes présente- 
nient faire la révérence à ton créateur et que tu confondes la malice des héré- 
tiques, faisant entendre à un chacun la vérité de ce très haut sacrement. 
Tandis que le saint disoit cela, l'hérétique cribloit de Tavoine à son mulet 
pour le faire manger ; mais, ayant plus de connoissauce que son maître, il 
s'agenouilla, sans se soucier de son avoine, se prosternant devant le très saint 
sacrement et Tadorant comme son créateur et seigneur. Ce miracle si évident 
consola fort tous les catholiques et les hérétiques en enragèrent, hors celui-ci 
qui fut converti à la foi catholique » {Les Fleurs, p. 672). 

Une hymne du xiu«-xiv« siècle contient cette strophe (Dreves, Anal, hymn., 
XVI, 82) ; 

« Jesu, quem negat inGdus, 

In cibo mulus steruitur, 

Saucto jubente, qui lidus 

A Jesu sœpe visitur ». 
1. 11 avait 26 ans quand il entra chez les franciscains et 36 ans lorsqu'il 
mourut. 



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- 117 - 

tout ensemble la paix qu'il procurait aux âmes et Tonction fécon- 
dante de ses discours. 

Capuchon, Il le porte rabattu sur les épaules, comme sur la spler- 
dide mosaïque de l'abside de Ste-Marie-Majcure, qui date de la fin 
du xiii"* siècle. 

Chapelet. Le chapelet est un objet de dévotion que S. Antoine n'a 
pas porté, car, dans le principe, il fut propre à Tordre des Frères 
Prêcheurs; Rome a même 
condamné le chapelet fran- 
ciscain. Toutefois, par la 
fantaisie des artisies, on le 
voit pendu à son côté, dès 
le xvi« siècle, au Musée chré- 
tien du Vatican; puis, aux 
derniers siècles, à sa statue 
de S.-François a Ripa (Qg. 4} 
et au tableau de Filippo 
Evangelisti, à S.-Jean-Porte- 
Latine. 

Chevelure. La sienne est 
rasée et il ne reste à la tête 
qu'une couronne de che- 
veux, ce qu'observent les 
franciscains (fig. 5). Dans sa 
chapelle, à Saint-Barthéle- 
my-cn-rile, il bénit une 

femme, à laquelle il rend^'»-*--^^**"®'^^-^''*"^^''^'^'^"'^^^'"^- 
instantanément la chevelure que son mari lui avait arrachée dans 
un moment de colère ^. 

Cœur. Un tableau du xvi* siècle, que j'ai vu chez le cardinal de 
Falloux, lui met dans la main un cœur de chair, rouge, au naturel. 
A Sainte-Marie-des-Monts, à la mémo date, il le tient également à 
la main, mais il en sort un lis. Au siècle précédent, Spagna avait 

4. Le cochon ne figure pas parmi les altributs de S. Antoine de Padoue, 
quoiqu'en dise un romancier» d'Hcrvilly, dans l'ouvrage intitulé : Le grand 
St Antoine de Padoue, sa belle jeunesse, ses miracles , ses tentations, son apo- 
théose et son petit cochon. III. de Bush,in-8. 



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— H8 - 



adopté cet attritut, k Notre-Datne-des-Anges*. C'est bien son propre 
cœur qu'il offre à Dieu, car il sait que sa pureté le lui rend agréable 2. 
Cependant, pour un cas particulier, le P. Cahier donne cette autre 
interprétation , page 234 : « Montrant un cœur sur des écus, dans 



Fig. 5. — Tableuu de Lutti, aux SS.-ApùLres, à Rome. 

un coffre-fort. Parfois on lui met ce cœur sur un livre. Aux funi^- 
railles d'un usurier, le saint convia les assistants à se rendre dans la 

1. La Voix de S, Antoine en cite plusieurs exemples, 1896, p. 348. 

2. « A Monte Paolo, S. Antoine contempla, un jour, entouré de la corde 
franciscaine, un cœur sur lequel était l'empreinte du Christ. J'y vois à la fois 
l'image du cœur d'Antoine et un présage de la dévotion au Sacré-Cœur » 
{Voix, t. Il, p. 3S5). Ce cœur est bien un cœur humain et non celui du Sau- 
veur : deux caractéristiques le disent pénitent et mortifié, le crucifix qui le 
marque et la corde qui l'entoure. 



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— «9 — 

maison du mort pour juger de ce qu*était une vie toute employée à 
thésauriser par n'importe quels moyens. La cassette ouverte, on y 
trouva le cœur de ce malheureux qui n'avait songé qu*à s'enrichir. 
AcL SS., Juni, t. II, p. 709 ». 

Confession qu'il entend {Gravure du XV"" siècle). 

Costume. Complet, il comprend les pieds nus avec sandales, une 
tunique brune ou noire, une corde à trois nœuds autour des reins, 
un chapelet pendant, un capuchon fixé à un chaperon ou à une pè- 
lerine, la figure et la tête rasées , avec une couronne de cheveux. 
Revendiqué de part et d'autre , il est vêtu de brun par les francis- 
cains et les capucins , et de noir par les conventuels. Les deux cos- 
tumes suivants se rencontrent à Rome : Franciscain de Inobservance: 
mosaïque de Ste-Marie-Majeure, xni^ s.; panneau du xv^ siècle au 
musée chrétien du Vatican; fresque de S. Isidore, statue de S. 
François à Ripa^ xvu* siècle; tableau deRianchi, à Ste-Marie-des- 
Anges, traduit en mosaïque dans la chapelle des chanoines, à S.- 
Pierre; Conventuel : fresque de la coupole et tableau de Lutti, aux 
SS.-Apôtres, xvii^ siècle; statuette du musée Antonin, xviii' siècle. 
Dans cette diversité, la tradition donne raison au premier type. Voir 
Gris. 

Dans le tableau de Luc Giordano, la tunique de bure rapiécée at- 
teste l'amour de la pauvreté. 

Couronne, Les monuments l'offrent de deux sortes : couronne de 
cheveux autour de la tôte rasée (tableau de Lutti), comme font 
encore les franciscains de l'observance et récompense céleste que 
deux anges au ciel tiennent au-dessus de lui (grav. du XV h s,). 

Debout. C'est l'attitude la plus ordinaire, par exemple, la fresque 
de Pinturicchio, à Y Ara cœlï et la statuette, datée de 1489, à un re- 
table en marbre de Ste-Mario du-PeupIe. Parfois^ le corps s'incline, 
par respect pour l'Enfant Jésus {tableau de Calandrucci). 

Démons, qu'il met en fuite et dont il délivre les possédés {grav. 
du xve s.) 

Discipline. Cet instrument de pénitence, qui se constate dans les 
resques de S. -Sylvestre in capite et de Ste-Dorothée, au siècle der- 
nier, peut avoir une double signification, suivant qu'il se réfère aux 



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- 120 — 

mortifications pratiquées par S. Antoine ou à celles qu'occasion- 
nèrent ses sermons ^. 

Ecritoire, pour indiquer Técrivain {fresque de F église Sainte- 
Dorothée) . 



Fig. 6. — Tableau'dc Calandrucci, à S. Antonino, à Home. 

Enfant, qu'il rend vivant, à la prière de sa mère (gmv. du 
XV s.) 

Enfant Jésus, Les trois caractéristiques principales de S. Antoine 
sont V Enfant Jésus j le lis et le livre; parfois elles sont groupées 

1. « Un carême qu'il prêcha à Padouo, toute la ville fut tellement convertie 
à pleurer et faire pénitence que plusieurs s'assemblèrent et se disciplinèrent 
parles rues, demandant miséricorde à Dieu, ce qui se passa de cette ville-U 
en d'autres et on tient que de là est venu l'usage des disciplines publiques 
que Ton fait la Semaine sainte m {Fleurs^ p. 572). 



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- 121 — 

ensemble. L'apparition du Christ, en forme d'enfant *, seul ou tenu 
par la Vierge, au-<lessus d'un autel (/oi/e du XV 11^ s., à laNamcella) 
ou d'une table, est des plus populaires. Le petit Jésus Terabrasse, le 
caresse, lui touche le front {tabl. de LuUi)y le bénit (tabl. à Ste* 
Anastasie) et lui donne un \is(toite du XVIII* s.^auxSS^'Apôlres). 
S. Antoine lui baise la main (Calandrucci) (fig. 6), le pied, le porte 
à son bras ou le tient debout sur son livre^ {grav. rom. de 1 587). 

Extase, Lutti Ta ainsi représenté aux SS.-Apôtres ( Voix de S. An- 
toine, i89ô,p. 187). 

Ezzelino 3. De petites fresques, de l'école des Carrache, dans sa 
chapelle, à Saint-Barthélemy-en-FIle, garnissent les parois: et parmi 
elles, on remarque S. Antoine bravant la fureur d'Ezzelino et de ses 
soldais ^. 

Feu. S. Antoine le tient pétillant sur la paume de sa main 
tableau de Spagna; panneau du musée chrétieny 14S9 ; fresque de 
Pinturicchio, à FAra Caeli; statuette^ aux S S. Apôtres; {gai. 

1. La vision eut lieu à Chàteauncuf, en Limousin, où le seigneur qui rtiébor- 
geait le vit, par « le trou de la serrure de la porte »« « à genoux », avec l'En- 
fant Jésus, • entre ses bras ». n L'aimable bamhino parlait avec tendresse à 
son bien aimé serviteur; il jeta même ses bras autour du cou d*Ânloine, le 

pressa sur son cœur, l'embrassa tendrement Antoine, enivré d*aniourpar 

la bonté du saint Enfant, le couvrait à son tour de ses caresses » (La Voix de 
S. Antoine, 1895, p. 294). 

2. « Le saint étant seul la nuit dans une chambre, l'hôte qui Tavoit reçu en 
sa maison, y alla par occasion, y vit une grande- clarté et en môme toms il 
aperçut un très bel enfant et extrêmement agréable, qui étoit dessus son livre, 
lequel se mettoit après en les bras do S. Antoine^ qui Tembrassoit et le con- 
soloit avec, sans pouvoir ôter ses yeux de sa divine face » {Fleurs, p. 573). 

3. Vjta e gesti (C Ezzelino ill di Homano, de l'origine al fine di sua famiglia, 
soUo la cui tirannide mancarono di morte violenta piîi di dodeci mile Padovini, 
aut. P. Gerardo Bassano (vers 1678), petit in-12, avec portrait en taille- 
douce. 

4. c Ancelîn, tiran de Padoue et d'autres villes do Lom hardie, étoit l'un des 

plus fiers et épouvantables monstres qui ayent jamais été au monde 11 

fît massacrer tout d'un coup, avec des supplices les plus terribles dont il se 
put aviser, onze mille Padouans qui vi voient à sa solde en la ville doYéronne, 
sur ce qu'on lui rapporta que Padoue s'étoit révolté contre lui. S. Antoine alla 
trouver ce tyran, qu'il reprit avec {des paroles sévères et blâma sa méchan- 
ceté exécrable, le menaçant de l'ire de Dieu et du feu éternel qui lui étoit pré- 
paré. Les satellites d'Ancelin n'attendaient autre chose sinon qu'il leur com- 
mandât de tuer le saint ; mais il prit sa ceinture et se la mit comme une 

corde au tour du col, se prosternant aux pieds de S. Antoine, avec promesse 
de s'amander, encore qu'il n'en fît rien. Ce qui causa ce grand changement 
en ce tiran, fut qu'il vit sortir du visage de S. Antoine, comme il parloit à lui, 
une splendeur divine^ qui le fît trembler et fléchir par force, d {Les Fleurs, 
p. 574). 



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Fig. 7. —Fresque de Pioluricchio, à Y Ara OU, à Rome. 



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^ 123 - 

Campana, grav. du XVI* s.) on il en est entouré sur le sol (panneaux 
du XIV* s, el de la Renaissance^ au Musée chrét.). Ce fait n'a pas, à 
rorigine,un sens symbolique, qui n'a pu venir que très tard *. Les 
artistes italiens ont transporté à S. Antonino un des attributs de S. 
Antoine, abbé, ce qui veut dire que tous deux protègent également 
contre le feu matériel, et par conséquent l'incendie et contre le mal 
de S. Antoine, qui est une maladie de la peau. A la Renaissance 
{Mus. chrét.)y on méconnaît déjà la signification des flammes, car 
S. Antoine prie Dieu de le bénir, parce qu'il est placé au milieu du 
feu qui ne l'atteint pas. 

Fleurs. Le sol qu'il foule aux pîeds en est jonché, en signe de fé- 
licité éternelle, dans la fresque si suave de Pinturicchio. 

Gtis. Le môme peintre a adopté la couleur cendrée, qui était celle 
des franciscains à son époque^. Elle n'est plus portée à Rome que 
par les évoques de Tordre et par les tertiaires de S. François. 

Hostie. Elle est tenue à la main au-dessus d'une patène, pendant 
que l'âne l'adore {toile du XVI II* s., à Ste Prisque). 

Imberbe. Ainsi sont exprimées d'abord sa jeunesse, puis la pra- 
tique des franciscains qui ne laissent pas croître leur barbe. II est 
rasé sur les tableaux de Rianchi, à Ste Marie des Anges et de Lutti, 
aux SS. Apôtres, xvn« siècle. 

Infirme. Saguérison est représentée à S.-Rarthélemy-en-rilc,dans 
une des fresques de l'école des Carrache. 

Jambe. Sur une gravure du xvi* siècle, on voit le miracle de la 
jambe coupée, remise à un homme étendu sur son lit; la hache 
meurtrière est placée sur un escabeau pour indiquer de quelle façon 
il s'est grièvement blessé ^. 

Jeunesse. Très apparente sur la même gravure, elle résulte sou- 
vent aussi de l'absence de barbe. 

Lépreux, qu'il guérit (^ra». du XV* s.). 

i. Même attribut, sur la peinture de Spagna, à la Portioncule d'Assise. 

S. A Sainte-Marie-des-Anges, la relique du vêtement de saint Antoine mon- 
tre une • étoffe grossière, de couleur grise ». 

3. c 11 vint un autre pécheur, qui avoit donné des coups de pied à sa mère, 
lequel s'accusa de ce grand péché. Le saint l'en reprenant aigrement, lui dit 
que l'enfant qui avoit frappé sa mère du pied méritoit qu'on le lui coupât. Ces 
paroles demeurèrent si avant au cœur du pénitent qu'incontinent après sa 
confession, étant de retour au logis, il se coupa le pied ; dont le saint averti 
fit oraison et rassembla le pied avec la jambe qui se prit et l'enfant se trouva, 
guéri » {Fleurs, p. 573). 



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— 124 - 

Lis. SjTnbolede virginité absolue *, il est remis par rEnTant Jésus 
(tableau de Calandrucci; toile du XVII «., auxSS. Apôtres), tenu 
par un ange (fresq. de la coupole desSS. Apôtres) ou par lui-même, 
tantôt à droite (panneau du XV* s., au palais Massimo), tantôt à 
gauche (statue à S.François a Ripa; toile du retable, à S. Barthéle- 



Fig. 8, — Tableau de Bianclii, ii Ste-Marie-des-Anges, à Rome, 
fwy, XVI h siècle). II sort môme de son cœur (à S te Marie des Monts), 
ou est posé sur son livre, pour exprimer la pureté de sa doctrine 
(tableau de Bianchiy à Sle Marie des Anges), fig. 8. Parfois le peintre 

{. La Voix (4895, p. 235) a rapporté qu'en Corse on fait bénir des lis en 
Thonnour de S. Antoine. 



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- i28 — 

l'en débarrasse en le posant à ses pieds, comme à Ste Anastasieoiile 
donnant pour attribut unique, ainsi qu'est peinte une toile du xviii* s. 
au Mont-de-Piété. La branche de lis, sur une gravure de Giovanni 
Battista Rossi, que j'ai offerte au musée Antonin, porte trois fleurs, 
parce que, suivant la tradition franciscaine, elles traduisent les trois 
virginités de Marie, avant, pendant et après son enfantement ^. 

Livre. Presque toujours unique, il est ouvert habituellement et 
souvent aussi fermé (panneau du XIV^ «., à Bologne , et du XVI^y 
gaL Campana; grav. rom. du XVI* 8.)Al le tient d'une main {fresq, 
de Pintufncchio) ou même des deux (panneau Idu XV P, gaL Cam- 
pana). Au musée chrétien du Vatican, la couverture est marquée de 
la lettre T, qui signifie peut-être Theologia, En effet, ce fut son 
étude favorite et il y excella; aussi Tobserve-t-on sur sa table de 
travail. A Saint-Barthélemy-en-l'ile, un des petits tableaux de sa 
chapelle montre S. François qui remet à S. Antoine une lettre, ins- 
crite à ces mots : Placet mihi quod sanctœ theologiœ litleras fra- 
ribus interpreteris K Ce livre devient sacré par l'Enfant Jésus qui 
s'y tient debout (peint, de l'Ara cœlî) et parfumé de la bonne odeur 
de sa vertu par le lis qu'il supporte. 

Plusieurs livres, déposés à ses pieds et accompagnés d'une cor- 
beille d'osier, dénotent une vie de travail, tant pour l'instruction de 
ses frères qu'en vue de la préparation de ses sermons. 

Mains. Le geste varie suivant l'occurrence. Croisées sur la poi« 
trine, elles attestent l'humilité et la confiance en Dieu de qui il at- 
tend tout (tabl. de Blanchi) ; enveloppées d'un linge blanc, elles 
témoignent d'un profond l'espect pour l'Enfant Jésus qu'elles n'osent 
toucher directement (tableau de Calandrucci , formant retable au 
maïtreHXutel de S. Antonino) ; suppliantes, elles invoquent la Mère 

1. Le lis aux trois fteurs se voit dans le beau tableau de Giov. Balt. Bonve- 
nuti, detto VOrtolano, qui est à Milan dans la galerie Visconti Venosta à Milan 
et qui est reproduit deius Y Archivio storico delVarte^ 189i, p. 103. Les autres 
attributs sont, yeux au ciel, mains en croix, costume des observanlins. Dans 
le fond, en perspective, on remarque un couvent et S. Antoine debout sur un 
arbre et prêchant à la foule, assise ou debout, qui entoure le trooc. 

2. Voici le texte de cette lettre, tel qu'il est rapporté par Waddiog {Annales 
Minorum, t. II, p. 49: « Charissiino meo fratri Antonio, frator Fraociscus, in 
Christo salutem. Placet mihi quod sanct» theologiœ litteras fratribus interpre- 
teris, ita tamen ut, neque in te, neque in cœteris (quod vehementor cupis), ex- 
tinguatur sanctu) orationis spiritus, juxla regulam quam profitemur. Vale ». 



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— 126 — 

de Dieu {mosaïque de Sle Marie Majeure, fin du XIII* siècle). One 
seuie^ posée sur la poitrine, semble faire un acte de foi {retable à 
Saint' Bar thélemij'cn-V lie). Une seule ou toutes les deux sont le sou- 
tien naturel des divers attributs. 

Noyer, où il s'installe pour travailler {grav, du XV^ s,). 

Pain. Il ne se rencontre qu'une seule fois, à Y Ara cœli,où Pintu- 
ricchio Ta placé dans la main gauche sur le livre, comme pour dire 
que sa doctrine était une nourriture spirituelle ou pour symboliser 
sa vie pénitente et mortifiée, ainsi que sa sobriété ^ car, à cette 
époque, il n'était pas encore question de l'aumône du pain de 
S. Antoine. 

Paysan. Ecrasé sous les roues d*une charrette^ il est sauvé par 
S. Antoine {fresq. à S. Barthélémy). 

Pieds. Historiquement, selon la tradition franciscaine, ils sont nus 
et chaussés de sandales {mosalq. de Ste Marie Majeure, fresq. de 
Pinturicchio, statue de S. François à Ripa). La nudité absolue, qui 
est un privilège réservé en iconographie à Dieu , aux anges et aux 
apôtres, u*est guère qu'une fantaisie d'artiste, sur une gravure du 
xvi^' siècle et un panneau de la Renaissance au Vatican. 

Plume. Elle caractérise l'écrivain et est l'accompagnement obligé 
de l'écritoire sur la table de travail, au retable de S. Barthélémy. 

Poissons. S. Antoine, pour convaincre les hérétiques, prêche sur 
le bord de la mer; les poissons sortent la tète hors de Teau pour 
l'écouter {fresque du pontificat de Grégoire XIII, dans la salle des 
cartes géographiques au Vatican ; fresq. du XV IP s., à S. Barthé» 
lemy ; toile du XVIIP s. à Voratoire de S.Pierre in Montorio) *. 

i. Dans les groltcs de Brive, « la pierre lui servait de couche. Son absti- 
nence égalait sa mortiiication ; le pain qu'il emportait de Brive devait être 
souvent bien dur et il ne pouvait se résoudre à quitter sa bien-aimée solitude 
pour aller quérir le peu d'eau qui lui servait de breuvage » {Voix, i. Il, 
p. 323). 

2. a Étant en la ville d'Arimini, où il y aroit plusieurs hérétiques, le saint 
désirant les réduire à la connaissance do la vérité, ils bouchèrent leurs oreilles 
de peur do Touir; et lui s'en alla sur le bord de la mer, avec une grande con- 
Qance il appella les poissons, afin qu'ils Técoutassent et leur dit : Entendes- 
moi, vous autres, puisque ces hérétiques refusent de m'entendre. Ce fut une 
chose mei veilleuse de voir, à cette parole, une infinité de gros et de petits 
poissons, tous en ordre, sortant la tète hors de l'eau pour l'écouter attenUve- 
ment. Le saint les appela frères et leur fit un sermon des bienfaits qa'ils 
avoient reçus de Dieu et des grâces qu'ils lui en dévoient rendre et comme ils 
le dévoient servir. Quand il eut achevé son discours, les poissons baissèrent 



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- 127 — 

Prédication. Il est en chaire, S. François lui apparaît * (salle des 
caries géographiques); il a pour auditeurs un dominicain et un au- 
gustin * (panneau de la Renaissance, au musée chrétien), 

Priè7*e. Aux SS. -Apôtres, une toile du xvin* siècle le montre 
priant devant un autel. 

Résurrection d'un mort, peinte à fresque, au xvui« siècle, dans la 
chapelle de S. -Antoine, à S. -Sylvestre in capile et à la Conception 
des Capucins 3. 

S. François d'Assise lui apparaît pendant qu'il prêcae(sa//e des 

leurs tôlos, comme pour recevoir sa bénédictioo el s'écoulèrent au fond de 
J'eau, Tout le peuple qui voyoit cela demeura tout surpris et les hérétiques 
mêmes furent si honteux et si confus qu'ils se jetteront à ses pieds pour le 
prier de leur enseigner la vérité et la plupart, sortant des ténèbres de leurs 
erreurs, furent illuminés de la clarté divine » {Les Fleurs, p. 572). 

i. « Comme il préchoit de la Passion de notre Rédempteur dans un chapitre 
provincial, le séraphique père S. François, qui étoit bien loin de là, lui ap- 
parut, comme pour approuver tout ce que S. Antoine disoit » {les Fleurs, 
p. 572). 

2. « On l'envoya en la ville de Forly, avec d'autres religieux qui alloient aux 
ordres, où se rencontrèrent aussi quelques pères do l'ordre des frères prê- 
cheurs, lesquels étant tous assemblés, à l'heure de la conférence, le supérieur 
do la maison dans laquelle ils étoient, pria les frères prêcheurs que quelqu'un 
d'entr'eux expliquât la parole de Notre-Seigneur, mais tous s'en excusèrent, 
comme Dieu le permit pour donner lieu à ce qui en arriva, car le gardien de 
S. Antoine lui commanda de parler et le contraignit de le faire, non obstant 
ses excuses qu'il s'ètoit toujours employé aux charges des frères plutôt qu'à 
l'étude dos lettres et à la subUlité des écoles. Il parfa donc par obédience et 
discourut si hautement qu'il ravit l'assistance en admiration des choses pro- 
fondes qu'il avait traitées et des termes propres et signiGcatifs dont il s'ètoit 
servi » (Fleurs, p. 571). 

3. « Une autre fois son père fut faussement accusé d'avoir tué un homme et 
comme l'on étoit sur le point d'exécuter la sentence de mort qui avoit été 
rendue contre lui et contre quelques-uns de ses serviteurs, S. Antoine, qui 
étoit alors à Padoue, scut par révélation divine, le danger auquel étoit son 
père ... . Ce soir, il fut porté par un ange de Padoue à Lisbonne et s'en alla 
le matin prier le juge par les entrailles de J.-C. de ne pas faire mourir ces in- 
nocents. Le juge faisoit difficulté de rétracter sa sentence. Ce qui fut cause 
que le saint ressuscita le mort et lui demanda,en présence de toute la justice, 
si ces hommes là qui étoient condamnez et que l'on alloit exécuter étoient 

coupables de sa mort : il répondit que non Son père, qui étoit innocent, 

par le moyen de ce miracle fut absous. Le ressuscité retourna dans son 
tombeau et le saint à Padoue, d'où il étoit venu » {Fleurs, p. 575). 

Peut-être s'agit-il du miracle qui eut lieu, en 1224, pendant que S. Antoine 
prêchait le carême à S. Eusèbe de Verceil.«ll interrompit son discours.adressa 
au Seigneur une ardente prière; puis, saisi de l'Esprit d'en haut, arrêta le 
cortège et, d'une voix vibrante, s'écria : Jeune homme, au nom do Jésus- 
Christ, lève-toi. Le mort obéit; nouveau Lazare, il se leva, couvert encore de 
son linceul » {Voix, 1895, p. 249). 



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— 128 — 

caries géographiques) et lui ordonne par lettre d'enseigner la théo- 
logie aux religieux [fresq. de S.'Barthélemy'en'VIle). 

Sle Vierge, A S.-isidore, il dit de Marie qu'elle est sans tache : 
AbSQVE MACVLA; sur le Ubieau de Bianchi, à Ste-Marie-des- 
Anges, il est agenouillé devant rimmaculée Conception qui se ma- 
nifeste au ciel. Ses mains et ses yeux sont tournés vers elle, sur la 
mosaïque absidale de Ste-Marie Majeure (fig. 9). Elle lui apparaît à 



Fig. 9. — Mosaïque absidale de Sle-Marie-Majeure, à Home. 

Briveje jour de Vkssompiion{VoixdeS.An(oineyi89Sypp. 183,323)et 
lui présente elle-même TEnfant Jésus, quoiqu'il n'en soit pas ques- 
tion dans le récit de cette vision. Dans le tableau deCalandrucci, dis- 
posé en retable au maître-autel de S.-Antonino, la Vierge descend 
du ciel ; l'Enfant quitte ses bras et, marchant sur les nuages, se pré- 
sente à S. Antoine qui, les mains recouvertes d'un linge blanc, 
prend sa main et la baise en s'inclinant. 

Symboles. La chapelle de S. -Antoine, dans l'église de S.-Isidore, 
construite et décorée au xvu« siècle, représente en grisaille, aux 
pendentifs, quatre allégories pour dire qu'il brûla du désir du 
martyre, lança la vérité comme une flèche, fut appelé l'arche d'al- 
liance et le marteau des hérétiques : 



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— 129 — 

Une tour sur un éléphant, rappelant le mode de combat antique 
et la mort d'Eléazar * : FERVET AD MARTYRIVM K 

Une flèche, encochée sur Tare et lancée vers le ciel : VERITATIS 
lAGVLIS JEQ\E FERIEBAT. 

L'arche d'alliance de Tancienne loi ^ : ARCA TESTAMENTI. 

Un marteau frappant une enclume ^ : MALLEVS HiERETICO- 
RVM. 

Table. Elle joue un rôle important, car elle reçoit TEnfant Jésus, 
à Saint Isidore, sur une fresque du \ vu* siècle qu'accompagnent 
ces deux vers : 

QUID MIRUM SI MIRA FACIT QUI STRINGIT IESUM 
SACRATO EX ILLO PECTORE MIRA TULIT 

Là encore il se tient sur son livre, pour attester que la saine doc- 
trine émane de lui directement. A Ste-Dorothée aussi, la table sur 
laquelle il est descendu porte une écritoire et un livre; au retable 
de S. -Barthélémy, sur la table sont une plume, une écritoire et un 
livre ouvert^ comme dans le tableau d'Annibal Carrache : tout 
cela dénote une vie studieuse. Sur la gravure de ec Gio. Battista in 
Navona », qui a pour légende : S. ANTONIO DI PADVA,la table ne 
reçoit qu'un livre; l'Enfant Jésus s'y tient debout, la tête rayon- 
nante et presque nu; il bénit S. Antoine à trois doigts, qui est la 
manière latine et le caresse au visage. 

Tempête qu'il apaise, en faisant fuir le démon qui l'a suscitée 
(grav, du XV^ «.) 

Tête, Rasée, elle ne garde qu'une couronne de cheveux {même 
gravure) et s'incline modestement (fresque de Piniuricchio, tableau 

1. «c Et turres ligncsB super eos fîrmœ protegentes super singulas besUas.... 
Et vidit Eleazar, filius Saura» unam de bestiis loricalis loricis régis. Et eu- 

currît ad eam audacter in medio legionis Etivilsub pedes elephantis et 

supposuit se ei et occîdit eum : et cecidit in terram super ipsum et mortuu» 
est illic » {Lib. I Mackabœor., VI, 37, 43, 45, 46). 

%, m Martyrii desiderio incensus, ad Frauciscanum ordinem transivit » 
(<• /ep., au Brévxaire). 

3. « Ad proedicandum EvangeliutD missus, dicendi sapioutia et copia tantuni 
profecit tantamque sui admirationem commovit ut eum summus pontifex 
aliquando conciouautem audiens, arcam testameuti appellarit » (5« leç.) 

4. « ïn primis vero liaîreses summa vi profligavit ideoque perpeluus hœrc- 
ticorum nialieus estvocalus » {5* leç.) — «Plusieurs hérétiques furent réduits 
par ses sermons, car il les poursuivoit de si près avec tant de persévérance 
qu'il fut à bon droit uonihié le fléau do Thérésie » (Les Fleurs, p. 572). 

T. XII 9 



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- i:]0 - 

de Blanchi). Les yeux sont baissés par humilité ou levés vers le 
ciel, dans Tardeur de la prière (statuette de Ste-Marie-du-Peuple). 

Tête de mort. Elle figure sur la table, dans le tableau de Luc 
Giordano, à ÏAngelo custode. 

Vêtement qu'il donne à un malheureux {grao. du XV^ s.). 

X. — Église dbS.-Antoine-des-Portugais. 

1. M. Armellini, dans son docte volume intitulé le Chiese di 
Borna dalle loro origini sino al secolo XVIy Rome, 1887, se con- 
tente de celte courte notice : 

La noble église de S.*Anloine-des-Forlugais s'élève près la petite place 
delta scrofa *. Son origiDe ne remonte pas au-delà du xv* siècle, c'ent-à- 
dire vers l*an 1440, quand elle fut édifiée par le cardinal Martlnez di 
Chaves, sous le pontificat d'Eugèoe lY, après son retour en 1439 du con- 
cile de Florence. Il choisit cet endroit parce que là existait, depuis le 
commencement du même siècle, à partir de 1417, un hospice fondé, dans 
sa propre maison, par une pieuse dame portugaise, nommée Jeanne de 
Lisbonne, pour les pèlerines de sa nation qui venaient à Rome visiter les 
lieux saints. L'église primitive était très petite, mais elle fut reconstruite 
avec plus d'ampleur et achevée à la fin du xvu* siècle sur les dessins de 
Martin Lunghi et de Paul Falconieri. A l'église est annexé un hospice ou 
établissement à l'usage de la colonie portugaise. 

Charles Fea fournit d'autres renseignements dans sa Description 
de Borne, Rome, 1821, t. 111, p. 28 : 

L'église de S. Antonino ^ des Portugais, édifiée d'abord par Martin 
Chevez, portugais, du temps de Sixte IV, fut reconstruite en entier aux 
frais de la nation, par Martin Lunghi le jeune ; mais la façade ne fat 
achevée que vers Tannée i695 par l'architecte Christophe Shor. L'église 
fut ornée de beaux marbres et de stucs dorés. Le tableau de Ste-Ëlisabeth, 
dans la chapelle à droite, est une belle invention de Cadès, peinte par 
Louis Agricola : la sainte y est représentée au moment où elle rétablit la 
paix entre son mari et son fils, qui étaient eu guerre et prêts à prendre les 
armes. Le saint Antoine du maître-autel est de Calanducci; le chevalier 
ConcioU, élève de Battoni, a peint la chapelle de la Vierge. 

2. L*liistoire de Tédifice est en partie écrite sur ses murs, grâce à 

1. Ainsi nommée à cause d'une truie, sculptée en haut relief, qui en forme 
la fontaine. 

2. Antonino estle diminutif d'^n/onto, pour distinguer cette église de celle 
bàtio sur l'Esquilin et appelée i^ant* Antonio maggiore. 



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- 131 - 

57 inscriptions, dontun grand nombre n'existent plus. Forcella lésa 
toutes recueillies au tome 111 de ses Iscrizioni délie chiese di lioma, 
pp. 529-552, en les empruntant surtout à d'anciennes copies qui ne 
sont pas toujours exactes. Il importe de donner ici le texte des 
principales, à titre de documents historiques, témoignant de 
l'amour des Portugais pour S. Antoine qu'ils honorèrent pendant 
leur vie et qui, après leur mort, vinrent dormir leur dernier som- 
meil dans les caveaux de sa nef et de ses chapelles seigneuriales, où 
se disaient chaque jour des messes pour les défunts-. 

3. En 1790, le pavage de l'église fut entièrement renouvelé et 
fait en marbres de diverses couleurs. Les dalles tumulaires dispa- 
rurent alors; mais, pour conserver le souvenir des bienfaiteurs, le 
collège des administrateurs décida d'inscrire leurs noms sur une 
grande table, à deux colonnes, placée <^ droite en entrant. Les ins- 
criptions relevées sont au nombre de vingt-quatre. Plusieurs sont 
intégralement reproduites. Il eût mieux valu assurément les garder 
toutes : si elles déparaient l'église, n'aurait-on pas pu les abriter 
dans l'hospice? Cette dévastation systématique est déplorable au 
point de vue archéologique. Récemment, le même fait s'est repro- 
duit à S.-Louis-des-Français {Œuvres, 1. 1, p. 213) et à la Minerve, 
où, mieux inspiré, on a du moins gravé à nouveau, par à peu près, 
les anciennes inscriptions, tandis que notre église nationale a cru 
qu'il suffisait de les relever sur le papier. 

Tel est le début de la longue inscription, justement appelée né- 
a*ologe : 

Necrologivm compendiose complectens nomina et elogia siDgviorvm 

qvorvfn in pavhnento aedis sacrae Lvsitanicae genlis in vrbe 

inscripti lapides titviiqve sepvicrales existebant 

confeclvm ex avctoritate collegii cvieivsdem aedis cvra commissa est 

ne eorvm beneiiciorvmqVe abîpsis collatorvm memoria peiiret 

ob veteres lapides remotos ac pavimeDtvm elegantioribvs marmoribvs 

svbstratvm 
aune a Chriulo CiD 10 CGXG 

4. En 1682, mourut le romain Jean-Baptiste Cimini, dont la gé- 
nérosité, comme le porte l'épitapho apposée par sa femme, aussi 
romaine de naissance, comprit l'érection d'une chapelle en l'hon- < 



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— 132 — 

neur de son patron ^y la fondation d'une messe quotidienne dans 
celte même chapelle et la dotation de jeunes filles se destinant à la 
vie religieuse. 

D H 
lOANNI . BAPTISTAE . CIMINIO . ROMANO 

QVI . HOC . SACELLVM . IN . HONOREM . BEATI . PRAECVRSORIS 
' EX . POSTREMA . SVA . VOLVNTATR . EXTRVENDVM . SPLRNDIDE . OBNARI 
BT . QVOTIDIANO . SACRO . AVGERI . VOLVIT 
ATQVE . INSVPBR . TOTVM . ET . INTEGRVM 
QVINQVAGINTA . MILLIVM . MONETAE . PATRIMONIVM 
IN SYBSIDIVM . PVELLARVU . QYAB . GAELESTI 
SPONSO . VIRGINITATEM . VOVISSENT 

DEO . BONORVM . OMNIVM . DATORI 

A . QVO . TALENTA . MVLTIPLIGANDA . AGGEPERAT 
PIA . LARGITiONB . RESTITVIT 

CATHARINA . RAYMVNDA . ROMANA 

UARITO . AMANTISSIMO . ET . DE . SB 

OPTIMB . SEMPER . HERITO 

GVM . LACURYMIS . POSVIT 

YIXIT . ANNIS . LXII . MENS * . YIU 

OBllT . NONIS . OGTOBRIS . MDGLXXXIl 

En 1717, mourait Catherine Raimondi ', femme de J.-B. Cimini; 
émule de son mari, ainsi que lo constate Tinscription placée sous son 
buste de marbre, elle institua, dès 1703, son héritière la chapelle 
de S. -Jean-Baptiste et fonda l'exposition du S. Sacrement au-maître- 
autel, le lundi de chaque semaine. 

D M 

CATHARINvE RAIMYND^ CIMIN/E FEMINifi 
CLAniSSlMiF. QYOD iEMVLA LIBERALITATIS 
ET RELIGIONIS lOANNlS BAPTISTE ClMiNl 
BiYS YIRI DIE TERTIA DECEUBRIS AN 
NO MILLESIHO SEPTrOENTESlMO TER 
TiO INSTITYERIT H^REDEM OHNIVM 

' 1. Sur le culte de S. Jean-Baptiste à Rome, voir le tome X, pp. 538 et suiv . 

2. Mensibus, 

a. Peut-être se rattache-t-elle aux Raymond dont il est question à S.-Louis* 
dcB-Français {Œuvreât 1. 1, p. 573). 



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- 133 - 

BONORVM SVORVM SACELLYM HOC CHRl 
STI PRABGVRSORl DIGATYM OLIM AS KO 
DBU lOANNE BAPTISTA GIMINO EREGT 
VM CVM ONERE AC FRVCTiBVS EX TOTO 
ASSB PROVErflENTlBVS EXPONENDI GVIV 
SLIBET HEBDOMADyE FBRIA SBCVNDA VE 
NERABILE BVGHARISTIiE SAGRAMENTVM 
AD ALTARE MAIVS HVIVS RBGALIS BGGLE 
8I.E NATIONIS LVSlTANiE ET NE TANTI 
BENEFIGII ARGVMENTVM DKESSET IMMO 
AD OHiNIVM GHRISTl FIDELIVM PIETA 
TEM PROMOVENDAM AVGBNDAMQVE 

GONGREGATIO EIVSDEM'NATIO 

NIS LVSITAN/E PERPETVVM HOC 
GRATl ANIMI MONVHENTVM 
EXTARE CVRAVIT 
ANNO MDGGXVII 

Une autre inscription, gravée également en 1717, dans la cha- 
pelle de S.-Jean-Baptiste, rappelle les bonnes œuvres de Catherine 
Raymond, qui décora la chapelle dédiée à S. Antoine, avec obliga- 
tion d'une épigraphe, commémorative et d*une messe solennelle à 
Tanniversaire de sa mort, le 5 décembre; établit au même endroit 
l'exposition du S. Sacrement et dota^ par l'abandon de tous ses biens, 
la chapelle de S.-Jean-Baptisle, en vue de cette exposition. 

D . 0. M 

GATHARIN/E RAIMONDl GIUINI 

FCEMINiE PIJSSIMiE 

QVOD PRIMARIVM HVIVSCE TEMPLl SAC *. 

D. ^ ANTONIO DICATVM 

AMPLIOREM IN FABRIG/E HOLEM 

BLEGANTER EXORNARI DEGREVERIT 

TERGENTVM ET PLVSQVAM PORTASSE 

DVO SVPER MILLIA SCVTORV" LARGE 



1. Sacellum, 

2. Divo. 



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- 134 - 

SVPPEDITANS EO CVM ONERE 

VT JsOMS DECEMBRIS DIE SVI OBITVS 

TAM PRO ILL1V8 A"^ *. QVAM lOANNlS MARP 

STATVTVM SOLEMNITER IMMORTALl 

NVMINl SACRIFICIVM OFFERRI 

HONORARIVM DEIIINC EXGITARI TYM * 

SVPPLICATIONIBVS RITE INIVNCTIS 

USQ. IN FIDELIVM DECESSOR^" LEVAME" 

CONSVETIS PERPETVO CVRETVR 

QVODQ. SACRARIVM 

B. ^ lOANNlS BAPTIST.t: 

EREGTVM A PR.iîFATO CONIVGE 

ILEREDEM SVORVM OMNIVM BONORVM 

RELIQVIT AD ID MVNVS EXPONENDl 
SCILIGET PRIMARIO IN DIGTO SAGEL" 
SYMM.E RRLIGIOMS ERGO GVIVSLIBET 

UEBDOUAD.E FERIA SEGVNDA TER 

VENERANDVM EVCHARISTL*: SACRA^^" * 

REGALIS ISTIVS ECCLESLE GONGREGA^'^ 

TANTI HAVD IMMEMOR BENEFICIJ 

SANGT.EQVE OBTEMPEIIANS VOLVNTA^ 

BENE DE SB MERITAS POSVIT 

ANNO SALVTIS MDGGXVII. 

i 1739, Jean V, roi de Portugal , obtint de Clément XI[ qu'une 
serait imposée sur chaque expédition de la chancellerie ro- 
le concernant ses sujets, au profit de Téglise et de Thôpital de 
t-Antoine, grâce à Tintervenlion de S. Exe. frère Joseph-Marie 
>eca f ex-général des franciscains , conseiller du roi et son mi- 
e plénipotentiaire, élu à l'évêché de Porto : la congrégation or- 
la en conséquence une messe quotidienne à perpéluité pour son 
1 bienfaiteur. 

lOANNI V. LUSITANLE REGI PIO FEUGI OPT ^ : 

QVOD 

Anima. 
Viluluin, 
Jieali. 

Sacratnenium . 
Optimo. 



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— 135 - 

SINGULIS APOSTOLICORUM DIPLOMATUM EXPEDITIONIB * : 

PRO OMNIBUS REGNIS SUO IMPERIO SUBIEGTIS 

CERTAM PECUNr.E SVMMAM 

IN SUBSIDIUM EGGLESI.E AG NOSOGOMII 

NATIONIS LVSITAN^ UNICA VICE EROGANDAM IMPONl 

AG A SUM : PONTIF : « CLEMENTE XII. 

GUUANTE 

KXGKLLMÎC) ET RMo" D.D. FR. 3 IQSEPHO MARIA FONSEGA 

ORD. MIN : EK GÛ. ELEGT. ÊPO ^ PORTUGALLEN : ElUSDE REGIS A CONSIL 5 : 

NEG NON APVD S. S. ® GVM PLENA POTESTATE ADMINISTRO 

PONTIFIGIUM SUPER ID INDULTUM IMPETRARI PBRMISERIT 

GUBERNATORES ET NATIONALIS CONGREGATIO 

TANTI BENEPIGII MEMORIAM TESTAM ^ VOLENTES 

QUOTIDIANO AG PBRPETUO SAGRIFIGIO PRO REGIO BENEFAGTORE 

DEGRETO 

M. P. 8 ANNO MDGGXXXIX 

Au xviii» siècle, Hyacinthe de Oliveira, noble Portugais, décora à 
ses frais la chapelle de la Crèche, où il voulut être enseveli. 

HYAGINTHVS DE OLIVEIRA ABRBO ET LIMA 
NOBILIS OLISIPONENSiS 
AERE SVO EXORNAVIT 

IIVMILEM SIBI SEPVLTVRAM SVB ABSIDE 

MORTALIVM VIAE MEMOR 

VIVENS ADHVC ELEGIT 

8. Parmi les bienfaiteui's, il est juste de citer quelques noms. 
En i^i^y décéda Jacques Grau, clerc de Lisbonne, qui institua 
Téglise de Saint-Antoine son héritière : 

D M 

lAGOBO GRAV CLERICO VLISBONFJH 

1. Expeditionibus, 

t. Summo ponii/lce. 

3. Excellentissimo et Reverendissimo Domino Domino fratre. 

i. Ordinût minorum ex-generalh etecto episcopo, 

5. Consiliis, 

6. Sanctam sedem, 

7. Sic au lieu de lestalam. 

8. Monumenium posuerunl. 



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— 136 - 

QVI EX TESTAMENTO IIANC ECCIAM * 

HEUEDEM CONSTITVIT QVAE 

GRATI ANIMI CAYSA POSVIT 

OBIIT DIE XXIII FEBRVARII MDGXXV 

ETATIS SVAE . LYI 

En 1637, Antoine Lopez Nabo, de Lisbonne, et sa femme Marie 
Danseues laissèrent leur fortune à l'église et à Thospice, moyennant 
la célébration de deux messes chaque jour à perpétuité , et de huit 
messes, chaque année, pendant Toctave des morts. 

D . . M 

HIC lACET ANTONIVS LOPEZ NABO 

VLIXBONEN 
QVl VNA CVM MARIA DASNCVES ' 

EIYS CONIVGE 
HANG EGGLESIAM ET ZENODOCHIYM 

HAEREDEM PIISSIME LNSTITVIT 

CYM ONERE DYAS MISSAS QVOTIDIE 

IN PERPETYYM CELEBRANDl 

ET OCTO ALIAS SIMILITER 

SINGYLIS ANNIS 

IN OCTAVA DEFVNCTORVM 

HAERES PRAEDICTAE HANC lAM VITAE DEFVNCTAE ^ 

ALTERI VERO ADHYC YlYENTl 

GRATI ANlMl POSVIT 

ILLE YIXIT ANNOS LXY . OBIIT 

DE MExNSE APRILIS MDGXXXYll 

6. Yoici le relevé des épitaphes des personnages de marque qui 
furent enterrés à Saint-Antoine : l'analyse suffisant, je renvoie au 
texte donné par Forcella dans son tome Ul. 

1802. Le comte Henri Colino, docteur m utroque, protonotairc 
apostolique, conseiller du roi et son ambassadeur auprès d'A- 
lexandre VL 

1. Ecclestam, 

2. Sic, Le Necrologium poHe Kevcs. 

3. La copie doit être défectueuse, car cette ligue n'a pas de sens; puisqu'il 
B*agitdu mari, il faudrait Jam vita defuncio. 



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- 137 - 

1503. Pierre et Edouard Borgia, nobles portugais et écrivains 
apostoliques; le second des deux frères fut maître de chambre du 
cardinal de Portugal. 

1504. Jacques Fernandi, docteur in utroque, familier du card. de 
Portugal. 

1508. Le chevalier Jérôme Cavallo, grand-maltre de la maison et 
préfet de la famille du roi de Portugal. 

1508. Le comte Edouard Menesio, jurisconsulte, ami de l'ambas- 
sadeur du roi près de Jules II. 

1510. François Lupi, Portugais, licencié en droit, chevalier de 
S. Jacques. 

1525. Alvaro Gomito de Lisbonne. 

1526 *. Etienne Bravo, de Braga^ a militibus gladiisconfossus. 

1533. Jérôme Araugio, prêtre de Braga. 

1545. Emmanuel de Bairros^ chanoine de Silves en Portugal, pro- 
cureur de Tarchevôque de Braga. 

1548. Arius Gomez, de Lisbonne ^. 

1549. François Faria, secrétaire de l'ambassade de Portugal. 
1575. Benoit Henrique, Portugais, et Arius Diaz, son neveu. 
1575. Ruivaz de Germachc, Portugais, docteur en théologie 

venu à Rome pour le jubilé et mort de la fièvre. 

1582. Antoine Paulo^ Portugais et citoyen romain. 

1586. Martin d'Azpilcueta, de la Navarre^ jurisconsulte, proressour 
de droit à Salamanquo et à Goïmbre, auteur de plusieurs ouvrages 
estimés, et bienfaiteur de l'hospice de Saint-Antoine. 

xvie siècle. Marc Godinio, âgé de 24 ans, ami de l'ambassadeur 
de Portugal. 

XVI" s. Emmanuel Fialho, docteur en droit canonique. 

1600 3. Jérôme Rodriguez, dfc Goïmbre, femme d'Edouard Paulo. 

1619. Emmanuel Menesio, fils de l'ambassadeur Ferdinand. 

1638. Louis de Gama , archidiacre de Porto , faisant partie de la 
cour de l'ambassadeur de Portugal près d'Urbain VIII. 

1639. Melchior Barbosa, prêtre du diocèse de Braga. 

1649^. Diego Lopez de Franca, prêtre du diocèse de Lisbonne. 

1. Dans le Nécrologe, 1531. 

2. Le Nécrologe donne la date de 1514. 
^{. 1606, dans le Nécrologe. 

4. 1639, selon le Nécrologe. 



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— 138 — 

xvii^' s. Louis Malheiro, de Lisbonne. 

1678. Ferdinand BoUilio ^ familier du duc Âltemps. 

1679. Horace Marie Battala, citoyen de Bologne et avocat à Rome. 
1691. Béatrix de Gusman, femme du chevalier Benoit Correa de 

Sylva. 

1698. Benoit de Fonseca, chevalier de Tordre du Christ, con- 
seiller du roi, sénateur et restent auprès dlnnocent XII. 

XVII* s. Gaspar de Francia, prêtre de Lisbonne. 

170i. Dominique Barreiros. 

1803. Alexandre -Emmanuel de Souza de Holstein, de Lisbonne , 
ambassadeur près le Saint-Siège. 

18i6. Le comte Emmanuel-Rodriguez Gameiro Pessoa, chargé 
d*aflaires du Brésil. 

i8S3. Le baron Jean-Pierre Migueis de Carvalho, ambassadeur 
près le Saint-Siège. 

1868. Antoine de Figueredo^ fiis de l'ambassadeur du Brésil, à 
Rome. 

7. En 1705, Clément XI, ayant visité le S. Sacrement exposé à 
Toccasion de la maladie du roi de Portugal, accorda à perpétuité par 
bref une indulgence plénière^ aux conditions ordinaires de confes- 
sion et communion, à tous les fidèles qui viendront, le lundi de 
chaque semaine, adorer le S. Sacrement exposé , en vertu d'un in- 
duit spécial. 

GLEMENS. XI. PONT. MAX. 

POST BFFVSAS IX UAG .EDE PIAS AD DEVM PRECES 

VII KAL. MARTU ^ ANNO MDCCV. 

ANTE SS"\" 3 EVCHARlSTIyR SACRAMENTVM SOLEMNl RITV EXPOSITYM 

VT G.ELESTEM IMPLORARBT OPEM 

PRO INTEGRA DIVTVRNAQYE INCOLVMITATE 

PETRI II. LVSITANI/E REGIS 

GRAVI TVNG MORBO LABORANTIS 

VNIVERSIS GHRISTI FIDELIBVS 

VERBPOBNITBNTIBVS BT GONFESSIS SAGRAQVE GOMUVNIONE RBFEGTIS 

TBMPLVM HOC VISITANTIBVS SEGVNDA FBRIA GVIVSLIBET HEBDOMADilf: 

1. Ou Botelli, d'Ëlva, dit le Nécrologo. 

2. 23 février. 

i(. SancUssimum, 



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- 139 - 

QVA PRvEFATVM S8*7 SAGRAMENTTM EIVSDEM PONTIFiCiS PKIUIISSV 

PVBLIG^ VENERATlOm IBIDEM PROPONITVR 

PLENARIAM OMNIYM PBGGATORVM INOTLGBNTUM 

APOSTOLIGO DIPLOMATE PERPETVIS FVTVRIS TEMP0RIBV8 VAUTVRO 

G0NÇES81T 

8. Ed 1635, le prêtre portugais Antonio Dias, du diocèse d'E- 
vora ^, fonda quatre dots, à distribuer chaque année, en la fête de 
S. Antoine ^, ainsi qu'une aumône aux pauvres. L'inscription corn- 
mémorative n'existe plus, mais elle a été donnée, d'après d'anciennes 
copies, par Forcella, dans ses hcrizioni délie chiese di Roma, t. III, 
p. S40, nM29i. 

D . . M 3 

ANTONIO . DIAS 

PRAËSBITERO . LYSITANO 

EBOREN . DIOG *. QVI . STVDIO 

PIETATIS . INTENTV8 

XXI . LOGA . MONTIVM 

QVORVM . FRVCTIBVS 

QVATVOR . VIRGINES 

SINGVUS . ANNIS . IN . FESTIVITATE 

D 5. ANTONII . DOTARBNTVR 

ET • VNV . QVI . SIMILITER . PAVPERIB «. 

DI8TRIBVERETVR 

HVIG . BGGLESIAB • PIISSIME . RELIQVIT 

EIVS . VLtlMI . ARBIT 7. EXEGVTORES 

MEMORIAE . CAVSA . PONI . FEGERVNT 

OBIIT . DIE . II . MAII • MDGXXXV 

EXEG S. TESTAMENTARU . PP ^. 

En 1762, Emmanuel de Azevedo, gentilhomme de Lisbonne, et 
sa sœur Marie-Ursule laissèrent à l'église de S. Antoine plusieurs 

1 . Evora, capitale de TAlenlejo, en Portugal. 

2. Œuvres complètes, t. VII, p. 165, n» 52. 

3. Deo opiimo maj^imo, 

4. Eborensii diocesis. 

5. DivL 

6. Pauperibus. 

7. Arbitra. 

8. Execuiores. 

9. Posuerunt. 



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h 



- l'iO - 

lieux du Mont de S. Pierre pour Tentretien du maître-autel, la fon- 
fv dation de plusieurs dots et Tachât d'une niche d'argent pour Tox- 

position du S. Sacrement. L'inscription qui rappelle tant de géné- 
rosité est placée Jans l'église, en entrant : la reproduction de For- 
cella (lll, 548) est pleine d'incorrections. 

D . . M . 

EMANUEL SUEIRO DE AZETEDO 
NOBIUS UUSSIPONEN *. 
EIUSQ ^. SOROR MARIA URSULA 
REGIAE HUIC LUSITANORUM ECCLESIAB 
RErJQUER 3. TOT LOCA MONT *. S . PETRI' 
QUOT SUPFICIUNT UT EX' EOR *. REDDITU QOOT 
AN ^. LX . AUREI SACERDOTÏ DENTUR PR^ESTENTURVE 
SINE ULLA DEDUCTIONE AD AHM CULTUM USUROS 
DUOR . ALIOR . LOCOR . MONT 7. TRÏBUI . lUSSER 8. PRiETEREA 
EX PRUCTIBUS LOCOR . SIMILIU^ CCXXI . ET ULTRA QUOT 
ANNIS POST MORTEM BORUM QUIBU8 EOâDEM PRO MERI 
TIS FRUENDOS RELIQUERUNT TOTIDEM SUBSIDIA DOTA 
LIA AUREORUM L . HONESTIS VIRGINIBUS PRiBTER VESTEM ^. 
TRIBUENDA MANDAVERUNT ARGENTE AM UMBELLAM SS *0. 
EUGHARISTIvE SAGRAMENTO EXPONENDO IMPENSIS GOM 
PLURIBUS AUREORUM MlLLIUUS PARARI VOLUERUNT 
HiEG OMNIA RELATA SUNT IN TABULIS PETRI 
CCELESTINI PALMERII N . G **. 
HYACINTUS DE OLIVEIRA DE ABREV ET LIMA H.ER . KIDUGIAR**. 
JO . RAPT *3. MATTILEUGCIUS IN . ROMAN **. GURIA 

i. Ulissîponensis. 

2. Ejusque. 

3. Reliquerunt. 

4. Montis. 

5. Eorum, 

6. Quotannis, 

7. Duorum aliorum locorum Monds. 

8. Jusserunt. 

9. Œuvres, VII, 129. 

10. Sanctissimo. 
M. Nolarii CapUolini. 

12. Haeres fiduciarius. 

13. Joannes Baptista, 

14. Romana. 



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- 141 — 

ADVOCATUS EXECUTORES TESTAMENT ^ 
ANNO M . P . C 2. 1762 

9. En 1794, deux inscriplions furent placées dans la sacristie, 
par les soins du gouverneur et des administrateurs de Téglise et de 
riiospice, pour rappeler qu'en 1770, en ce même lieu, par une fa- 
veur inusitée, Clément XIY porta lui-même en train de gala et 
donna la rose d*or à l'église de S. Antoine, en présence du Sacré Col- 
lège et des chargés d'affaires du S.>Siège et de la nation. 

CLEMENTI . XIV . P . M 3. 

OB . ROSAM . AVREAM 

EXEMPLO . NVSQVAU . ALIBI . VISO 

HOC . IN . SAGRARIVM 

SVIS .«IIAMIBVS . INLATAM 

DEO . DEVOTAM . LVSITANIS . RELICTAM 

GVBERNATOR 

ET . CVRATORES . SACR . REG *. ABDIS . ET . HOSPITU 

TITVLVM . DRDICARVNT 

A *. MDCGLXXXIV 

QVOD 
REBVS . LVSITANIS . ROUANISQVB . IN . VETEREM 
CONCORDIAM . RBSTITVTIS ^, CLEMENS . XIV . P . M 
ADVOCATO . PATRVM * PVRPVRATORVM . COLLEGIO ^ 
VIII . KAL . OGT ^. UDCCLXX . REGIS . lOSEPIII . I • NOMKN 
AMPLtSSlMIS . VERBIS . L1BENS . GOMMENDARIT 
EADEMQ . DIE . TEMPLVM . LVSITANICAB . GENTIS 
GBSTIENTB . OMNIVM . ORDINVM . FREQVENTIA 
SOLEMNIORI . GELEBRITATB . ADIERIT 
CIVES . LVSITANOS . QVOTQVOT . ADERANT . OMNES 
HOC . IN • SAGRARIO . PERAHANTER . EXGEPERIT 
ROSAH . AVREAM . RITE . SaCRAM . ADSTANTIBVS 
S . R . E ^, GARDINALIBVS . AD . PERPETVVM 

1. Testamenlariù 

2. Monunienium poni cur avère. 

3. Poniifici maanmo. — 4. Sacrœ regiœ,^ 5. Anno, 

6. AllusioQ au Concordat. — 7. Consistoire. — 8. Kalendas octobris, 24 sep- 
tembre. — 9. Sanclso Romanœ Ecclesiœ, 



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- 142 - 

IVCVNDITATIS • MONVMENTVM • RBUQVERIT 
INNOGENTIO . ARGHIBP ^ TTII . RKS • PONTinClAS . APVD . RE6BM . ET 
FRANCISCO . COMMEIiD^. DE . ALMADA . RES . RBGIAS • APVD . PONT^. AGBNTE 
GVBERNATOR 

ET . CYRATORES . HARVM . AEDIYII . ET . HOSPITO 

GRATI8S1IIAII . FAGTl . RECORDATIONEH 

RBPETBNDAM . CENSVERTNT . A . MDCGLXXXXIV. 

10. L'église de S. Antoine fut visitée trois fois par les papes : en 
1705, par Clément XI ; en 1770, par Clément XIV et, en 1870, par 
Pie IX. Cette dernière visite est attestée par cette inscription érigée 
dans la sacristie : 

REGNANTE LUDOVIGO 1. 
Plus IX P . M • 
HANC AKDEM 
îï KAL . lUNlI * A . D 5. MDCCGLXX 
INVISIT 

H. Un certain nombre de fondations de messes sont relatées par 
des inscriptions. 

XVI' s. Diego de Carvalbais (orthographe [du Nécrologe), prêtre 
portugais, légua une maison, située à Campo Marzo, avec obligation 
d*une messe quotidienne. 

DIEGO CARVAGHAES LVSITANO ViR . OPT ^. 
QVI IN VRBB SAGERD 7. TRANQVILLB SINE UTB 
SVO G0NTENTV8 OMNIB . GRATISS ^. iETATEM 

EGIT 
DOMVII SVAM IN CAIIPO MARTIO IN QVOTIDIANI 
SAGRlFIGlI PERPETVO FAGIENOI BXPERS ^. HVIG 
TEMPLO MORIENS LEGAVIT 
Armoiries 

YIX . ANN *<>. L 

Î.Archiepiscopo.'^ 2. Commendatore. — 3. Poniifieem, 
4. 31 mai. — 5. Anno Domini, 

6. Viro optimo, 

7. Sacerdos. 

8. Omnibus gratis simus. 

9. Ce mot a été mal lu par les anciens copistes que reproduit Forcella. 
iO. VixU annis. 



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— 143 — 

MIGHAEL 8YLV1VS D ^ BHANYEUS II 
LVSITANOR . RBGIS LB6 K AMIGO 
B . Il . BX TEST .F » G 3. 

1656. Antoine Bivar, prêtre du diocèse de Lisbonne, en Thon- 
neur du Portugais S. Antoine, fonda une chapellenie d'une messe 
quotidienne, pour lui et ses héritiers. 

D . . M . 

DIVO LVSITANO ANTONIO 
ANTONIYS BIVAR PRAESBITER LVSITANVS 

OPPIDI DE BOBRES NOTAS 
VLIXBONEN DIOEGESIS 
QVOTU)UNAII msSAM PBR PECVUAREM 
GAPELLANVM IN HOC TEUPLO INSTiTViT 
VSQVE AD VLTIUAE TVBAE SONVM 
SIBI SYISQVE HAEREDIBVS MORTVIS 
VIVENS POSVIT . 

ANNO SALVTIS MDCLVl 

AETATIS SVAE LXXXI 

GVM DIMIDIO OBllT 

1656. Antoine de Alraeida, noble portugais, établit à perpétuité 
un chapelain, qui devait célébrer pour le repos des âmes de 
lui, de son frère Sébastien et de sa famille. 

D . . M 

ANTONIVS DE ALMEIDA BORGES 
NOBILIS LVSITANVS OPPIDI DE VOV 
SELLA Visipf ORDINARIO GAPELLAN ^ 
INSTITVTO PBO SVA PRATRISQ SERAS 
TIANI VIEIRA BORGES PREMORTVI 
SVORQ ANIMABVS PERPETVO GE 
LBBRATVRO 
HOC MONVUENTVM POSVIT 
ANN DNI M . DCLVI 

1. Domni, 

2. Lusitanorum régis legalus, 

3. Bené merenti ex testamento fieri curavit. 



l 



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— 144 — 

1088. Le buste en marbre d*Ântoine de Almeida surmonte son 
épitaphe, oii il est dit qu*ii mourut à Lorette et voulut être trans- 
porté à S. -Antoine, qu'il avait enrichi de ses dons : par reconnais- 
sance, l'administration de l'église et de l'hospice lui éleva ce monu- 
ment, puis fonda à son intention deux messes par semaine et, 
chaque année, deux offices solennels, aux anniversaires de sa mort 
et de son enterrement. 

D . . M 

ANTONIVS DB ALMEimA BOHGES NOBILIS LVSITANVS 

vm MORIBVS SPEGTATIS * 
RELIGIONE IN DEVM IN OMNBS HVUANlTATB EXIMIVS 
POST MVLTAS PERAGRATAS ORIENTALIS ORBIS PLAGAS 
AD SAGRAU LAVRETANAU .£DBM SE CONFERENS 
VT QVI DBIPARiC VIRGINIS OBSEQVIIS SEMPER ADDICTVS 

1BI SVPREMVM DIEU GLAVSIT 
IN DIWM ANTONIVM VLYSIPONENSEM OPTIUB ANIMATVS 
EIVS IN VRBE TBMPLVM ET XiCNODOGHIVIl 
MAGNIS PROVENTIBVS DITAVIT VLTIIIIS VOTIS 
EOQVE PROPRIOS A8P0RTARI ClNERES MANDAVIT 
INSTITVTO PRIVS SIBI SVISQVE QVOTIDIANO PERPETVO SACRO 
LVSlTANiE NATIONIS 
C0N0RE6ATI0 D • ANTONII DE VRBE 
VIRO 6BNSIIBRENTI 
IN GRATI ANIMI MONVMENTVM 
DVO PER SINGVLAS HEBDOMADAS OFFERRI SACRlFlClA 
OBITVS KT DEPOSITIONIS OFFIQA QVOTANNIS 

IN PBRPBTVVM CBLEBRANDA DECREVIT 

HOCQVE MONVMENTVM BRI6ENDVM GVRAVIT 

ANNO A PARTV VIRGINIS M DC . LVIII. 

1659. Fondation d'une chapellenie, avec messe quotidienne à 
perpétuité, par Ferdinand Nunez.. prêtre de Viseu (dans la province 
deBeira). 

C • I . R^ 

FERDINANDVS NYNEZ PRESBTTER VISEN 

4 . Speciatissimus, 

2. Christo Jesu Redempton, 



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— 143 — 

HIC EXPEGTAT RESYRRBCTIONEII 
OBUT ANNO . M . DG . LIX 
DIE VERO XXV MAU 

Armoiries 

FAGTA DONATIONS HVIG EGGLES1AB 
VIGINTI LOGORVU MONTIVII 

PRO TNSTITVTIONE GAPELLANIAE • 

CVM MISSA QVOTIDIANA PERPETVA 
VT APPARET EX AGTIS 
SEBASTIANI GESII NOTARII 

1671. Diego de Villalobos deBottafogo, noble portugais, clerc du 
diocèse d'Eivas, légua quatre lieux du Mont de la foi à l'église et 
hôpital dont il fut gouverneur, pour la fondation d'une messe à 
perpétuité chaque semaine. 

D . . M 

DIDAGO DE VILLALOBOS DE BOTTAFOGO 

GLERIGO NOBIU ELVENSI 

HVIVS EGGLESIiE ET HOSPITALIS 

GVBERNATORI ET BENEFAGTORL 

MVNIFIGO 

QVI VITA SOLBRTBM IMPENDENS OPERAM 

MORTE AETBRNAE GONSVLBNS SALVTI 

LOGA • IV . HONTIS FiDEl 

GVM ONERE VNIVS HISSAE PERPETVAB 

QVALIBET HEBDOUADA 

LARGITVS EST 

EXEGVTORES TESTAHENTARII 

BENEMBRENTI LAPIDKM POSVERB 

OBIIT ANNO DOMINl HDGLXXI 

DIE XXV lANVARII 

1730. Emmanuel Pereyra de Sampaio, ministre plénipotentiaire 
de Sa Majesté très fidèle, après avoir acheté pour sa sépulture la 
chapelle do la Conception, y fonda des chapellenies. 

D . . M 

EMMANUEL PEREYRA DE SAHPAIO EX ALGARBUS 
T. XII 40 



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— 140 — 

JOANNIS V LUSITANI.E REGIS FIDELISSIMI 

ADMINISTER APUD S . SEDEM PLENlPOTENTlARlUS 

GAPELLAM HANG UBI JAGKT MKE SUO GOMPARARI JDSSIT 

AG H.ËREDBH EX ASSE QUO GAPELLANI^ FQNDARENTUR 

INSTITUIT 

OBllT DIE XllI FEBR. ^ MDGGL ANNUU AGENS LVIII 

1783. François de Almada et Mendoza, chevalier de Tordre du 
Christ, vicomte de Villanova et ministre plénipotentiaire auprès du 
S.-Siège, établit deux prêtres pour célébrer à perpétuité des messes 
pour lui et les siens. Sa tombe est placée devant la balustrade du 
maitre-autel. 

D . . H 

FRANCISCO DE ALMADA ET MENDONÇA EQVITI ORDINIS CHRISTI 

VIGECOMITI A VILLA NOVA DE SCVTO D'eL REY 

LYSITANI^ REGVM APVD SANGTAM SEDEM 

BENED. ' XIV. GLEM. ^ XHI. CLEM. XIV. ET PIO VI. PONTT. MAXX. * 

IN APLICO * SOLIO SEDENTIB. MINISTRO PLENIPOTENT. ^ 

VIRO MORYM GOMITATE AG PIETATE INSIGNI 

GVIVS INSTINGTV BINA IN HAG REGIA EGgTÂ ' 

PERPETVA INSTITVIT SAGERDOTIA 

AD SACRIFICIA GELEBRANDA 

IN SVI SVORVMQ. EXPIATlONEM 

VITA DEFVNGTO XIV. CAL. FEBR. ^ MDCGLXXXIII. 

AET. ^ SVAE LXXVIll. MENSE IV. DIB V. 

JOANNES DE ALMADA E MELLO 

MAIEST. FIDELISS. ^^ A GONSILIIS 

SENATVS ET GVRIAE PORTVEN . PRAESES 

FRATRI DESlDERATiSSlMO 

PERENNE SVI MOERORIS 

MONVM. PON. GVR. ** 

1. Febt*uarii, — 2. Benedicto. —3. Clémente, — 4. Poniificibus maximis, — 
5. Apostolico» —6. Plenipoienliario, — 7. Ecclesia, — 8. Calendas februarii, 
— 9. .^to/if.— iO. Mdj'esiatis fidelissimœ.'^ii. Monumentum poni curavil. 



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SAINT GABRIEL 



I. — Culte. 



1. La fêle de S. GabrieU est fixée au 18 mars^, sous le rit double 
majeur. 

2. L'office est entièrement propre, moins les hymnes. On y 
revient plusieurs fois sur la triple apparition de Tarchange à Daniel, 
à Zacbarie et à la Yierge. La première occupe le premier nocturne, 
la seconde le second et la troisième^ le dernier nocturne; les deux 
dernières sont Tobjet des antiennes de laudes et de vêpres. Les 
leçons du premier nocturne se réfèrent à la vision de Daniel, tandis 
qu'il n'est question que de la mission auprès de Marie dans celles 
des second et troisième nocturnes ^. 

1. Le nom hébreu a passé dans le latin, qui Ta rendu déclinable ; dans le 
français, qui s'est contenté de le féminiser, Gabrielle, et dans ritalien,'qui y a 
ajouté une voyelle finale pour la douceur de la prononciation, Gabriele. 

2. Benoit XIV donne ainsi la raison du choix de ce jour : a Gabriel archan- 
gelus fuit missus ad beatissimam Virginem ut ei annuntiaret ipsam Salvatoris 
nostri matrem esse futuram; quamobrem factum est ut officium illud in non- 
nuUis locis recitetur die 18 martii, quœ est dies octavt prœcedens AnnunUa- 
tionem, in aliis recitetur die 5 aprihs, quœ est octava a die festo, uti notât 
Guyet, De fest, propr, SS,, lib. 2, cap. 4, qu. 2, ubi hœc habet : « Omnes puto 
ex afOnitate quam habet idem archangelus cum mysterio Incarnationis, cujus 
prœco fuit ac paranymphus, diem ipsi affinem prœsliiuerunt ». Aliaplura 
apud BoUandianos videri possunt quoad cultum S. Gabrielis archangeli, 
tom. 3 marlii et tom. 2 maii; locis quippe citatis referunt officium S. Gabrielis 
archangeli pro die 24 marlii fuisse approbatum Viterbii a L(3one X, ejus fcs- 
tum insuper celebrari in Ecclesia Grœca » (Deserp, Deibeatif.^ lib. IV, pars H, 
cap. 30, n. 12). 

La fête de S. Gabriel est inscrite sous rite double, au 18 mars, dans un 
calendrier liturgique de S.-Sernin de Toulouse, du xiv«-xv* siècle : « XV 
Kalendas Aprilis. Gabrielis Archangeli. dupplex ». Le calendrier du xv« siè- 
cle inscrit seulement « Gabrielis » (Bull, de la Soc. arch. du Midi^ n« 16, pp. 
163, 175). 

3. Un manuscrit de Saint-Martial de Limoges (xii* siècle),maintenant à la Bi* 
bliothèque Nationale, contient « Homiliœ Beleti in festivitate Omnium Sanc- 
torum et Gabrielis archangeli ». (BulL de la Soc* arch, du Limousin, t. XLIII, 
p. 52). 



I 



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~ 148 -- 

Les versets se répètent plusieurs fois et deviennent répons brefs 
à tierce et à sexte. On y établit, par l'application du texte, que 
Fange non désigné est certainement S. Gabriel, qui se tient près de 
Tautel, avec un encensoir d*or en main, pour faire monter jusqu'à 
Dieu le parfum de la prière. 

j^. Stelit Angélus juxta aram templi. ^. Habens thoribulom aareum in 
manu sua. 

j^. Ascendit fumus aromatum in conspectu Domini« ^. De manu Angeli i. 

3. La S. G. des Rites a déclaré pour Luçon, le 29 décembre 1894, 
que S. Gabriel, patron ou titulaire, a droit aux secondes vêpres 
entières^ avec mémoire do S. Joseph. 

Ubi festam S. Gabrlelis arch angeli celebratur sub ritu duplici i claatis, 
utpote patroni sea titolaris ecclesise, debentne vesper» integrse fierl de eo 
cam commemoratione seqoentis S. Josephi vel de S. Josepho cum com- 
memoratione prsecedentis 7 — Vesperee integrse faciend» de S. Gabricle, 
attenta solemnitate ejusdem festi, utpote patroni seu titularia ecclesiae, 
verum addita commemoratione S. Josephi. 

4. La fête parait avoir commencé en Espagne et dans les ordres 
religieux^ oii elle existait dans nombre de villes et diocèses avant 
la réforme de S. Pic Y. Le diocèse de Jaên demanda la concession 
de roffice usité antérieurement, ce qui lui fut accordé en 1666. 

Giennen. — S. B. G., ad preces episcopi, cleri et regimenti civilatis et 
dlœcesis (jiennen., référante Emo et Rmo D. cardinal! Sforzia, censuit 
concedendam esse, prout conccssit, ut in dicta civitate et diœcesi Giennen. 
recitari possit offîcium S. angeli Gabrielis sub ritu duplici, prout reci- 
tatnr in quamplurimis civitatibus et diœcesibus Hispaniarum, sub die 18 
martii et prout in dicta civitate et diœcesi Giennen. recitabatnr ante sa. 
me. Pium V. Hac die 13 februarii 1666. 



1. « Et alius angélus venit et stetit ante altare, habons tburibulum au- 
reum : et data sunt illi incensa multa, ut daret de orationibus sanctonim 
omnium super altare aureum, quod est ante thronum Dei. Et ascendit fumus 
inccnsorum de orationibus sanctorum de manu Angeli coram Deo » {Apoc, 
VIII, 3-4). — Œuvres, XI, 120, note. 

2. « In plerisque etiam Ecclesiis Hispaniarum, hoc est in Toletana, Ovelen., 
Oxomen., Caurien., Calceaten., Façon, etinordinibus S. Jacobi, S. Hieronymi, 
SS. Trinitatis redemptionis caplivorum, B. Marice de Mercede rederaplionis 
captivorum, S. Francisci de Pauia, et in loto ordine S. Francisci, necnon in 
omnibus regionibus Hispaniarum régi subjectis, rccitatur offîcium S.Gabrielis 
archangeli » (Bon. XI V, Ibid.) 



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— 149 - 

5. Faute d'église qui lui soit nommément dédiée S la fête de 
S. Gabriel se fait à Rome sans solennité ^. 

6. L'inscription de dédicace de l'église cardinalice de S.-Ange 
in pescheria, qui date de Tan 770, mentionne, parmi les reliq 
que déposa dans l'autel le consécrateur le pape Etienne III, celles 

S. Gabriel, dont la nature n'est pas spécifiée (Œuvres, t. XI) : 

Hœc sunt nomina sanctorum corum bénéficia hic requiescunti 
est Sancti Michael et Gabriel Archangeli. 

7. S. Gabriel est le patron des courtiers de commerce^ des i 
teurs et des messagers. 

Un institut français s'est mis sous son patronage : ce sont 
Frères de Saint-Gabriel, dont la maison-mère est en Vendée et 
tiennent des écoles primaires et pour les sourds-muets^. 

II. — Neuvaine. 

Le souverain pontife Pie IX, par rescrit donné à Gaète, le 6 j 
vier 1849 et par un autre de la S. G. des Evoques et Réguliers, 
date du 23 janvier 1850, a accorde à tous les fidèles qui, d'un ce 
contrit et dévot, feront dans l'année, en quelque temps que ce s 
la Neuvaine en Vhonneur de Varchange S. Gabriel^ publiée pa 

1. u Templa eidem essedicata tum Bononiœ. tum Messanœ et ejus fieri c 
memorationem die 6 maii in collegio gregoriano, ordinis S. Benedicli, ( 
grogalioni de Propaganda fîde consociato » (Bened. XIV, ibid») 

Uoe église existait à Milan sous le vocable de S. Gabriel, elle fut suppri 
au xvie siècle (Beroldus, p. 172). — L'évêque d'Exeter, qui mourut en 1 
fonda une chapelle sous le vocable de S. Gabriel. On lit dans ses Com\ 
publiés par la Cambden Society, en i874, p^. 44 : a Pro j acra terre in C 
approprianda nove capelle S. Gabrielis ibidem constructe pro anima tei 
toris, vj s. vij d....In constnictione predicte capelle et aliarum domorum 
capellanis ibidem, una cum libris et ornamentis pro oadem, ccc lib. ». 

2. « La fôte de S. Gabriel archange se célèbre chez les carmes, dans ] 
sieurs autres religions et en diverses parties de la chrétienté, » écrivait Pij 
en 1713 dans VEmei^ologio di Romn, p. 196. 

3. S. Gabriel paraît avoir été invoqué spécialement pour la bonne m 
ainsi que S. Michel. VAlbia chrisliana^ qui a le tort de ne pas reproduire 
textes intégralement, a donné en 1896, pp. 54 et suiv., l'analyse dutestan 
d'un prêtre, fait en 1494. On y lit : « Quand le moment de quitter ce mo 
sera venu, il recommande lui, son âme et son corps, à, Dieu le Père tout p 
sant, à son divin Fils N.-S. J.-G., à la toute bienheureuse Marie sa mère s 
tache, aux bienheureux archanges Michel et GabrieLà l'ange gardien que 

a attribué la bonté divine Plus, au bassin dos âmes du purgatoire di 

susdite église N.-D. de Salclas, il assigne cinq deniers tournois, à payer en 
fois ». 



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- 180 — 

prêtre Joseph Falcone, de la Mission, une indulgence de 300 jours 
pour chaque jour et une indulgence plénière, au cours de la neu- 
vaineouun des huit jours qui suivent immédiatement, si, vrai- 
ment repentants, confessés et communies, ils prient pour la Sainte 
Eglise et le souverain pontife. 

Par rescrit de la S. C. des Indulgences, le 28 novembre 1876, 
le même pontife a permis de gagner la même indulgence en faisant 
la ncuvaine en l'honneur de S. Gabriel archange avec n'imporle 
quelle autre formule de prière, pourvu qu'elle soit approuvée par 
l'autorité ecclésiastique compétente {RaccoUa di orazioni e pie opère 
per le quali sono siaie concesse dai sommi pontifici le SS, indul- 
genze, Rome, 1886, p. 346). 

111. — Iconographie 

1 . S. Gabriel fait partie du groupe des archanges, où il occupe la 
seconde place, après S. Michel et avant S. Raphaël. Je l'ai déjà 
montré dans la quadruple série des deux, trois, quatre ^ et sept 
archanges {Œuvres, XI, 201, 217). ^ 

2. Le P. Cahier inscrit à son nom ces trois atlribufs : « Anges, 
lis, groupe i (p. 823). Ce n'est pas assez, Rome les multiplie jus- 
qu'à douze. 3 

Attitude. Elle est triple, en suivant une gradation. A la Chiesa 
Nuova, sur un triptyque byzantin du xiii* siècle, l'archange se tient 
debout devant la Vierge; dans le tableau de Lippo Lippi, galerie 

i. M. Mordret, à Angers, possédait un livre d*Heuros, écrit sur vélin à la 
fin du XVI* siècle : VOratio ad Dominum y invoque : Sancle Michael, Sancte 
Gabriel, Sancte Raphaël, Sancte Uriel ». 

Dans les Litanies des Saints, après Michel, Gabriel et Raphaël, vient l'invo- 
cation Sancte Uriel, dans les Heures gothiques « à l'usage de Rome », impri- 
mées à Paris en 1509, par Gilles Hardouyn. 

2. M. Porruchon, dans les Chroniques de Zara Yaegob et de Breda Mariam, 
roi^ d'Ethiopie de f434 à i478, Paris, 1893, p. 76, dit que Zara « ordonna de 
célébrer les fêtes des neuf archanges, savoir : celle de S. Michel, le 12 de cha- 
que mois; celles de Gabriel, le 19 et le 22 de Tahsas et le 22 de Sani; celle do 
Raphaël, le 3 de Paguemen; celle de Raguel, le 3 de Maskaram ; celle de 
Fanuel, le 3 do Tahsas; celle do Suryal, le 27 de Ter; celle de Saquel, le 5 
de Hamlô; celle d'Uriel, le 21 de Hamlô; celle d'Ofanim, le 8 de Hodar ». 
S. Michel était le plus favorisé, puisqu'il avait douze fêtes par an, une chaque 
mois; S. Gabriel en avait trois, à trois mois différents, tandis que les sept 
autres archanges n'en avaient chacun qu'une seule par année. 

3. S. Michel et S. Gabriel assistent à la cruciGxion sur une fresque du 
x\\* siècle, à Vérone, et une croix du xv«, à Rosloff, en Hussie {Rev* de Vart 
c/ir^/., 1896, pp. 119, 123.) 



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- 181 - 

Doria, il s'incline rospoctueusement; à S*« Marie au Transtévère, 
fresque du xv« siècle, il s'agenouille, ce qu'observent aussi deux 
panneaux à fond d or du musée chrétien du Vatican et une broderie 
du xvi« siècle, au palais Massimo. 

Bâton. Il est droit, sur la mosaïque de Jean Yll ; surmonté d'une 
boule, au xi* siècle, à S** Marie au Transtévère {linteau de la porte 
latérale) et, au xhi«, sur la mosaïque du ciborium de S^ Marie in 
Cosmedin. C'est l'insigne ordinaire des hérauts et des messagers, 
le sigae propre de leur mission. Plus tard, il se transformera on 
sceptre. 

Branche d'olivier, symbole de la paix apportée au monde par 
l'Incarnation ^. Je n'ai rencontré cet attribut qu'une seule fois, 
dans la galerie du marquis Campana, actuellement dispersée. 

Costume. Il comprend une robe longue {pann. du xv* au mus. 
chrét.)y une tunique (lbid,)y un manteau agrafé sur la poitrine (/6i(/.) 
et une étole, en qualité de ministre du Très-Haut. L'étole liturgi- 
gique s'observe dès le xv* siècle, à Ste-Marie au Transtévère et au 
Musée chrétien ; la mosaïque de S.-Césaire et la tapisserie d*Ur« 
bain YIII, au palais Barberini, continuent la tradition en 1600. 
Croisée sur la poitrine, comme fait le prêtre pour la messe, elle est 
semée de croisetles, sur le triptyque à fond d'or du Musée du Vatican. 
Le message divin porte, en effet, sur la rédemption par la croix. 

Couronne. Elle effecte la forme d'un diadème {panneau duxv» 5., 
au Mus. chrét,)y comme au xiv* à la Portioncule d'Assise; dans le 
tableau de Lippi, elle est tressée de roses. 

Geste. Il est de trois sortes, suivant que l'archange bénit et mon- 
tre le ciel qui l'envoie {mosaiq. de S. Césaire) ou la colombe divine 
qui en descend, comme à l'ambon de Pisloie, sculpté en 1250. Le 
plus ordinaire est celui qu'on a nommé de la bénédiction, peut-être 
à tort, car l'ange ne bénit pas, mais il déclare que celui qui l'en- 
voie a béni particulièrement Marie, qu'il déclare en etfet bénie entre 
toutes les femmes ^. Ce geste expressif se rencontre, au xiu* siècle, 

1. Au musée chrétien, sur un panneau daté de 1435, lo livre que tient la 
Vierge à rAnnoncialion est ouvert h ce texte de David : « Audiam quid lo- 
quatur in rae Dominus meus cum loquetur pacem in plcbem suam. » {Œutjres, 
t. II, p. 266, ïfi\.) 

2. « Ângelus ad eam dixit benedicla tu in mulieribus » (S. Luc, 1,28). 



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— 152 - 

sur le triptyque de la Chiesa nuova; au xv*, sur un panneau à fond 
d'^or du musée chrétien, et en 1587, sur une gravure romaine. 

Les mains croisées sur la poitrine indiquent à la fois respect et 
vénération (fresq, du xv« s., à 5*c Agnès place Navone et trois pan- 
neaux de même date, au musée chrétien). 

Lis. Emblème de la virginité que Marie conservera malgré sa 
maternité, la tige de lis fleurie se manifeste au xv® siècle, à Ste-Mario 
au Transtévère, galerie Gampana et au musée chrétien du Vatican; 
au xvi«, panneau peint de Ste-Catherine délia rota, galerie Gampa- 
na, musée du Gapitole, galerie Doria.galerie Barberini, palais Mas- 
simo; au xvu% toiles de S.-Chrysogone et de S.-Sauvcur a ponte 
rotto. 

Palme* Signe de victoire sur le démon jusque-là triomphant, je 
la rencontre hors de Rome, au i\\^ siècle^ sur un panneau de la 
Portioncule et, à Milan, sur un vitrail du xvi*. A Arezzo, dans l'é- 
glise S.-François^ une peinture du xv* siècle agenouille l'archange 
devant le Père éternel, qui la lui remet en main. 

Pieds nus, Garacléristiquc habituelle des anges (/resqr.rfe Ste-Agnès 
et triptyq,de la Chiesa nuova), en raison de leur mission qui est de 
porter les ordres célestes. 

Phylactère. Déployé, il exprime que la personne parle. Au mu- 
sée chrétien, deux panneaux du xve siècle donnent les premiers 
mots de la salutation angélique : Ave Maria gracia et Ave plena 
gracia *. 

Rayonnement. Au musée chrétien, sur un panneau du xv«, le 
corps est lumineux; il en était ainsi à Arezzo, à la même date. 

Sceptre. Destiné à symboliser la puissance de Dieu qui délègue 
son ministre, il est l'attribut du xm« s., à la Chiesa nuova, et du xv«, 
au musée du Vatican. 

3. Je n'ai envisagé ici que la scène de l'Annonciation 3, où 
S. Gabriel remplit un rôle important. Au point de vue artistique, 
il faut signaler les œuvres des maîtres : Botticelli (Alexandre), gale- 
rie Barberini; Garofolo, au Gapitole, tableau de 1528; Lippi (Lip- 
pe), gai. Doria; Masaccio, gai. Gampana. 

1. Le texte de S. Luc porte : «c Ave, gratia plena », sans Maria. 

2. On pourra ajouter, d'après une gravure romaine, de 1828, lemû*oir et la 
tantemCf dont j*ai donné rexplication t. XI, p. 231. 



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— 153 - 

L'archéologie réclame la mosaïque de Ste-Marie in Cosmedin, 
xiiie 8. et une broderie du xvi% chez le prince Hassimo. 

J'ai cité la mosaïque do Jean YII, qui remonte au viiie siècle et 
provient de la basilique Yaticane ^, un peu par analogie : Un 
ange présente les mages à l'enfant Jésus, assis sur les genoux de sa 
mère. Si Tange qui annonça sa naissance aux bergers est bien S. 
Gabriel, pourquoi ne reparattrait-il pas comme guide des mages ? 
Dans le chœur de Téglise S.-Pierre, à Ghauvigny, diocèse de Poitiers, 
un chapiteau, sculpté à la fin du xi* siècle, inscrit sur le nimbe de 
l'ange qui chante le Gloria, GABRIEL ANGELUS ^ et, au-dessus, 
DIXIT GLORIA IN EXCELSIS DEO; le berger 3 qui l'écoute, gar- 
dant ses deux moutons et appuyé sur son bâton, est qualifié PAS- 
TOR BONVS. 

Le Breviarium S. Trinitatis in Alpibus, ms. de 1455, affirme, 
dans une hymne, que c'est l'archange Gabriel qui fut envoyé à 
S. Joseph pour lui dire d'accepter Marie, et de fuir en Egypte le 
massacre des Innocents (Dreves, XXII, 150) : 

Joseph, Doii timere 

Mariam accipere, 
Sic te volait monere 

NuDlius a sidère..... 

Cum desdnatls ad csedem 

Innocenlam milibus 
Mortem sumit in mercedem 

Rex Herodes invidus, 
Iteramque Gabrieiem 

Mandat Pater cœlicus. 
Toile puerum et matrem, 

Sic te monet Gabriel. 

Je vais plus loin. Si l'archange Gabriel a reçu une palme verte au 
moment de l'Annonciation, comme signe de son message, n'est-il 

4. Rohault do Fleury, VEvangile, t. I, pi. XXIIl. 

2. « Et ecce angélus Domini stetit juxta illos et claritas Dei circumfulsit 

illos Et dixit ÀDgelus : Noiite timere, ccce enim evangclizo vobis gaudium 

magnum quod erit omni populo » (S. Luc, 11, 9-tO). S'il n'y a qu'un ange 
qui parle, le Gloria est chanté par la multitude des anges : a Et subito facta 
est multitudo militiœ cœlestis, laudantium Deum et dicontium : Gloria in al- 
tissimis Deo et in terra pax hominibus bonœ voluntatis ■ (S. Luc, IL 13-U). 

3. 8. Luc parle de plusieurs bergers : « Et pastores eranl Pastores lo- 

quebantur ad invicem » (II, 8, 15). 



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- 154 - 

pas naturel de conclure que c*est lui-même qui porta à S. Jean la 
palme qui ornera les funérailles de Marie ^ ? De part et d'autre 
existe une certaine corrélation, se référant au triomphe sur le dé- 
mon et la mort. 

lY. — Saints du même nom. 

Le Dictionnaire hagiographique de Mîgne énumère trois saints et 
un vénérable qui ont honoré le nom de Gabriel : 

S. Gabriel, abbé de S.-Etienne de Jérusalem, vers 489.26 janvier. 

S. Gabriel, martyr, en 813. 22 janvier. 

S. Gabriel, crucifié au Japon en 1597. 6 février. 

Vén. Gabriel Taurin Dufresse, évêque de Tabarca, martyrisé en 
Chine le 14 septembre 1815. 

Cette liste se complète par deux noms de bienheureux : 

B. Jean Gabriel Perboyre, prêtre du diocèse deCahorsct de la Con- 
grégation de la Mission, martyrisé en Chine le 11 septembre 1840, 
et béatifié par Léon XIlï, le 10 novembre 1889 {AnaLjur, pontif,, 
V, 512, 798). 

B. Gabriel Ferretti, mineur observantin. En 1753, la S. C. des 
Rites reconnut le bien fondé de la sentence portée par l'évêque 
d'Ancône sur le culte immémorial. 

Anoonilana, CanoDizationis beati Gabrielis Ferretti, religiosi profes6i 
ordinis Minorutn observantium S. Francisci. Cum a S. R. G. ordinaria die 
10 februarii anni proxime prœteritl, ad relationem Emi et Rml cardinaiis 
Taraburini, S. R. C. prsefecti et pooenlis, admissa fuerlt comrnissio in- 
troduclionis causa) B. Gabrielis Ferretti et a SS. D. N. Bénédicte papa XIV 
posttnodiim sigdata; juxta tenorem pra^false commissionis, ad instantiam 
fratris Josephi Amadei a Taurine, saccrdotis ordinis Minorum de Obser- 
vantiaS. Francisci poslulatoris^ propositum fuit ab eodem Emo ponente 
alqueiu dicta S. G. discussum infrascriptum dubium : An senlenlia iata 
per Rmum episcopum Anconitanum super cuUu ab immemorabili tem- 
père prsedicto bealo praestito, sive super casu excepte a decretis Urbani 
pp Vill, sit confirmanda in casu et ad effectuai de que agilur ? Et S. eadem 

4. « Ecce angélus cum multo lumine eidem adstitit ot reverenter utpote sui 
matrem Domini salutavit. Ave, inquit, benedicta Maria, suscipiens benedic- 
tionem illius qui raandavit salulem Jacob. Erce autera ramum palmœ de pa- 
radiso ad lo Doniinairi attuli, quem unie feretruin porlaro juboas, cum die 
terlia de corpore assumeris, nara tuus filius te matrem reverendam oxspec- 

tat His diclis, angélus cum raulto lumine ciclos ascendit, palma autem 

illanimia claritate splendebat et crat quidem yirgsc viriditate consimilis, scd 
folia ipsiusut slella matulina fulgcbant» {Leg. at/r., êdit. Grœsse, p. 505). 



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— 155 — 

C*, aadito R. P. 0. Ludovico de Yalentibus, fidei promolore, qui voce et 
scripto 8uam sentealiam ezposuit, rescribendum censuit : Affirmative, si 
Smo D. N. visum fuerit. Die 15 septembris 1753. Factaqae deinde per 
me eecretarium de prsedictis eidem SSmo D. N. relatione, Sanctitae Saa 
benigae aDouît. Oie 19 ejasdem meosis et anni 1753. ~0. F. card. Tam- 
burious prssfectus. M. Marefuscas, S. R. C. secretarius. 

Le catalogue des causes des saints en instance auprès de la S. C. 
des Rites, imprimé en 1895, enregistre le serviteur de Dieu Gabriel 
de la Vierge de douleurs, passionniste. 

V. — Ofpicei propres. 

Je donne ici trois offices propres, des xv* et xvi'' siècles, du 
genre qu'affectionnait le moyen âge, c'est-à-dire rythmés. Il y a là 
une exagération, car, en liturgie^ la poésie était avec raison ré- 
servée aux hymnes et séquences. C'est donc, pour les amateurs, 
une simple curiosité, qui montre les tendances d'une époque, quoi- 
que Tun d^eux soit Romain. 

Les antiennes et les répons sont en vers assonnants, souvent à 
rimes alternées. 

On y constate plusieurs sortes de style ecclésiastique : la forme 
traditionnelle persévère dans l'antienne empruntée à un verset du 
psaume; la forme historique ou narrative prévaut souvent; la 
forme symbolique est plus rarement usitée et elle a alors une saveur 
particulière; enfm par la forme imprécative, on adresse à S. Gabriel 
une prière ardente pour les divers besoins de la vie présente et l'ob- 
tention de la vie éternelle. 

Dans les hymnes, on se plait à copier un rythme déjà connu, ce 
qui entraînait le même chant; ailleurs, on introduit, plus ou 
moins heureusement, des citations d'autres hymnes. Tout cela était 
dans le goût du temps. 
L Dans le bréviaire de Pibrac, ms de 1440 (Dreves, XVIII, 73-77/ 

Jn 4 Vesperis Antiphonœ, 2. Ave, Vlrgo, Gabriellsore, 

1. GaudeamuB omnes la Domino, Ecce, air, Deum et hominem 

Nam Gabriel missus est angélus CoDciplos mirabili more, 

Ad Mariam, Deum in utero Prsecursorem Dominus me misit, 

Concepturam, pacem hominibus. Adnuntio jam adtnirabilem 

Gaude, Vlrgo, ita de cetero, Redemptorem qiiem oliro pro- 

Naro paries, ut dicit Doruinus. mfsit. 



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- 156 - 



3. Beaiaies, aogele Gabriel, 
Qui veniens prodis Kmanuely 
Exortum est lumen in tenebris, 
Redis corde tu bene veneris 

Nunc et semper. 

4. Repleatur os iioslrum laudibus, 
Laudabiie est nomen Domini, 
Gabrielis adventura colimus 

Gt divinum laudale, pueri, 
In œlernum. 

5. In œternum Yerbum veritalis 
Apud Patrem erat et permanett 
Sed descendit pro gentibus gratis 
In virginem desponsatam Joseph^ 
Dum Gabriel, vir auctoritatis. 
Fuit missns ad urbem Naiareth. 

Hymnus ^ 
i. Pange, Yirgo, gloriosi, 
Angeli proloquium, 
Gabrielis pretlosi 

Verbi ininisterium, 
Régis sponsi generosi 
Mirum matrimonium. 
3. Cum orarem menle iota 
Angelorum Oomiaum, 
Sollicita de raatrona 

Rcgis sponsi virginum, 
Ecce jam audivi nova 
Redemptoris hominum. 

3. Venit ad me paranymplius 

Quidam magnus subito, 
Gabriel, ille benignus 

Angélus, insolito 
Salutavit, commendavit 

Et turbavit oppldo. 

4. Ad me missus est de cœiis 

Gabriel archangelus, 
Dicens : Ave, mater eris, 

Nam veniet Dominns 
Vitse; per te, si tu velis, 

Salvus erit populus. 



5. Et quomodo fiet istud, 

Gabriel archangele, 
Quia virum non cognosco? 

Hoc erit mirabiie, 
Opus est omnipotenlis, 

Verbum ineffabile, 

6. Novum factum, novum miruro, 

Nova placent oronia, 
Virgo circumdedit virum, 

Ave, piena gratia ; 
Fiat mihi sicut, dixit 

Semper virgo Maria. 

7. Ecce, virgo coocepisti, 

Gabriele nuntio, 
Et sic, mater, remansisti 

Virgo sine dubio, 
Immacula ta fuisti 

Semper ab initio. 

8. Aima mater, virgo pura, 

iEterna virginitas, 
Te extollunt dona plena, 

Signanter humilitas, 
Angelica te natura 

Salutat et deltas. 

9. Gloria, laus in excelsis 

Patri sit et Sophise 
Procedenti ut est Xii^k 

Et virgiui Maria), 
Quam semper Dous diiexil 

Tanquam sponsus proprie. 

Ad Magnificat Ant. 
Elcvetur humana natlo 
Et nUDC consors supernse grati» 
Gonfortetur mentis devotio 
Id Domino qui misit Marisa 
Gabrielem, archangelum fortem. 
Qui virginis ab seterno sortem 
Nunliavit vitamque homini. 
Maria, aDcilia Domini, 
lsais8 legens prophetiam ', 
Concipies; juxta Jeremiam, 



1. Dreves, XI, 136. Les trois hymnes des premières vôpres, des laudes et 
des secondes vêpres sont aussi dans le Bréviaire franciscain. 

2. On représente souvent la Vierge tenant un livre et méditant au moment 



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— 157 — 



Circamdabis virutn etMessiam; 
Novuin magnutn vide, ne timoas. 
Ut venisti virgo permaneas^ 
Crede Deo et redde gratias 
Gabrieli. 

Ad malutinum. Invita loHum. 
Adoremus Oeum absconditum, 
Emanuel, qui nos viâttavit ; 
Salutemus Virginia uteratn 
Quem Gabriel sanctus salatavit. 

In 4 nocturno. Antiphonœ. 

1. Admirabile nomen Emanuel, 
Collafum homini, dum venit Ga- 
briel, 

Uic minor angelis paulo per6ci- 

iur 
Ad nutum Virginia et Deus dici* 

Iur. 

2. In cœlo Dominas prœsidens po- 

lenter 
Pauperam lacrimas clemcnler 

respexit 
Mtsit archangelum, qui venit 

libenter 
Pro pace hominum quos Deua 

dilexit. 

3. Virtutes Domini, qui signa fa* 

citis, 
Signum magnum apparuit in 

Virgine, 
Virgo circumdedit virum, ut cer- 

nitis, 
Mulier amicta solari lumine. 
i ^. Gloria, laus in excelsis Omni« 

polenti detur 
Et in terra dileclio homlDibus 

ametur, 
Tanti fœderis bajulus 
Quem Pater mbit, angélus 



In terris adoretur. 
j^. Angélus Gabriel, missus ad vlr» 
ginem, 
Deam adnaniiat fier! homlnem, 
Ut homo, homine assumpto, sal- 

velur 
Et caro fluida Verbo sustenfetur. 

2 ^. Arcbangelus e cœlo mitlitur, 
Forliludo qui Dei * dicitur, 

Ad virginem, viro confortatam 
Tanquamsponsam Deo prœpara- 
tam. 
f. Benedixit Gabriel beatam, 
Virtulibus omnibus ornatam. 

3 4. Bcnedictus qui venit in no- 

mine Domini 
Et benedictus Dominus, quia 

venit, 
Benedictus ait Spiritus Allissimi, 
Et benedicta Maria quaR conce- 

pii. 

t* Cougaudeat turba fidelium, 
Benedictus qui misit Fllium. 

In 2 Noctumo. AntipkoniB. 

1 . A summo nuntius egressus cso- 

lorum, 

Nazareth veniens, verbum éruc- 
ta vit 

Bonum, sed melius, qu» nesci- 
vit thorum, 

Virgo concipiens Deum incarna- 
vil. 

2. Dominator adveniens 
Intrat claustrumclausisportis 
Et angélus prseveniens 
Adnuntiat pofentem fortis. 

3. In Domino laudabitur 
Anima diligens vitam, 
Archangelum qui miltitur 
Et Domini benedictam. 



de rAnDoncialion, sur ce texte d'Isale : « Ecce virgo concipict et pariet fiIium 
et rocabitur nomen ejus Emmanuel » {Isaï., VU, 14). 

1. « Femina circumdabit virum » (Jerem., XXXI. 22). 

2. Voir sur la signiQcation de cette expression, ÛE'Mi?rc«, XI, 208. 



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r 



~ <i88 - 



1 ^. Responso acceplo vïrginls 
inclitae, 
Respondit angélus Gabriel pla- 
cide: 
Virtus Allissimi faciet utique 
Quod quœrls, Maria, conserva 
tante. 
j^. Deus, polens verbo et opère, 

Omne verbum audi sollicite. 
'2 î^. Jam lacis orto sidère, 
Oportet adorare 
Trinitatem et credere, 
Qaam novit revelare 
Gabriel roissus œlhere 
Mariam salutare. 
f. Ecce nunc dies salutis, 
Ecce nova de f oedere 
Qa» venit nuntlare. 
3 R|. Ecce concipies, ait angélus 
Ad eam el virgo Deum paries 

Olim nolum in Judseam, 
Tune dices laudes seplies 
Cum ut castrorum actes 
Gentem disperdel Hebrseam. 
f, Fiat virtus mea Deus, 
Vir meus et notus meus 
Ventât in Nazaream. 

in SJNoclumo. Antiphonae. 

i. Can!aleDomino,oranescreatur», 
Homine8,angeli sequalis censurée, 
Consortes glori», psallite de jure. 

2. Exsultel terra laudtbus, 
Exsultent filîi Jad», 

In (erra pax hominibus 
Orta est, lux in nube, 
Cum Gabriel archangelus 
Yenit pro mundi sainte. 

3. Benedic Domino, vtrgobenedicla, 
Benedic nunlio qui te benedixil, 
Inter mulieres speciosa, digna 
Pro régis filip qui te concuplvU. 

1 . On a ici une des trois phases do 
dans un jardin, à la porte de la maison 



i ^.Lœletur omne sseeulum 
Gabrielis adventu jucundo, 
Venererour sanctum archange- 
nom, 
Nobis missum de cœli profundo. 
Qui virgini attulit annuium 
Nuplialem et pacis cumulum . 
^.Gabrielem archangelum, 
Nostrse salutis nuntium, 
Nos oportet deprœcare 
Débita reverentia. 

2 /^.Gabriel angélus, missus ad Ma- 

[riam, 
Venlorum in eam nuntiat Mes- 

[siam, 
Turbatur Maria de verbo angeli, 
Ancillam se dixit humilem Do- 

[mlni. 
j^.Ecce auciiia humili 
Maria respondente, 
Fit virgo mater Dômini, 
Fit verbum caro famuli. 
Domino opérante. 

3 ^.Missus est magnus angélus 

Ad portam in conclave S 
Quem misit manusDomiui, 
Mariae dixit Ave ; 
Virginia formidinem 
Demulcens et confortans, 
Blaado sermone virginem 

Alloquitur exhorlans. 

^. Ave, virgo, ne timeas, 
Gratiam invenisli 

Apud Deum, sed gaudeas, 

Nam erls mater Chrisli . 

Jn Laudihus. Anliphonœ, 
i .Mirabilis in altis Dominus, 
Qui decorem cum forliludine 
Indutus est in matre virgiiie, 
Ut praedixlt Gabriel angélus. 
2.Jubilate, terra el omnta; 
Angelica psallit melodia. 

Ticonographic : l'Annonciation a lieu 
ou dans la chambre do la Vierge. 



i 



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Plaade, virgo Domine Maria, 
Mater, sponsa, ancilla, filia. 

3.Mis8Us est ergo Gabriel 
.Ad virginem desponsatam 
Viro Joseph, prseparatam 
Pro ventaro Emanuei. 

4.Benedicat Maria angelum 
Gabrielem et laudel DomiDum. 
Benedicant homines virginem, 
in qua Deus se fecit hominem. 

5.Laudamus te, beala Triuitas, 
Que de cœlis angelum misisli 
Ad virginem quam prœparave- 

ras; 
Laudamus te quod nos redemisli. 

Hymnus *. 

i.Verbum selernum oriens 
A Pâtre roisit nuntium ; 
Ad opus suum exicns, 
Venit ad completorium. 

2 Sedens ad Palris dexleram, 
Stellatum habens soiium, 
Venit ad mundi vesperam 
Deus in adjulorium. 

3 . Angélus autem mitlilur, 
Ad virginem per Fiiium, 
Per quem Mari» loquilur 
Deus, nostrum refugium. 

4.Gaudet similis simili 
In cœlesti collegio, 
Gabriel missus virginl 
Nazareth in rosario >. 

5.Laus régi plena gaudio 
In sseculorum ssecula ; 
De Gabriele nuntio 
Gaude, turba paupercula. 

6.Alesdiei nnnlius, 

Consors paternse dexterœ, 
Splendor patern» glori» 
Vultum solatur virginis. 



1S9 - 

7. Primo dierum omnium, 
Jam lacis orto sidère, 
GoDcinat plebs fideiium, 
Kn graialemar liodie. 
8. Primo Patri et Filio 
Spiriluique medio 
Cum matre Dei Maria 
Omnis honor et gioria. 
Ad Benedicim. Ant. 
Benedictus adventus 

Sancli Gabrielis, 
Benedictus populus 

Novi Israëlis, 
Benedicta bajula 
Sit Ëmanuelis, 
Ad quam sanctus missus est 
Gabriel de cœlis. 

In 2 vesperis, Antiphonœ. 
i . Gabriel principium 

Tecum fuit hora, 
Qua Nazareth' vénéras 
Nuntiare nova. 

2 . Gabrielis memoria 
Ab illis benedicitur 
A quîbus digne colitur 
Nomen virginis Maria. 

3. Gabriel! commitlilur 
Nostrse pacis tractamentum, 
Angulare fundamentum 
Domus Dei cum jacilar . 

4. Gabrielem conQlemur 
Venisse desideratum 
Propter Verbum incarnatum, 
Hodie congralulemur. 

5. Gabriele nunlianle 
Pacem, salvator popuH 
Gonclusit verbo angeli 
Sermonem confirmante 
Matre Maria Domini, 
Spirita confortante. 



i. Brèves, XI, 137. 

2. A la Renaissance, les Italiens ont aimé représenter la scène de rÂnnon* 
ciation dans un jardin plantô de rosiers. 



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it: 



— 160 — 



llymnus >. 

Verbam œternam prodiens 
A Pâtre naturaliter, 
Opus suum incipieDS 
Se fecit temporallter 
Garneni, salulem siliens 
HomiDum palernaliter. 
S.Verbum misil ad virginem 
Ab seterno ordinatani 
Gabrielem, ad hominem 
Joseph viro dèsponsatam. 
Ut prœpararet angélus 
A Domino piseparatam. 
3. Gabriel exit sedulus 
A solis ortus cardine, 
NostrsB salutis semaias 
Ëxsequitur cum lumine 
Mandatum quod acceperat 
De salatanda virgine. 
4.Salulat virgo virginem 
Noslrœ salutis nuntius, 
Pavet puella jovenem 
Qui venerat propilius, 
Concepit homo hominem 
Obumbrata perfeclius. 
5.Gaude, Yirgo> Gabrielis 
Adventu salvifico 
Et magni Ëmauuelis 

11. Le second office de S. Gabriel se tpouve dans les deux bréviaires 
Vénitiens : Breviarium secundœ correctlonis, ms de 1481, et Breviarium de 
Caméra secundum morem Romanw Ecclesi^^ imprimé en 1521. 



Conc()ptu mirifîco ; 
Regnabis semper in cœlis 
Ctim rege magnifîco. 

6.0 Gabriel archangele, 
Denedic Patri Domino, 
Nam opus admirabile 
Tibi commisit oppido, 
Justum rationabile, 
Pro redimendo populo. 

T.Palri Deo et Filio, 
Procèdent! Flamini 
Honor, virtus et glorla 
Et matri semper virgini 
Signanler hyperdulia 
Sit in nomine Domini. 

Ad Magnificat Ant, 
Exsultet cœlum laudibus 
Nam datur pax hominibus 
Et gaudeat terra nostra, 
Quse Gabrielem archangelum 
Suscepit gratia muila. 
qoam magnum mysterium 
Virginem ferre filium, 
Qui populum saivabit ! 
quantum beneficium ! 
divinum consilinm 1 
stupendum commercium 1 
Quis illud enarrabit ? 



In 4 Vesperis. Anliphonss. 

l.Jam protervorum capita 
Quassabit Dei Filius, 
Uinc robustorum abdita 
Pandit robustus nuntius. 

2. Félix nimis oraculum 
Redemptionis gentium, 
Quod datur per miraculum 
Ad robore cœleslium. 

S.Exorienlelumino 

1. Dreves, XI, 137. 



Recto perfusis flamine» 

Laus datur magno Numini 

A sepliformi agmine. 
4. Quod reverentur omnia 

Nomen cœleste panditur, 

Jesu voce prœconia 

Per quem ad cœlum scandilur. 
S.PsalIamus coram angelis 

Qui nobis opem Iribunnt 

Et cum septem archangelis 



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— 161 — 



Hœc omnia dbtribuuot. 

Ad Magnificat Ant, 
Robur Dei fortissime 
Princepsque invicUssime, 

Robustum sacramentum 
Denaotias Christiferse 
Per quod cladi mortifer» 

Datur medicamentum ; 
Quod AbrahsB promise rat 
Os tuum clare reserat, 

Nostrum oblcctamentum, 
Jesuniy vitam et gaudiom, 
Lumen et igoem cordium, 

Hominis compiementum. 

Admatutinum, 
Invitatorium. 

Regem archangelorum Dominum 
Venite^ adoremus. 

In 4 noctumo, Antiphonœ. 
i.Lex meditanda pandilur 

1q Jesu, Dei Filio, 

Qui sinu matris clauditur, 

Divacaoente nuntio. 
2.Jam hodie concipilur 

iEternus fusus homini, 

Oum Gabriel! dicitur: 

Ecce aDciiia Domini. 
3. Fuit Oeus memor hominis^ 

Dum ipsum visitavlt 

Nobisque tamquam dominis 

Terrestria substravit. 
\ ^. Gabriel ut collegium 

Cognovit Trinitalis 

Decrevisse remedium 

Mostrœ f ragiiitatisy 

Jussus venil ad prsadium 

Perfectse integritatis. 
f. Soscipe^ virgo, médium 

Salutis Doslr» et tœdium 

Fogato humanitalis. 
i ^. Per cuocta semper sœcula 



QusB donat Oet digilus, 
Prodigia, miracula, 
Quibus hoslis est terrifus, 
Legem, lucem, oracnla 
Sancli ministraut Spirilus. 
j^. Robora, signa, fercula 
Sacra, ritus, piacula 
Etcunctadata cœiitus. 
3 ^. Portât robur angelicum 
Nobts jncunditalem, 
Dum iu hortum Oavidicum 
Virgœ (ecunditatem 
Affert et donat medicum 
Ad nostram inOrmitatem. 
f. Suscepit virgo cœlicum 
Germen et nexum unicum 
Et mundi Integritatem. 

In 8 nocturno. Antiphonx , 
i . Egressus fuit magniûcus 
A vertice cœiorum 
Sermo vero deificus 
Cum domina angelorum. 
S.Robustus rexin prœlio 
Marisa portam intravit, 
Quse tremens in subseiiio ^ 
Viri vocem expavit. 
3.Circumdat bonus angélus 
Omnes timentes Oeum, 
Sed Gabriel archangelus 
Malrem quse gestat eu m. 
i ti. Stabat imago cœlica 
In horto voluptalis, 
Oivinomm famelica 
In statu dignitatis, 
Quam turbavit terrifica 
Figura anliquitatis. 
f , Sed vox curât angelica 
Formata vi deifica 
A culpa f(Bditalis. 
2 If. Certat homo per stadium 
liilUi» terrestris, 



1. LMconographie montre Marie debout, assise ou agenouillée. 

T. XII il 



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- 162 — 



Ut assequatur bravlum, 
Sed serpeos a sînislris 
Multos sternit per gladium 
Nequilise scelestis. 
j^. Sed nuntias cœlestium 
Nos prolegit per radium 
Dîvinum, slans adextrU. 
3 H. Orat legatus maxlmas 
lo facto napttarum, 
Quas f auste nos coDtraxlmu$ 

Jq nexu naturaruoi, 
Unde sUtum ereximus 
la Tegnum creaturarum. 
j^. Jam, Gabriel, conjanxlraus 
Mentem, cum quo dileximus 
Ope precam tuarum. 
ïn 3 Nocturno. Anliphonœ. 
i. Annuntiatin gentibus 
Mysteria cœlorum 
Et populis qusereDlibus 
CoDSortia divinoram. 

2. AnDunliarant angeli 

Justiliam et pacem, 
Videront omnes populi 
Salutem Dei veracem. 

3. Benedicant assistentes 

Cœlorum opifîcl 
Et obediant ministrantes 
Sacrorum artifici. 

1 pf. Pr»venit prfnceps incllliis 

Primam juvencularum, 
Tympanizantem cœlilus 

Goncinia divinaram, 
Dum sonat sermo insolitas, 

Fit unio nalararum. 
j^. Gnjas corpos chrysolilhas, 
In vullu fulgor soHtus 

Ardenilum lampadarum. 

2 A. Ecce vir nnus Gabriel 

in veste fîgarali, 
SicQt prospexit Daniel 



Farore prophelali, 
Gui subvenitMichael 

In facto divinali. 
j^. El suam medelam Raphaël 
Affett, quam confiât Uriel \ 

Progrege rationali. 

Ai Laudes antipkonse. 
i. Jésus decorem induit, 
Quo decoranlur omnia 
Mensque cœlestis splendoii 
Terrenturque daemonia. 

2. Omnes ovaules jubilant 

Dum Verbum hnmanatur, 
Et quod obscura nubilant 
In lace reseratur. 

3. Excussa jam caligiue, 

In luce vigilemus 
Yerbumque clara indagine 
In carne nunc laudemas. 

4. Benedicant arcbangeli 

Tribunal Trlnitalis 
Et homines et angeli 
Gum omnibus creatls. 
b. Laudet omnis spirltus 
Opificem cœlorum, 
Ex quibus Gabriel inclitus 
Fit nuntius sacrorum. 

Ad BenedictuM Ant, 
Ascendit jam crepusculum 
Quo lux splendere incipit 
Solis et jussa snscipit 
Fecit donand» Gabriel ; 
Tune virginis corpusculum, 
Sensus et cor pertcrrllur, 
Dum arcanum detegitur 
Quod pariet Emanuel, 
Qui illuminet in tenebris 
Ëuntes et in semitam 
Pacis regat et perditam 
Viam collustret Uriel. 



i . Voir sur Uriel, Œuvres, t. XI, pp. 209 et suiv. 



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— 163 - 

fil. Le troisidme offiœ est emprunté aux Bréviaires de Barcelone, 
xv« s. et 1540; de Taraçona, 1484; de Majorque, 1506; de Celsa, 
1514, etdeLérida, 1533(Dreves, XVII, 102-103). 



!n 4 Vesperis. Super psalmos Ant, 

Qui carnem vestis, at dones gaudia 

[mœstis, 

Ki nos informas, Gabrielem lau. 

[dibus ornas, 

Da nobis, Christe, jam sœclnm 

[spernere Irisle, 

Et sursnm cœlis nos suscipe, rex 

[Gabrielis. 

>l^. > OGëbriel, dignus es honorari; 

Tractasti El Maria incarnari, 

Quos mortis fel habnit dulcorari 

Et Israël gaudet cœto locari. 

f. Ergo fac me! cœleste uobis dari, 

Quod Michaei et sancli gustant 

[cari. 

Ad Magnificat. 
Gabriel epicharis, 
Archangelus fons jubaris, 

Quem Deus exaltavit 
Dum per te, non per alium, 
Suum dilectum Filium 

Marisa nuntiavit; 
Fac, stans ante Dominum, 
Ut sarclnam peccaminuni| 

Quae diu nos grayavit, 
Luat qui nos crcavit. 
Ad Matulinum. Invilatorium. 
Adoremus humiliter 
Regem arcbangelorum, 
Cum quo vivit féliciter 
Gabriel, lux sanctorum. 

In 4 Noctumo. Antipkonœ, 
1. Gabriel privilegium 
PrsB creatnris omnibus 
Uabet pandendo Filium 
Dei Marise auribus. 



2. Nunquam juit nec fuerit 

In mundo nec in cœlis, 
Per quem virgo conceperit 
In verbis Gabrielis. 

3. Ergo, Gabriel, carius 

Precamur ut obsequium 

Sumas nostrum Iselantius 

Et sis nobis praesidium. 

1 ^. Gratulanter DeiËcclesia 
Gabrielis agat solemnia, 
Deferentis Mariœ nuntia 

Nobis salubria. 

j^. Hic ingens nunlius 

De cœlis grandius 

Adduxit sanctius 

Pro nobis gaudia. 

2 i^. Tu es lux et signaculum 
Et Dei instrumentum, 
Nostrum pia piaculum 
Per tuum intervenlum. 

Ad cœli tabernacnlum 
Nos ducas et proventura. 
f^ Sis nobis admlniculura, 
Gabriel, in periculum 
Satan ad lemptamentum. 

3 i^^. Plaudat fidells concio, 
Cognoscens bénéficia 
Gabrielis obsequio 
Nobis provenientia 
Adiyinaclementia. 

f, Ddnielem hic imbuit 
Visionum scientia. 
De Johanne prsedocuit 
Et de Christo magnalia. 

In 2 Nocturno. Antiphonœ. 

1. Gabrielem, quem Trinitas 
Pro nobis misit nunlium 



1 . Le répons avant Thymne des vôpres était général en France. Le rite pari- 
sien raffectait aux premières, mais lo rite angevin Tadmcttait aux deux. 



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164 - 



lo orbem, aostra caritas 
Ëxloliat, fundoDS gaudiam. 

2. Lux Gabriel purisslma, 
Clarasfac nostras mentes 
Tua prece sanclissima 

Ut sint Oeum videntes. 

3. SolemDizemus hodie 
Diem sanctam et piam, 
Gabrielem rex glorise 
Qaa misit ad Mariam. 

{li.Uierusaleinperhunc subversio 
DaDieli futura paruit 
Et feras, quas vidit io somnio, 
Quosdam reges esse disseruU, 
Antichristum sua narratio 
Minime tacuit. 
j^. Occidendum Chrislum veraclter 
Desolandum templum totaliler 
Gabriel posuit. 
2 1^. Commendemus cordis Isetiiia 
Gabrielem, divinum nunlium, 
Ipse tulit nobis exennia, 
Qaœ nunquam quis attulit nun- 
[lium, 
Assequimur cœlicum gaudium. 
j^. Hoc dolet furia inferni tristius, 
Hoc congaudet cœleslis pieniusi 
Talem decet laus et obsequium. 
3^.0 quam gaudet in glorla 
Gabriel, plenus gaudio, 
Coufirmatus in gratia, 
Nullo turbatus tsedio ; 
Fructum gustat eximlum 
Quem virgo (uiit gremlo, 
Semper carentem vitio l 
f. Hic ditavit regnum cœlesltum, 
Dam tractavit tantum consortium. 
In 3 ^ociurno, Anliphonœ, 
1. Per graliam, soi gratis, 
Gabriel, lue fœccs 
Nostrse mentis plenarie 
Et audi nostras preces. 



2. Tu es Stella lucentlor, 

Gabriel, fixa sursum ; 
Tu es Deo propinquior, 
Dirige nostrum cursum. 

3. Fios Gabriel eximie, 

Perornans paradisum, 
Odorem da fragrantise, 
Hostem fuga invisum. 
i if. Gabriel digois laudibus 
Martam salutavit 
Et pro nostris sceleribus 

Delendis nuntiavit 
Eidem, plenœ moribus, 
Dominum, peramavlt, 
Cui mox ipsa favlt : 
f. Ecce, dictt, ancilia Domini, 
Ita fiât ut placet Numini 
li)t os tuum narravit. 
2j^.Beati sunt qui cessant linquere 
El nituntur in Christo vivere, 
Pro bis misit Deus ab sethere 
Gabrielem, puellam jungere 
Suo Nato sub sancto lœdere. 
j^. In Nazareth salutat virginem, 
Evse mutans amaritudinem 
In dulcorem divine opère i. 
3 If. Canlef, laudet agmen fidelium 
Sancti feslum cum pleno gaudio 
Gabrielis, ci vis cœleslium, 
Qui fidelis ezsultat bravio. 
j^. Nitet, videt divinum Filium, 
Yirum mirum, vilam credcntium, 
Qui nos salvat ex posse proprio. 

In Laudibus. Antiphonœ. 
i. lumen lodeficiens, 
Gabriel, tuo lumine 
Tenebras sis ejiciens 
Quœ nos gravant peccamine. 
2. Templum tu régis glorise, 
Gabriel, semper purum, 
Contra ausus discordise 
Pro nobis te da munim* 



i. Le même jeu de mots existe dans VAve maris Stella: « Mutans Evœ 
nomeo. » 



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16S - 



3. Archangelo, quoTriniUs» 

Gabriel, declaratar, 
Roga qaod sua pietas 
Nostri misereatar. 

4. Nos deeet totis nisibus 

Gabiielem laudare. 
Ut nobis suis precibus 
Velii Deum placare. 

5. Tu, Gabriel, a gladio 

Nos serva proditoris 
Et fac ut tecnm gaudio 

Fruamur Saivatoris« 
Ad Benedictus Ant, 
quam gaudet féliciter 
Gabriel et sublimiter, 

Cum videt exaitatos 
Mariam mairem virginem 
£t Deum faclum homiuem 

Supra cunctos salvatos^ 
Exstilit quorum uuntius, 
Complens commissa plenius. 

His nos reddat bealos 

Et in pace fundatos. 
Ad Horas antiphonae. 
Ad Primam, 
creatura stabilis, 

Qui nunquam deliquisli, 
Gabriel admirabilis, 

Nos mundo serva tristi. 

Ad Tertiam, 
Gabriel, eximie 

Marise nunliator» 
In bac valle miseriae 



Sis nobis consolator. 
AdSexlam. 
Infestant noshosiilla» 

Gabriel, bella mnllum, 
.Défende nos ex gratia 

Et duc ad Dei vullum. 

Ad Nonam. 
quam est bealissimus 

Gabriel, princeps magnus, 
Quem pascit snavissimus 

In cœlo Dei Agnus . 

In 2 Vesperis, 
^, Festinemus nunc diem gaudii, 
Qua Gabriel dixit ad Virginem : 
Mater fies Domiui Fiiii 
Et paries Deum et hominem, 
Nullam perdons integriludinem. 
f, Ejus nomen Jésus vocabitur, 
Ejus semper regnum firmabitur, 
Piebi dabit beatitudinem. 

Ad Magnificat Ant, 
dulcis creatura, 

Gabriel, te ornatur 
Paradisus , lux pura. 

Et in te glorialur 
Salvator incarnatus, 

Quem tu denuntiasti 
Gœlique potentatus 

Et quam tu salutasti 

Virgo et informasti 

Fac jungamur bis casti. 



VI. — Hymnes. 

Les liymnes peuvent se classer en trois catégories^ suivant qu*il y 
en a trois propres pour vêpres, matines et laudes; ou deux, pour 
matines et laudes, ou simplement une seule. 

Presque toujours elles ont des strophes de quatre vers asson- 
nants, à rimes croisées, qui calquent pour ainsi dire le mètre ïam- 
bique. 



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\m - 



Ces hymnes sont dispersées dans plusieurs fascicules des Ana- 
lecta hymnica medii xvL II y avait tout avantage à les grouper en- 
semble, de manière à en faire un corps. J*espère qu*on y puisera un 
jour, dans la réforme souhaitée du Bréviaire Romain^ afin de rem- 
placer par trois hymnes propres celles qui, étant du commun, dé- 
parent Toifice de S. Gabriel. 

On remarquera qu'une seule est romaine; les autres proviennent 
de France, d^AllemagnC; d'Angleterre, d'Irlande, d'Espagne, ce qui 
prouve l'universalité du culte. Parmi les ordres religieux, signalons 
les franciscains et les mercédaires. 

L'iconographie fera son profit des renseignements nouveaux 
fournis par Thymnologie sur le rôle historique de S. Gabriel. 

Les dates des pièces liturgiques vont du xm" au xvi* siècle. 



a) Le Psalteriiim Oculense , aux 
qui date du xive siècle, fournit ces 
A vêpres (Brèves, XVI, 136). 

i. In jubilo mirabili 

Chrislo cantet hœc concio^ 
Qa» Gabriel archangeli 
Mira canit cum gaudio. 

2. Gabriel fortis mitiitur 
Ad salutandam virginem. 
Fer quam salus promiuilur, 
Quœ gignat Deum hominem. 

3. Apparet totus fulgidus * 
Cum virginem alloquilur, 

A matines (Brèves, XVI, 137). 

1. Dam orat virgo fervide, 
Gabriel et mitlKor, 
Quam salutavit provide, 
Christus ex ea nascitur. 

2. Blande affatur virgioi : 
CoDcipies et paries 
Deum coDJunctum homini, 
Ut ejus maler ficres. 

3. Quomodo, ioquit, angele, 
Quod faris potest fieri, 



Archives nationales de Madrid, 
trois hymnes. 

Ave, loquens impavidas, 
Jésus nam ex le orîiar. 

4. Ad eu jus verbum dubitans 
Virgo stupescit florida * 
Viri amplexum devitans, 
Rore cœli fit gravida. 

5. Per te, o folgens Gabriel, 
Nobis prœstetur venia , 
Et Michaët ac Raphaël 
Ducant in cœli gloria. 



Cum molem lacle, labore 
Perhorrescam intueri. 

4. Spiritus quo circumdaris 
Te obumbrabii dulciter, 
Ma(er Oei efficeris, 

Quo regnabis perenniler. 

5. Te laudantes, o Gabriel, 
Conforta nuoe solamine, 
Dulcedo tua super mel 
Iq angeloram agmine. 



i. L'expression fulgidus, ful^ens, correspond au corps rayonnant ou à Tau- 
réolc de Ticonographie. 



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- 167 



A laudes (Dreves, XVI, 137). 

1 . lo cœlesli rosario 
Gabriel nnns sislilar. 
In Virginia sacrario 
Fortis athleta eernitur. 

2. Gam ave fertur virgini, 
Modam tune ei indicat, 
Quia venis dalcedinis 
Hoc sacramentum explicat. 

3. Helisabeth, quœ sterilis 
Fructu privata noacitur, 



Nnnc abondai et feriilis 
Fruclus ex ea nascitur. 
Ecce, respondet angelo, 
Anciila sam Alti&simi, 
Fiat motu tam prospero 
Frucfus verbi dalcissimi. 
Per te» o sancte Gabriel, 
CoDgaudeat Ecclesia, 
Qaae conlaudans Emanuel, 
Fac, nos ducat in gloria. 



b) Antiphonaîre franciscain, à Dublin, xv^ s.; Bréviaire de Besan- 
çon^ imprimé à Paris, en 1S31. 



A vêpres (Dreves, XIX, 141). 

i. Ordo at juris postulat, 
Gaudere omnes audeant, 
Dum Gabriel nunc bajulat, 
Nova, unde congaudeant. 

2 . Nullus unquam ad roortalea 
Missus est talis bajulus^ 
Qui faciat commensales 
Ejus^ cujus est famulns. 

3 . Per te lux nova oritur, 
Nova per te sunt omnia, 
Virgo paritf mors moritur, 
Umbra périt et somnia. 

A matines (Di-eves, XIX, 142). 

1 • Archangelus in conclave 
Per ostium non patulum 
Virginia intrat, ut Ave 
OflFerena salvet sseculum. 

2. Exaequitur of Hcium, 
Dulci fatur eloquio, 
Turbat ejus judictum 

In tam grandi proloquio. 

3 . Tune maxima pertractanlor 
In isto consislorio, 

Virgo claudit quœ mandautnr 
Mentis suae armario. 



4. Ipse Deus ultionum 
Pins pater est effectus, 
Périt cultus nationum, 
Sanctus crescit nunc aHectus. 

5. illom ergo veneremur 

Per quem sumus sublimait, 
Ab angelis reveremur, 
Postquam sumus Christo nali. 

6. Gloria sit Trinitati 

Per nunlium Gabrielem 
Nos jungat pelernitati 
Atque popuium fidelem. 



4. Pieniludo est temporis, 
Jubet Natum incarnari 
Pater in templo corporls 
Ejus nobiaque donari. 

5. Archangelus pacificat 
Post teriitam ejus mentem, 
Altum opns clariticat 

Et semuli ferit denlem. 

6. Gloria sit Trinitati 
Quae fecit per Gabrielem 
Hs8c et ejus bonitali 
Gratcs reddimus fîdelem. 



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— 168 - 



A laudes (Dreves, XIX, 142). 

1 . Gabrielis sancti laudes 
Nanciet virgo Maria, 

Si proioqai secam aadet, 
Prœdicet cum Zacharia. 

2. Prseservat matrimonium 
Virginem ab Infamia, 
Nam tulii testimonium 
Prseco de castimonia. 

3. Dum Chrislas in agonia 
Sudat, veDit hune confortans, 
Qui verbo portât omnia 

Ut sufferat ût exhortans. 

4. Satia ezstat credibiie. 
De angeiis fuit unus 



Qui sepulchri ad cnbile 
Prœdixit non esse funus. 

5. In moriis sacr» triduo 
Christ! matrem confortavlt. 
De aetu ejus arduo 

Al ta nova reporta vit. 

6. Non defuit ascendenti 
Inter niagnos prœcipuus. 
Qui ad! uit descendent! 
Ghrisll prœco tam strenuqs i. 

7. Laus sit semper Trinitati 
Sicnt et ab initie, 
Bonis Verbi iucarnati 
Fruamur cum hoc nantie. 



c) Hymnes des bréviaires de Gompostelle (1497, 1569) et d'Orense 
(1501). 
A vêpres et à laudes (Dreves, XVI, 138). 



Gabriel, fuigidus 
inter consocios, 
Potensque validas 
Ad actus varies, 

Laudetur hodie. 
3. Hune cœli nuntium 
Jesu mysterii, 
Famosum nimiom 
Ghristi collegii 

Reddit credenliœ. 
3. In tôt agminibus 
Cœii spirituum^ 
Iste pr» omnibus 
Ad nimis arduum 

Opus eligitur. 

A matines (Dreves, XVI, 225). 
i. \ilam, quam Lucifer 

Per Ëvam abstulil, 

Gabriel dulcifer 

Per plenam atfulit 

Mari» graliam. 
i, Fortis vocabulOy 

i. Cette hymne est très importante, car elle étend, grâce à la tradition, le 
rôle de S. Gabriel dans l'histoire. Quatre points y sont tixés : Il est le consola- 
teur du Christ au jardin des Oliviers et de la Vierge après la crucifixion ; on 
le nomme un des deux aui parlèrent aux trois Maries lors de leur visite au 
sépulcre et aux apôtres, a TAscension. 



4. Quod ezcellenti» 
Majus indicium 
Quam quod démenti» 
Tant» mysferium 

Isti committitur? 

5. Hujus legatio 
Cum sit, prœ aliis 
Dignus prseconio 
Est et amabilis 

Cum reverentia. 

6. Servet, stabiliat, 
Ab hoste liberet, 
Nos lœtos faciat 
Deoque fœderet 

Gabriel fuigidus. 

Virtute fortior, 
Devlclo zabuio, 
Victoriosior, 
Corona iloridus. 
3. Servet, stabiliat, etc. 



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— 169 



d) Hymnes de sept bréviaires 
A vêpres (Dreves, XVI, 139). 
i. Collandet plebs iîdeliam 
Ex lotis suis viribus 
Gabrielem egregium, 
Begnantem in cœlestlbus. 

2. Danielem hic docait 
Futura mala noscere, 
Zacharise exposait 
Ingentem proiem gignere. 

3 . Sed quia fuit dubius 

El quaerens signum fieri. 
Os sibi clausit, satius 
Usum post ortum pueri. 

A matines (Dreves, XVI, 139) 

1 . Exsnlfet nunc Ecclesia 
Gabrielis archangeli 
Gratis agens solemnia, 
Nihii admittens scaodali. 

2 . Hic est legatus nobilis, 
Gujus sancta legatio 
Mortis interminabilis 
Nobis fuit evasio. 

3. Hic forliludo dicitur, 
Qui (ortiorem nuntiat 
Mari», per quem vineitur 

A laudes (Dreves, XVI, 140). 

1 . Cœtus gaudet cselestium 
Gabrielis consorlio, 
Plaudat et plebs fîdeliam 
Adsitque jubiiatio. 

2. Ipsum decet solemnitas, 
Honor, laus et obsequiam, 
Per quem nostra calamitae 
Celsum capit imperium. 

3. Hoc nunciante, regia 
VIrgo coDcepit filium, 
Quo infernomm furia 
Grande soffert exitinm. 

4. Sancti sanctorum unciio 
Verbis istius noscitur, 
Jérusalem subverslo 

Et reduclus proponitur. 

5. Anticbristum non tacuit 



espagnols^ jlv« et xvi® s. 

4. Post hsec salutat dulciler 
Ex parte Dei virginem, 
Qase sibi credens pleniter 
El concepit et hominem. 

5. Qui clauso matris utero 
NatuSy passas, pestiferum 
Orcum privavit, Gerbero 
Fosse tollens damniferura. 

6 . Laus Deo sit et gloria 
Pro Gabriele angelo, 
Gujus dulcis memoria 
Exaltetur in gloria. 

Satan, quem Orcus cruciat. 

4. Omnino iste iaudibus 
Dignus est et lœtitia, 
Qui tanta de cœlestlbus 
Nobis fert bénéficia. 

5. Ergo laudemus propere 
Hune, qui est cœli spéculum, 
Gorde^ voce et opère, 
Aspernantes hoc sieculunu 

6. Laus Deo, etc. 



His venturum, qui omnia 
Vastabit, sicut paluit 
Ex hujus eloqaentia. 

6. Laudandus est hic nuntius, 
Per quem nostra salvaiio 
Garnem sumit clementius 
Sacri alvl paiatio. 

7. Liaudemus ergo dignius 
Hune legatum, ut audiat 
Nostras preces attentius 
Et intentes nos laciat. 

8. Manns vacent justitia 
Ad laudem tanti nuntii, 
Pedes reganlur sobrie, 
Sensus sit culp» nescius. 

9 . Laus DeO| etc. 



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- 170 — 



e) Hymnes du bréviaire de Zamora, xvi^ 5 
A matines (Brèves, XVI, 141) . 

1 . Hac noctis hora» Gibriel, 
Qua pangis altis gloriam 
Pacem boDisque Duntias, 
Te nos canamua^ inclite. 

2. TaDaniell mystica 
Arcana pandis plorimay 
Falura qaœ slnt posleris, 
Hebdomadis hœe compulans, 

3. Tu Zacharise nontias 
Hune nascilurum filium, 
Magnum Johannem, lucifer 
Qui Chrisli foret prsevius. 

A laudes (Dreves, XVI, 14i). 



4. Ad virginem tu roissus es, 
Dicturus alla mystica, 
Gnatum Dei qu» gigneret, 
Mansura semper intégra. 

5. Joseph volent! linqnere 
Sanctam suamque conjugem 
Apparuisti, proferens, 
Plenam fuisse FI aminé *. 

6. Summo Deo sit gloria, 
Quem laudat omnis angélus, 
Ter sancfus est hune clamilans. 
Qui trinus est et unicus. 



i 



Gabriel archangele, 
Archangelorum maxime, 
Gœlestis aulae nunlle, 
Princeps poli fortissimo. 

2. Pasloribus lu gaudium 
Annuntias quam maximum : 
Est natus infans Belhlehem, 
Salvator» inquis, omnium ^ 

3. "Qui semper adstans es Deo, 

f) Bréviaire de Grasse, imprimé en 1528, 
A vêpres (Dreves, XIX, 140). 

1 . Sancta maler Ecclesia, 
Tam militans quam triumphans, 
Gabrielis prseconia 
Est hodie solemnizans. 

2. Sacratumque collegium 
Angelum hune veneratur 
Spirituum cœtestium, 
Cum ibidem laureatur. 

3. Dum Gabriel prœconizat, 
Verbum Dei concipitur, 
8ynagoga jam déclinât 
Et lex nova tune nascitur. 

4. Virgo sacra cerlis horis 
Cum Gabriele loquitur 



Nostri memor slSi'qusesumus ; 
Pro plèbe Christo suppHca, 
Qu» te vocal cum laudibus. 
Da robur in cerlamine, 
Vincamus hostes Tartari 
Et carnis oblectamina 
Mundique cnncta prospéra. 
Summo Deo, etc. 



Fitque mater Salvatoris 
Nec virginltas perdilur. 
Gabriel gratissime, 
Cum virgine lune conferens, 
Nunc desolatis maxlmo 
Adsis grate subvenions. 
Ora nnne pro Eeclesia» 
Repleta mullis ilelibus, 
Verns pastor dominla 
Teneat luis precibus. 
7. SU laus, honor eC glorîa 
Trinilati déifie», 
Qu» angelos in patria 
Exallavit roirifice. 



6 



i. Sur ce point, l'hyrane du xvi« siècle concorde avec la sculpture poitevine 
du xii«. 

2. Aulre fait traditionnel ; l'ange Gabriel apparaît k S. Joseph pour mettre 
fin à ses doutes. 



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- 171 - 



A laudes (Drevos, XIX, 141). 

1. Tibi, Christe, splendorPatris, 
Vila, vlrtos eordiam, 

In coDspectu aDgeloram 
Yolis, voce psallimas, 
Eternantes concrepando 
Melos damus voeibus. 

2 . Zachariœ jam (arbalo 

Arehangelus loquitur, 
Ne timeas, inquit ei, 

Datur tibi filias, 
In cujos nativitato 

Fit gaudiiim gentibns. 

3. Yocabitar hic Johannes 

Propbela Allissimiy 
Ex ulero su» roatris 

g) Les trois hymnes suivantes 
allemands du xy« siècle. 
A matines (Dreves, IV, 140). 

4. In Gabrielis ordlne 
iEterna lucet daritas, 
Ardet amoris lumlne 
Seraphica limpiditas. 

2. Tbroni, Yirtotes, Seraphim, 
Potestates, Archangeli, 
Dominationes, Cberubiro, 
Principatus et Angeli. 

3. Hi spirilus angelici 
Assistant Deo jugiter 
Ei Trinitati simplici 
Sanctus proclamant dnlcUer. 

4. Ex quorum cœtu mittitur 
Nostr» salutis bajulus, 

A laudes (Dreves. IV, lii). 
i. In hierarchia cœHca 

Mirus fulget hierarchlcus, 
Sécréta riroans deica, 
Dax angelorum unicus. 



Sanctns erit certius 
Filque pater totus Isétus 
Gabrielis vocibos* 

4. angele venerande, 

Pastorem Ecclesias i 
Fac Isetari et gaudere 

Nec formident filii 
Redire ad pium patrem. 

Sic non erunt devii. 

5. Gloriam Patri melodis 

Personemus voeibus, 
Gloriam Christo canamus, 

Gloriam Paraclilo» 
Qui Irinus Deus et anus 

Exstat ante sacula. 

ont été copiées sur trois manuscrits 



Hic Gabriel qui dicitur 
Magoi consîlii aogelus. 

5. Ab arce inissus cœlilus 
DIvinam per indaginem, 
Virtute fatur Spiritus 
Sanctam repleri virginem. 

6. Déclarât hoc mysterium 
Gabriel sanctse virgini, 

Qii» clamât, pandens gaudlum : 
Bcce ancilla Doroini. 

7. stgnifer angelice, 

Qui donas mundo gaudia, 
Tuis prœsenta cselice 
iEterna f rui gloria. 

2. Ardens amore nimio 
Divine dictus Seraphim, 
Plenus Dei mysterio, 
Digne vocatur Gherubira. 



1. L'iovocation pour le vertts pasior, dans l'hymne do vêpres et ici pour le 
Ptutor EcclesisBy permet de supposer que ces hymnes sont plus anciennes que 
Je XVI* siècle, époque seulement de leur impression. La composition doit re- 
monter au grand schisme d'Occident. 



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172 — 



3. Yirtus de coelo prodiit 

Per buDC virtutum cumuloro, 
C»lum cœcis aperalt 
Nobifl Deus per angelum. 

4. Potettas ejus ceraitur 
Cum volât mUsus sabito 
Et caro Chrisli gignitur 

A vêpres (Brèves, IV, i42), 
i . Lux cœlonim, 
Angeloram, 
Decus décantât veniens 
De Maria 
Melodia : 
Verbum supernum prodiens. 

2. Ave slella, 
Del cella, 

I^avigantis in aequora, 

Boris plena 

Vit» vena. 
Illumina nunc pectora, 

3 . Devotorum 
Angelorum, 

Precibus fusis bodie, 
Vota sume, 
rex summe, 



Ex ejus verbo credito. 

5. Thronorum robur Gabriel 
Ignnram captât virginem 
GoDcipere Emanael, 
Trinitatis imaginem. 

6. signifer angeiice, eto. 



4. Tu de cœlis 
Gabrielis 

Voce venisti angeli^ 

Nos défendes, 

Cum descendes, 
Jesuy salvator sœculL 

5. Jesum natum 
Per affatum 

Gabrielis prafulgidi, 

Confitemur 

Et scutemur 
Hostis a telo perfidi, 

6. Cum beatis 
Nobis datis 

Sanctorum sertis numerum, 

Yifam donet, 

Nos coronet 
Conditor aime sidei'um. 



Te deprecamur kagie, 

h) Antiphonaire de Bobbio, xiir s. (Dreves, XX, 171). 

i . Missus bajulus Gabriel Verbi fidelis 
Cœli salutat Mariam sacris loquelis. 

2. Ave, inqnit angélus, carens omni labe, 
Verbum bonum nuntians pandit et suave, 
Plena grati», veniet Ghristus de cœlis 
In te habitans, crede (u meis loquells. 

3 • Tune Maria respondit angelo dicenti : 
Qualiter istud erit mihi asserenti, 
Tgnorans virura, tu dicis : Natum habebis, 
Quse devota sum Domino atque fidelis. 

4. Marisa tune aiigelus : Noii trepidare, 
Descendet Paraclitus tecum habitare. 
Ex te nascetur Filius Dei de cœlis, 
Jésus dicetur, crede jam meis loquells. 

5. Ecce, ait angelo respondens Maria, 
Dei esse cupio humilis ancilla, 



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- 173 - 

Sanm Filium Dominus mittat de cœlis 

In ventrem meum, credo jam lois loquelis. 

6. ÀDgelus disparait et statira Marise 
(lieras intumuit, fulgens omnl die, 
Yîrgo peperit Fiiiam Dei de cœlis, 

Yirgo permansit post parlum mater fidelis. 

7. Bia, mater Domini, Deum genuisti, 
Angelis et homini pacem triboisti, 
Roga pro nobis Domioum, Yirgo Odelis, 
Ut nos vivere faciat tecum in cœlis. 

i) Hymne, extraite de vingt-cinq Bréviaires espagnols des xiv*, xv* 
et xvi« siècles (Brèves, XYI, 435). 

i. Gabrielem veneremur, summi régis nunlium, 
Per quem Deas delegavit sacrum ministerium, 
£x virgine incarnatum Jesum suum Filium . 

2. Gabriel) virtus divina, débiles fortifica. 

Ut vincamus inimicum, ipse nos corrobora, 
Ut pecata remiltantur ipse nobis impetra. 

3. Angélus in munduni mlssus ad Mari» thalamum 
Te solum Deus elegit suum secretariam, 
Nostras preces tu prœsenta ante cœli Dominum. 

4. Gloria et honor Dco usquequo altissimo, 
Una Patri Filioque, inclilo ParaclitO; 

Qui lot dona jam donavit Gabriel! archangelo. 

j) Bréviaires de Toulouse, xiv* s.; Romain, xv» s. ; du Puy, xv« s. 
(Dreves,XIX, 140). 

i. Yeneremur Gabrielem, summi Régis nuntinm, 
Per qnem Deus delegavit sacrum ministerium, 
Ex virgine incarnandum Jesum suum Filium. 

2. Paranympbus Dei missus ad Mari» tbalamum, 
Ad hoc Deus te elegit suum secretarium, 

Fidem prsebens vîrgo parens et concepit Dominum. 

3. Gabriel, virlus divina, débiles forlifica, 

Ut vincamus inimicum veni, nos corrobora. 
Ut post morlem conregnemus intra cœli llmina. 

4. Gloria et honor Deo, etc. * 

k) Hymne, dans le bréviaire de Yalence (1489, 1303) et celui de 
l'ordre de la Merci, imprimé à Lyon en 1860 (Dreves, XYI, 136). 
1. Yeneremur inter omnes Gabrielem, hune in mundnm 

Gœlestis exercitus Sœpe missnm cœlitus, 

i. Celle hymne a la plus grande analogie avec la précédente, dont elle 
constitue une variaote. 



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- 474 — 



Mimdo fereos gaudium, 
Utero tuo porlabis 
Saivatorem omnium. 

4. Gabrielis virgo prudens 
Tandem verbis annalt, 
Unde claustro virginali 
Suo Deum genuit 
Atque cœli conditoris 
Dici maler meruit. 

5. Gloriam Patri melodis, etc. 



Nuntium nostrse salulis 
Gollatse divinilus. 
Hanc Deu8 Pater legavit 
Ad Mariam virglnem. 
Ut sibi magni secreti 
Explicaret ordinem, 
In seYerbum incarnandum 
Ad sanaudum hominem. 
. Ergo Gabriel ingressus 
Virginia in thalamum, 
Ave, dixit, o Maria, 

/) Hymne ad vesperas, dana le Breviarium Abulense, imprimé à 
ilamanque, en 1551 (Dreves, XVI, 140). 

1. Summi régis paranymphus per orbem recolitur, 
Qui sublimi ex Olympo ad virginem mittitur, 
Cujus alvo consecrata Verbum caro efiicitur. 

2. Totus fulgens et decorus, exponit mysterium ; 
Expavescit vlrgo sacra, dum audit oraculum, 
Quam archangeli superni confirmât alloquium. 

3. Gloria et honorDeo usquequo allissimo, 
Una Patri Filioque, Paracleto inclito, 

Gui laus est et potestas per immensa ssecula. 



VU. — SÉQUENCE 

Le P. Dreves ne publie qu'une seule séquence de S. Gabriel ; elle 
st dans le Missale UUmjectinum, imprimé à Paris en 1507 et à 
nvers eu 1540, et dans le Missale Sarisbériense, imprimé à Paris 
n 1521 [Dreves, VIII, 131]. 



. Proloquium altum recitemus 
Gabrielis, ut nos incitemus. 
Ad amorem omncs vocitemus. 
Ad bas laudes corda, ora demus. 

. ImperatrIx, cujus imperlo 
Tola gaudet cœleslis concio, 
Tanta laus est tibi In filio 
Quod humana non capit ratio. 

. Benedicta et venerabiils, 
Pia, prudens, décora, nobilis, 
Universls incomparabilis, 
Tibi uunquam fuit consimilis. 



4. Te creavit Pater ingenilus, 
Obumbravit te Unigenltas, 
Fecundavit te Sanctus Spiritus, 
Tu es f acia tota divinitus . 

5. Te creavit Deus mirabilem. 
Te respexit ancillam humilemy 
Te qusesivit sponsam amabilem, 
Tibi fecit nunquam consimllem. 

6. Te beatam laodare cupiunt 
Omnes aancti, sed non sufficiunt, 
Nam tôt laudes tibi conveniunt 
Quod laudanles omnes deQciuDt. 



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- i75 - 

7. Quia tamen caput es virginum Vale dicit regiDse setheris. 

Et laus Bomma non habens ter- Gujns sedes manel in superis. 

[miuum, 9. Vale, sancta sanclorum omniam, 

Angeloram landes et hominum Laus et houor, decus fide" — 

Promereris, prima postDominum. Aula Christi, domus, pa 

8. Cum humant sisteret generis Deltatis recliuatorium. 
Loqui prseco, dignior cseteris. 



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s. GRÉGOIRE LE GRAND 



Quatre fois déjà, j'ai appelé l'attention sur ce pape, à propos de 
Y Autel Grégorien (Œuvres, IV, 189), des SlaUons (VI. 76), de la 
Messe de S, Grégoire (VI, 235) et du Reliquaire de Ste-Croix de 
Jérusalem (II, 342). Ici je vais traiter en particulier de quelques 
détails historiques et archéologiques qui le concernent. 

I. ~ Sainte Sylvie *. 

1. Ste Sylvie fut la mère de S. Grégoire, qu'elle mit au inonde, 
suivant la tradition, là où est actuellement l'église de la Divina 
Pietà. 

2. Sa fête se célèbre à S.-6régoire, le 8 novembre, quoique Piazza 
l'assigne au 3, avec le Martyrologe romain. 

3. Gibelli dit que « partie du chef est conservée à S.-6régoire » : 
on l'expose, à son autel, à S.-6régoire, dans un reliquaire donné 
par Grégoire XVI. Il y a de ses reliques à Ste-Marie in Campitelliei 
de ses ossements à l'Ariccia. Piazza indique d'autres reliques à San- 
Stefano del Cacco et le corps, à St-Grégoire-sur-le-Cœlius (p. 660). 

&. Il ajoute, d'après un manuscrit de la Vallicellana^ que, pendant 
son veuvage, elle habita l'Aventin, à l'endroit où s'élève l'église de 
St-Saba^. « Beata Silvia maaebat tune prope portam B. Pauli, in loco 
qui dicitur Cella nova, » Au-dessus de la porte d'entrée de l'ancienne 
abbaye, on lit cette inscription commémorative, gravée sur deux 
lignes : 

EGCLESIA s. s. ^ SABAE ET ANOREAE APVO GBLLAM NOVAM VBl PRIVS 

1. Dans la Revue de Varl chrétien^ 1895, pp. 302-303. 

2. La porte de Sainl-Saba étant presque constamment fermée, un étranger 
désappointé y a écrit ce distique : 

« Quare extraneis ad montem errantibus uUa 
Porta patet, lenuit Silvia ubi hospitium? » 

3. Sanctorum, 



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- 177 — 

ET DEINDE ORATORIVM S. SILVIAE UATRIS S. GREGORII PP. 
EX QVA DOHO QVOTIDIB PIA MATER HITTEBAT AD CLIVVM SGAVRI 
FIL10 SGVTELLAtf LEGVMINVM *■ 

Cette écuelle d*argent est devenue célèbre par le 
S. Grégoire à uq pauvre, au rapport de Jacques de } 

Qaadam vice, dum quodam in monasterio bqo, abi a 
scriptitaret, angeius Domini ia specie naufragi sibl affiiit c 
lacrymabiliter postulavit.. . Qui cum ab eodetn tolidem 
pisset, iteraoi vice tertia reversus, misereri sibl importi 
postulabat ; sed Gregorius , cum a procaratore sui mena 
nihil dandam prœter scutellam argenteani qiiam mater sm 
bus miltere solebat, in monasterio remansisse, illam statii 
quam libenter accipiens laBtus abscessit. Hic autem ange! 
sicut seipsum postmodum révéla vit {Leg. aur., édit. Grsesi 

5. L'église de Sainle-Sylvie-sur-rAventin n'existe j 
tion de la porte de S. Saba l'appelle oi-alorium 3. Tel 
convient à Téditice élevé sur le Cœlius, en 1604, par 
roniOy qui, dans une longue inscription, rappelle sa 
sainteté, son image commandée par S. Grégoire aprè 
église de TÂveutin tombée en ruines, et la restitutio 
au CœliuS; où le cardinal plaça sa statue dans Ton 
construire, eu consacra Fautel avec ses reliques et 
ment Tlil une indulgence plénière pour la fête du 5 
même cardinal avait légué une rente de 25 barils d'huil 
lampe brûlât continuellement devant cette statue. 

SAGRAE UEMORIAE SANGTAE SILVIAE 
RESTITVTAE 
S. SILVIA S. GREGORir MAGfU ROM. PONT. ^ 
MATER EGREGIA CLARVIT SANGTITATE NAM 
ADHVC VIVENTEM OB ElVS INSIGNIA VITAE 
MERITA BEATAM ANGELVS PKAEDICAVIT 
POST OBITVM VBRO IDEM S. GREGORIVS 

i. Ces legumina étaient, paraU-il« des lentilles. 

2. Le monastère de Saint- André-au-Cœlius. 

3. « Ste-Silvie. C'est une des trois petites églises, prés S. Gvi 
Scauro, réédifîée par le célèbre cardinal Baronio. L'ancienne 
TAventin, près du lieu devenu illustre par le monastère < 
(Armellini, p. 615.) 

4. Romani pontijîcis . 

T. XII 



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- 178 — 

PERPETVAE KIVS MRMORIAE SAGRAM 
IMAGINEM DEDICAVIT. CVIVS ET NOMEN 
SEMPER SANCTITATIS TITYLO INSIGNITVM 
PVBLIGIS MONVMENTIS EST AD POSTEROS 
PROPAGATVM BT SACRAE RELIQVIAE CVLTAE 
EIVS QVOQVB NOMINE BGGLESIA APVD 
S. SABAM IN LOGO CELLANOVA DIGTO 
IN VRBE ANTIQVITVS STRVGTA CVLTV 
SANGTIS DEBITO FREQVENTATA EST 
QVAM INIVRIA TEMPORVM DIRVTAM 
ET OBLIVIONE SEPVLTAM ITA lAGERE 
INDIGNVH PIETATB CHRISTIANA RATVS 
GAESAR BARONIVS TlTVLl SS. NEREI ET 
AGHILLEI PRESBTTER S. R. E. * GARDINALIS 
HIG OPPORTVNIVS IN SAGRIS FI LU AEDIBVS 
RESTITVBNDAM CVRAVIT. VBI ET EIVS 
STATVAM ANTIQVO DBGORAM SGHEMATE 
GOLLOGAVIT ET ALTARE REL1QVIIS IPSIVS 
IN EO CONDITIS CONSEGRAVIT DIE V 
NOVEUBRIS QVA ET EIVS MEMORIA 
ANMVERSARIA SOLEMNITER GELEBRATVR 
PLENARIA GONCESSA EA DIE LOGVM 
VISITANTIBVS INDVLGENTIA ANNO 
SALVTIS MDCIIII. D. N. 3 GLEMENTIS 
PAPAE VIll ANNO XIII 

Le cardinal Borghèse, en 1609, décora roraloire de peintures mu- 
rales et d'un plafond à caissons, en chêne sculpté, avec ses armes au 
milieu {Œuvres, t. III, p. 373, n^ 235), ainsi que Taltesle cette épi- 
graphe plaquée au-dessus de la porte : 

SCIPIO . TlT.^S. GHRYSOGONl . S . R . E . PRESB . GARD . BVRGHESIYS 
M0NA8TERU . GOMMENDATARIVS . ORATORIVM . S . 
SILVIAE . A . GAESARE S . R. E . GARD . BARONIO . BXTRVCTVM 
LAQVEARl . AC . PIGTVRIS . ADDITIS . GONSVMMAVlT . A . * MDWX 

i. Sanclœ Romanse Ecclesise, 

2. Domini Noslri, 

3. Tituli. 
*. Anno, 



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— i79 - 

6. Le P. Cahier, dans ses Caractérisciques des saintSy signale seu- 
lement ce fait que Ste Sylvie est patronne de Païenne ^, mais se 
tait complètement sur son iconographie, qui, à Rome , se réduit à 
trois attributs : le livre, la palme et la vieillesse. 

Les monuments qui la réprésentent sont peu nombreux. 

Une ancienne image, peut-être celle que lit peindre S. Grégoire, 
ne nous est plus connue que par le tableau d'Angelo Rocca , qui en 
est la copie et la gravure qui, par ses soins, le reproduisît au 
XVI' siècle. Ste Sylvie est coiffée d'une espèce de turban blanc et 
vôtue d'une robe blanche, le blanc étant la couleur des veuves et 
des personnes vouées à Dieu; sur son livre ouvert est écrit : Vivit 
anima mea et laudabit te, etc. 

Sur une fresque du iiv® siècle, à S. Saba, elle tient une palme, 
quoiqu'elle ne soit pas martyre. Peut-être est-ce par allusion à ce 
texte : « Justus ut palma florebit, sicut cedrus Libani multiplica- 
bitur », car elle a fleuri et produit un fruit agréable à Dieu. 

En 1469, fut sculpté le maitre-autel de S.-Grégoire au Cœlius. 
Parmi les statuettes qui le décorent est celle de Ste Sylvie, les pieds 
chaussés de sandales et tenant en main le livre de la méditation et de 
la prière. 

En 1604, le cardinal Baronio , abbé commendataire ^ de S.-Gré- 

1. « s. Silvia, matrona nobilissitna, Siciliana.. ., di alto lignaggîo in Sicilia, 
vcnerandola la città di Messina come sua conciltadina e di dote cosi facoltosa 
che di essa Tistesso S. Gregorio ne fondo in quel regno sei monasteri di mo- 
naci vicino a Messina e Palermo, che il Gallonio stinia fossoro deirordine di 
S. Basilîo... Ne paô negarsi che non dia gran credito alla prctensione dicosl 
eccellente prerogativa solamente l'antica dcvozione de' Mossinesi, nella cui 
insigne città vogliano essor* ella nala ed educata, di che ne fanno ampia testi- 
monianza il tempio, gli altari, gli oratori e le imagini ad essaper molti secoli 
dedicati... Soggiunge il sudetto prelato (Vincenao l^nincontro, vescovo di Âgri- 
gento) in prova che la santa matrona fosse Siciliana o cittadina Messinese, 
non solamente gl'onori anniversari che si danno alla santa con una solennis- 
sima processione, che si célébra con Tintervento del clero e del senato, magis- 
trali e tutta la citià di Messina nel giorno istesso di S. Gregorio, li 12 marzo, 
per unire il culto del iigUuolo e dolla madré, i (Piazza^ Emerologio di Roma, 
pp. 660-661.) 

2. La commende n*est pas condamnable, quand elle sert à faire le bien. On 
a sur ce sujet : VAbbé commendataire où l'injustice des Commendes est cofi- 
damnée par la ioy de Dieu , par les décrets des papes et par les ordonnances , 
pragmatiques et concordats des rois de France^ pour les défendre contre la ca- 
lomnie de ceux qui en prétendent authoriser cet abus , par Des Bois Franc. 
Cologne, Nie, Schouten, 1673-1674, 2 part, en 1 vol. in-12. Rare. La première 
parUe est de dom Delfau, bénédictin de Saint-Maur, à qui cet ouvrage valut 
d*ètre exilé dans la Basse-Bretagne, où il mourut. La seconde est de dom Ger- 



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— 180 — 

goire, fit sculpter sa statue par le célèbre Nicolas Cordier. L'autel 
venait d*ê(re consacré par lui, comnoe il est inscrit sur sa table : 

SâGRIS . RITIBVS . DEO . CONSECRATVM . IN . MEMORIAM. S . 81LVI AK . MATBIS 
S . GREGORII . PP . 

Au-dessous de la statue, érigée sur Tautel, il mit cette dédicace : 

S . SILVIAE . s . GRBGORU . MAGNl . PP . MATRl 
GARS . BAR . * S . R . B . PRESB . GARD . P < 

Le livre de Ste Sylvie porte le texte que choisit lui-même S. Gré* 
g^ire et qui est emprunté au psaume 118, verset 175 : 



PSAL 3 


GXVIII 


VIVIT * 


ET IVDl 


ANIMA 


CIA TVA 


MEA ET 


ADIVVA 


LAVDA 


BVNT 


BIT TE 


ME 



II. — La grosse ^. 

Les archéologues doivent se prémunir contre deux écueils aux- 
quels ils sont fréquemment exposés : d^une part, ils sont portés à 

beron. L^ouvrage fît beaucoup de bruit et donna lieu à divers écrits fort inté- 
ressants. 

1. Le cardinal Baronio fit inhumer sa tante à St-Grégoire, avec cette épi- 
taphe : 

MARTIAB BAR02IIAB 

VIDVAB . EBUGlOSIfS . 

AMITAB . 8VAB 

CAB8 . BARONIVS 

PRB8B • GARD . P08VIT 

VIXIT . ANN . LZXXVII 

OB'IT . KAL . DECKMB . 

A1«N0 DOM . M . DC . V • 

MARTIA . QVAB . DICOR . TRIS . B0STB8 • VNA • SVBBGI 

NON . CDU . VT . PETBRBM . PBABMIA . TBRNA . ABU 

2. PfisuU. 
9. Psalmus, 

4. Sic, au lieu do vivet, que porte la Vulgate. 

5. Le symbolisme du bélier sur les crosses d'ivoire au moyen âge. Lille, Des- 
clée, 18S3, in-4* de 23 pag., avec 2 vignettes. Tir. à part à 100 ex. Extr. de 



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— 181 - 

trop vieillir les monuments; de Tautre, ils leur attribuent parfois 
un sens et une signification qu'ils n'avaient certainement pas dans 
l'origine. 

La vraie science procède par voie de chronologie et de compa- 
raison, c'est-à-dire que Ton va, comme en mathématiques, du connu 
à Tinconnu : ce que Ton sait suffit à éclairer les doutes qui peuvent 
s*élever, à fixer les incertitudes et à combattre Tignorance. Partant 
d*un principe sûr, qui est une date démontrée et incontestée, on 
peut échelonner ainsi de distance en distance des points de repère, 
jalons qui guident avec autorité pour la route à parcourir. C'est 
alors. que la méthode comparative intervient pour préciser rigou- 
reusement ce que Pou veut connaître, et le monument que Ton 
compare à ceux que l'on a déjà sous les yeux se place ou à côté de 
ceux ci, s'il est de même date, ou dans Tintervalle qui les sépare, 
si l'époque de confection ne peut être déterminée avec une préci- 
sion absolue. 

Il y a autre chose à faire que de dater un monument ou un objet 
antique : il faut savoir aussi s'il doit être interprété symboliquement 
ou non, et quel est le sens caché, généralement incompris de nos 
jours, qu'il présentera aux hommes studieux. 

Le symbolisme est à l'art chrétien du moyen âge ce que l'imagi- 
nation est à la raison^ la poésie à la prose, la fiction à la réalité, 
l'éloquence au discours^ l'émail au métal. Par d'ingénieux aperçus, 



la Rev, de Vavl chrél. Comptes rendus : par Dom Piolin, dans le Monde du 
9 août 18S3 : « Parmi ces mémoires, nous distinguons celui de Mgr Barbier de 
Montault » et par Léon Palustre, dans le Bulletin monumental, 1884, t. IV, 
p. 172 : « L'auteur commence d'abord par étudier la crosse de l'église S.-Gré- 
goire, à Rome; il conteste son attribution au vi® siècle et ne pense pas devoir 
la faire remonter au-delà du xi*. Puis il examine quatre autres monuments à 
peu près semblables, qui se trouvent, Tun & Bâlo, l'autre à Côme, les deux 
derniers dans la collection Basilewski, à Paris. Tousse font remarquer par la 
représentation d'un bélier, enserré dans la volute du bâton pastoral. Avec 
toute la science et tous les développements que les lecteurs du Bulletin con- 
naissent bien, Mgr Barbier de Montault explique la signification d'un tel 
animal à cette place. 11 montre le bélier personnifiant tantôt Jésus-Christ, 
vrai gardien des âmes, chef du troupeau qu'il a racheté par son sang et au- 
quel il donne encore chaque jour sa nourriture; tantôt l'apôtre, à qui une 
portion de la bergerie a été confiée et qui est devenu lui-ménie chef d'un 
troupeau particulier; tantôt enfin les évoques, successeurs des apôtres, dans 
leur mission et continuateurs de l'œuvre du Christ Quand ces derniers ont à 
la main le bâton pastoral, ils doivent considérer dans le bélier, sculpté à la 
hauteur de leurs yeux, le modèle accompli.de leur devoir et de leur charge ». 



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— 182 ^ 

il récrée l'esprit, et s'étudie à captiver Tattention par de fines allu- 
sions; il se cache pour mieux paraître et se voile pour se faire cher- 
cher^ Il donne à la pensée de l'artiste de l'animation et de la vie, 
parvient même à idéaliser la matière. Sa langue est mystérieuse, 
parce qu'elle est toute de convention et les initiés peuvent seuls la 
comprendre. 

Quelquefois des inscriptions traduisent aux yeux oe qu'il importe 
de savoir et empêchent ainsi l'esprit de divaguer dans ses redierches. 
Mais, la plupart du temps, Vœuvre est muette et les signes conven- 
tionnels parlent seuls. C'est alors que natt l'embarras et plus d'un 
auteur a fait fausse route, en s^écoutant trop soi-même. 

Le moyen âge seul peut expliquer ses propres œuvres, parce qu'il 
les a conçues avec des idées qui ne sont pas les nôtres, sous l'in- 
fluence d'une éducation religieuse toute différente de Finstructioii 
moderne. C'est donc aux auteurs de l'époque qu'il faut s'adresser 
pour saisir le sens symbolique qui nous échappe et demander la 
raison de mille combinaisons qui nous étonnent. 

Personne actuellement ne nie plus l'existence du symbolisme, 
qui est un fait acquis à la science archéologique. Hais où les diver- 
gences d'opinions commencent, c'est lorsqu'il s'agit d'appliquer 
aux œuvres d'art les théories puisées aux sources authentiques, car 
le symbolisme varie suivant les temps, les contrées, les auteurs; 
uniforme dans l'ensemble et pour le fond, il admet néanmoins âli 
détail^ non des contradictions, mais des variantes importantes. 

Les artistes d'autrefois ont accepté, en général, le symbolisme, 
mais ce serait certainement errer qu'affirmer que tous en ont fait 
usage, même dans leurs œuvres les plus soignées; beaucoup, c'est 
un fait évident, n'ont nullement eu cette préoccupation, et, soit 
système, soit impuissance, ils ont négligé un des moyens les plus 
propres à élever l'art dans des régions inaccessibles aux intelli- 
gences vulgaires. 

Les esprits les mieux préparés aux études symboliques, ce sont as- 
surément les moines, dont la vie retirée et contemplative ne prend 
des choses de la terre que juste ce qu'il faut pour s'élever à Dieu. 
Aussi c'est surtout dans les cloîtres que s'est trouvée cette plialange 
d'élite, qui compte parmi ses plus valeureux adeptes Hugues de 
Saint- Victor, saint Bernard et saint Thomas d'Aquin. 



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r- 183 -r- 

L J*avai8 besoin de cet exposé de principes, qui me met mainte- 
nant parfaitement à Taise, avant de discuter Tàge et le symbolisme 
d'une crosse fort intéressante et dont il a été trop peu parlé jusqu'à 
ce jour, car elle avait sa place marquée dans les savantes mono- 
graphies publiées à différentes époques par le R. P. Martin, le cha- 
noine Barraud ^ et le comte de Bastard >. 

La crosse, dite de S. Grégoire le Grand, que l'on conserve à 
Rome dans l'église dédiée sur le Gœlius au saint Docteur, a attiré 
l'attention de deux archéologues, dont je vais reproduire les notes 
beaucoup trop sommaires. Je commence par le comte de St-Lau- 
i-ent : 

La lutte entre le serpeal et la croix est devenue an des cycles de Fart 
ehrélieo exploité principalement pour Tornement d'un grand nombre de 
crosses sculptées. Il est de ces monuments où il n'y a de représenté que 
la croix et le serpent ou le dragon, le dragon n*étant que le serpent avec 
des attributs d'orgueil et de force ; il y en h aussi oà FAgoeau divin prend 
lui-même part au combat en élevant la croix comme un étendard, contre 
lequel Tennemi déploie sa rage impuissante. Le point de contact entre ces 
représentations et le crucIGx devient alors plus sensible, et nous aurions 
été autorisé à les faire figurer parmi les monuments où l'association de 
l'Agneau et de la croix prélude à la pleine impatronisaUon du crucifix, s'il 
était vrai que la crosse en ivoire, conservée dans le monastère de St-Gré- 
goire sur le mont Cœlio, à Rome, ait réellement appartenu au grand pape 
de ce nom. Quoi qu'il en soit de son degré d'antiquité, cette crosse est un 
spécimen des plus anciens et des plus remarquables du genre. Il est propre 
à éclairer la question qui nous occupe et les abonnés des Annales sauront 
gré à M. E. Didron d'avoir tiré de ses cartons le dessin qu'il avait préparé 
pour le faire graver à leur profit (Annal, archéoL, tome XXVI, p. 222.) 

M. de St-Laurent a parfaitement raison d'émettre un doute au 
sujet de Tattribution de cette crosse à saint Grégoire le Grand, 
quoique à Rome on en juge ainsi. Voici ce qu'il ajoute comme jus- 
tification de sa pensée : 

Si cette crosse avait servi à saint Grégoire le Grand, il faudrait que ce 

1. Le Bâton pastoral, étude archéologique par Tabbé Barraud et Artb. 
Martin» extrait du tome IV des Mélanges d* archéologie, d'histoire el de litté' 
t*alure. 

2. Rapport fait à la section d archéologie, le 28 juillet 1856, par M. le 
comte Auguste de Rastard, membre du Comité, sur une crosse du XU* siècle, 
trouvée dans l'église de Tiron, arrondissement de Nogent-le-Rotrou» publié 
dans le Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, 
1800, tome IV, pages 401 et suiv. 



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- 18i ~ 

fût avant d*ê(r« pape, car H ne paraît pas que les papes se soient Jamais 
servis de crosse, leur bâton ôpiscopal étant la férule, sorte de croix <• 

Cependant le Père Arthur Martin a fait observer qu'il a trouvé, dans un 
manuscrit du xui* siècle, appartenant au duc d'Arembcrg, S. Léon et S. 
Grégoire, chacun avec une crosse [Mélanges d'avch,, t. IV, p. 169); mais 
il n*y voit qu'un effet de Tignorauce de Tenlumineur. D'un auf re cô(é, on 
ne concevrait guère que, simple abbé de son monastère, S. Grégoire se fût 
servi d'un insigne d'autant de prix. Aucune des crosses publiées par le 
P. Martin et représentant l'agneau, la croix et le dragon, ne paraît re- 
monter plus haut que le xi^ siècle. Il n'est pas hors de vraisemblance, 
comme le fait remarquer l'auteur, que, sur certaines crosses pastorales, la 
représentation du serpent, procédant de la verge d'Aaron changée en ser- 
pent, ait précédé celle de la lutte entre la croix et le serpent (Annales 
orcA., tome XXVI, p. 223.) 

Ces observations sont fort judicieuses; mais comme elles man- 
quent de fermeté, elles peuvent fort bien laisser planer quelque 
doute dans Tcsprit du lecteur. Il est bien certain que les papes n'ont 
pas fait usage de la crosse (j'en dirai plus loin la raison) et qu'ils 
emploient à sa place, en certaines circonstances, l'instrument nommé 
férule ^. De ce qu'un peintre ait, au xni^ siècle, mis la crosse entre 
les mains de deux papes, il ne s'ensuit nullement que ce soit un in - 
signe pontifical, car ce fait insolite, qui ne peut être attribué qu'à 
l'ignorance de l'artiste, est combattu victorieusement par une foule 
d'autres monuments d'une bien plus haute portée. S. Grégoire ne 
s'en est pas servi davantage comme abbé, puisque les abbés eurent 
le tau pour insigne jusque vers le xm« siècle; mais je n'admets pas 
cette raison, que c'était à cause de son prix^ l'ivoire n'étant pas de 



1. Ailleurs M. de St-Laurcnt qualifie» «c la férule apostolique, sorte de croix 
stationale que portaient les papos ». {Annal, ûrch,^ tom. XXIII, p. 266.) Ceci 
n'est pas exact, caries croix stationales n'ont pas de hampe, comme le mon- 
trent celles conservées dans la basilique de Latran. De plus, elles se portaient 
en tôte du clergé à la procession aux seuls jours des stations et, pendant la 
messe, se plaçaient sur l'autel. Il n'y a donc aucun rapport, ni comme forme, 
ni comme usage, entre la férule et la croix stationale. 

2. Cl C'est une tradition constante dans l'Église Romaine, que les succes- 
seurs de S. Pierre n'ont jamais porté la crosse, et l'histoire nous montre seu- 
lement qu'ils se sont longtemps servis de la férule, bâton plus ou moins long, 
mais toujours droit comme un sceptre. » Cette citation est de M. Barraud et 
je l'extrais de la monographie déjà citée. L'érudit chanoine aurait dû ajouter, 
pour ôtre plus précis, que la férule sert encore de nos jours et que son bâton 
a toujours eu les mêmes dimeusions que celui des crosses, puisque le pape, 
en le tenant à la main, ne l'élévc pas, mais l'appuie à terre (Œuvrer complètest 
III, 508, au mot Férule.) 



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— 185 — 

sa nature une matière riche et précieuse. La comparaison de celte 
crosse avec bon nombre de celles données par le P. Martin mettait 
directement sur la voie de la date vraie, qui est le xi^ siècle environ. 
M. Edouard Didron a trouvé aussi à redire à la note de son colla- 
borateur H. de St-Laurent. Il s'exprime en ces termes, qu*à mon tour 
je me permettrai de contredire : 

Les papes ne portent-ils pas la crosse dans certaines circonstaDces, ainsi 
quand ils consacrent des évoques? Notre honorable et savant collabora- 
teur nous permettra de ne pas être de son avis ; une crosse en ivoire» 
comme celle que nous publions, est la crosse la moins riche et la plus 
simple que Ton puisse trouver; elle ne peut être comparée sous ce rap- 
port aux crosses émaillées et couvertes de pierreries, vraiment épisco- 
pales, que le moyen-âge nous a léguées en si grand nombre; on peut donc 
l'accepter pour un simple bâton abbatial de la famille des tans (Amtoi. 
archéoL, tome XXYl, p. 223). 

Pour enlever toute hésitation, je répondrai à cela : les papes ne 
portent pas la crosse aux consécrations d'évéques; celle-ci n*est 
point un bâton abbatial, ce qui laisserait soupçonner qu'on peut 
Tattribuer à Tabbatiat de S. Grégoire, et enfin sa terminaison en 
volute Fempéche de la classer dans la famille des laus^ parce qu'elle 
n'a, ni de près, ni de loin, la forme traditionnelle du tau abbatial, 
qui est la potence double. 

J'ai fait ces deux citations, sous toute réserve cependant, pour 
montrer l'état actuel de la question en France au point de vue ar- 
chéologique. Pour être complet, je dois ajouter qu'une très belle gra- 
vure de la crosse a été publiée dans les Annales archéologiques 
(tome XXVI, page 223) pour accompagner un article de H. de Saint- 
Laurent, consacré à l'Iconographie de la croix et du crucifix. En 
1854, j'avais signalé cette crosse au directeur des Annales, qui s'em- 
pressa de la faire dessiner par son neveu, de la grandeur de l'original 
et avec tout le soin que des archéologues aussi judicieux savent ap- 
porter à de tels travaux. M. Adolphe Yarin a traduit ce dessin en 
une gravure excellente, habilement burinée, mais qui a un défaut 
grave, celui de laisser croire, au moyen d'un fond noir, que la volute 
est opaque, tandis qu'elle est découpée à jour. La planche que je 
donne ici réduite est une reproduction exacte, moins celte incorrec- 
tion , de la gravure des Annales. Je remercie volontiers M. Didron 
qui m'a permis d'en illustrer ma dissertation. En effet, pour bien 



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— 186 — 

juger uo moDument^ il faut, sinon Ta voir sous les yeui, au moins 
en posséder une image fidèle. 

]{. Je sais bien que je m'aventure sur un terrain épineux , car 1& 
question n'est pas seulement archéologique. Elle a aussi son côté 
hagiographique» que je tiendrais pourtant à respecter; il m*en coûte 
réellement de contester une authenticité admise à Rome même* 

Les auteurs anciens qui ont parlé, soit des reliques de Rome, soit 
des curiosités qu'elle renferme, ou qui ont rappelé les souvenirs du 
saint docteur et décrit l'église qui lui est dédiée sur lemontCœlius» 
se taisent à l'unanimité sur cette relique, qui n'a fait son apparition 
à St-Grégoire que sous le pontificat de Grégoire XVI. D'où vient-elle? 
je n'ai pu le savoir bien exactement. Les uns m'ont dit qu'elle pro- 
venait du nord de Tltalie et avait été oflerte au pape, qui, en raison 
de son étiquette, l'avait donnée au couvent qu'il habita longtemps 
comme camaldule. D'autres, au contraire, m'ont affirmé qu'elle avait 
toujours existé dans le couvent, où elle aurait été, pendant de 
longues années, sinon oubliée, au moins négligée. En tout cas, 
jusque-là elle ne parait pas avoir été l'objet d'aucun culte et on ne 
l'exposait pas en public. 

Il serait fort intéressant de connaître par quelle voie Grégoire XYI 
fut amené à renfermer dans un reliquaire et à en attester TautheQ- 
ticité par une inscription gravée sur métal et placée au soubasse- 
ment. Ce reliquaire a la forme d'un tableau , muni d'une vitre à la 
partie antérieure, de manière à laisser voir commodément la crosse. 
Les contours, ainsi que le support, sont en bois d'ébène, rehaussé 
d'appliques en métal doré. Trois fois par an, il est exposé dans 
l'église de St-Grégoire : le 12 mars, pour la fêle patronale; le ven- 
dredi qui suit les Gendres et le second dimanche de carême, à l'occa- 
sion de la station. Mais, comme il est alors placé sur l'autel, on ne 
peut l'apercevoir qu'à distance et il est difficile de saisir les détails 
de la crosse. Pour la voir plus à l'aise, il faut en demander l'autori- 
sation à l'abbé du monastère, qui se prête très obligeamment à la 
légitime curiosité des archéologues, comme il l'a fait pour M. Di- 
dron. Nous en aurions même tiré une photographie, si la vitre ne 
s'y était opposée par son miroitement. 

Enfin, pour donner satisfaction aux archéologues et compléter la 
série des objets antiques, la crosse a figuré, pendant plusieurs mois, 



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— !87 ^ 

à rexpositioQ religieuse de Rome, en 1870. Là elle a été soigneuse* 
ment examinée par des hommes de haute science. Qu'il me suffise 
ici de nommer Victor Gay, avec qui j'ai été pleinement d*acoord sur 
la date à peu près certaine de cet insigne liturgique. 

III. Le sujet qui nous occupe doit être traité avec tout le dévelop- 
pement qu'il comporte. Aussi convient-il de n'omettre aucune des 
difjQcultés qui peuvent se présenter tant pour la fixation de Tâge que 
pour l'interprétation de notre petit monument. Trois points princi- 
paux doivent attirer notre attention : Les papes se sont-ils servis de 
la crosse? Quelle est la vraie date de la crosse romaine? Quel est son 
symbolisme? 

Sur la première question^ je répondrai hardiment par une néga- 
tion, en m'appuyant à la fois sur les textes, la tradition ecclésias- 
tique et les monuments. Quelques auteurs, il est vrai, ont eu des 
doutes à cet égard,comme Macjri, Giampini et de Bastard S mais leurs 
raisonnements tombent devant l'affirmation continue de la vraie 
doctrine. De plus, les témoignages invoqués n'ont aucune valeur 
probante, parce qu'ils se rapportent à des monuments d'une date 
relativement récente (ils ne sont pas antérieurs au xu* siècle) et qu'ils 
témoignent de l'ignorance de l'artiste qui vivait évidemment en de- 
hors des traditions et dos habitudes de Rome. Or, jusqu'à présent 
l'on n'a encore cité que cinq représentations de papes tenant la 
crosse à la main. Une sixième ne peut être invoquée ni pour ni 
contre, car elle n'attribue au pape Gélase H qu'un bâton surmonté 
d'une boule. Or, qui se portera garant de cette dernière figure, dont 
le contrôle est devenu impossible par suite de la disparition de l'ori- 
ginal? C'est une sage règle de critique archéologique de ne pas ac- 
corder confiance absolue aux miniaturistes et en général aux artistes 
qui, dans les deux derniers siècles, reproduisaient les actes du 
passé. 

Je ne multiplierai pas les citations, car ce serait tomber dans le 
même inconvénient que le comte de Bastard, qui a écrit sur la fé- 
rule pontificale vingt-huit pages, pleines de science, mais aussi de 
confusion, à tel point que le lecteur se perd au milieu de ce dédale 
de citations et souvent de contradictions. Un seul texte suffit, à mon 

1. V. le rapport de ce dernier, pp. 826 et suiv. 



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- 188 — 

avis, pourvu qu'il soit clair, concluant et émanant d'une autorité 
compétente. Comment pourrait-on récuser le témoignage du pape 
Innocent III dont personne ne s'avisera de nier la vaste science? 
Pouvait-il être quelqu'un mieux informé que lui de ce qui se faisait 
de son temps et de ce qui était Tobjet de la tradition romaine? Ses 
paroles ont même une telle autorité, dans l'Église, qu'après avoir 
figuré d*abord dans un traité du saint sacrifice de la Messe, elles ont 
été insérées, comme document authentique, dans le Corps même du 
droit qui contient la loi ecclésiastique, a Baculo pastorali non ulitur 
Pontifexromanus, tum propter historiam, tum propter mysticam 
rationem. Pro eo quod B. Petrus apostolus baculum suum misit Eu- 
chario^ primo episcopo Trevirensi , quem una cum Valerio et Ma- 
terno ad praBdicandum Evangelium genti Theutonicse destinavit,cui 
per baculum sancti Pétri de morte fuerat suscitatus. Quem baculum 
usque hodie cum magna veneratione Trevirensis servat Ecclesia. » 
(Lib, I Décrétai.^ cap. de Sacrosancta unctione.) 

On m'objectera peut-être que le fait ici rapporté admet plusieurs 
variantes '. Je ne le nie pas, mais comme elles n'ont trait qu'aux 
personnes, le fait lui-même n'en subsiste pas moins. D'ailleurs, que 
telle soit l'origine de l'absence du bâton pastoral entre les mains du 
pape 'Célébrant, peu importe. Une seule chose nous intéressait dans 
la question présente, à savoir la possibilité de constater cette ab- 
sence au xin* siècle et de la rattacher par une tradition non inter- 
rompue aux temps apostoliques. 

Pour Innocent III et Moroni , il s'agit de S. Eucher, évéque de 
Trêves, et de son compagnon et successeur S. Materne; tandis que, 
selon l'opinion la plus accréditée en France (à laquelle je me range 
sans difficulté), le fait concerne S. Martial, apdtre d'Aquitaine, et 
S. Front, évêque de Périgueux. 

Saint Martial ayant donné l'hospitalité à S. Pierre dans sa maison 
de la Via Lata^ à Rome, fut par lui désigné pour aller prêcher 
l'évangile dans les Gaules. L'apôtre le consacra évêque et lui adjoi- 
gnit pour compagnon de ses travaux un jeune romain du nom de 
Front. Tous deux se dirigèrent vers le nord de l'Italie; mais, au 
vingtième jour de marche, Front tomba malade et mourut. Aus- 

!. œuvres, XI, 376. 



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— 189 — 

sitôt Martial revint à Rome consulter le cher de rÉglise, qui lui 
donna son bâton , en lui enjoignant de rappliquer avec confiance 
sur le cadavre du défunt. Martial repartit joyeux. Suivant le comman- 
dement qu'il en avait reçu , il mit sur le corps de Front, mort de- 
puis quarante jours» le bâton qui lui avait été confié. Quand il lui 
eut dit au nom de S. Pierre de se lever, Front ressuscita plein de 
santéi puis continua sa route vers les Gaules. S. Martial devint 
apôtre de l'Aquitaine. Lorsqu'il eut établi son siège â Limoges, il fit 
de S. Front le premier évéque de Périgueux ^. On a vénéré pendant 
des siècles, comme une relique, à Limoges même, le bâton miracu- 
leux de S. Pierre. 

C'est en souvenir de ce fait et de la tradition du bâton pastoral 
par S. Pierre lui-même que le Pape, évéque de Rome, officie ponti- 
ficalement sans la crosse, qui est un des 'insignes épiscopaux, et le 
symbole delà juridiction. 

Les commentateurs ou glossateurs, après avoir admis le fait his- 
torique, indiqué par ces mots : propter historiam, cherchent le sens 
mystique^ sommairement énoncé ainsi : tum propter mysticam. 
Voici la raison qu'ils donnent : ce Raison mystique , parce que le 
bâton offre, à son sommet, une courbure comme pour attirer, ce qui 
n'est pas nécessaire au pontife romain, car nul ne peut, en défini- 
tive, se détacher de lui, puisque TÉglise ne peut pas ne pas être; ou 
parce que le bâton désigne la contrainte ou le châtiment. C'est pour 
cela que les autres pontifes reçoivent de leur supérieur des bâtons, 
car ils tiennent leur pouvoir d'un homme. Le pontife romain ne fait 

1. « S. Pierre qui présidoit à Rome, pour multiplier la foy catholique, en-* 
voya des disciples de Jésus-Christ en plusieurs et diverses régions, scavoir 
est... 3. Marcial en la seconde Aquitaine... Pour accompagner S. Ilarcial et 
luy aider à convertir à la foy le pals d'Aquitaine, S. Pierre luy bailla deux 
disciples, scavoir est Austricliniam et Alpiniam ; et dès la première journée de 
leur voyage, Austricliniam trépassa soudainement. Pour lequel trépas sainct 
Marcial retourna diligemment vers sainct Pierre et luy déclara l'accident. 
Sainct Pierre le renvoya et luy bailla son baston, luy disant qu'il en touchast 
au nom de Jésus-CnaisT Austricliniam et qu'il ressusciteroit. Ce qu'il fit et 
Austricliniam ressuscita : à la raison de quoy on dict que nostre Sainct Père 
le pape n'use de baston pastoral, parce que sainct Pierre le bailla à sainct Mar- 
cial, fors que quand il va on une église où le baston a esté depuis réservé 
et gardé : toutesfois il y a autre raison spirituelle que je laisse, parce que ce 
n'est ma matière et renvoyé sur ce les lecteurs à la première partie de la 
Gronique AnthoninOt tiltre sixiesme et chapitre vingt-cinq. » (Jean Bouchet, 
les Annales d* Aquitaine, Poictiers, 1G44, p. 13,} 



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— i90 — 

pas usage du bâton, car il tient son pouvoir do Dieu seul. » 
Le comte de Bastard a pieinement raison de dire que rexplication 
de la glose « ne paratt nullement admissible en matière d'archéolo- 
gie y> (page 826 du rapport). S. Thomas d'Aquin, dont Tesprit était 
très pénétrant, voit plus clair dans ce symbolisme. Il s'exprime donc 
de la sorte : ce II faut dire que le pontife romain ne fait pas usage 
du bâton, car Pierre le donna pour ressusciter un sien disciple, qui 
plus tard fut fait évéque de Trêves; et c'est pour cela que, dans le 
diocèse de Trêves, le pape porte le bâton, et non ailleurs; ou aussi 
en signe qu'il n'a pas une puissance resserrée , coarciaiam polesta* 
tem, ce que signifie la courbure du bâton. » 

La volute a , en effet, une signification symbolique tiès précise. 
Comme elle est repliée sur elle-même, elle atteste un pouvoir limité, 
une juridiction qui a des bornes. La férule, au contraire, qui est 
une croix portée sur une hampe, exprime parfaitement l'idée d'un 
pouvoir sans restriction, étendu au monde entier, comme la croix 
elle-même dirige ses bras aux quatre coins cardinaux. Voir, comme 
l'a fait le P. Martin, dans la férule la croix même de la crucifixion 
de S. Pierre, c'est aller trop loin et modifier la raison mystiquo,car 
lo pape sur la terre, étant le vicaire du CHRiST,|arbore comme lui le 
même signe de puissance. En faire encore, avec le même archéo- 
logue S le symbole de l'autorité temporelle, c'est se tromper gros- 
sièrement, car le pape n'en fait usage que dans les cérémonies pon- 
tificales et seulement dans l'exercice de son pouvoir spirituel. 

J'ai parlé de férule, tel est effectivement le terme propre pour 
nommer l'instrument qui remplace la crosse pour les souverains 
pontifes. Le mot, actuellement, est tombé en désuétude, mais la 
chose subsiste toujours et, des le x^ siècle, nous le voyons employé 
lorsque Benoit V remet au pape Léon YIII les insignes du ponti- 



I. Le P. Martin s'exprime ainsi : « La férule était remise au pontife en 
môme temps que les clefs du patriarcat à la prise de possession du palais do 
Latran. . . elle n*était donc qu'un insigne temporel. » Il ne s'agit pas ici de la 
prise de possession du palais, mais bien de celle du siège ôpiscopal de Rome, 
Sain^Jean•de•Latran étant la cathédrale* D'ailleurs il y a corrélation évidente, 
pour signifier le pouvoir spirituel, entre la remise des clefs et celle de la fé- 
rule. C'est, en effet, à Pierre et à ses successeurs que Jâsus-Chrtst a dit : Tibi 
dabo claves regni cœlorum (S. Matth., XVI, 19.) — Le comte de Saint-Laurent 
a combattu l'idée du savant jésuite relativement & l'origine de la férule. 
[Ann. ûrc/i.,t. XXIII, p.266.) 



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- 191 ~ 

ficat ^ : « PaIHum sibi abstulit, quod simul pontlficali ferala quam 
manu gostabat, domino Papse Leoni reddidit, qaam feralam idem 
Papa fregit -, » Baronio rapporte que, lors de l'élection du pape 
Pascal II, en 1100, la férule lui fut mise en main : « Est locatus in 
utrisque curulibns sedibus, scilicet eburneis, data est ei ferula in 
manu. 9 Cencio Savelli, qui devint plus tard pape sous le nom d*Ho^ 
norius III, racontant l'élection du pape Célcstin III, parle de la fé- 
rule qu'il dit être le symbole de l'administration et de la correction : 
« Idem electus sedet ad dexteram in sede porphyretica, ubi prier 
basilicaB sancti Laurentii dat ei ferulam^ qua^ est signum rcgiminis 
et correctionis. » 

Ces deux derniers mots ont besoin de commentaire. Arec la croix 
qui surmonte la férule, le pape régit l'Église; avec la pointe qui 
termine la hampe à la partie inférieure, il aiguillonne les retarda* 
taires, pique ceux qui sont égarés et coiTige les coupables ^. 

Si nous recourons maintenant aux monuments, nous les trouvons 
aussi explicites que les textes et la tradition. Je ne connais pas à 
Rome une seule représentation 011 les papes soient figurés avec la 
crosse. Je ne puis en citer qu'une seule où S. Grégoire le Grand 
tienne en main la férule ^. Le docte Angelo Rocca a publié en gra- 
vure cette peinture, contemporaine du pape lui-même et dont il 
n'existe plus qu'une copie dans l'église de St-Saba sur le faux 
Aventin. Le nimbe carré, qui y est attribué à S. Grégoire, est un 
indice certain que la peinture a été exécutée de son vivant^. J'admets 
môme avec de Bastard qu'elle ne soit que du ix« siècle ^, c'est déjà 

1. Ce toxte el les suivants sont donnés en français par le comte de Bastard, 
p. 832 de son rapport. 

2. « Ubi ventuin est ante basilicam ipsam... idem electus sedet ad dexteram 
in sede porphyrica, ubi prier basilicœ sancti Laurentii de palatio dat ei feru- 
lam, quœ est signum regiminis et correctionis, et claves ipsius basilicœ et 
sacri L&teranensis palatii, quia specialiter Petro apostolorum principi data est 
potestas claudendi et aperiendi. » (Ordre Romain du card. Genci.) — « Itum 
est ad capellam sancti Sylvestri et primo sedens et quasi jacens Papa (Léon X) 
accepit a priore canonicorum, claves primo, deindd feralam, in quo actu idem 
prior, cum daret ferulam, dixit cerla verba ad propositum illius actus, vido- 
licet dirigere, sanctificare et regere, ut ego edidi in meo Geremoniali. » (Paris 
de Grassis.) Cette cérémonie tomba en désuétude, lors de TélecUon de Sixte Y. 

3. La Glose commente ainsi la décrétale d'Innocent III : 
< Stimula lenta, punge perimura, punge vagantes. » 

4. De Bastard en a donné une gravure, p. 880 de son rapport. 

5. J'insiste sur ce nimbe, malgré rafûrmation contraire de de Bastard, p. 837, 

6. Page 838 du rapport. 



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L 



— 192 — 

une respectable antiquité et Ton ne peut dès lors inférer que la fé- 
rule n'a été introduite dansl*ÉgHse qu'au xn* siècle ^Heureusement 
nous pouvons remonter beaucoup plus haut. Il est vrai que les mo- 
saïques de Rome ne représentent pas les papes avec la férule et 
qu*ils ont seulement aux mains l'église qu'ils ont bâtie ou enrichie 
de leurs dons; mais, dès Tan 578, je vois S. Laurent portant à la 
main la férule dans la mosaïque de l'arc triomphal de la basilique 
qui lui est dédiée hors les murs ^. Ailleurs encore le même insigne 
lui est confié et dès lors il devient son attribut distinctif. Que si- 
gnifie donc cet attribut? Tout simplement que S. Laurent étant 
diacre du pape S. Sixte II, dans les cérémonies, précédait le pontife 
dont il tenait la férule. Plus tard, la croix pattée et unie fut ornée 
d'un Christ et Tinsigne papal, par extension, fut accordé aux légats, 
aux primats, patriarches et archevêques. C'est-à-dire que la férule 
se dédoubla : pour les bénédictions, où elle est nécessaire, elle 
resta telle que la tradition l'avait transmise, tandis qu'elle varia, 
quant à la forme et à Tornementation, pour les processions, et c'est 
alors que le sous-diacre apostolique en eut la charge ^. 

Après tous ces raisonnements, je suis donc en droit de conclure 
que les papes n'ayant jamais porté la crosse, mais bien la férule, la 
crosse d'ivoire qui nous occupe n'a pu appartenir à S. Grégoire le 
Grand en tant que Pape. 

S'eu serait-il servi antérieurement comme abbé du monastère 
qu'il fonda dans sa maison du Cœlius? Je ne le pense pas, car il 
n'est pas prouvé que les abbés fissent alors usage de la crosse pro- 
prement dite, et ensuite parce que celle qui leur est attribuée par 
les monuments jusqu'au xii« siècle a la forme d'une potence ou de 
la lettre T ^, mais surtout^ et cet argument dispense de tous les 

i. Page 827 da rapport de de Bastard , qui s'étaie du sentiment de Glampiai. 

2. Voir aussi le S. Laurent en mosaïque de l'église de Galla Placidia, à Ra- 
venne, qui date de l'an 440. 

3. A la cathédrale du Mans, sur un vitrail du xiii* siècle placé dans le trifo- 
rium, le pape Innocent IV, la tiare en tète et velu de la chasuble, appuie sur 
son épaule une croix latine, dont la tige est bleue et la tète blanche. A Milan, 
au Musée Brera, sur un panneau du xv* siècle, S. Pierre, costumé en pape, 
porte, outre les deux clefs symboliques qu'il tient de la main gauche, la tiare, 
la chape et la férule, dont la hampe est surmontée d*une boule, sur laquelle 
est plantée une croix pattée. De la sorte Tiustrument du saiut domine le 
qnonde qu*il a racheté. 

4. Voir sur le tau les savantes recherches du chanoine Barraud, du P. Martin 



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— 193 — 

autres, parce que, comme je vais le démontrer, celle crqsse n'est 
pas du vi^ siècle, mais au iplus tôt du ir. Je passe donc à sa des- 
cription. 



Crosse en ivoire de l'église St-Grégoire, à Rome, xi* siècle. 

IV. La crosse de l'église St-Grégoire est en ivoire massif, que le 
temps a jauni, éraillé et brisé. Elle porte en différents endroits de 
la volute des traces de rinceaux, faits au pinceau et qui sont très 
caractéristiques de Tépoque romane. L'art en est grossier, peu soigné 
et dénote une main inhabile ou mal apprise. On travaillait Tivoire 

et du comte do Bastard. Je ne citerai que trois faits qui ont échappé à leurs 
investigations. 

Un ancien sceau de l'abbaye de la Chaise-Dieu, qui paratt dater do Tépoque 
romane, porte, à côté d'un abbé encapuchonné qui bénit et tient un livre, un 
long bâton en taUj qui atteint la hauteur de sa tète. Le sceau moderne do 
l'abbaye de la Chaise-Dieu est timbré, au milieu de l'écu, d'un bâton on tau. 
— A Fournols, prieuré fondé en Auvergne par Kobert, abbé de la Chaise-Dieu, 
l'on assurait que le bâton d'ivoire de ce saint lui avait été apporté dans la cha- 
pelle par la sainte Vierge, une nuit qui précéda l'Assomption, pendant qu'il 
priait à son autel. Dom Tiolier dit avoir vu à Fournols une peinture retraçant 
ce miracle : le bâton avait trois pieds de long et ressemblait à la potence d'un 
boiteux, — J'ai publié à Angers, dans une brochure intitulée Reliques du B, 
Robei^l d'Arbriêself le dessin lithographie du tau qui a appartenu au fonda- 
teur de l'ordre de Fontevrault (Œuvres , XI, 556), 

T. XII 13 



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— I9i — 

infiniment mieux que cela aux vi^ et vn« siècles *, époque d'ailleurs 
où la sculpture était encore i*eprésentée à Rome, à Honza et à Ra- 
venne, par des œuvres d'un certain mérite. Il n'y a pas jusqu'à la 
volute qui n'indique dans son agencement une double maladresse 
et un goût fort équivoque. On ne comprend pas comment une sur- 
face plate, une tablette, vient se superposer à une partie circulaire 
qu'elle doit continuer. On s'explique encore moins qu'à l'œil ou au 
compas l'artiste n'ait pas mieux arrondi la volute. 

Le nœud a la forme d'une boule unie, prise entre une gorge et 
un large filet. Une brisure montre parfaitement comment, faute de 
douille, cette pomme^ pour me servir de l'expression usitée dans les 
anciens inventaires, s'ajustait sur lahampe. Une tige de fer pointue, 
mais non à vis, comme l'a fait de Bastard pour la crosse de Bàle ^, 
ressortait de la pomme et se fixait dans la hampe. 

La volute est contournée par un double filet, creusé dans l'ivoire, 
et l'extrémité offre une tête de dragon, aux oreilles de quadrupède, 
au museau très développé et aux dents acérées. Au milieu se dresse 
un bélier, retenu en avant et en arrière par deux tenons, ménagés 
dans la découpure de l'ivoire. Il marche à droite, se détourne pour 
regarder, comme le fait d'ordinaire l'Agneau pascal, et appuie une 
de ses pattes de devant contre la tige d'une croix pattée qui res- 
semble parfaitement à la férule. 

Au-dessus, mais brisé malheureusement, je crois distinguer un 
ange dont on voit encore la tête fruste, une aile déployée, le buste 
et le bras droit qui brandit contre le dragon une arme meurtrière, 
lance ou épieu. 

Qu'on examine cette crosse sans préoccupation aucune d'attribu- 
tion^ surtout qu'on la compare à la crosse de Bàle, et l'on se ran- 
gera vite à mon opinion, que nous sommes en face d'une œuvre 
importante, quoique malhabile, du xi'' ou du xii^ siècle au plus 
tard. 

La crosse de Bàle est identiquement de la même époque et du 
même style que celle de Rome, mais moins complète et un peu plus 
ornée. Le nœud est aplati et serré à la partie supérieure dans une 
collerette feuillagée. Le bélier, aux cornes fortement accentuées, se 

1. Voir ma Biblioihèqtie vaiicanef p. 6", et Œuvres, II, 202. 
3. Page 472 de soo rapport. 



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~ i9S — 
délourno également et tient une croix pattée, i*égulièrement des- 
sinée. Sur les côtes il porte un de ces dessins fantaisistes que Ton 
retrouve fréquemment à cette époque sur les étoffes, chaque fois 
qu'on y représente une bote. La volute chanfreinée se termine par 
une tête de dragon, ouvrant démesurément la gueule et tirant la 
langue. Les deux oreilles du monstre, l'extrémité de son museau et 
plus bas quelques tenons empêchent cette partie de se briser. Enfin, 
vis-à-vis, rampe un animal que Ton peut prendre pour un lionceau 
et qui continuerait ainsi l'idée du Christ, vainqueur et ressuscité *. 
A l'exposition de 1878, au Trocadéro, M. Basilewski avait mis, 
dans une de ses vitrines, deux crosses d'ivoire non peint, où le bé- 
lier arborait une croix paltée. Leur date pourrait être le xiV siècle 
environ. 

A la cathédrale de Hildesheim,est conservée la crosse de l'évéque 
S. Godehard (xi^ siècle), que reproduit la Revue de l'art chrétien^ 
1889, p. 332. L'œil de la volute, après un double contour, est 
rempli par une tête de bélier, qui mâche une croix Iréflée. 

H. Paul Blanchet, à Rives (Isère), possède une crosse du même 
genre, où le bélier mâche une croix: il en a été fait une photographie 
que je dois à Tobligeance du propriétaire. 

La crosse, aussi en ivoire, dite de S. Bernard, que conserve l'ab- 
baye de Bellefontaine, au diocèse d'Angers, a sa volute plate, ter- 
minée par une tête de griffon, qui symbolise ici le serpent infernal. 
On peut supposer, dans Tœil, un bélier vainqueur, dont on voit en- 
core les points d'attache au pourtour intérieur ^. 

Voici donc sept crosses à peu près identiques. Continuant tou- 
jours le même ordre d'idées, nous en trouvons, au musée du Va- 
tican, une huitième plus élémentaire encore et qui doit être le 
prototype des autres ^ ; car, comme Ta judicieusement observé 

i. Le P. Martin a reproduit, dans los Mêlanrjes d'archéologie ^ t. IV, plu- 
sieurs crosses d'ivoire où figure l'agneau, ce qui est un symbole identique. Il 
a donné, page 198, la crosse do Bàle, qui est passée ensuite au prince Solti- 
koIT. Que sera-t-elle devenue à la dispersion si regrettable de cette collection 
importante? Serait-ce une de celles de la collection Basilewski? Cependant, 
elle me parait offrir une différence notable. 

2. Elle a figuré à l'Exposition rétrospective d'Angers, en 1895, où la photo- 
graphio m'en a été refusée, comme si elle n'avait pas été reproduite, dès 1861, 
dans la Remie de Vart chrétien, p. 505. 

3. Voir ma Bibliotfièque Vaticane (Rome, 1867, page 67). Dans le môme ou- 
vrage, j'ai signalé une autre crosse analogue , que j'ai décrite ainsi : « Volute 



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- 196 — 

M. Didron, les idées sont toujours simples à Torigine et elles de- 
viennent complexes en se développant. C'est le commentaire qui 
s'adjoint au texte primitif pour lui donner plus de lucidité et de 
force. En effet; cette crosse, dont il ne reste plus que la volute sans 
son nœud, se termine simplement par une tête de bélier qui broute 
un feuillage. Le style est exactement lemAme de part et d'autre. 

Y. Reste maintenant à élucider le symbolisme de ces crosses^ 
mais surtout de la crosse romaine. 

Prise dans son ensemble, elle signifie la victoire et le triomphe du 
Christ. Si nous groupons, pour n'en faire qu'un seul tout, les élé- 
ments épars dans ces cinq compositions du mémo âge, nous arri- 
vons sans peine à un poème tout entier qui se fractionne en plu- 
sieurs chants. 

L'ange, au nom de Dieu, combat l'ennemi révolté et en est victo- 
rieux. Le dragon infernal, emblème de Salan, est transpercé par 
l'instrument de la vengeance céleste. Le bélier montre Jésus-Christ 
f >rt et vainqueur ^; la croix, instrument de son supplice, devient le 
trophée de sa victoire K Le lionceau ^ exprime la résurrection et le 
feuillage brouté par le bélier la parole même de Dieu annoncée aux 
fldéles. 

La plupart de ces symboles sont déjà connus. Aussi je ne ferai que 
las effleurer, pour m'arrêter plus particulièrement au bélier que l'on 
i-encontre moins fréquemment. 

L'histoire naturelle du moyen âge rapporte que le petit du lion 
meurt en naissant et que le souffle de son pèra peut seul le rappeler 
à la vie. C'est, il est vrai, une légende fondée sur des observations 
inexactes, mais il faut en tenir compte, parce qu'elle a été longtemps 



do crosse en ivoire, terminée par une tête de veau et semée de petits orne- 
ments circulaires disposés en croix (x* ou xi« siècle). » — Œuvres, t, II, p. 203, 
n- 269, 270. 

1. VDir dans la Revue de l'art chrétierij t. IX. pp. 413 et suiv., un excellent 
arUcle de M»» Félicie d'Ayzac, intitulé : Le bélier, zoologie mystique et monu- 
mentale, 

2. « C^jus trophœum crux. » (Liturgie de l'Eglise gallicane, oraison pour 
none, le vendredi-saint). — « Hic est qui virtute propria fretus, cum diabolo , 
tenebrarum principe, dimicavit : et. prostrato, victoriœ trophœum ad cœlos 
magniûce portât. » (Prière du Missel Mozarabe.) 

3. Le P. Martin ne voit pas dans la crosse de Bàle un lionceau^ mais « le 
renard, le dévastateur de la vigne du Cantique des Cantiques^ le golpis du 
moyen Age, Tesprit do fraude et de mensonge. • Je ne puis être de cet avis. 



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- 497 - 

eu vogue et qu'on Ta directement appliquée à la mort et à la résur- 
rection du Sauveur. 

Voici en quels termes le Phisiologus raconte le fait et en tire une 
déduction morale : ce Quum lesena peperit catulum^ générât eum 
mortuum ; et custodit eum tribus diebus, donec veniens pater ejus, 
die tertia insufflât in faciem ejus et vivificat eum. Sic omnipotens 
Pater Dominum nostrum JEsuafCuaiSTUM filium suum tertia die 
suscita vit a mortuis, dicente Jacob : « Dormi vit tanquam leo et sicut 
« catulus leonis, quis suscitavit eum? » (Mélanges d'archéologie ^.) 

Et le lionceau qui dormait s*est réveillé, le lion de Juda s'est levé; 
il a triomphé de la mort, et pour mieux assurer sa victoire, il Ta 
renversée et mordue comme sa proie. Aussi la liturgie imagée du 
moyen âge a-t-clle, dans une des antiennes de Toffice de Pâques, en- 
tonné un joyeux alléluia pour le Christ, fils de Dieu, qui, sem- 
blable au lion, a déployé sa force au jour do sa résurrection : 

« Alléluia. Resurrexit Dominus hodie. Resurrexit Leo fortis^ 
Christus Filius Dei. » 

Si le cierge pascal, dans nos églises, a pour but de représenter 
la vie de Jésus sur la terre jusqu*â son ascension au ciel, TËglise 
romaine entre plus avant encore au cœur de cette pensée symbo- 
lique, en donnant pour support â ce cierge le lion qu'ont présagé 
les livres saints, et cela aux plus hautes époques de l'art, alors que 
la main de l'artiste, savante et inspirée, sculptait et émaillait de ses 
plus fines mosaïques les candélabres de marbre blanc qui figurent 
parmi les meubles les plus gracieux des basiliques de St-Clément, de 
Ste-Marie in Cosmedin et des Sts-Côme-el-Damien. 

Au moyen âge, la liturgie voit ses paroles traduites par les mo- 
numents figurés; aussi le peuple retient-il plus facilement les textes 
qu'il récite à l'église et saisit-il mieux Ta propos des allégories qu'il 
a sans cesse sous les yeux. L'art embellit la matière, la science vi- 
vifie Tesprit, et tout, jusqu'au moindre détail, devient une aspira- 
tion pieuse, un cantique de foi et une salutation d'amour. 

L'ange qui combat, au nom de Dieu, et lui assure la victoire dans 
les régions célestes, est nommé par la tradition TArchange S. Michel. 



i. V. sur le symbolisme du lion le rapport du comte de Bastard, pp. 433 et 
suiv. 



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- 198 - 

Nous sommes là au début d*un motif iconographique qui prendra 
surtout son extension au xiii« siècle dans les belles crosses émaillées 
de Tolède * et de Fontevrault 2. Mais les monuments s'appuient sur 
un texte précis de TApocalypse, qui parle d'un grand combat livré 
dans le ciel contre le démon ^. 

« Et factum est prœlium in cœlo : Michaël * et Angeli ejus prae- 
liabantur cum dracone et draco pugnabat, et angeli ejus : et non 
valuerunt, neque locus invenlus est eorum amplius in cœlo. Et pro- 
jectus est draco ille magnus, serpens antiquus qui vocatur diabolus 
et Satanas,qui seducit universum orbem, et projectus est in terram, 
et angeli ejus cum illo missi sunt. Et audivi vocem magnam in 
cœlo dicenlem : Nunc facta est salus, et virtus et regnum Dei nostri, 
et potestas Ghrïsti ejus : quia projectus est accusator fratrum nos- 
trorum, qui accusabat illos ante conspectumDei nostri die ac nocto » 
{Apocalips., XII, 7-10). 

Le dragon, comme vient de nous le dire très explicitement S. Jean, 
est donc le serpent ^ qui , au premier jour, séduisit l'homme, le 

1. V. page 472 du rapport de de Bastard. 

2. Elle est conservée au Musée d'Angers et a été publiée à tort par do Cau- 
mont dans son Abécédaire comme étant la crosse de Robert d'Arbrissel. 

3. Le R. P. Martin cite également l'Apocalypse pour expliquer la crosse de 
Bâle (v. p. 793 du rapport de de Bastard). — Le symbolisme du dragon est 
longuement expliqué dans le môme rapport, pp. 447 et suiv. -— « Le dragon 
exprime une idée do puissance dans le mal. » (Guide de Vart chrét., t. III, 
p. 299j. Le bréviaire romain, à la fétc de S. Michel, empruntant le fait à 
l'Apocalypse, montre l'archange combattant le dragon infernal: a Faclum 
est silentium in cœlo , dum commillerel hélium draco cum Michaele archari' 
gelo • (!•' répons des Matines), 

4. Sur une châsse du xii* siècle, qui fait partie du riche trésor de Saint- 
Maurice d'Agaune (Suisse), les quatre archanges, y compris l'apocryphe Uriel, 
sont ciselés à la toiture. S. Michel, lance en main, terrasse le dragon qu'il 
foule aux pieds. A Saint-Michel d'Entraigues, prés d'Angoulômo, lo môme 
sujet, sculpté à la môme époque au tympan de la porte , est expliqué par 
cette inscription empruntée textuellement à l'Apocalypse : MichàKL PROELIA- 
BATVR CVM DRACONE f 

V. encore, sur l'iconographie de S. Michel, le rapport de de Bastard, 
p. 533. 

5. Une idée secondaire est la verge de Moïse changée en serpent. « Non 
minus etiam virgens ille serpens, qui Moysi pavorem incussit ila ut fugeret 
illum et rursus accipiens illum caudalenus, cffectus est virga, typicc in hoc 
facto perspiciendus est. Sigualur per serpentcm ex virga factum Deitalis po- 
tentia ex sanctœ Mariœ Virginis carne induta. Per Moysen enim judaicus po- 
pulus qui cernons Dominum Jesum verum Deum et hominem, fugit ab eo in- 
credulus; sed recipiet illum circa ûnem seculi, quod exprimitur per caudam 
serpentis. » (Radulph. Glaber., Hist.y lib. V, apud Historiens de la Gaule, 
t X, pp. 57-58.) 



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- 199 — 

démon lui-même dont le nom est Satan. Dès le xi* siècle, les crosses 
offrent de nombreux exemples du serpent ainsi attaché en perma- 
nence à Textrémité de la volute dont il devient le principal orne* 
ment ^. Ne doit-on pas voir là, traduit aussi littéralement que pos- 
sible, cet autre verset du texte mystérieux : f Et vidi angelum ha- 
bentem catenam magnam in manu sua, et apprehendit draconem, 
serpentem antiquum; qui est diabolus et Satanas,et ligavit eum per 
annos mille » (Apocalips., XX, i) 2. 

Le feuillage que le bélier tient à la bouche symbolise , dit S. Eu- 
cher, la doctrine prôchée, annoncée, divulguée : (n Folium, sermo 
doctrine y>\ S. Grégoire le Grand, dans ses Formules spirituelles *, 
y voit de préférence Tarbre de vie, dont les feuilles ne tombent pas, 
parce que la parole du Christ est impérissable et que le peuple 
fidèle trouve en elle remède et salut : a Folium, verbum, unde : Et 
folium ejus non defluet, quod de Christo, qui est lignum vitae, dic- 
tum est, cujus folium vere non defluet^ quia verbum ejus non praB- 
teribit. Hujus ligni folia sunt ad salutem gentium^ quia in verbo 
ejus medicina et salus est languentium animarum. j» 

Je donnerai ici quelques développements de détail. « L*i voire est 
le symbole de la douceur. » {Rev. de l'art chrét.j t. XVI, p. 470.) 
a Le cou, dont Térection altière décèle les hommes superbes, figure 
Tindomptable orgueil : ce Quid enim collum Leviathan istius nisi 
elationis ostensio designatur? » (S. Greg., Moral.), Les dents sont 
Temblème naturel de la cruauté, de la persécution violente : (f Den- 
tés, crudelltates. Dentés, persecutores Ecclesiae. Dentés, persecu- 
liones daemonum. » (Raban. Maur., Alléger.) La tête, prêtée à Tes- 

1. Y. le rapport de de Bastard, pp. 499, 516, 523, 536. 

â. Le dragon était donc un trophée de victoire. C*est pour cela, ainsi que le 
raconte Jacques de Vitry, qu'on le portait à la procession de TAscension, au 
xiii« siècle. « Draco autem in plurimis locis primis duobus diebus deporlatur 
et cruces prœcedit cum cauda longa et ioflata. Tertio autem die rétro vadit, 
cauda incurvata et dimissa, quod non vacat a mysterio. Per draconem enim 
diabolus designatur. Per (res dies, tria tempora significantur, tempus scilicet 
ante legem, sub loge et sub graliâ. Duobus primis diebus, princeps hujus 
mundi tanquam dominus prœcedcbat et fere omnes ad se Irahebat. Temporo 
autem graliœ, conculcatus est a Christo nec jam audet ita aperte sœvire. » 
(Sermons de Jacques de Vilry, fer. il, in let. min., éd. Venet., 1518, p. 762.) — 
Voir mon étude sur le symbolisme du dragon dans le Trésor de Vabhaye de 
Sainte-Croix de Poitiers, pp. 180-200. 

3. Pitra, SpicUegium Solesmejise, t. III, p. 402. 

4. Ibid.. p. 412. 



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«- 200 - 

prit du mal, signifle, quand elle est unique, la concupiscence cou- 
pable dont il se Tait Tinstigateur : « Caput, concupiscentia hostis. » 
(Raban Maur., Allegor.) Enfin, l'haleine, fétide et nauséabonde, 
marque les suggestions perverses : a Halitns , suggestio diaboli. » 
(Ibid.) Ces citations sont empruntées à un remarquable travail de 
M*-® Félicie d'Ayzac (Rev, de Vart chrét.y t. XVI, pp. 196, 203, 204). 

VI. La représentation du bélier est le motif principnl de la crosse; 
relativement , les autres symboles ne sont qu'accessoires et secon- 
dairesi car tous se rapportent à lui, comme au centre même de la 
composition. 

On reconnaît le bélier à ses cornes, qui ne laissent aucun doute 
sur son attribution. Ce n'est donc pas un agneau. Or, chaque siècle 
se distingue par un certain courant d*idées qui lui appartient pour 
ainsi dire en propre, et ce courant se prolonge jusqu'à une époque 
qu'il est facile de déterminer. Si donc la crosse de S. Grégoire eût 
été sculptée au vi® siècle, ce n'est pas un bélier, mais bien un agneau 
que nous eussions vu à cette place d*honneur, pour exprimer le 
triomphe du Christ, comme les sculptures des sarcophages et les 
mosaïques nous autorisent à le croire. 

Écoutons d'abord le chanoine Martigny : 

Quelques antiquaires ont regardé le bélier comme un symbole distinct 
de l^agneau et lui ont assigné une signiûcation parUculière, quand il 
paraît sur les monuments chrétieus. S. Ambroise dit qu'il est pris pour 
symbole du Verbe, même par ceux qui nient la venue du Messie 
(Epist, Llllî)y et fait ensuite de curieux rapprochements par lesquels s'ex- 
pliquerait la pratique reçue dans la primitive Église de mettre quelquefois 
le bélier à la place de l'agneau sur les épaules du Bon Pasteur ^ « Le bé- 
lier, dit ce Père, nourrit sa toison et la lave dans l'eau pour on augmenter 
la blancheur, et pour nous plaire. Ainsi Jésus-Christ a porté nos péchés et 
les a lavés dans son sang, afin que nous puissions plaire à Dieu son Père. 
Le bélier, par sa voix, guide le troupeau dont il e£t le chef et revôt le 

1. Le bélier sur les épaules du Bon Pasteur symboliserait, d'après le P. Mi- 
nasi, 4 le sacrifice », en souvenir de celui d'Abraham, « Jésus-Christ lui- 
même » étant victimo ot pastour tout à la fois, comme le redit dans ses vers 
un poète chrétien : Victima quœ dabitur, cum victima paslor habetur. (Bullet. 
monum., 1873, p. 296.) Le bélier remplace, en eUcl, la brebis dans certaines 
représentations des iv« et \* siècles; voir Gorrucci, Slor, delV arte crist,, 
pi, 467; pi. 428, pour un monument de Conslantinople; pi. 405, pour un veri-e 
j^rdvô, où le bélier est surmonté d*un disque portant le chrisme entre Vomega 
cjt Valpha; Revue des soc. sav., 5* sér., t. Yl, pour le sarcophage de Tipaza 
(p. 123). 



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- 201 - 

berger de sa laine; ainsi JftsDS-CRBiST^ en tant qne Dien, nous revêt par 
sa création et sa providence ; il nons conduit vers le port da salut par sa 
doctrine, par sa rédemption et par sa grâce. » {De Abraham , II, c. 8.) — 
fl Le bélier combat et terrasse les loups; Jésus-Christ dompte le démon. » 
(Enarrat in ps. xliu.)— « Le bélier fut arrêté par les ronces pour être sa- 
crifié à la place dUsaac; JAsus-Christ^ qui devait élever avec lui notre chair 
de cette terre, s*estfait victime pour nous; et de même que le bélier se 
tait devant celui-ci qui le tond (Is. un) , ainsi Jésus-Gurist n'a pas ouvert 
la bouche devant ceux qui lui donnaient la mort. « {De Abraham^ l, 6). 

D'autres Pérès ont considéré le bélier arrêté dans le buisson , comme 
l'image de Jftsus couronné d'épines (St Prosp., De promu. Dei, pars I, 
c. 17), ou de Jésus crucifié (Aug., In ps. nr). C'est sans doute pour ce motif 
qu'on trouve souvent deux béliers affrontés» avec une croix au milieu d'eux» 
particulièrement sur les chapiteaux de colonnes , par exemple à Saint- 
Ambroise et à Saint-Celse de Milan (Allegranza, Sacra M. di Miî. ,Uy. VI, 
etc.). On voit que le point de départ de toute cette doctrine est le bélier 
du sacrifice d'Abraham, et Notre-Seigneur nous dit lui-même qu'il fuf 
donné au saint patriarche d'eotrevoir toutes ces analogies et qu'il s'en ré- 
jouit grandement. (Martigny, Dictionnaire des Anl, chrét., au mot Bélier.) 

Je m'étonne delà distraction qu'a eue I*auteurdu Dictionnaire des 
antiquités chrétiennes. S*il avait lu la clef de Méliton et cherché 
à en tirer parti , il aurait vu aussitôt que l'exemple qu'il cite en 
preuve, d'après les églises de Milan, n'a aucune valeur dans la ques- 
tion ; car, au lieu d'un seul bélier, il nous en montre doux accom- 
pagnant la croix. Dès lors que, suivant la tradition, le bélier signifie, 
non seulement le Christ, mais aussi les apôtres, le sujet s'explique 
ainsi de lui même, comme je le dirai plus loin. 

Ceci soit dit en passant et par anticipation sur l'article suivant. Je 
vais continuer à montrer dans le bélier le symbole du Christ ^^ au 

i . Le chanoine Corblet, dans son Vocabulaire des symboles, dit du bélier : 
« Figure de Jksus-Ghrist, en vue de son immolation sanglante; emblème des 
apôtres, des pasteurs d'âmes, de la force chrétienne. » {Rev. de l'art chrét., 
t. XVI, p. 343.) 

M. du Ranquet, dans le Bulletin monumental (1895, p. 435), décrivant les 
modillons de l'église romane de Cbamaliôres (Puy-de-Dôme), combat Tidee 
de VioUet-le-Duc, qui y voyait des bouls de poutre, décorés de copeaux. « De 
biais, ils rappellent énormément une tête de bélier. Ne serait-ce pas cela que 
nos premiers imagiers auraient voulu faire ? Ces enroulements, qui, en avant 
sont plus forts, nous donneraient d'abord les deux cornes du bélier, puis la 
laine bouclant sur le col. Le bélier n'a^-il pas été de tout temps, même dans 
les catacombes, la figure du divin crucifié ? Alors, quoi d'étonnant qu'on en 
oit multiplié l'image sur son temple ? Quoi d'étonnant encore qu'on ait pris 
son image pour soutenir le couronnement de l'édifice? La religion n'est-elle 
pas le couronnement de son œuvre et n'est-ce pas lui qui soutient la reli- 



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— 202 - 

moyen des textes nombreux que le savant cardinal Pitra a ajoutés 
comme commentaire à la formule si précise que donnait au second 
siècle S. Méliton. Or, diaprés cet évêque, le bélier est le Christ lui- 
môme, et il appuie aussitôt son assertion sur un texte de la Genèse 
(XXIl, 13) : « Aries, Christus. Ecce aries ienebatur planta in vir* 
guUa Sabec *. » 

Raban Maur et Tanonyme de Clairvaux voient dans le bélier le 
Verbe fait chair, le Fils de Dieu incarné et offert en sacrifice : 
« Aries j caro Christi, ut : Vidit arietem hœrentem cornibus^. » 

Pierre de Capoue explique que le bélier céleste est le Christ et 
donne la raison du feuillage que nous avons vu sur une crosse 
dans la bouche de Tanimal : 

Aries campi, mundi , cœli e^ tartari. . . Arles cœli, Christus. Genesis : 
Vidit Abraham.,. Primus pascit herbas camporum, secundus gramina 
scriplurarutn. Terlius pascua virtutum et bonorum operum, verbi gralia : 
florem lilii per castitatem, florem viol» per humililatem, florem ros» per 
martyrii patientiam^ florem olivî» per misericordiam, florem uvîd per prœ- 
dicationem, florem spicsa per boDorum operum maturitatem... Primus est 
dux pecorum; secundus, dux simplicium; fertius, dux omnium fide- 
lium K 



gion?... Cette opinion, donnée pour ce qu'oHe vaut, disons... » Cette opi- 
nion ne vaut absolument rien et je Tarrôle ici pour qu'elle ne fasse son chemin, 
car elle est toute d'imagination et nullement scientifique. 

1. Spicileg. Solesmen., t. III, p. 24. 

2. Jbid., p. 25. 

3. Ibid. — L'idée du Christ figuré par le bélier que sacrifia Abraham revient 
plusieurs fois dans la liturgie du moyen âge : 

Dans un manuscrit d'Evreux, du xii* siècle (Dreves, Anal, hymn.t XX, 173)i 
Mario est saluée mère chaste du bélier immolé : 

Salve, cœli janua, 
PorUi paradisi, 
Vervecis ingenua 
Genitrix occisi. 

Un manuscrit du xni* siècle (Dreves, X, 101) voit dans le bélier substitué 
à Isaac la figure du Christ : 

Vervex nobis ille datiir, 

Qui pro Isaac maclatur, 

Dulce sacrificium. 

Le Breviarium Zamorense^ du xv siècle, dans l'office de S. lldephonse, ap- 
plique au Christ la figure du bélier (Dreves, XVI, 173) : 
Illam puisa pia prece 
QusD te cœlitus contcxit, 
Immolatum pro verveco 
Suo ulcro evexil 
Steliam maris Mariam. 



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- 203 - 

L'auteur anonyme des Distinctions monastiques trouve dans le bé- 
lier la double signification du principat ^ que le Ghhist possède sur 
rÉglise et le monde et de son incarnation : 

Arles slgnificat Christum propter principatum ; unde : AgnaSi ovis, vi- 
talus, serpens, aries, leo, vermis. Agnas, propter innocentlam ; ovis, 
propter patientiam; vitulus, propter obedientiam ; serpens, propter 
sapientiam; aries, propter principatum; leo, propter resurrectionem, 
fortitudiaem et conûdentiam ; vermis, propter humilitatem. 

Aries signiticat carnem Christi; unde aries immolatus est pro Isaac vi- 
vente, qaia caro Christi mortem passa est^ deitate impassibili perma- 
nente [Spicileg, Solesm., p. 25). 

Pierre de Riga décrit en beaux vers le symbolisme du bélier : 
Unus post vitulam vervex occiditur^ Aaron 

Imponente manas progenieque sua. 
Quum Christi mortem vervex vitulusque * figurent, 

Rem variando tamen, distat utcrque sibi. 
Sîgnatur vitulo mors qusB fuit in cruce Christi , 

Quam surgens ultra noluil ille pati. 
Yiclima verveco signatur, quae datur arœ, 

Qaam modo presbyteri voce manuque sacrant. 
Offertur tolus aries, quum Christus in ara 

Creditur oblatus, qui Deus est et homo. 
Totum non ailert in Christo, quisquis adorât 
Absque Dco carnem, vel sine carne Deum ^. 

Je compléterai les citations du laborieux bénédictin par quelques 
autres documents. Le tropaire de S. Evroul, qui est du xiie siècle^ 
donne comme séquence de la 4o férié de la Pentecôte les noms di- 
vins. La Se strophe nomme le Clirist : ce Mons, Lapis, Aries, Aquila, 
Agnus, Ovis, Hsedus, Vitulus, Léo, Serpens » (Dreves, VIII, 37). 

Voici la strophe d'une hymne que i*ai copiée à rabbaycdeSainle- 

4. s. Augustin, dans sa 43* épllre, traitant de l'Église romaine, parle du 
principat que lui donne sur toute la terre le Siôge apostolique : « Romance 
Ëcclesiœ, in qua sempcr Âpostolica Cathedra, viguit principatus et cœteris ter- 
ris. » Raban Maur, au ix« siècle, disait du Christ : « Aries propter principatum • 
(page 104 de l'édition de Mayence). A la cathédrale de Strasbourg, la rose de 
la façade méridionale du transept, qui date du xiii* siècle, renferme un cer- 
tain nombre d'allégories relatives au Christ. « La cinquième (femme) oiïre un 
bélier... Inscription : m aribte propter principatum. » (Guerber, Essai sur 
les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, p. 41.) 

2. J'ai cité plus haut, au musée chrétien du Vatican-, une crosse à této do 
veau. Le veau est ici un nouvel emblème du Curist immolé pour la rédemp- 
tion du genre humain. 

3. Spicileg, Solesmen., t. IH, p. 26. 



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- 204 - 
ScolasUque^ près Subiaco, dans un h ymnaire manuscrit du xiv« siècle : 

Hec Tervetis est occisi 
Gentlriz ingenua. 

Il s'agit ici de la Ste Vierge, mère du bélier immolé pour nous. 
Le Bestiaire de Philippe de Thann, composé au xiu' siècle, ex- 
plique que les cornes du bélier^ longues, torses et striées, dirigées 
en avant et repliées en arrière, expriment la prescience du Christ, 
qui connaît l'avenir comme le passé : 

E 11 cornes signefîent selonc ço qae alquant dlent, 

Qui sunt recercelez, lungs, grant, par pleez furmez, 

Signefient itant, que arére et avâat 

Notre Sire esgardat ainz que le mund furmat, 

E arère et avant cun 11 corn vunt tortant, 

E en Tesgardant tent senz nul redntement 

Tut veit quanque il fereit e cum Fen aveindreit. 

Arles est caro Chbisti, ut In Genesi Isaac in altari ponitur, sed arles 
mactatur, quod Ghristus cruclfigafnr, sed sola ejus caro moritur. (Rab. 
Maur., Allegor, in univ, sacr* script,) — Arles, non Isaac, immolalus 
est : quia caro Ghristi , hœrens cornibus cruels Inter vêpres Iribulatlo- 
nis ^, non deitas, qusB per Isaac significatur. (S. Anselm. Cantuar., 
Enarrat in Matth,, i, pars 3, col. i, t. I Oper.) — Quoclrca, diu ante 
paschsB instilutum, arles pro Isaac immolalus non obscura fuit Christi 
figura. (S. Brun. Astens., In Gen.^ XII.) 

Dans la liturgie gallicane, le prêtre disait à la préface^ le jour de 
Pâques : « Ipse (Christus) est aries in verticem montis excelsî de 
vepre prolatus, sacrificio destinatus. » 
Adam de St-Victor, dans la prose pascale Zima veius, dit d'Isaac : 
Puer nostri forma risus, 
Pro quo vervex est occlsus 
Vil» signât gaudlum. 

Un manuscrit du xiii« siècle, qui est à la bibliothèque de Poitiers, 
voit, dans le bélier substitué à Isaac lors du sacrifice d'Abraham, la 
chair du Christ qui souffrit sur la croix sans qu'atteinte ait été 
portée à sa divinité : 

Hinc tamen est arles, non infans, sacrlficatus. 

Sic Xpi caro, non deltas est in crnce passa. 

1. La mémo pensée se retrouve dans ce distique du moyen Âge : 
Nil Isaao patitur, arios dum victima; Cnnisn 
Nil deilos palilor, cum patialur homo. 



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— 203 — 

Le Manuel de Tégliso d'Exeler (Angleterre), écrit au xiv« siècle et 
conservé à la bibliothèque de Coutances, contient, pour la fête de 
la Trinité, la séquence Aima chorus, qui énumère tous les noms 
divins. Une des strophes est ainsi conçue : « Âgnus, ovis, vitulus, 
serpens, aries, leo, verrais. » C'est l'hexamètre cité par les Distinc- 
tions monastiques {Rev. des Soc. sav,^ 7« sér., t. VI, p. 46.) 

Le Missale ad usum Ecclesie Westmonasteriensis y qui date du 
XIV* siècle et a été publié à Londres en 1891, t. 1^ col. 373, dans 
la séquence Christo Salvator, attribuée au jeudi de l'octave de la 
Pentecôte, qualifie le Christ : « Primogenitus, invisibilis, princi- 
pium, mons, lapis, aries, aquila. » 

Dans le Missale Trajectense, du xv* siècle, à propos de S. Lam- 
bert, il est parlé du Christ, blanc par sa chasteté, rouge par sa pas- 
sion, que symbolise la peau de bélier, blanche et rouge, qui couvrait 
le tabernacle * (Dreves, IX, 206) : 

Yellex pelle rubricata Qui torcular sic calcavit 

Saper nivem dealbata Et qui vestem dealbavit 

Tegeas tabernaculum, Agni veri sanguine, 

Passione rubricatum, A peccatis absolûtes 

Castitate candidatum Cœlo jungat et ablutos 

Gessit habitaculuiû. Mes reddat a crimine. 

Dans TofTice de la Ste Couronne d'épines, au Breviarium Aarhu- 
sienscy imprimé en 1519, le second répons du deuxième nocturne 
voit dans le bélier du sacrifice d'Abraham, qui se prend par les 
cornes dans les ronces, une figure du couronnement d'épines infligé 
au Christ par les Juifs (Dreves, AnaL hymn , Y, 48) : 

In figuris pluribus Aries, sic sertibus 

Sertum figuratur, Chrislus coronalur^ 

Inter vêpres corDibus Pravorum manibus 

H»reDS demonstratur Sua sancta corona paratur. 

i . Adam de Saint Victor, dans la proso do S. Vincent (L. Gautier, I, 317), 
dit du diacre martyr : 

Hic, hostia meduUala, 
Vellex pelle rubricata 
Tegens tabernaculum. 

« Au chap. XXVI de l'Exode, on lit que le Seigneur recommanda à Moïse de 
couvrir le tabernacle do peaux de bélier teintes en rouge : Faciès et operimen- 
tum aUud tccto de pellibus arietum rubricatis (v. 14). C'est encore un symbole 
du sang des martyrs répandu pour la foi et servant à préserver TEglise , 
comme les peaux du tabernacle le préservaient des injures de Tair » (p. 320). 



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- 206 - 

Des textes passons aux monuments. 

Le comte de St-Laurent, dissertant du sacrifice d*Âbraham, dit : 
<( Ce sujet renferme trois figures du Sauveur : Abraham^ comme 
sacrificateur; Isaac, cojfnme victime volontaire; le bélier comme 
victime effective... Sur le beau sarcophage conservé dans la basi- 
lique de Ste-Marie Majeure,... le bélier est là et son attitude té- 
moigne qu'il s'offre volontairement. Ce sentiment de l'offrande de 
soi-même, de la part de ce bélier, devenu évidemment TÂgneau 
divin, est encore mieux senti sur le sarcophage de Junius 
Bassus, où il est élevé sur un monticule ^ circonstance qui n'est 
certainement pas indifférente, vu le caractère de ces monuments. 9 
(Guide de l'Art chrétien^ t. IV, pp. 53-84). 

J'ai remarqué, à la base de l'élégante colonne de marbre, mosaïquée 
d'émail, qui forme le chandelier pascal de l'église de St- Pancrace, à 
Rome, un bélier ailé, et à corps de serpent, qui supporte, à l'angle, 
l'instrument liturgique. Or, à cette place, l'on mettait d'ordinaire, au 
moyen-âge, un lion couché dont j'ai expliqué précédemment la 
signification. Le bélier symbolise donc également le Christ ressus- 
cité, et tel est le sens que j'attacherai à ses deux ailes, emblème du 
vol qu'il prit vers les cieux en sortant victorieux du tombeau 2. 

i . La représentaUon se trouve dans Bosio, Roma soilerranea, p. 73, et dans 
la Revue de l'art chrétien^ t. IX, p. 416. 

2. J'ai reproduit dans la Revae de l'art chrétien, 1883,p. 552, la lettre que m'é- 
crivaitdu petit séminaire de Servières, à la date du 22 mai, M. le chanoine Poul- 
briôre : « Monseigneur, Le 1res savant article,que vous venez de nous donner 
sur le symbolisme du bélier dans les crosses d'ivoire, m'engage à prendre la 
plume pour une petite indication. Vous dites du chandelier pascal de l'église 
S. Pancrace, à Rome: (suit la citation),.. Je choisis ces lignes dans votre œu- 
vre de préférence à d'autres, parce que le petit monument rappelé dans ma 
mémoire, par votre travail, est, lui aussi, un, bélier support, mais sans ailes 
et porteur d'une croix. On le voit en la paroisse de Peyrelevadc, canton de 
Sornac, diocèse de Tulle, sur le bord d'un chemin. G'esltout sinoplement une 
croix rustique, une croix de pierre, où le corps assez massif d'un bélier ac- 
croupi sert de piédestal au signe du salut. Je ne saurais, pour le moment, ni 
vous en donner le dessin, que je n'ai pas, ni vous en préciser la date, qui me 
serait un problème, ni vous en fournir l'entière description, qui m'échappe- 
rait à vingt lieues do distance et dix ans de souvenir; mais je puis garantir 
l'existence de l'œuvre et certes, si cette œuvre n'est pas une œuvre d'art, 
c'est bien un des curieux monuments de l'iconographie. On n'y trouvera pas 
tout le symbolisme développé dans le bélier des crosses; il faudra s*y res* 
treindre & la personnification sacrée de J.-C; mais n'est-ce pas déjà chose 
suffisamment intéressante que de voir ainsi, sur le bord d'un chemin, présen- 
tée à la confiance, à l'hommage, aux prières des foules, cette victime élective 
du grard sacrifice, portant sur son dos reposé et le bois sanglant do son im- 
molation et l'étendard glorieux de sa victoire ? » 



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- 207 — 

li symbolise aussi le Christ, immolé pour nos péchés, dans ce 
vers relatif au sacrifice d'Abraham, que j*empruate à un cuivre 
gravé du xii® siècle, qui faisait partie de la collection Labarte 
{AnnaL arch., t. VIH, p. H) : HOC aries prbpert qvod homo devs 

HOSTIA DEFERT. 

On peut, sans crainte d'exagération, pousser plus loin encore le 
symbolisme du bélier. En effet, la volute de la crosse se recourbe 
comme la corne de cet animal. Or la corne est un symbole fort 
connu de la force et de la domination^ qui sont les attributs propres 
du Christ vainqueur, triomphant et roi : 

Corna, regnum Chhisti : Et erexit cornu salutU nohis in domo David 
(Luc, 1, 69). — Cornua, potestas Cbbisti per omne tempus. — Cornaa, 
(rophœum cracis (S. Meliton. Clavis.) ■— Cornu, regia potestas, forti- 
tudo, eminentia deitatis, brachia crucis. (Raban. Maar.) — Cornu est 
salutarisy sive protectionis, regfse potestalis, potenliœ. (Petrus Cantor.) 
— Cornu, potentia Christi, regise dignitatis, potenliap, redemplionis nos- 
tr» (Petrus Capanus). — Corna significat regfam potestatem, at 
ibi : Dominas sublimabit cornu Chruti sut. {Distinct, monast.) — 
Cornu significat foHitudinem (Ibidem). — Per cornu scimus significari 
Christum {Ibidem) . — Cornu^ fortiludo vei regnum (S. Eucher.) . 

Tous ces textes sont empruntés au Spicilegium Solesmensey tome 
III, pp. 22, 402. 

La conséquence directe et immédiate de la victoire est la joie, 
l'allégresse, manifestée par des transports et des signes extérieurs 
Il est écrit de Judith qu'elle se réjouissait de sa victoire sur Holo- 
pherne, parce que son peuple était délivré de son plus cruel enne- 
mi : a Dominus.... revocavit me vobis, gaudentem in Victoria sua, 
in evasione mea et in liberatione vestra. j» (Judith, XIII, 20). Et le 
peuple, pendant trois mois, célébra la joie de la victoire : « Et per 
très menses, gaudium hujus victoriae celebratum est cum Judith. » 
(Jud., XVI, 24.) 

Or, d'après les psaumes de David, le bélier par ses bonds est l'em- 
blème d'une grande joie : « Hontes exulta verunt ut arietes... 
Hontes exultastis sicut arietes. )> (Psalm. CXIII, 4, 6). 

Le bélier ne pourrait-il donc pas avoir été spécialement choisi 
pour exprimer la joie qui doit résulter pour tout le peuple chrétien 
•de la victoire remportée par le Christ sur le démon ? 

a Par une anomalie des plus extraordinaires, la cathédrale de 



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— 208 - 

Troyes présente, sculpté à une clef de voûte, un agneau de Dieu en 
bélier. Les formes de ce bélier sont nettement caractérisées et le 
dessin qu'on en donne ici montre deux cornes très bien indiquées 
et très puissantes. . . Les cornes sont le caractère de la force maté- 
rielle; elles signifient peut-être que ce bélier divin est le symbolede 
la puissance divine du Fils. » (Didron, Hist. de Dieiij pp. 331-332). 
Sans doute cette sculpture est peu commune : cependant, rappro- 
chée des crosses et du chancelier pascal, elle s*explique fort bien. 
Le nimbe crucifère dénote la divinité; les cornes, la puissance; la 
croix avec l'oriflamme, la résurrection. Or, ces trois caractères, fré- 
quents pour Tagneau pascal, signifient ici le Christ ressuscité par 
sa propre vertu, en raison de sa divinité. Celte sculpture est de la 
<c fin du xni® siècle, » et « orne une clef de voûte placée à douze 
mètres du sol dans une chapelle du latéral méridional ». 

Dans TÂpocalypse, Tagneau fut vu par S. Jean avec sept cornes : 
« Agnum stantem tanquam occisum, habentem cornua septem » 
(V, 6). Au chapitre XIII, verset 11, il n'en a plus que deux, puis- 
que la béte lui est assimilée par ce côté : ce Et vidi aliam bestiam 
ascendentem de terra et habebat cornua duosimilia Agni et loque- 
batur sicut draco. » Or ces deux cornes transforment précisément 
l'agneau en bélier. 

Pour ne rien laisser dans l'ombre, je citerai encore quelques mo- 
numents moins connus. 

Marligny donne deux représentations du bélier : dans l'une, du 
cimetière de Domitille,il porte la houlette avec le vase de lait (p. 27); 
dans l'autre, il fait Toffice de lampe et y joint cette double caracté- 
ristique,la croix sur la poitrine et sur la tète, la seconde surmontée 
de la colombe divine (p. 28) : celte lampe de bronze a été publiée 
en 1853, par Ferd. de Lasteyrie dans les Mémoires de la Société des 
Antiquaires de France, t. XXII. 

Parmi les lampes découvertes à Carihage et qui datent du iv« siè- 
cle, plusieurs fois on rencontre le bélijer, modelé à la surface (Rev, 
de Part chrét,, 1891, p. 40, n**» 136, 137, et p. 41, n°« 140,141, 142, 
144, 146, 146, 147, 148, 149, ISO.) Aun« 137, il est surmonté du 
chrisme qui précise sa signification. 

Au lieu de l'agneau parait le bélier sur la colline aux quatre 
fleuves mystiques, sur un fond de coupe, de verre doré, du v^' 



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— 209 — 

siècle, gravé dans la Revue de Fart chrétien^ t. IX, p. 414. 

ce La croix de Bazergues, peinte sur bois au xu^ siècle, porte, au 
milieu un agneau, ÂGNVS; à droite LEO suppose un lion et, à 

gauche, ARIES, un bélier; qn bas lES, un » (De Laurière, 

Promenade archéologiq. dans le Val d'Aran, p, 105.) 

Au porche de Tabbaye de S. Saba, à Rome, qui date du commen- 
cement du xui® siècle, au milieu d'un bandeau de mosaïque qui 
sous-tend un arc en plein cintre, saillit, dans un médaillon 
sculpté, un bélier, qui marche à gauche, détourne la tête et porte 
une croix; ses cornes ne laissent pas de doute sur son identité. 

Au musée de Toulouse, sur un tombeau d*évêque du xiv* siècle, 
aux armes des de Lévis, est figuré un bélier, au nimbe crucifère. 

A Pérouse,sur un panneau peint du xv^ siècle, Ste Agnès de Mon- 
tepulciano a pour attributs un lis, un livre, le costume dominicain 
et un bélier, avec le nimbe crucifère autour de la tète. 

VIL Le bélier ne symbolise pas seulement le Christ. Avec toute 
la tradition nous devons y voir égaie/nent les apôtres, fils et hérauts 
du bélier divin. Après S. Méliton, voici le témoignage irrécusable 
d*un grand nombre d'auteurs ecclésiastiques : 

Arietes, aposloli : Âfferte Domino filios arietum '. 

L'anonyme de Glairvaux cite à Tappui un texte différent : « Apos- 
toli, ut Induti arietes ovium K » 

Ecoutons maintenant Raban Maur, S. Brunon d*Asti et S. Eu* 
cher : 

Fer arietem, sancti aposloli, ut in psalmis : Induti sunt arietes ovium^ 
quod apostoli, qui fîdelibus prsesunt, Sancto Spiritu sunt vestitf. {Rab. 
îdaur,,Allegor.) 

1. Psalm. LXXXVllt, 1, — S. Melitonis clavis. SpicUeg. Solesm., i.lU, 
p. 24. 

A Milan, dans l'égliso Saînt-Celse, on voit sur un chapiteau du xi* siècle, une 
croix haute, pattée à ses extrémités et accostée de deux béliers. Ces béliers 
sont évidemment les apôtres S. Pierre et S. Paul, chefs du collège apostoli- 
que, comme ailleurs on trouve plus ordinairement deux agneaux k la même 
place. 

Paciaudi, De sacris christianonim balneis, Rome, 1758, planche 3, donne le 
dessin d*un lavoir de Tépoquo romane, où Tagncau est vainqueur du serpent 
par la croix et accompagné d'un bélier en face d'un loup, ce qui est le môme 
emblème répété de deux manières différentes. En effet, le bélier symbolise 
S. Pierre et le loup S. Paul, k cause de sa conversion, comme l'explique une 
peinture murale de l'église Ste-Marie Transpontine & Rome. 

2. Psalm. LXIV, 17. — Spicileg. Sol., 1. 111, p. 23. 

T. XIl 14 



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— 210 - 

Arietes autem slgnifloant Âpostolos vel Ecclesiarnm principes, ande in 
psallerio : Afferie Domino film arietum. Hi, tanquam duces gregam, in 
causas Domini perduxerunt populnm christianum . Arietes autem bene 
sunt Apostolis comparati, quoniam, ut diximus, animalia ipsa piurimum 
fronte valent et objecta semper impingendo dejiciunt ; quod prsedicando 
fecerunt Apostoii. qui di versas superstiliones et idola firmissima cœlestis 
verbi quadam fronte ruperunt (Raban. Maur., De tmiverso, YIll, 7.) 

Arietes.. • Apostoii sunt et doclores, qui in toto grege ecclesiastico ma- 
jores sunt et principatum tenent, et ex aqua et Spiritu sanclo nos hiedos 
et agnos Domino générant (S . Brun. Astens., in psalm. Afferie,) 

Arietes, Apostoii, Tel Ëcclesi» principes (S. Eucher., Form. spir., 4). 

Pierre de Capoue n'est pas moins explicite : 
Arietes mundf, Apostoii, qui tolnm mundum prœdicalione sua post se 
traxerunt, quia inomnem terram exivUsonus eorum >. 

Les Distinctions râonastiques vont plus loin, car elles affirment 
que les cornes du bélier, qui sont sa puissance, expriment les deux 
testaments qui faisaient la force des Apôtres ^. 

Arietes dicti sunt Apostoii, qui comibus utriusque testamenli hœreticos 
venlilabant ; nnde est illud : Afferte Domino filios arietum, id est vosmel- 
ipsos quos per evangelinm Apostoii Ghristi générant. Est autem Domino 
filios arietum afierre, conserves ad fidem CuaiSTi,a vita, id est conversa- 
tione veteri, ad novam transferre ^ 

Enfin le symbolisme du bélier, transformé en Apôtre, a inspiré 
à Pierre de Riga quatre distiques qu'il est utile de reproduire : 

Ghristi signant ur testes vervece secundo. 

Quorum grata Deo mors pretiosa fuit, 
Discipuli bis sex aries fuit iste secnndus, 

Post GHaiSTUM quorum purpura pinxit humum. 
Inde canit cytharista puer : Domino dominorum 

Hos afferte, gregis quo genuere duces. 
Bisseni patres sunt ergo ddces gregis : horum 

Proies, pro Ghbisto qui meruere mori ^ 

1. Psalm. XVII, 6. — SpiciL SoL, t. III, p. 25. 

2. Le symbolisme des cornes so retrouve dans la signification des deux 
pointes de la mitre. « Item per cornua mitrce pontificalis significantur duo 
leslamen ta. » (Ow/mc/. monasU, lib. I, do cornu). Le Pontifical romain (ait 
dire à Tôvôque consécrateur lorsqu'il remet la mitre à Tèiu : « Imponimus, 
Domine, capiti bujus antisUtis et agonistœ tui galeam munitionis et salutis, 
qu&tenus, decorata facie et armato capite cornibus utriusque Testament!, ter- 
ribilis appareat adversariis veritatis. » 

3. Spicileg, Sol., L UI, p. 25. 

4. Spic. SoL, t III, p. 20. 



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— 211 — 

VIII. L'idée est tellement féconde qu'elle donne lieu à une troi- 
sième application mystique, conséquence directe des deux autres. 
Le bélier représente donc encore l'évêque , placé par l'Église à la 
tête d'un troupeau spirituel qu'il est spécialement chargé de paître. 
Or le devoir du prélat est de s'immoler pour son troupeau et de le 
nourrir de la parole divine. C'est ce qui résulte évidemment des textes 
suivants, empruntés à Raban Maur, à l'anonyme de Clairvaux, aux 
Distlnclions monastiques^ à S. Jérôme et à S. Grégoire le Grand. 

Voici comment s'expriment ces Pères de TÉglise et ces auteurs 
ecclésiastiques : 

Aries, prselati , ut : Afferte Domino filios arietum *. Por arietes , prsdlati 
qui sunt in ecclesia (Bab. Maar., Allegor.) 

Item aries, prselati qui debent immolari pro snbdiiis. Sapientia : Tria 
sunt qux bene gradiuntur, leo, fortissimus bestiarum, gallus succinctus 
lumhoSf et aries *. 

Arles, qaia dux est gregis, significat tam principes laicos quam prœ- 
latos ecclesiasticos, unde in Daniele legimus per arietem fuisse figuralûm 
Dirium, regem Persarum. Et de hujusmodi arielibus dixit Deus per 
Isaîam, in consolailooem prlmitivse Ecclesise : Omne pecus Cedar congre- 
gabitur tibij arietes Nabaioth minisirabunt tibi *. 

Arietes dicuntur quilibct boni prœlat! ; de quolibet est illud psalmistiB : 
Montes exuUaverunt ut arietes *. 

Omnes Dominici gregis arietes cum animarum lucris apparebnnt , qui 
sanclis suis praedicationibus Deo post se subditum gregem trahunt. 
(S. Gregorii MagQ., aomil. XXVII in Matth.) 

Arietis nomine primus intra Ëcclesiam sacerdotalis ordo exprimitur, ut 
ibi : Tria sunt quœ incedunt féliciter y leo y gallus et aries. Apte quidem 
arie? sacerdotaiem ordinem exprimit , quia sequentom post se populum , 
quasi ovium gregem, trahit. (S. Greg. Magn.) 

S. Léon IX^ parlant des églises d'Afrique, dit : aQuondam innume- 
rabilis grex Domini sub numerosis arielibus exultabat alla pace. » 
(Harduin., ConciL, t. VI, p. 950.) 

S. Ambroise, parlant d'Abraham, lib. I, cap. viu, place le bélier 
à la tête du troupeau : « Qua ratione arietem? Quasi prsestantem 
u tique cœtero gregi? » 

1. Raban. Maur.— Spiciï. Sol.» 1. 111, p. 25. 

2. Proverb. XXX, Zi. — Spicil. Sol., t. III. p. 25. 
a. Isai., LX. 1,-^Spicil. SoL, t. III, p. 25. 

4. Psalm. CXIII, 4. 



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- 212 — 

Alcuiii, au vin* siècle, écrivait à un évêque, lettre 22 : « Tu vero 
aries, cuijuxtaSalomonem nullus resistere valet. » 

Adam de Saint- Victor, au xii* siècle, dans la prose Aquas plenas 
(L. Gautier, Œuvr. poétiq. d'Adam de Saint- Victor, t. I, p. 271), 
compare S. Thomas de Cantorbéry au bélier, qui meurt pour son 
troupeau : 

Novas vervex pro grege moritur, 
Et pro matre proies occiditur. 

Le commentateur ajoute, p. 276 : « Vervex, proies désignent le 
fidèle, grex et mater désignent l'Église ». II y a là une erreur : grex 
est le troupeau du pasteur; mater, l'Église; proies, renfautdoTÉglise 
ou S. Thomas, appelé aussi vervex y parce qu'il est le chef du trou- 
peau. 

Dans le Breviarium Roschildensey imprimé à Paris en 1517, comme 
dans le Breviarium Aberdonense , imprimé à Edimbourg en 1510, 
l'évéque S. Magne, au troisième répons du premier nocturne, est 
qualifié bélier^ parce qu'il régit le troupeau et le protège contre le 
loup (Dreves, V, 202) : 

Hagnus prsêdo mutatur penilas, 
De raptore fit pater inclitus, 
Agnas redit ad caulam perditus. 
Sicri plenus afflatu Spirltus, 
Gregem régit hic vervex redditus. 

L'Église romaine, à la seconde lamentation des ténèbres du jeudi 
saint, s'est approprié ce texte de Jérémie, qui montre les princes de 
Sion comme des béliers errants : 

Et egressus est a filia Sion oauiis décor ejus : facli suut principes ejus 
velut arietes non iovenientes pascua et abierunt absqae fortiludine aule 
faciem subsequenUs. Recordala est Jérusalem dierum affliclionis suao... 
cum caderet populus ejus in manu hostiii et non esset auxiliator. Deposita 
est vehementer, non habens coDsoIatorem : vide, Domine, affliclionem 
meam quoniam erectus est ioimicus S 

J'ai multiplié à dessein ces citations, malgré leur longueur, parce 
qu'elles sont essentielles à la confirmation de la thèse que je soutiens. 

1. Ce texte fait vraiment tableau et explique nalureliement quelques-unes 
des crosses d'ivoire : Cennemia'est dressé, le bélier s*en est allé sans force^ il a 
été déposé (mis à terre) ; le secours ne peut venir que do Dieu, par la vertu do 
sa croix. 



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— 213 -- 

f^ur d<^.v6loppement considérable, dont je ne me dissimule pas Tari- 
dite, m*a interdit nécessairement tout commentaire. D'ailleurs, les 
textes s'interprètent d^eux-mémes et la pensée qui s'en dégage est 
des plus claires et des moins discutables. 

M"« Félicie d'Ayzac, dans une étude très érudite sur le Bélier, 
écrit, à propos d'une sculpture et dune peinture des premiers 
siècles : 

Sur le sarcophage de Pauline, extrait des catacombes romaines, an bas- 
relief des pins curieux qn*ait enfantés Tesprit mystique des premiers 
siècles chrétiens, très antique, on voit le bon Pasteur, débout entre sept 
béliers. L*un, qu'il porte sur ses épaules, se retourne pour le baiser; deux 
autres broutent ou ruminent, un autre se repose contre ses pieds, on cin- 
quième quête ses caresses, un antre semble lui pnrler de l*atiitude et dn 
regard ; lui-même. Il tire par sa courte queue le septième et dernier bé- 
lier (Bosio, p. 513): aimable tableau pastoral qui paraît, au premier 
coup-d*œll, retracer l'intimité sainte à laquelle le sacerdoce est admis de 
la part de Dieu, mais qui décèle, peut-être, un sens plus précis et plus 
spécial à un examen attentif de ses caractères de détail. Ceux-ci, en effet, 
semblent s*adapter complètement, non aux sept églises d'Asie mentionnées 
an deuxième chapitre de F Apocalypse, comme le pense Bottari, mais aux 
sept évêques eux-mêmes de ces églises primillves. En effet, dans aucune 
œuvre d'art , pas plus que dans le mysticisme des Livres saints, le bélier 
n'a représenté une réunion de fidèles ; et ceux-ci , visiblement emblèmes 
de sept apôtres ou pasteurs, semblent une expression exacte et scrupuleu- 
sement fidèle de la scène rapportée de l'Apocalypse et des dispositions 
diverses reprochées à ces sept pasteurs. Les poses de ces sept béliers ont 
des analogies frappantes avec ce qu'on lit dans le texte sur cet anges des 
sept églises. Dans ce texte, l'évêque de Philadelphie et celui de Smyme 
sont loués et encouragés ; celui d'Éphèse est excité à reprendre la vole 
première, Tévêque de Laodicée est fortement réprimandé, mais avec amour 
et tendresse; ceux de Per^ame et de Thyiitise sont approuvés sur plusieurs 
points, mais gravement repris pour d'autres et, enfin, l'évêque de Sardes 
est appelé vivant de nom, mais mort néanmoins par ses œuvres. Ce détail 
si net, si précis, nous semble se retrouver dans l'œuvre sculptée ; les évê- 
ques de Philadelphie et de Smyme, consolés avec tant d'amour, ne peuvent- 
ils pas être caractérisés, l'un par le bélier debout au centre, se serrant 
contre le Pasteur et semblant même lui parler, l'antre par celui qui lui 
parle aussi en'se retournant vers son visage et qui est porté sur ses épaules? 
Celui qui rumine tout seul au plus haut point dn monticule, mais qui re- 
garde le Pasteur, ne semble-t-il pas figurer Tévêque d'Ephèse, auquel est 
si fort reprochée la domination de sa charité? Le pasteur de Laodicée, 
accusé de tant de tiédeur, ne semble-t-il pas avoir son type dans le bélier 



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- 214 - 

qui broole à Taise en tournant le dos au berger, dont Toeli plein de BoUi- 
cKude observe et suit ses mouvements ? Les deux regardant vers l'ouest 
ne personnifieraient-ils pas à leur tour les évoques de Pergame et de Thya- 
tine; parleur altitude, ils montrent afFeclion et docilité, mais sans rechei- 
ches de caresses. Celui de Sardes, le coupable qui est repris si sévère- 
ment, ne serait-il pas le septième et dernier bélier, dont le berger tire la 
queue; cet acte rappelle cet at/rem vellU de Virgile {Ed., VI, 4) dont 
chacun sait la tradition. Remarquons, en effet, ici que la queue, écourtée 
comme on le voit sur ce bas-reiief , dépeint , dans la langue sacrée, le 
mépris des choses de Dieu , Voubli total des fins dernières, caractères très 
convenables à celui que l'Apocalypse nomme mort aux yeux du Sei* 
gneur... 

Les peintures murales des catacombes , qui mettent en scène la brebis 
fatiguée portée sur les épaules du bon Pasteur, conformément au texte 
évangélique, ne pouvaient manquer de montrer la même faveur accordée 
au chef du troupeau. On voit sur une de ces peintures le Pasteur céleste 
portant un bélier sur son cou et cheminant entre deux autres petits béliers 
pacifiquement affrontés (Bosio, Roma). Sur une autre', on voit le même 
Bon Pasteur en marche entre deux brebis qui le regardent avec extase, 
tandis qu'un bélier, porté sur ses épaules, semble chercher à le baiser 
(Bosio, RomUf fresque de voûte du 4« cubiculum dans les catacombes de 
Ste Agnès). Ce bélier, fîgure du prêtre, est-ce un déserteur ramené, est-ce 
un serviteur défaillant assisté par le divin Maître ? Ce fut sans doute Tun 
et Pautre; et Pou peut voir dans ce Pasteur celui qui convertit S. Pierre, 
coupable de reniement, celui dont la compassion gratifia le môme apôtre 
de là pêche miraculeuse, après une nuit fatigante d'un âpre et stérile tra- 
vail (Rev. de Vart chrét., IX, 421-424). ' 

Je souscris volontiers à cette interprétation , quelque raffinée et 
minutieuse qu'elle paraisse. Sur le sarcophage, les sept béliers font 
une allusion transparente aux sept évoques do PApocalypse; sur la 
peinture, les trois béliers ou le bélier unique offrent encore la même 
signification mystique des chefs du troupeau ramenés dans la vraie 
voie par le Christ. Le sarcophage du Vatican, où sont sculptés les 
trois béliers, est accompagné d'un poisson et d'une ancre, pour ex- 
primer que les évéques, comme Celui dont ils continuent la mission 
sur terre, fournissent aux fidèles qui leur sont confiés la nourriture 
spirituelle et le moyen d'arriver sans encombre au port du salut. 

IX. Le bélier, par cela seul qu'il représente un chef, signifie aussi 
l'abbé, qui est vraiment prélat dans son monastère. Thierry d'A- 
polda et après lui le Père Lacordaire (chap. 18), ainsi que les Bollan- 
distes, dans leur Vie de S. Dominique, rapportent la bulle par laquelle 



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- 21S ^ 

Grégoire IX décréta la canonisation du fondateur de l'ordre des 
frères prêcheurs. L'Église triomphante y est comparée à un char, 
traîné par quatre chevaux et conduit par le Christ. Suivent d'autres 
chars symbolisant les ordres religieux. « Le troisième char, dit le 
pape, est venu avec des chevaux blancs, c'est-à-dire avec les frères 
des ordres de Cîteaux et de Flore, qui, semblables à des bt*ebis ton- 
dues et chargées des fruits de la double charité, sont sorties du bain 
de la pénitence, ayant à leur tète S. Bernard, œ bélier revêtu d*en 
haut de l'esprit de Dieu , qui les a amenées dans l'abondance des 
vallées couvertes de froment. » 

Le bélier convenant aux abbés comme aux évoques, en tant que 
chefs de troupeau, je ferai observer que l'ivoire, matière moins pré- 
cieuse et brillante, était plus en harmonie avec la simplicité monas- 
tique, surtout pour les prélats habillés de blanc, comme Cisterciens 
et Camaldules, tandis que le métal doré et gemmé aurait été réservé 
aux dignitaires séculiers. Je ne donne ceci que comme une hypo- 
thèse, qu'il y aurait lieu de contrôler par les textes. 

X. Au moyen-âge, l'idée était très élastique et on retirait jusqu'aux 
limites extrêmes. Étant donc donné que le bélier exprime symboli- 
quement tout chef spirituel et, partant, le Christ, les apôtres, le 
pape, les évêques et les abbés, qui, à des titres divers, ont gouverné 
et gouvernent l'Église, avec une juridiction plus ou moins étendue 
sur tout ou partie du troupeau, on en a déduit logiquement que le 
même animal pouvait aussi figurer les chefs inférieurs, ce les princes 
de Sion », comme dit Jérémie. Or, dans un diocèse, l'élite du clergé, 
sa tête en un mot, car là est le sénat et le conseil de l'évêque, forme 
le chapitre cathédral. Un proverbe brutal a déclaré, presque en 
axiome, que le mot capitulum décomposé donne caput muli; c'est 
peu respectueux, mais les faits se sont souvent chargés de démon- 
trer l'exactitude de ce renversement des lettres. Les chapitres, en 
général, n'ont pas une réputation de douceur et de patience, mais 
bien de résistance et parfois d'insubordination. Il est plus noble de 
les comparer à des béliers vigoureux qu*à des mulets entêtés. D*ail- 
leurs, ce sont eux-mêmes qui ont choisi ce symbole. Douetd'Arcq, 
dans son Catalogue des sceaux des Archives de C Empire (t. Il, 
p. S81), décrit la bulle de plomb dont usait en 1211 le chapitre de 
Saint-Trophime d'Arles, qui a pour exergue : >J< SIGILLVM CAPI- 



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- 216 — 

T VU ARELATENSIS. Dans le champ, cinq têtes de bélier sont abou- 
tées de manière à former une étoile. Les chanoines brillent donc 
dans le monde surtout par leur force de résistance. 

XL Dans Tordre civil , aux chanoines correspondent les échevins 
et les magistrats municipaux. A Lectoure, en 1303, le sceau orbi- 
culaire des capitouls portait pour emblème ou meuble d'armoiries, 
nnbélier passant : (Douet d'Arcq, t. II, p. 350.) C'était un peu moins 
pacifique que les agneaux des' armoiries de Toulouse, de Carcas- 
sonne et de Rouen. 

XIL Ce n'est pas tout. Le bélier signifie encore le prêtre, qui ins- 
truit son troupeau. Bède le Vénérable , sur les Proverbes, XXX, 
constate ce symbolisme : « Gradiuntur bene tria, nempe leo signifi- 
cans Christum et gallus praedicatores et aries ordinem sacerdotum 
bonis exemplis gregem instruentium » (Sylva allegoriarum, au mot 
Ambulare). 

Raban Maur, dans ses Allégories, n'est pas moins explicite : 
« Arietes, ordo sacerdolalis, ut in parabolis : Et aries , nec est qui 
résistât ei, quod sancto quod in Ecclesia est sacerdotio et ipsi reges 
et principes terreni subduntur. » — < Per arietem pradicatio, quae 
agnos bono Pastori générât. » (S. Hieronym., Epist. 149, W* 6.) — 
S. Brunon d'Asti répète. In psalm. Afferte, la même doctrine : 
« Arietes... apostoli sunt et doctores, qui in toto grege ecclesiastico 
majores sunt et principatum tenent et ex aqua et Spiritu Sancto nos 
haedos et agnos Domino générant. » 

XIIL Enfin, le bélier représente encore le fidèle, soit qu'il se 
tienne près du Bon Pasteur, soit que celui-ci le prenne sur ses 
épaules ^ Martigny dit à cette occasion, p. 98 : 

C'est comme symbole de la force et comme encouragement à combattre 
vaillamment l'ennemi du salut que le bélier est figuré sur certains monu- 
ments relatifs au baptême, notamment sur une vasque baptismale de Pi- 
saure, dans les cimetiôres où les chrétiens cherchaient un asile pendant 
les persécutions (Perret, vol. III, pi. VIll) et enfin sur les pierres annu- 
laires (Id., IV-XVI), où ils aimaient à retracer des images propres à les 
soutenir dans ces temps malheureux. S. Ambroise conclut que nous aussi, 
nous devons nous faire béliers (Inps.XLIII), et repousser, abattre notre en- 
nemi commun par la foi et la vertu de J.-C, qui est figurée par cette corne 
lent il est parlé au psaume xlui, 7 : In te inimicos nostros ventilabimus 

l. Rev, de l'art chrét., t. IX, pp. MO, 421, 424. 



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— 217 - 

comuj c'est en voas que nous trouverons la forcé de terrasser nos enne* 
mis, littéralement que nous jetterons en l'air nos ennemis avec les cornes. 

XIY. 11 est temps de conclure et de déduire renseignement qui 
résulte de cet eiamen approfondi, motivé tout à la fois sur les mo« 
numents figurés et sur les documents écrits, en sorte que les uns 
et les autres s'éclairent mutuellement. Les textes ne sont donc pas 
une lettre muette, si Ton peut en conclure que les artistes ou s'en 
sont inspirés directement, pu du moins ont travaillé sous l'empire 
des idées admises de leur temps. De leur côté , les représentations 
graphiques justifient pleinement les textes, qui ne peuvent plus être 
dès lors considérés comme de chimériques abstractions ou des rêve- 
ries restées à Tétat idéal. 

Nous assistons au développement graduel de l'idée symbolique 
du bélier. Dans le principe, c'est-à-dire du second au vi^ siècle, on 
s'exprime d'une manière brève et concise. Le moyen-âge s'empare 
du canon traditionnel et lui donne plus de corps, mais l'idée n'ac- 
quiert toute son extension que du ix* au xiii* siècle, époque privi- 
légiée qui ofire le symbolisme le plus riche et l'art le plus beau. 

Le symbole, resté longtemps à l'état de germe, ne prend corps 
qu*à la fin de cette longue période : alors seulement, il commence à 
se traduire aux yeux par des signes matériels qui le rendent plus 
facilement saisissable. Malheureusement, quand l'idée atteignit tout 
son développement naturel, l'art était en retard. 

Voilà pourquoi les crosses qui viennent de nous occuper sont d'un 
éclat incomparable comme symbolisme, mais d'une exécution mé- 
diocre. Et lorsque l'art, arrivé à son apogée, aurait pu rivaliser avec 
la pensée qui en était Tâme, il avait échappé aux msiins pieuses qui 
le dirigeaient et s'était sécularisé. 

Malgré son état d'imperfection, mais en raison du symbolisme qui 
l'embellit, je n'hésite pas à proposer la crosse de l'abbaye romaine 
comme un modèle à suivre de nos jours. Non qu'il faille la copier 
servilement jusque dans ses défauts et dans ses maladresses. Tout 
en lui laissant quelque peu de sa naïveté originale, on peut en faire 
un objet charmant, que je recommande tout particulièrement aux 
soins éclairés et au goût vraiment artistique de M. Armand Caillât, 
l'habile orfèvre de Lyon, qui se plaît au vieux rajeuni. 

Je résume en quelques mots le symbolisme de cette crosse vrai- 



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— 218 — 

méat merveilleuse, où le bélier prendra bon droit, ane triple signi* 
fication. D'abord, c'est Jfeus-CHRiST, vrai pasteur des âmes, chef du 
troupeau qu'il a racheté par son sang et auquel il se donne encore 
chaque jour en nourriture. Puis, quand l'Église est fondée et que 
son auteur est remonté aux cieux, il la gouverne encore par les mi- 
nistres de sa parole et le bélier représente, une seconde fois, Tapôtre 
à qui une portion de la bergerie a été confiée et qui est devenu 
lui-même chef d'un troupeau particulier. 

Enfin, lorsque la parole des apôtres eut retenti dans le monde 
entier et créé dans l'unité de foi de vastes chrétientés, distinctes par 
les lieux qu'elles habitaient, il se forma dans ces mêmes chrétientés 
d'autres troupeaux, dont la garde fut remise aux évèques. Succès* 
senrs des apôtres dans leur mission, les évéques sont donc les con- 
tinuateurs de l'œuvre du Christ. Quand ils ont à la main le bâton 
pastoral, symbole de leur juridiction spirituelle, ils doivent consi- 
dérer dans le bélier^ sculpté â la hauteur de leurs yeux, le modèle 
accompli de leur devoir et de leur charge. 

Qu'on me dise maintenant s'il est, dans tout le moyen âge, parmi 
les crosses si nombreuses qui nous ont été conservées, un monu- 
ment dont le sens mystique soit aussi élevé et aussi profond. Qu'on 
me dise encore si jamais objet du culte a mieux été approprié à sa 
destination. C'est pour nous une nouvelle occasion d'admirer ce 
moyen âge si productif en œuvres de tout genre et qui, pendant plus 
de trois cents ans, a su se maintenir â une telle hauteur que nous, 
ses fils dégénérés, nous sommes souvent impuissants à le com- 
prendre et presque toujours réduits à l'imiler, ne pouvant ni l'égaler 
ni le surpasser. 

XY. J'ai montré le type primordial, voici maintenant son altéra- 
tion. Le bélier devient bouquetin *, c'est-à-dire que la force di- 

1. Le chanoine Dac m'a adressé d'Aoste la lettre suivante, qui prouve qu'il 
n'a pas bien saisi ma pensée, car j'ai dit seulement que le bouquetin était 
l'altération du type iconographique du bélier. Que de gens, bien intentionnés, 
mais trop zélés, s'empressent de rectifier là où il n'y a pas lieu ! 

a Monseigneur, A mon retour de Rome, j'ai trouvé votre cartoline qui s'est 
croisée en route avec ma dernière lettre. Je vous remercie des éloges donnés 
à mes publications et des observations qui les accompagnent. Elles servent de 
leçon autant à d'autres qu'à moi, elles empêchent la continuation des mêmes 
erreurs, et impriment une sage direction. 

« Dans votre Symbolisme du bélier sur les crosses d ivoire, j'ai vu que vous 



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- 219 — 

minue; les pattes, dès te premier choc, faiblissent; Tange consola 
teur disparaît. Nous sommes à la seconde période, celle où Tartiste, 
moins pénétré de son sujet, copie un modèle transmis par tradition 
d'atelier, sans chercher à saisir la pensée profonde qui l'a inspiré. 
Il n'en voit plus, pour ainsi dire, que le côté matériel ; delà Tamoin- 
drissementdu symbole et l'amaigrissement de la forme. Le xi® siècle 
est passé, le xiv touche à sa fin, le xni'' s'annonce. 

Mgr Barelli a publié en lithographie la crosse d'ivoire, dite de 
S. Félix, p. 5 des Studi archeologici su la provincia diComo (Came, 
1872). Page 52, il en a donné cette description sommaire : 

En 1611, lorsqu'on ouvrit l'urne (de granit, placée dans la crypte de 
San-Carpoforo. au-dessus de l'autel et qui contient le corps de S. Félix), 
on trouva à rintérleur les restes d'un cadavre, avec un petit calice de 
verre et une crosse de bois. Le premier fut laissé à sa place et la seconde 
serait celle que Ton voit actuellement à la sacristie et qui se décompose 

considérez le bouquetin comme une altération du bélier. Si celui-ci a une alté- 
ration, ne faudrait-il pas l*appeler de tout autre nom que bouquetin? Un de 
nos ecclésiastiques a publié en 1850 un Mémoire sur les bouquetins/ k2 pages 
in-8*. Le bouquetin, spécialité de nos montagnes, est vraiment, selon lui et 
l'opinion des habitants de la vallée, l'animal roi de nos glaciers, comme Taigle 
est le roi des airs, le lion, celui des foréls. Nommé en latin hirco-cervus ou 
ibex, et en italien stambeno, il est une espèce de bouc sauvage, supérieure à 
l'autre espèce qui 8*appeUe chamois. La chasse au bouquetin, depuis trente ans 
environ, est exclusivement réservée au Roi, qui pour cela entretient 36 gardes 
et même une station de carabiniers. De graves peines et môme la prise de 
corps atteindrait celui qui toucherait à cet animal privilégié. Dans sa grosseur 
moyenne, il est de la taille à peu prés d'un grand bouc domestique. Il s'agit 
ici du m&Ie. Ses jambes, courtes et carrées, ressemblent assez pour la forme 
à ceUes du mouton; le pied, soit la corne, aussi semblable, est creux au de- 
dans, et se distingue au dehors par une proéminence molle, qui, s'attachent, 
pour ainsi dire, aux lieux où il se pose, facilite ses bonds extraordinaires au 
milieu des rochers les plus escarpés. Toute sa configuration indique une vi- 
gueur et une souplesse non communes. Ses cornes sortant à quelques lignes 
au-dessus dos yeux, à la distance do trois doigts Tune de l'autre, se recour- 
bent en demi-lune sur le derrière de sa tète. Leur contour à leur base est quel- 
quefois tel qu'on ne peut les embrasser avec la main, et leur longueur, dans 
quelques-uns, est d'un bon mètre. Sur le devant, elles sont aplaties'et bordées, 
dans toute leur longueur et de chaque c6té, de deux arêtes proéminentes; elles 
sont arrondies sur le derrière. Quand elles ont atteint leur dernière dimension, 
elles pèsent 8 à 9 kit., et se trouvent éloignées à leur sommet de plus de 60 cen- 
timètres. Leur chair, d'un goût exquis, va jusqu'à peser environ iOO kilos. 
Les femelles des bouquetins, connues vulgairement sous le nom d'étagnes, se 
font remarquer par une corpulence 'plus mince elles cornes plus petites, sem- 
blables à celles des chèvres, auxquelles elles ressemblent aussi beaucoup pour 
le reste. — Cette description, prise au hasard dans l'opuscule sus cité, me parait 
suffisante pour venger Thonneur des bouquetins », lequel, soit dit en passant, 
n'était nullement attaqué. 



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- 220 — 

en plusieurs pièces. La volute est en os et fixée sur une boule ; elle se ter- 
mine par une tête de serpent qui se jette, pour le dévorer, sur un cerf 
placé au milieu et transpercé d'une dague. Le cerf est un animal symbo- 
lique figurant le Christ : on le trouve sculpté en mille endroits sur des 
marbres du moyen âge, transpercé par une arme on attaqué par des bêtes 
féroces. On lit dans Isidore, parlant de la crosse des évêques : c Hic ba- 
culus ex osse et ligno efficltur> chrystallina vel deaurata spherala con- 
jungllur, in suprême capite inslgnitur, in extremo ferro acuitur. » La 
forme singulière de l'objet en démontre Tantiquité, et ses petites dimen- 
sions, ainsi que le calice de verre, font suspecter que l'un et Tautre furent 
mis dans Tume, postérieurement à la mort du saint, comme emblèmes 
dénotant que c'était la tombe d'un évêque. Cependant il ne conste pas qu'au 
temps de S. Félix les évêques d'occident se servissent de la crosse. 

Reprenons cette note en détail, B&n d*en discuter les termes à la 
lumière de Tarchéologie. Une crosse du ive siècle^ surtout de cette 
forme, serait un monument unique : Mgr Barelli a donc raison de 
douter a priori de son authenticité. Le texte de S. Isidore qu*il in- 
voque ne prouverait que pour le vi« siècle; mais, même pour cette 
date, il donnerait un démenti à la forme en volute. Que dit-il, en 
effet? Que le bâton pastoral se compose de trois parties : la pointe, 
qui est en fer; la hampe, que l'on fait en bois ou en os; la tête, que 
Ton surajoute et qui est une boute ou de cristal ou de métal doré. 
Mgr Barelli est alors entratné à une autre conclusion. Donc, le ca- 
lice et la crosse ont été introduits postérieurement dans le sarco- 
phage pour indiquer les restes d'un évêque. Cette simple réflexion 
achève d'ébranler la conviction. A quelle date aurait eu lieu cette 
introduction? Évidemment lorsque le corps fut levé de terre et mis 
en honneur dans la crypte, au-dessus de l'autel. La date de cette élé- 
vation et translation doit être recherchée^ car elle peut fournir un 
indice archéologique. Je présume qu'elle correspond au xi* ou xii* 
siècle, époque de l'église actuelle, reconstruite pour honorer davan- 
tage les saintes reliques qu'elle contient. Il faudrait aussi ouvrir 
l'urne de nouveau pour en retirer le calice de verre et constater 
s'il concorde pour la date avec l'époque de S. Félix ou avec celle de 
la crosse ; j'opinerais pour la date la plus reculée et ce calice du 
iv« siècle serait peut-être pour Gôme une bonne fortune archéolo- 
gique. Mais alors il s'en suivrait que si le calice peut remonter au 
temps du saint évêque, la crosse, étant bien postérieure, perd sou 
authenticité. 



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- ^21 — 

Si, au contraire, la crosse et le calice sont du même temps, il 
faut convenir rigoureusement qu'on s'est trompé lors de Télévation 
et qu'on a exhumé le corps d'un autre évêque et non celui de S.Félix, 
ce qui n'est pas absolument inadmissible. 

Ce n'est pas un cerf, mais un bélier ou bouquetin qui est sculpté 
à l'intérieur de la volute; il n'est pas transpercé par une dague 
comme un fauve poursuivi à la chasse, mais il porte unç croix 
patlée dont la partie supérieure est brisée. 



Grosse d'ivoire dans l'église de San Carpoforo, à Corne (Lombardie),xir sièclco 

Je crois, autant que mes souvenirs sont exacts, que la matière de 
la crosse, n'est pas de l'ô^, mais de l'ivoire : je prie Mgr Barelli de 
vérifier le fait qui a son importance *. 

1. J'ai publié dans la Revue de Vart chrélien, 1883, p. 454, cette lettre rectifica- 
tive de Mgr Barelli : « Monseigneur, j'ai lu avec un vif intérêt l'article que vous 
avez eu la complaisance de me communiquer. J'ai admiré votre vaste et judi- 
cieuse érudiUon, et j'ai été sensible aux paroles bienveillantes et flatteuses que 
vous avez eu la courtoisie de m'adresser. J'ai voulu examiner de nouveau la 
volute du bâton pastoral de San Carpoforo. Je conviens qu'elle est en ivoire, 
non en os et que l'animal symbolique, sculpté au milieu, ne peut plus se 
prendre pour un cerf. Je me réserve de faire cette double rectification dans le 
prochain numéro de la revue de Côme, en citant votre article.— Je suis égale- 
ment d'accord avec vous pour l'époque de cet objet. La nef de San Carpoforo 



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- 222 — 

La volute est portée sur une tige qui se rattache à elle par un 
nœud et une tigctte : l'un et l'autre ont été faits au tour et ne doi- 
T6Qt pas remonter au delà du xvn^ siècle. Le nœud est elliptique, 
placé dans le sens de la longueur et la tigette est découpée d'une 
manière assez originale d'espèces de fusées superposées à plat. Je 
n'attache aucune importance à celte partie. Cette addition n*a pu 
être faite qu'au moment où la crosse fut soustraite de la tombe en 
1611, et si on l'allongea, ce fut uniquement pour lui faire un sup- 
port qu'on jugeait digne d'elle ou pour la présenter plus convena- 
blement aux fidèles. 

Je passe maintenant à l'examen de la volute, tel que je l'ai consigné 
en 1879 dans mes notes que complète le dessin, fort exacte de 
H. Nodet. Ce dessin est demi-grandeur de l'original. 

La volute est en ivoire. Une tête de serpent à cornes (céraste) la 
termine : le reptile se détourne pour mordre l'animal qu'il attaque 
à la croupe. Le bélier, ou mieux le bouquetin sauvage, ce qu'in- 
diquent ses cornes presque droites, est passant^ comme Ton dit en 
blason; le sabot est épais comme celui du ruminant, quoique le 
sculpteur n'ait certainement pas songé à en faire un animal hybride, 
mais l'histoire naturelle était alors singulièrement traitée par suite 
d'observations trop superficielles. Les jambes de devant s'infléchis- 
sent, car la blessure faite par l'adversaire redoutable semble meur- 
trière. Ainsi qu'on le voit pour l'agneau divin, la croix se dresse 
derrière le bélier et une de ses pattes s'y appuie presque, comme 
pour la soutenir. La hampe est droite, de même qu'aux croix de pro- 
' cession : elle est surmontée d'une croix pattée, doùt il ne reste plus 
que la branche inférieure, mais qu'il est facile de reconstituer par 
la pensée. La tête se redresse fièrement : on y sent l'énergie qui 
lutte contre une mort prochaine. A hauteur de la tête, un feuillage 
forme raccord avec le sujet découpé à jour et l'empêche de se briser: 
un autre feuillage^ au-dessous du dragon, relie la courbe à la base 



fut probablement construite lorsque les bénédictins furent mis en possession 
de cette église par l'évoque Liligeriô, en 1040. Le presbytère et la crypte sont 
do date plus récente, vers 1149, quand l'évêque Ardizzone assigna à cette ab- 
baye une riche dotation. A cette occasion, on a dû déplacer le tombeau de S. 
Félix, et il est naturel qu*on l'ait ouvert: suivant toute probabilité, & mon avis, 
on y aurait alors introduit la volute d'ivoire ». 



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— 223 — 

du crosseron^qui s'élargit sensiblement pour plus de solidité et afin 
de mieuK s'harmoniser avec le nœud. 

L'exécution est grossière et, ce qui n'est pas gracieux à l'œil, la 
tablette d'ivoire^ ainsi repercée et découpée, reste plate, au lieu de 
s'arrondir : de larges chanfreins lui donnent l'aspect du pan coupé. 
J'ai observé en plusieurs endroits des traces de peinture et de dorure, 
qui avivaient la surface blanche. 

Trois cassures témoignent de la fragilité de la matière : une ne 
semble pas avoir eu de conséquence, mais les deux autres ont néces- 
sité une ligature et des chevilles. A l'extérieur, six trous, que l'on a 
inutilement remplis de chevilles, font songer à une crête ou arma- 
ture en métal, dont on trouve des spécimens au haut moyen âge. 

Le sujet ressort naturellement de la comparaison de la crosse 
lombarde avec celles que j'ai décrites précédemment : le bélier 
divin est poursuivi par le dragon infernal. 

Le symbolisme, dit Alfred Darcel, que la crosse figure, est en général 
le combat du bien contre le mal. C'est la volute même de la crosse qui, 
terminée le plus souvent par une tèle de dragon, est chargée de repré- 
senter le génie du mal ou Satan. C'est le sujet qui occupe le centre de la 
volute qui représente le principe contraire. Tantôt ce principe est exprimé 
par une simple croix qui s'enfonce dans la gueule du dragon, et cette 
forme semble la plus ancienne ; tantôt c'est le bélier armé de la croix, 
qui combat lui-même le monstre, comme sur la crosse en ivoire, que 
M. Carrand attribue à la Suisse italienne et au xm^ siècle. Nous avons 
rencontré partout de ces crosses. A Manchester, on les attribue à Tlrlande, 
à Vienne on les croit allemandes ^ et tout ce que nous pouvons dire, 
c'est qu'elles sont fort barbares et probablement de l'époque romane. 
{Gazette des Beaux Arts, t. IX, p. 294.) 

Quelle que soit l'origine première, le lieu de fabrication, restreint 
plus particulièrement à la Suisse et à TAlIemagne, peut s'étendre, 
comme le conjecturait M. Carrand, au nord de l'Italie. La crosse de 
Côme serait donc un produit indigène et non exotique. La date est 
partout la même : la vogue a pu durer deux ou trois siècles, mais 

1. « Peut-être faut-il rapporter à la même époque, xii* siècle, une crosse 
dMvoire iort simple, et représentant un agneau dans sa volute, qui appartient 
à la coUection de M. Bazilewski. Cependant, ces crosses, assez communes en 
Allemagne ainsi qu'en Italie, d*où celle-ci a été rapportée, nous laissent fort 
incertain, plusieurs d'entre elles étant chargées d'inscriplions dorées qui sont 
certainement du xin* siècle et môme du xiv* » {Gazette des Beaux^Arts, t XiX, 
p. 295.; 



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— 224 — 

jamais Vépoque romane n'a été dépassée nulle part, au témoi^age 
de Darcel, dont la compétence est incontestable, parce qu'il a beau- 
coup vu. Pour Côme, j'ai inscrit sur mes notes : ce xr siècle avan- 
cé» ; je dirais maintenant^ en raisonnant, plutôt xii*. Il faut donc 
que Mgr Barelli, qui représente si dignement la science ecclésiolo- 
gjque^ en prenne bravement son parti et cesse d'attribuer à S. 
Félix ^ une crosse qui lui est postérieure de huit siècles. 

XTl. La cathédrale de Vannes possède une crosse en ivoire ^ 
qui a été longtemps attribuée à un évéque de ce siëge^ qui vivait au 
V* siècle, S. Paterne : je l'ai étudiée à Vannes même, puis revue à 
l'Exposition rétrospective d'Angers, où j'ai pu la faire photographier, 
grâce à l'obligeance de H. Michel. Hauteur, 0,20; largeur, 0,12. 
M. Le Mené, qui la donne en photographie dans le Bulletin de la 
Société polymalhique du Morbihan, année 1879, p. 218> la dit du 
xii* siècle. Le sujet est peut-être plus ancien^ quoique le nœud 
aplati soit mémo postérieur à cette époque. La douille ^ est cylin- 
drique et moulurée de cercles toriques peu saillants, à ses deux 
extrémités. Le nœud est aplati, au point qu'on dirait presque un 
disque épais. J'admettrais volontiers ici deux pièces de rapport 
d'une date postérieure. La volute, taillée à pans, est d'un ivoire 
différent, s'élargit à la base, où elle est fixée au nœud par un clou, 
et se termine par une tète de dragon, appliquée contre la volute, 
sans participer à la scène de l'intérieur. M. Le Mené voit, au centre 
du repli, ce un animal féroce qui s'élance sur une licorne et se met à 
l'écharper, image sensible de la lutte du démon contre l'âme ». 
Est-ce bien une licorne ? J'y verrais plutôt un bouquetin, ou, si la 
corne était tant soit peu recourbée, le bélier symbolique ^ ; le cou 
est trop élancé pour un bélier et les jambes sont trop grêles, celles 
de devant se replient sous la pression de l'agresseur. II est difficile 
de définir la béte féroce, qui a cependant quelque chose du lion, à 



1. « S. Péliz, premier évêque de C6m6f contemporain et ami de S. Ambroise 
(360), habita près de San Garpoforo, qui fut la première église bâtie sur les 
ruines d'un temple païen. » (Ait;, arch, delta prov» di Como, 1880, p. 5.) 

2. Ce n'est pas de la dent d'éléphant, mais de la dent de morse, comme 
l'indiquent quatre points correspondant aux épines. 

3. Elle a été faite au tour et appartient, ainsi que le nœud, à une autre 
époque que la volute. 

4. Élan, antilope? 



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.^- 228 — 

part toutefois la crinière, qui manque à la tête qui est trop petite ^. 
L'animal a sauté sur sa victime^ se cramponne fortement à sa 
croupe, renverse violemment sa tête en arrière d'un coup de griffe 
et la saigne au cou. 

Peu importe le nom des deux animaux, le résultat est le même. 
Il s'agit d'une victime et d'un ravisseur. La victime est nécessaire- 
ment le Christ, s'offrant pour notre rachat, et le ravisseur, ce lion 
dont parle S. Pierre : quœrens quem devoret, c'est-à-dire le démon 
ou la mort sous une de ses formes rapides et violentes. Gomme la 
victime surmonte le serpent, celui-ci peut être pris en bonne ou 
mauvaise part. Dans le premier cas, il symboliserait la prudence, 
comme à l'habitude, et semblerait dire au pasteur : Soyez prudent, 
veillez sur vous, ne vous laissez pas surprendre; veillez sur votre 
troupeau, afin qu'il ne tombe pas sous la dent du loup ravisseur. 
Dans le second cas, ce serait le serpent infernal, rendu impuissant, 
vaincu par la mort même de la victime. 

Au fond, l'idée est la même qu'aux crosses précédentes : l'immo- 
lation d'une victime et la rédemption par la mort. 

Alfred Ramé dit de cette crosse : « La volute, terminée par une 
tête de dragon, renferme un petit ruminant dévoré par un fauve. 
L'exécution est trop imparfaite pour qu'il soit possible, sans témé- 
rité, de préciser les animaux représentés. Le travail est sec et angu- 
leux, aucun ornement ne fournit les éléments supplémentaires 
d'appréciation pour la détermination d'une date. Tout ce que Ton 
peut dire, c'est que celte crosse est antérieure au xnp siècle. » (Rev. 
des Soc. sao., 7« sér., t. V, p. 414.) 

Léon Palustre inclinait de préférence pour le xv« siècle, par ce 
double motif : le pan coupé de la volute et la sécheresse angu- 
leuse du travail. Ce dernier argument a certainement une grande 
valeur, cependant il ne faudrait pas l'exagérer; quant au pan coupé, 
il se rencontre très anciennement et spécifie autant l'époque romane 
que l'ère ogivale. 

Je crois, tout considéré, que l'idée-mère de la composition appar- 
tient en propre aux xi" et xu* siècles et ne se retrouve pas posté- 
rieurement ; c'est un élément essentiel dont il faut absolument tenir 
compte dans la fixation rigoureuse de la date. 

1. Peut-être un loup carnassier, ce qu'exprimerait bien sa gueule ouverte» 
T. xu. 13 



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— 226 - 

Le mode de travail, au contraire, peut se considérer comme per- 
sonnel à Tauteur, qui n'aurait pas adopté tout à fait les errements 
de son époque. Resterait à rechercher si cette sécheresse de forme 
ne se verrait pas ailleurs et si Ton ne rencontrerait pas quelque part 
un analogue sur lequel il y aurait moins matière à hésitation. 

L'ornementation est faite au pointillé et en noir, autre caractéris- 
tique du temps. 

La crosse de Vannes a presque son similaire dans celle du prince 
SoltikoflF, publiée par le P. Martin, t. IV des Mélanges d'archéologie, 
p. 207. Le serpent infernal, qui termine la volufe, se précipite sur 
une licorne ^ dont les jambes de devant se replient, comme si elle 
succombait et qui saisit de la bouche une croii tréflée. La scène se 
passe dans un bois, représenté par deux arbres. On pourrait, malgré 
une certaine sécheresse, y voir une œuvre du xn^ siècle avancé j 
quant à l'idée qui a fourni le motif iconographique, elle est toujours 
la môme: agression du fort et rapace, oppression du faible et inno- 
.cent, ce qui met symboliquement en regard le démon et le Christ et, 
par extension, le pasteur qui donne sa vie pour son troupeau. 

III. — Églises dédiées a S. Grégoibe 

J'emprunte au docte M. Armellini (Le chiese dl Roma dalle loro 
origini sino al secolo xvi, Rome, 1887, pp. 245-291) les rensei- 
gnements suivants sur les huit églises dédiées autrefois à S. Gré- 
goire et je les complète par quelques observations personnelles. 

1. S> Gregoriode Cortina, — La grande basilique Vallcane, autérieare- 
meot au xiv^ siècle, était précédée d'une très petite place, de forme rec- 
tangulaire, dite la cortina di S, Pielro. Près de celle place élait le monas- 
tère des Arméniens, dont le voisinage, dit Grimaldi (Descr. can, bas, 
Vat,, c, /.) le fit appeler S. Gregorius Armenorum; les attenances do 
réglise se nommaient vico et contrada degli Armeni, On rappelait aussi 
Saint-Grégoire de area et in platea. Là était la schola eantorum, instituée 
par S. Grégoire le Grand et on y conservait son lit (Cancellieri, De secr, 
bas. Vat., 2, p. 733). L'église était au fond de la cour, près des degrés de 
la basilique Valicane. Le manuscrit de Turin la compte parmi celles de 

1. Je ne crois pas à la licorne, mais au bouquetin ou jeune chevreau^ dont 
saint Méliton, appuyé sur un passage du Cantique des Cantiques (II, 9)» a fait 
un symbole du Christ : • Hinnulus, Gbristos : Similis est dileclus meus Hin» 
nulo capreœ. » (Spicileg. So/csw.,t. 111, p. 69.) 



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- 227 - 

la prima partita et note qae, de son temps, hahebat unurni sacerdotem. Le 
Liber ponlificalis, dans la vie de S. Grégoire (5Ô0-604), l'appelle xenodo- 
ckium pro schola cantorum^ où demeuraient, rapporte Alfarano, non seu- 
lement les chantres de la basilique, mais aussi les officiers destinés à 
distribuer des aliments aux pauvres qui s'assemblaient auprès de S.Pierre 
(Alphar., Be sacros.h. Pétri ap.Ët. ms., c. 10) ^. Jean Diacre, dans la bio- 
graphie du grand pape, écrit que, à son époque, on conservait et véné- 
lait dans le xenodochium la férule, dont le pape menaçait les enfants qui 
n'étaient pas attentifs aux leçons de musique (io. Diac, in vita Gregoni I, 
lib. n, n. 6) K 

1 . Voici quelques extraits de Giampini , De sacris œdificiis a Constantino 
magno construclis^ Rome, 1693 : « Gradibus basilicœ subjfscta jacebat amplis- 
simtB laxitatis plalea, quam poriicum S, Pétri sive cortinam appellavere. Sur- 
gebat inibi non exiguus fons porphyrelicus, quem Symmachus papa ad cbris- 
malis Hnclionem ferla secunda post Pascham faciendam cxcitavit. Pulcherri- 
mam etiam plateœ coronam efficiebant non humiles domus, qiias inter Xeno- 
docbium vetustate suaot auctore B. Gregorio I clarissimum, quod pro schola 
canenlium quotidie in Yaticana basilica descrviebat; hoc vero jamdiu exole 
tum et in domos conversum Pius IV, anipliandce plateœ gratia, disjecit solo- 
que œquavit. Ëadem hœc infortunia passœ fuere gerainse ecclesiœ S. Gregorii 
de corlina et altéra, peoe conllgua, S. MarisB Virgariorum denominata, quœ 
tamen ruina casaque ftrequenti excidium ultimum invitaverant et quasi prœ vé- 
nérant )» (p. 40). — « Xenodochium, sive magna domus, quœ in plures aulas 
cubiculaque distributa erat, a nonnullis ponlificibus ampliata fuit, prœsertim 
vero a Gregorio XIII. In bac autom domo summi ponlifices , S. Gregorium 
magnum imitantes, por idoneos ministres*, ibi iastitutos, XIII percgrinos ad 
apostolorum limioa confluenlos ad mensam quoUdie suscipiebant; qui mos 
nuper in palalio Vaticano et, dum hœc imprimuntur, in Quirinali, sœpe prœ- 
sente pontifice. observatur. Porro hœc domus loco antiqui Xenodochii a prœ- 
fato S. Gregorio in plalea Vaticana constructi et aliorum duonim, quœ Ste- 
phanum II auctorem habebant et prope eamdeiii basilicam erant, succossit » 
(p. 98). — « Ecclesia sive Xenodochium S. Gregorii in platea sive de corlina^ 
in qua canlorcs basilicœ habitabant, necnon ministri qui ex pontificis œrario 
peregrinis pauperibusque ad basilicam confluentibus suppcditabant alimen- 
tum. Non longe ab hao ecclesia alia aderat sub denominatione S. Mariœ Vir- 
gariorum, in cujus conspoctu cantorum schola leclum D. Papœ ad basilicam 
processionaliter accedenli parabat » (p. 99). 

2. « Ofûcluna et cantum ecclesiasUcum nec non cl scholam cantorum insli- 
tuit et pro hoc duo habilacuia, unum juxta basilicam Pelri , alterum juxta 
Lateranensem Ecclesiam, fabricavit, ubi usque hodio lectus ejus quo recu- 
bans raodulabatur et flagellum ejus quo pueris minabatur, cum anliphono 
autentico veneratione congrua reservantur » {Leg. aur,, édit. Grœsse, p. 19U). 

Jean Diacre, dans sa Vita S, Gregorii^ lib II, cap. vi, écrivait vers l'an 87i : 
« In domo Domini, more sapienlissimi Salomonis, propter miisicœ compunc- 
tionem dulcedinis, antiphonarium ceutonem cantorum studiosissimus niniis 
utilitcr compilavit. Scholam quoque cantorum, quœ hactcnus cisdem inslilu- 
tionibus in sancta Romana Ecclesia modulatur, constiluit; eique cum non- 
nullis prœdiis duo habitacula, scilicet allerum sub gradibus basilicœ beat! 
Pétri aposloli, alterum vero sub Lateranensis palriarchii domibus fabricavit, 
ubi usque hodie lectus ejus, in quo recubans modulabaturet flagellum ipsius, 
quo pueris minabatur, veneratione congrua cum authontico antiphonario re- 



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— 228 — 

2. S, 'Grégoire depalatio. — Non loio de là, mai» absolument différoDte 
de la précédente, il y avait au Vatican une autre église dédiée à S. Gré- 
goire, mentionnée aussi dans le manuscrit de Turin dans la prima parafa* 
et desservie à cette époque par un seul prêtre. Elle était près du porti- 
que qui regarde le nord. Sous Innocent III, elle est comptée parmi les 
églises sujettes an chapitre du Vatican (Gancellieri, De secr.yi. 11, p. 735) 
et fut démolie sous le pontificat de Pie IV. Dans son vestibule fut ense- 
veli le pape Benoît IV, *. 

3. S, •Grégoire in Mariio. — Cette petite église était située dans la dé- 
pendance du Latran.Plus tard on la dénomma Ste-Marie impératrice,mais 
VOrdo jRomanus l'appelle S.-Grégoire in Mariio (Mablllon,ilfus. f/a/ic., t. II, 
pp. 112-143). En avant se dressait une colonne, que Ton disait de S. Gré- 
goire : là se réunissaient les camériers du pape pendant la procession 
de TAssomption. La dénominition inmartio est d'origine incertaine. Adi- 
noKi trouva dans un acte de 1395 que le lieu s'appelait LaciiS Mariis, parce 
qu'il y avait là peut-être quelque autel !ou chapelle à ce dieu (Adinolfi, 
Latei*ano e via maggiore^ P* ^j* ^ chapelle est renfermée maintenant 
dans le jardin, autrefois du marquis Gampana, qui l'a reconstruite, sur 
remplacement de ranclenno,à l'entrée de la rue qui conduit à S.-Etienne- 
le-Rond. Là on vénérait une dévote image de la Ste Vierge, qui en 1826, 
fut transportée dans la chapelle du cimetière de Thôpitai de S.-Jean : 
Mellini lut au-dessous, sur une tablette, la légende qui disait que cette 
image avait parlé miraculeusement à S. Grégoire ^ En 1606, elle fut res- 
taurée, firuzio y a copié ces épigraphes (t. 111, p. 625) 

D. 0. M. QVI GÏACE GONSTANZA MOGLIE Dl PIETRO GROGGOLA 
LAVANDARA K DELL'OSPEDALE DEL SSMO SALVATORE. VISSE 

ANNl 28. MORl Ll 10 AGOSTO 1618. 

D. 0. M, Giorgio d'Antonio Roncettiy fiorentino, argentiero, scullore et 
intagliatore, maestro di conio délia zecca délia Caméra AposloUca ^, huomo 
buono, timoroso de Dio, caritatevole del prossimo, amorevole degli amici. 
Visse anni 70, non senti la vecchiezza e gli ultimi 47 anni continuo di vi- 
sitare gli ammalati del vicino hospedale, Mori piamente e lascio d'esscr 

servatur, quœ vidclicet loca per prœcepli seriem sub interpositione anathc 
omtis ob miDislorii quoiidiani utrobique gratiam subdivisit » (Par, Lai., 
LXXV, 90). 
i . « Partira, régie urbis, gallis quartier de ville » (Du Gange). 

2. ■ Oratorium S. Gregorii de palatio appellatum, in quo corpus ejusdem 
sancli a Gregorio IV trauslutum fuit » (Ciampini, p. 96). 

3. La peinture actuelle, d'un grand style, exposée au-dessus du maitre- 
autcl, est une fresque du xiv« siècle. 

4. Dans le pavé de Téglise cathédrale de Saint- Paul-Serge, à Narbonne, on 
voit une dalle du xvii» siècle, portant ces deux initales L. L. (noms de baptême 
et de famille) et au-dessous est figuré un battoir de lavandière, destiné à indi- 
quer la profession de la défunte. 

5. Le nom du Florentin Antoine Roncetti doit être ajouté à la liste des gra« 
vcurs d'' In Zecca, que j'ai publiûe dan^ le tome III, pp. 418 et suiv. 



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— 229 — 

sepollo nella nuda terra in questa chiesa Panno 4640, Tomasso Cortini^ 
Aquilano argentierOy ricordevoie delV amicizia e de beneficii ricevuti, pose 
qui sopra il suo corpo questa lapida. 

Dans le catalogue de Geocio camerario parmi les églises abandonnées, 
ignots et sine clericis^ il y en avait une dile S.-Grégoire de Massa. — Je 
suppose que c'est celle-ci et que la dénomination in Martio, par cor- 
ruption ou erreur du copiste, s*est changée en celte autre in massa, 

4. S*'GrègOire a ponte quaUro capi, — G*est une église 1res ancienne, 
dont Gallelti (t. 111, 62o) rappelle le recteur en 1403. Benoît XIII en sup- 
prima la cure. On Tappclle aujourd'hui de la divina Pietà, parce qu'elle 
est le siège d'une congrégation de laïques qui ont pour mission de secou- 
rir les familles honorables qui sont dans le besoin ^ Dans le manuscrit 
de Turin, elle est appelée S.-6régoire de ponte * judœorum ^ et il ajoute : 
habet unum sacerdotem, Cencio Camerario dit simplement de ponte. Dans 
une relation des visites faites au xvi* siècle des églises de Rome, je trou- 
ve la notice suivante, que je rapporte exactement, parce que cette église 
sera peut-être démolie par suite des travaux opérés sur le Tibre, c L'église 
paroissiale de S.-Grégoire al pontet région de Ripa, au Trivio de Macelli 
delta mala carne *, est en face des deux portes du Ghetto. Une ancienne 
tradition^ rapportée par feu le P. Gaetano, bénédictin, et par feu le P. 
Lupo,domiDicain, affirme que là était la maison où Ste Silvie mit au mon- 
de S. Grégoire. Cette église a été érigée sur d'anciens portiques souter- 
rains, sur la rive du Tibre, portiques et voûtes qui se rapportent aux 
maisons des Auicius, appelés depuis Frangipani, dont naquit Gordien, sé- 
nateur de Rome, père de S. Grégoire le Grand qui en fut le propriétaire 
et aussi d'autres maisons à S. Saba,prè8 de la porte S. Paul et au mont 
Cœlius. L'église, tant ancienne que moderne, est longue de 40 palmes, 
large et haute de 30. La sacristie est longue de 20 palmes et large de 10. 
Le tout a trois travées. L'habitation décrite est sur la façade, avec deux 
petites chambres et une antre pour le chœur, avec une autre au-dessus 

sous le toit Le curé actuel y célèbre chaque jour, mais il n'y est 

obligé qu'aux fêtes, ou il y a concours de peuple En tout, il y a sept 

maisons, quarante familles et environ 160 âmes. La plus grande partie 
de la paroisse est dans le Ghetto, depuis la première année du pontificat 
de Pie V, qui renferma les juifs et leur imposa l'obligation de payer à 

cette églfse un baîoque ^ chaque mots et par feu Les juifs y ont 

plus de 40 maisons. » 

t . Je crois plutôt qu'elle doit son nom à l'apparition du Christ de pitié 
(Œuvres, VI, 250). 

2. De ponte indique qu'elle est eu tète du pont quatlro capi, jeté sur le 
Tibre. 

3. Judœorum se justifie par sa position en face du Ghetto des Juifs. 

4. Abattoir affecté aux animaux de mauvaise viande ^qMÏ n'entrent pas dans 
la consommation. 

5. Le baîoque vaut un peu plus d'un sou de notre monnaie. 



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— 230- 

5. S.'Grégoire de Gradellis. Le manuscrit de Turio compte, parmi les 
églises delà seconda parlita, celle dite c S. Gregorius de GradelliSy qa» 
habet unam sacerdotem ». Dans le catalogue de Cencio Gamerario, on 
rappelle, avec une légère variante, de gradelta. Je crois que c'est la même 
qui est désignée avec TappeUation de Gretis dans les registres de Clément Vf : 
« qu8B capella ecclesiœ S. Mari» in Gosmedin de ipsa Urbe fore dignos- 
citur ». L'église, comme il résulte du manuscrit de Turin et de Cencio, 
n*était pas éloignée du grand cirque et de Ste-Anasfasie ; c'est pourquoi 
festime qu'elle a pris sa dénomination des gradins du cirque sur les 
cimes duquel elle fut élevée. T^oigo dit qu'elle était peu distante du Coly- 
sée, ce qui me fait conjecturer qu'elle peut être située à l'extrémité du 
cirque, au commencement de la via di S. Gregorio. 

6. S.'Grégoire Grœcorum, Elle est mentionnée dans le catalogue du Ca- 
merlingue, comme taxée à six deniers de presbyierium^ . Je crois hors de 
doute que c'est celle qui fut depuis dédiée à S. Grégoire de Nazianze, au 
Campo Marzo, où reposait son corps, qui y fut apporté de Constanlino- 
ple au vin* siècle. Auprès de cette église, il y avait un monastère de moi- 
nes basiliens, du rit grec. Le corps du grand docteur en fut enlevé par 
Grégoire XIII, en 1580^ L'église était voisine de celle de Sle-Marle in Campo 
marzio et par conséquent située dans l'enceinte du monastère actuel. 

7 . S, 'Grégoire nel clivo di Scauro. Le manuscrit de Turin transforme 
clivus Scauri en l'impossible clavos Tauri^ notant qu'à son époque le mo- 
nastère avait c abbatem et quatuor monacos résidentes ». Elle fut aussi 
appelée S. Gregorio in Andréa, parce que l'édlcule du S. Apôtre est uni 
& l'église. Là S. Grégoire eut la maison de son père, qu'il transforma en 
monastère et où il mena une vie exemplaire . Le saint édifia en ce lieu l'église 
dédiée à l'apôtre S. André. Après sa mort, le monastère demeura désert, 
mais Grégoire 11 y remit des moines et bâtit une nouvelle église en l'hon- 
neur de son prédécesseur dont il portait le nom. Celle-ci changea complè- 
tement d'aspect en 16-i3, lorsque le cardinal Scipion fiorghèse réédifia la 
façade et le portique ; l'église elle-même fut renouvelée par les moines en 
1725. 

8. S, 'Grégoire des maçons. Cette petite église, près le port de Ripetla, fut 
bâtie en 1527, sous Clément Vll^, par la confrérie des maçons, qui fabri- 
quèrent près d'elle l'oratoire desliné à leurs exercices de dévotion. 

IV. — Eglise du Goelius < 
Memorie storiche ed arlistiche delPantichissima chiesa abbaziale 

1. u Presbylerium\ idem quod presbyteratus, presbyteragiumj obvenliones 
presbyteri parochialis » (Du Gange). 

2. Œuvres, II, 75, 76. 

3. Elle est encore desservie par la corporation des maçons. On y voit une 
curieuse fresque du xvi* siècle représentant la procession des grandes litanies 
et Tapparition de l'archange S. Michel sur le môle d'Adrien. 

4. Dans la Rev. de Varl chrél., 1891, pp. 441-442. 



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- 231 - 

dei santi Andréa e Gregorio al clivo di Scauro sul monte Cû?/io,par le 
K"^^ D. Alberto) Gibelli, abbé général des Gamaldules ; Sienne, 1888, 
in-8o de 193 pag., avec 23 planches. 

Presque chaque église de Rome a son histoire imprimée; j'en ai 
fait le catalogue bibliographique dans ma Bibliothèque Vaticane, 
Rome, 1867, pp. 231-239. L'église de Saint-Grégoire sur le montCœ- 
lius, près le palais de Scaurus, n*avait pas encore la sienne; Oderici, 
en 1765, n'avait publié que les monuments, inscriptions et médail- 
les de sa bibliothèque. Nous n'avons rien perdu pour attendre ; en 
effetj'hisloire est complète,et ce ne sont pas de simples « mémoires » 
ou souvenirs, mais bien une série de faits et documents, où 1 art et 
l'archéologie ont leur place largement assignée. 

Je n'insisterai guère sur les détails, parce que j'ai décrit cette 
église dans la Bévue de l'Art chrétien, t. XXI,pp. 107-108, et quc,plus 
loin, je ferai connaître sa riche épigraphie. 

Les planches, multipliées à dessein^ donneront une idée du texte 
qui les explique et les fait valoir. 

1. Portrait du cardinal Henri-Edouard Manning, archevêque de 
Westminster et titulaire de Saint-Grégoire, d'après le tableau qui se 
met dans l'église aux jours de fête, suivant l'usage. 

2. Magnifique retable en marbre blanc de l'ancien maître-autel 
(1468\ Je l'ai reproduit dans mes Chefs-d'œuvre de la sculpture relU 
gieuse à Borne, à Vépoque de la BenaissancCy ouvrage que ne parait 
pas avoir connu le R. P. Gibelli, puisqu'il ne le cite pas. 

3. Autel qui accompagnait ce retable et qui est gravé dans l'ou- 
vrage indiqué. J'ai donné la description de son iconographie dans 
les Analecta juris pontificii, t. VIII, col. 2048-2049, puis dans le 
tome lY de mes Œuvres complètes, pp. 198-200. 

4. Vue extérieure des trois oratoires du Tiiclinium, de Saint-André 
et de Sainte-Sylvie, élevés par le cardinal Baronio en 1604. 

5. Coupole de la chapelle Salviati, peinte à fresque par Ricci de 
Novare et représentant le ciel. Il est regrettable qu'une planche n'ait 
pas été affectée à la Vierge de cette chapelle, que l'on dit avoir parlé 
à saint Grégoire. 

6. Fresque du Triclinium, par Viviane d'Drbino : saint Grégoire 
envoie les Bénédictins évangéliser l'Angleterre. 

7. Autre fresque du môme peintre: saint Grégoire sert douze pau- 



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- 232 — 

vres, le treizième convive est un ange. J'aurais préféré, au lieu de 
cette planche, la table de marbre, sur laquelle les pauvres furent 
bénis par le pontife. 

8. Par le même: arrivée de moines en Angleterre. 

9. Statue de sainte Sylvie, commandée par le cardinal Baronio au 
sculpteur lorrain Nicolas Gordier. 

10. Statue de saint Grégoire, par le même. 

11. Tympan de porte, sculpté à la fin du xv« siècle : Marie, joi- 
gnant les mains et enveloppée d'une auréole, est vénérée par deux 
anges, qui la proclament PVTEVS ET FONS GRATIARVM. Une 
Vierge semblable, représentant aussi Tlmmaculée Conception, se 
voit à Sainte-Marie du Peuple, dans le couloir de la sacristie. C'est 
le type adopté par Sixte lY et vulgarisé en France, où on le trouve 
accompagné d'emblèmes, sujet que la Société de Saint-Augustin a 
imité des livres d'heures incunables. 

12. Saint André adorant sa croix, avant son supplice : admirable 
fresque de Guido Reni, qui a pour pendant, dans sa chapelle, la 
scène de sa flagellation, par le Dominiquin (pi. 14). 

13. Anges musiciens: fresque de l'abside de la chapelle de Sainte- 
Sylvie, par le Guide. 

15. Vue de la façade de Téglise, élevée, en 1633, par le cardinal 
Borghèso qui apposa cette inscription à la frise : S. EPISG. SABIN. 
GARD*. BVRGHESIVS. M. POENITEN. A. D«. M DC XXXIU. 

16. Vue intérieure de la grande nef et du chœur, restaurés au 
siècle dernier par le cardinal Quirini. 

17. Peinture symbolique de la voûte de la grande nef (xvni^ 
siècle). 

18, 19, 20, 21. Pavage en mosaïque de pierres dures (xui® siècle). 

22. Tombe effigiée d'un évéque (xv» siècle). 

23. Monument funèbre des Bonzi (fin du xv« siècle): il figure aussi 
dans mes Chefs-d'œuvre. 

Nous félicitons sincèrement l'auteur sur sa publication, qui inté- 
resse à la fois les archéologues et les artistes, en vue de qui surtout 
a été fait l'album, absolument nouveau dans la librairie Romaine. 



{ . Scipio episcopus Sabinensis cardinalis, 
2. Magnus pœnitentiarius, anno Domini, 



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— 233 — 

V. -^ Les Lorrains au Coeuus ^ 

Les trois nations deFrancOipour employer l'expression consacrée, 
dont on rencontre le plus souvent le souvenir à Rome,sont la Breta- 
gne, la Bourgogne et la Lorraine. Chacune avait son église nationale 
(Œuvres complètes, t. I, pp. 99, 101, 102) : cependant, les épigra- 
phes de Bretons, Bourguignons et Lorrains ne sont pas rares en 
dehors du lieu de leurs réunions. 

La Lorraine se trouve un peu partout, même loin de son église 
propre de la place Navone. La publication récente du P. Gibelli' 
me permet de constater sa présence sur le mont Cœlius, dans Téglise 
de S. -Grégoire, où Mgr Lacroix l'avait oubliée^. Il y a donc tout in- 
térêt à revenir sur la question, qui comporte deux éléments distincts : 
Tœuvré d'un sculpteur et plusieurs inscriptions mortuaires. 

I . Le célèbre cardinal Baronio, auteur des Annales ecclesiastici, 
était coraraendatairedeTabbaye de S.-Grégoire, située sur le Cœlius*. 
Il se fit scrupule de garder pour lui les revenus de son bénéfice et 
les employa en conséquence à l'embellissement du lieu. Prenant sur 

1. Les Souvenirs lorrains de Véglise Saint-Grégoire sur le Cœlius, à Rome, 
Nancy, Grépin, 1890, in-8» de 16 pages. Extr. du Journal de la Société ^ar- 
chéologie lorraine, Wv, à part à 50 ex. Compte-rendu par DonAngeloMercati,dan8 
YOsservatore Romano, Rome, 1892, n* 57 : « Mons. X. Barbier db Montault. 
Inscriptions relatives à Claude Lorrain à Rome, — Les souvenirs lorrains de 
r église Saint-Grégoire à Borne— Souvenirs du diocèse de Vannes à Rome. — 
Dalles tumulaires de Ste-Bibiane à Rome. — Inscriptions de dédicace d'églises 
à Rome. Sono cinque estratti da vari periodici,dei quali i titoli ben dichiarano 
il conlenuco o l'oggetto, completamente esaurlto colla solita sua diligenza e 
vasta erudizione dainilustro Prelato. Gome tutti i numorosi lavori del chia* 
rissimo Autore, che con grande amore e deferenza attende al movimento 
gcientiûco , specialmente in Tatto di storia e di arti » delFItalia nostra, e che 
possiamo dire aver dedicato la maggior parte dei suoi studl aU'illustrazione 
délia ciltà eterna, sono questi pure di grande importanza, principalmente per 
la storia deirarte, degli artisti, e di questo o quel personaggio. L'utilità 
d'essi è manifesta, ove si considcriquanto essi facilitino le ricerche e gli studl, 
riunendo in uno le sparse memorie che, relativamente a questo o quel per- 
sonaggio, a questo o queU'argomento, trovansi in vari luoghi e presso divers! 
autori, o se anche presso un solo autore, ma sparse nei vari volumi délie sue 
opère e senza l'ordine cho si desidera per un lavoro determinato. A questo 
riguardo ricbiamiamo Tattenzione sopra le Inscriptions de dédicace d'églises à 
RomCf raccoita la cui grande importanza è évidente. Ci ô grato iotanto an« 
nunziare la publicaziono délie Œuvres complètes dello stesso Autore e délie 
quali avremo l'onore di dare fra non molto un cenno. » 

2. Ce volume a sa place marquée dans une bibliothèque Lorraine. 

3. La Lorraine chrétienne et ses monuments à Rome. Nancy, 1854. 

4. « Clémente papa YIII commendava Tabbazia al cardinale Cesare Baronio» 
del titolo dei santi Nereo ed Acbilleo » (Gibelli, p. 22). 



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— 234 - 

les jardiDS qui dépendaient de son palais, il y construisit deux ora- 
toires, qu'il dédia l'un à Ste Barbei en mémoire d*une chapelle éle- 
vée sous son vocable par S. Grégoire le Grand, Tautre à Ste Sylvie, 
mère du pontife, afin de faire revivre son culte. Il demanda ensuite 
au Lorrain Nicolas CordierS élève de Michel- Ange, deux statues 
pour les orner. 

Celle de S. Grégoire, placée dans une niche, se voit [à Ste-Barbe. 
Elle est sculptée dans un bloc de marbre, que le maître avait [ébau- 
ché^. Le pape est assis, coiffé de la tiare à trois couronnes, vêtu de 
Taube, ceinte à la taille, de Tétole et de la chape; sa main droite est 
levée pour bénir à trois doigts et sa gauche tient un livre fermé ; 
sur son épaule droite est perchée une colombe, symbole de TEsprit 
Saint qui inspira ses écrits. L'attitude est noble et digne, le visage 
austère, la physionomie expressive et naturelle; l'ensemble dénote 
un talent supérieur*. 

La statue de Ste Sylvie surmonte son autel, entre deux colonnes 
qui forment le retable et dans une niche rectangulaire, où. se dresse 
le socle d'albâtre qui la supporte. Ses pieds sont chaussés de sanda- 
les, un manteau recouvre en partie sa robe qu'une ceinture main- 
tient à la taille, un long voile descend sur ses épaules et sa tête, 
légèrement renversée, regarde le ciel. La main droite, appuyée sur 
la poitrine, fait le geste de la profession de foi et la gauche tient 
ouvert un livre où est écrit ce verset du psaume GXVIII : Vivit anima 
mea [et laudabit te et judicia tua adjuvabunt me. Ce marbre n'est 
pas inférieur au précédent, peut-être même plaît-il davantage pour 
Texquise délicatesse de sentiments empreinte sur la figure *. 

Le P. Gibelli ne s'est pas contenté de décrire ces deux belles sta- 
tues et de louer leur auteur, il a fait le public juge de son opinion, 
en les reproduisant par la phototypie. Qu'il me soit permis d'expri- 
mer ici un vœu : je voudrais voir au Musée lorrain les photographies 

i. Il fut enseveli à la Trinil6-du-Mont (Lacroix, p. 87), mais sans épitaphe. 
Ne conviendrait-il pas de réparer cette omission grave ? — Voir sur ses œuvres^ 
à Rome, Lacroix, pp. 87-88. 

2. m Dice il Bagiioni che era « un abbozzo di Michelangelo BuonarolU per 
formaro un papa : Nicolo Cordieri lo converti in un S. Gregorio » (GiboUi» 
p. 26). 

3. Gibelli, planche X. 

4. Gibelli, pi. IX. 



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- 235 - 

de Tœuvre magistral d*ua compatriote, pour honorer sa mémoire 
et manifester son génie. 

2. Gibelli a rapporté quatre inscriptions^ des xvi* et xvii* siècles. 
Forcella n'en avait donné que trois, mais sa lecture «est meilleure. 
Deux ont disparu^ une seule est intacte et de la troisième il ne reste 
qu'une moitié. La Société d'archéologie lorraine ne pourrait-elle pas 
prendre l'initiative d'une restauration, peu coûteuse, qui est parfai- 
tement dans ses attributions et qui fixerait à jamais des souvenii's 
que le temps finira par effacer complètement ? 

Le 11 juin 15i6, mourait Jean Baron, prélre, chanoine de Verdun, 
écrivain ^ et protonotaire apostolique : il était âgé de quarante-huit 
ans. En 1550, l'année du jubilé, son neveu Adam Baron, surnommé 
Rauce, comme lui chanoine et écrivain, lui fit poser une épitaphe, 
qui ne nous est plus connue que par un manuscrit de la bibliothè- 
que Chigi ^. 

D • • M • 

D' * lOANNI BAROjN * CANONICO VIBDVNEN* « SCrJp* APOST* ^ 
PROTHO* 8 VIRO IXSIGNI CONTEYRANEOlC * QVONDAM LIBER 
TATIS OPPRESSE *<> OPTIMO LlBERATORr AETATIS SVAE ANNO XL 
Vnr TVNC ** SACERDOTl DE AN* ^^ jf m* D* XLVII TERTIO 
ID- *5 IVNIl.VITA FVNCTO AVVNCVLO BENE* M* ** ET POSTE 

1. lies écrivains apostoliques étaient attachés à la Daterie (Lunadoro, Rela- 
zione délia Corle di Roma, Venise, 1671, p. 60). Voir aussi Œuvres complètes, 
t. I, pp. 22i, 222. 

2. Forcella, Iscrizioni délie chiese di Roma, t. II, p. 108, n« 306; Gibelli, 
p. 78, n» XXXII. 

3. Deo optimo maximo. 

4. Domino. 

5. Gibelli écrit BARON., comme s'il y avait une abréviation qui supposerait 
Barono ou Baronio, 

, 6. Virdunen.f sans le sigle abréviatif, dans Gibelli. _ 

7. Scriptori apostolico. Dans Gibelli le dernier mot ost]contracté aplico, qui 
est la forme usuelle. La dignité de protonotaire, annexée ici & celle d'écri- 
vain, empêche de voir dans ce titre une simple foncUon de copiste ou expé- 
ditionnaire : l'écrivain était un rédacteur. 

8. Prolhonolano, selon Taucienne orthographe. 

9. Conlerraneorum, d'après Gibelli. 

10. Oppressm (Gibelli). 

11. Tune semble indiquer que Jean Baron ne reçut le sacerdoce qu'A la fin 
de sa vie. 

12. Anno, GibeUi ne répète pas deux fois le chiffre mil et donne 1546 au lieu 
de 1547. 

13. Idus. 

14. Benemerenli. Gibelli écrit BEiSEii. 



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— 236 — • 

RIS FATO SOLVnS * ADAM BARO ^ AUAS RAVGB ^ NBP08 
ET' 5 CANO' ET- SCRIP- * MES* ^ PONI CVR. ® AN* 

[IVBILEI M- D- 7 

La disposition des lignes, au nombre de huit, fait supposer que 
la gravure était dans le sens de la largeur de la dalle; Gibelli, au 
contraire, avec ses quatorze lignes, semblerait indiquer la hauteur. 
Comme la note de Tanonyme ne parle ni de la situation, ni d'armes 
et d'eftigie, il est probable que la tablette funéraire devait être en- 
castrée dans le pavé et clore le caveau qu*Adam Baron destina à son 
oncle, à lui-même et à leur postérité. La date de ISSO^ distante de 
trois ans de celle de sa mort, laisse entendre que le neveu négocia 
pour la sépulture et succéda à l'oncle per obitum dans le bénéfice 
canonial ^ et la charge de la cour ^. 

Il n'en jouit pas longtemps, car il décédait sept ans après, le 7 no- 
vembre 1S57, à peine âgé de quarante ans. A ses fonctions lucratives 
étaient adjoints les deux titres honorifiques de protonotaire aposto- 
lique ad instar et de comte palatin *^. Son frère Jean, exécuteur 
testamentaire, attesta sa douleur par une épigraphe commémora*- 
tive ". 

D. 0. M. 
ADAE BARON RAVGE LOTHARINGO. 



i. Baron (Gibelli). 

â. Ailleurs Gibelli met, à propos d*Adain, Baron Ravcé et de Jean, Baronet 
Ravce. Peut-être Rauce est-il un nom de terre ou plutôt du lieu d'origine : il 
faudrait alors de Rauce, 

3. Etiam (GibeUi). — 4. Canonicus el scripior,— ^, MOES, dit Gibelli. Afoe*- 
lus. — 6. Curavil, en toutes lettres, suivant Gibelli qui écrit IVBILAEI avec 
la diphtongue. — 7. L'année jubilaire ne peut être ici que 1550. 

8. M. Germain me signale dans le Fouillé de Verdun : a 25* prébende. 
Adam Baron, pourvu le 25 février 1589, mort le 8 octobre 4598. » Serait-ce le 
môme que celui de Tépitapbe? Je ferai observer la discordance sur deux 
points essentiels : en 1550, il était déjà chanoine et il mourait en 1557, tandis 
que, d'après le môme Fouillé, la 27* prébende était affectée à a Martin Baron, 
mort le 7 octobre 1557 ». Le millésime concorde, mais non le mois, car, selon 
son épitaphe, le décès est fixé au 7 novembre. Peut-être serait-il plus logique 
de corriger le Fouillé d'après los insc.iptions. 

9. Lunadoro classe l'office d'écrivain parmi les charges vénales, « officij 
venali » et la taxe 4,800 ducats fp. 60). 

10. Comte du palais de Latran, qui fut longtemps la résidence officielle des 
papes. 

11. Gibelli, p. 79, n« 33; Forcella, page 100, n* 309. 



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•— 237 — 

V. I. BACC' * SCRIP. « ET PBOTUO' ' APLIGÔ. 

AG GOMITI PALATINO ÔIbVS ^ SIBI 

NOTIS ADHODV 3 GARO ET BBNE AGGBPTO 

SVAE AETATI9 ANTM ^ FERME XL. ATlNGENTI 7. 

SBPTIMO ID. NOB ^ M. D. LVII AB HV1IAN19 IN 

YITAH FOELIGIOr'Ë ^ SVBLATO 

écusson *o 
loANNBs Baron ** |aIs *' raygb 

FRATRl CHR *3 hqC MEMORISE ** 
SIGNVM NON SINE LAGHRI 
MIS EX ILIVS *5 TESTAMEN 
TO POSVIT — 

La première partie , au-dessus de l'écusson , est restituée d'après 
ranonyme de la bibliothèque Chigi ; la seconde subsisterait seule 
dans le pavé du portique, devant la porte latérale gauche de 
Téglise, si le Révérendissime P. Gibelli ne m'affirmait sa dispa- 
rition. 

Jean Baron^ originaire de Verdun^ mourut le 30 septembre 1596, 
âgé seulement de trente-huit ans. Une double fonction rattachait à 

1. Ulriusque juris baccalaureo. Adam était bachelier en droit civil et cano- 
nique. — 2. Gibelli transcrit scriplori en toutes lettres. — 3. Protonot, ap, 
(Gibelli). —4. Omnibus. —5. Admodum (Gibelli). — 6. Annum (Gibelli). — 
7. AUingenti (Gibelli), avec le redoublement de /.— 8. NOVËMBRIS en enUer 
selon GibeUi. — 9. Feliciorem (Gibelli). 

10. Forcella ne le décrit pas. 11 se blasonne, d*après Michel [Biographie du 
parlement de Metz) : <( De gueules , au dextrochère d'or, tenant un badelaire 
mis en pal , & la poignée d'or et à la lame d'argent , le dextrochère sortant 
d'un nuage mouvant du côté sénestre de Técu ». M. Germain a vu sur la tombe 
d'un Claude Baront, dans le cimetière de Trondes, près de Toul, un écusson 
qu'il blasonne : « Un bras émergeant de dextre, tenant une épée, surmontée 
d'un fleuron et accompagnée en pointe d'une fleur de lis. » 

It. Ni ici ni plus loin, Jean Baron n'est qualifié chanoine. Cependant, le 
Fouillé en indique un, du même nom : « Jean Barron, dit Rancé, pourvu le 
8 octobre 1557, mort le 10 novembre 1591 ». Aurait-il été pourvu du canonicat 
de son frère, mort l'année même de sa prise de possession, mais un mois 
plus tard ? La cession en aurait été faite de son vivant. Mais le Jean, de Rome, 
meurt en 1596, le 30 septembre, et celui de Verdun le 10 novembre 1591. A 
qui s'en rapporter dans cette confusion de dates ? 

12. Alias. GibeUi met à la place et, qui n'a pas de sens. Peut-être faudrait-il 
restituer ex? RAVCE revient deux fois, la lecture est donc certaine. Si le 
Fouillé imprime Raucé, il est préférable d'adopter Ratusé, 

IJ. Charissimo : cette abréviation est absolument insolite. Gibolli a lu Hii)V« 

14. Mémorise (Uibelli). 

15. Dans Gibolli, il y a lacrimis et ilUus. 



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- 238 ~ 

Rome : clerc coDsistorial S il était chargé de la présentation des 
évéques français au consistoire pour leur préconisation ; secrétaire 
du cardinal Nicolas de Pellevé, archevêque de Sens ', il jouit de 
l'estime des ducs de Lorraine, de Guise ^ et de Mayenne, avec qui il 
fut en relation d'affaires. Son épitaphe , placée par ses exécuteurs 
testamentaires et amis, Jacques Belgi ^ et Rémy Burlurault ^, loue 
sa piété^ sa justice, son zèle, son éloquence et sa gravité, qui le ren- 
daient « souverainement agréable ^ ». 

D. 0. M. 
lOANNl BARON VERDVNENSI VIRO AD OMNElf 
LAVDEM NATO NICOLAO GARD. ^ SENONENSI 
GVIVS ERAT A SEGRETIS 
LOTHARINGO GVISIO MODVANO ^ DVC1BV8 

ALIISQVE PRINGIPIBVS 
GALUS QVIBVS GVM ILLE DE REBVS MAX. ^ 
AGEBAT OB SINGVLAREM IN DEVM 
PIETATEM IN REB. *0 
AGENDIS AEQVAH FIDEM ET INDVSTRIAM SERMONIS 
ELOQVENTIAM IN GONGRESSIBVS IVRIS IN DIGENOA 

1. Œuvres complètes, t. I, p. 99. 

2. La France pontificale, archid. de Sens^ p. 125. Gréé cardinal en 1570, il 
mourut en 1594. Son nom est inscrit sur la tombe d'Anloine Muret, comme 
son exécuteur testamentaire, à la Trinité du Mont (Forcclla, t. III, p. 141, 
n<> 365). 

3. « En 1596, le duc de Lorraine était Charles II, vulgo III, dit le grand duc, 
mort en 1608; le duc de Guise, Charles de Lorraine-Guise » fils du Balafré, et 
le duc de Mayenne était l'antagoniste du roi Henri IV, le frère du Balafré. » 
(Commtmication de M, Germain.) 

4. L'acte de prise de possession do l'église Saint-Nicolas in Agone par la 
confrérie des Lorrains fut dressé le 13 juillet 1623, par François-Jacques Belgi 
{Franciscus Jacobus Belgius) , notaire public et secrétaire de la confrérie do 
Saint-Nicolas et Sainte-Catherine, de la nation des Lorrains, à Rome >• {Mém, 
de la. Soc. d*arch. lorr., 1854, pp. 277 et 307 : communication de M. L. Ger- 
main). 

5. « Rémi Burlurauz, pourvu le 22 août 1589, mort le 23 septembre 1602, • 
dit le Fouillé de Verdun. Il n'était donc pas encore chanoine de Verdun en 
1597, c'est pourquoi l'épitaphe se tait sur ce titre. Quant à Torthographe du 
nom, celle de l'inscription doit prévaloir. — Jean Burlurault figure, comme 
l'un des officiers de la confrérie des Lorrains , dans l'acte que mentionne la 
note précédente. Plusieurs autres membres de cette famille, ajoute M. L. 6er« 
main, sont connus, au zvii* siècle, à Verdun et k Metz. 

6. Gibelli, page 99, n» LXXII. — 7. Cardinaîi. — 8. Rectifier Meduano^ car 
la rivière qui a donné son nom à la ville et au duché de Mayenne est dite 
en latin Meduana. — 9. Maximis.— 10. Bebus, 



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- 239 — 

SKNT- * GRAYITATEM SVMMOPERE GRATO QVI 

SAGRAE GONCiSTORIALIS AVLAE 

CLERICVS OBIIT AN* SAL ^M^DXCVr 

PRIDIE KAL 3 • OCTOBRIS ANNVM AGENS 



AETATiS SVAE XXXVIII. 

lACOBVS BELGIVS ET 

REMIGIVS BVRLVRAVLT AMICO COMVNl GARISS ^ 

TESTAMENTl EXEGVTORES HOEREN ^ 

POSVERE. 

Jean Nicolini, fils d*Othon, fut d^abord archevêque d'Amalfi,puis 
évoque de Verdun ^ et enfin archevêque d'Athènes in pariibus. Il 
était également cher aux papes Sixte IV et Jules II, ainsi qu'au roi 
Ferdinand d'Aragon. Renommé pour sa bonté, il mourut en 1804, 
âgé de 56 ans. 

En l?i90; un de ses descendants, le cardinal Giovanni Nicolini, 



1. Sententia. — 2. Anno salulis. — 3. Kaîendas» — 4. Communi carissimo. — 
5. Mœrentes, 

6. M. Léon Germain, que j'ai consulté à son sujet, me répond très obligeam- 
ment : « Dans le Fouillé de Verdun, t. I, p . 32, à Tarlicle de l'évêque Guil- 
laume de Haraucourt, je lis : « Guillame de Haraucourt sort de prison en 1482, 
m nommé évèque de Yintimille; Jean de Nicolinis, évêque de Verdun, prend 
a possession par procureur le 23 janvier 1483; réclamation à la cour impériale 
« d'AUemagne; le chapitre reçoit de l'empereur Frédéric IV l'ordre de réintégrer 
« Guillaume de Haraucourt; schisme pendant deux ans à Verdun, terminé par 
« un accord entre les deux évoques et la retraite de Jean de Nicolinis en 
« 1485... Mort de Jean de Nicolinis à Rome en 1504. L'inscription tumulaire, 
« copiée à Home au cloître de St-Grégoire au Coelius, est reproduite dans 
« Roussel, i/i«/oire de Verdun, tome 11, Preuves, n» 108. » 

Je ferai une observation sur la manière d'écrire le nom. L'épitaphe donne 
Nicolino. qui est le datif de Nicolinus, lequel doit se traduire NicolitiL L'épi- 
taphe du commandant de cavalerie porte aussi Nicolino, au xvi* siècle : en 
1590, une inscription nomme le cardinal /Vico/int, quoiqu'elle soit en latin; en 
1725, le marquis Philippe s'appelle Nicolinus. Le nom véritable, dans sa forme 
italienne, est donc Nicolini. En conséquence de Nicolinis, usité en France, 
n'est pas exact, pour deux raisons. D'abord, en Italie, la noblesse est absolu- 
ment indépendante de la particule; puis de a un tout autre sens, car il ex- 
prime l'extraction et est atTecté aux seuls cadets, qui se disent de telle maison. 
Il faudrait alors traduire dei Nicolini ou dé Nicolini, qui est la forme mo- 
derne. 

Je fais celte rectification, parce que je viens de lire dans les Abbés de la 
Blanche à Noirmoutier, par le D' Viaud : « Antoine de Lanli », « le cardinal 
de Lanti » (p. 21) : c'est îan(< tout court qu'il faut écrire, quoique, par flatterie, 
on ail pu en France ajouter le de, anquel ou attachait une signification nobi-* 
liaire. 



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— 240 — 

iils d*AngeIo , ambassadeur du grand-duc de Toscane Ferdinand, 
auprès de Sixte Y, renouvela sa mémoire ^ 

écusson ' 
D. 0. M. 

lOANNI NICOLINO 0TH0NI8 F 3* LAPiN * 

QVI OB PRAEGLARAU EXCELLENTEMQ ^ 

DOGTRINAM 

SIXTO. IV. ET. IVLIO. II. PONT. MAXX ^ 



i. Gibelli, page 95, n* LXIV; Forcella, page 136, n* 401; Roussel, Hist, de 
Verdun, t. 11, p. cvj, dont les rééditeurs me Tont empruntée, jusqu'à la faute 
d'impression Ccelires pour Cœlius. J'ai donné moi-même, le premier, sa trans- 
cription dans le Journal de la Société d'archéologie lorraine, 1863, p. 112. Malgré 
cela, il y a lieu d'y revenir à cause des variantes et du commentaire, d'autant 
plus que, n'ayant pas vu l'épreuve, j'ai été tout étonné de trouver dans le 
texte les compléments de mots que j'avais eu soin de renvoyer aux notes. 

2. Le P. Gibelli m'informe que cet écusson, de forme ovale, est surmonté 
d'un casque. 11 le blasonne : tagliaio da Ire fascie a shieco. « Trois fasces de 
travers • forment des bandes ou des barres. Le chevalier Berlololli m'apprend 
que les Nicolini de Rome portent : « d'azzurro, al leone d'argcnto. colla banda 
ondata di rosso attraversante sul tutto; col cape d'azzurro caricnlo di Ire gigli 
d'oro », ce qui est à peu prés les Nicolini do Bologne, qui ont : « d'azzurro, 
al leone d'oro, colla fascia di rosso attraversante sul tutto et col capo 
d'Angid. » 

3. filio, 

4. Gibelli écrit LAPIN., le point final attestant que le mot est incomplet. 
Doit-on lire Lapicino, c'est-à-dire de la Ligurie ? Evidemment ce nom dénote 
l'origine. 

J'ai eu recours aux lumières du chevalier Bertolotti pour m'expliquer cette 
difficulté. Voici sa réponse : « J'ai consulté tous les dictionnaires géogra- 
phiques de ritalie, anciens et modernes: dans aucun, je n'ai trouvé une loca- 
lité dont le nom commence par Lapin. J'ai feuillelé aussi le dictionnaire des 
fractions de communes, mais je n'ai rencontré dans les Marches, près do 
Fermo, que Lapedona, qui aurait pu faire Lapidonensis. N'y a-t-il pas erreur 
dans la transcription ? Les cinq lettres ne seraient-elles pas les initiales d'un 
titre, d'une charge ou autre qifaliûcatif? » 

J'ai consulté également le P. Gibelli, qui veut bien m'écrire : Lapin, a mio 
giudizio, indica un nome di famiglia, ossia un cognome. Nel Mittarelli. t. Vlll, 
p. 190, ai legge : Frasinus Lapinius Florenlinus : era questi un tipografo, che 
vive va nella seconda meta del secolo XVI. — Lapin potrebbe significare anche 
patcrnita. 1 Fiorentini usavano dire Lapo per Jacopo e potrebbcsi dire Lapiao 
in vece di filio di Jacopo. Del resto Le faccio observarc che in Italia sono mol- 
tissime le famiglie che anno doppio cognome. Eppero nessuna maraviglia se il 
Nicolini indicato nell* epitaffiu avesse portato due cognomi a cagione di 
qualche crédita n. Malgré ces observations, qui peuvent ne pas manquer de 
justesse, je tiens à l'opinion que j'ai émise et qui me semble plus épigra- 
phique. 

5. Excellentemque, La conjonction, en épigraphie, s'exprime ordinairement 
pur l'initiale, suivie d'un point. — 6. Ponlificibus maximis. 



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- 241 — 

REGIQ FERD * ARAGONIO CHARVS 
PRIMO AMALPHITAN " ARCHIEP ^ 

DEINDE EPISC. ^ VIRIDVNEN* 

POSTREMO ATHKNAlt * ECCLESIAE 

ARCHIEP ISGOPVS 

PRAECLARVM BONITATIS 8VAE 

SPECIMEN DEDIT 

OBIIT AN • S AL ' CID . 10 . IV . AET ^ • SV AE * LVI 

lOANNRS ANGELI GARD <î- NICOLINI ' FIL ^ 

APVD SIXTVM • V • PONT ' MAXX ^ 

Ferdinandi ETRVRIAE MAGNI DVGIS 

ORATOR 

GENTILI SVO MEMORIAE GAYSA 

POS • AN * • CIO • ID • LXXXX 

Cetto épitaphe existe dans le cloître qui précède Téglise, au côté 
gauche : elle est appliquée dans la muraille. 

3. On se demande pour quel motif Jean Baron déserta l'église de 
St-Lonis-des-Français , où était établie la confrérie des Lorrains *o, 
et choisit à St-6régoire le lieu de sa sépulture. Il peut y en avoir 
plusieurs. 

D*abord, Tinscription parle d*un fait dont la signification nous 
échappe actuellement : ce Conterraneorum quondam libertatis op- 
pressai optime liberatori. » A-t-il contribué à Témancipation de ses 
compatriotes opprimés par une administration commune et con- 
fondus avec les autres Français? Fut-il l'initiateur de la séparation ^ 
qui ne s'effectua qu'en 1622 **? 

L'iuhumation dans l'église de St-Grégoire était très recherchée, à 
cause de son culte spécial pour les morts. En effets elle jouissait de 
quatre autels privilégiés ^^, faisait solennellement Toctave des tré- 

i. ferdinando.^ i. Amalphitanus ai*chiepiscopus. — 3. Episcoptis.^ 4. Athe^ 
nan/m.— 5. El, qui est une faute, dans Gibelli. — 6. Cardinalis,^ 7. Filius? 
Ge mot ëtaut séparé à'Angeli^ peut-être faudrait-il lire Florentinus? 

8. Max. dans Gibelli; le redoublement indiquerait à tort le pluriel. 

9. Posuit anno. 

10. Œuvres complètes, t. I, p. 101, n" 13. 
H. Lacroix, p. 33. 

12. « S. Gregorio. . . Tanno 59â,consagro questa sua casa in chiesa ad honore 
di S. Andréa apostolo c vi fece li quattro sottoscritti altari, consacrât! di sua 
mano e fatti privilogiati per li dcfonli » (Gibelli, p. 7, note 1). 

XH. 16 



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— 242 - 

passés S ensevelissait sans frais < et surtout promettait le paradis à 
ceux qui reposaient dans son enceinte ^. 

Les Baron y installèrent donc un caveau de famille : nous ne sa- 
vons plus à quel endroit précis, car, lors de la restauration du pa- 
vage par le cardinal Quirini, en 1730, toutes les tombes furent trans- 
portées sous le portique^. Peut-être, en raison de la similitude du 
nom^ se considéraient-ils comme de même souche que le cardinal 
Baronio, commendataire de Tabbaye. 

L*évêque de Verdun y avait précédé ses trois diocésains Jean, 
Adam et Jean II Baron. Sa dévotion Ty porta probablement et sans 
doute aussi la mémoire de Sixte lY, bienfaiteur de l'église ^. Tou- 
jours est-il qu'un des siens , Pandolphe Nicolini , y reçut la sépul- 
ture, à une date incertaine, mais qui concorde avec celle-ci , car il 
commandait la cavalerie de Jules II et de Liéon X ^. Enfin, en 1725, 
le marquis Philippe Nicolini restaurait c: antiquum familiaB monu- 
mentum, in templo D. Gregorii positum ac nova ejus destructione 
dirulum^». 

VI. — Les PRiÈRKs pour les trépassés ®. 

La seconde moitié du xv^ siècle, unie au commencement du xvi®, 
fut vraiment une ère prospère et féconde pour la dévotion, qui se 

i. Gibelli, pp. 156 etsuiv. 

S. « Pare poterai credere che U santo ponteûce (S. Grégoire) ooll' arere proi- 
bito che si domandasse alcuna retribuzione per la sepollura di coloro che qui 
avessero voluto esser sepolti, abbia con cio inteso dichiarare queslo ud luogo 
privilegiato pei defunti. — Simile proibixione era aacora io vigore nellSlS... 
Quesia proibizione fu rinnovata da Clemeote papa VIII nel brève del 4 feb- 
braio 1603 : « Statuimus et ordinamus ut pro sepultura eorum quos in eadem 
m ecclesia huinari coatigerit, ex décrète ejusdem saucU Gregorii nihil exigi aut 
« peti possil ». (Gibelli, p, 52). 

3. Gibelii, p. 51, cite cet extrait d'un manuscrit du Vatican dont il ne donne 
pas la date : « Insuper supradiclus pater beatissitnus Gregorius impetravit a 
Domino Jesu Christo illud privilegium quod quicumque sopulturam elegerit 
in monasterio, dummodo fuerit Ûde catholicus, perpétue non demendetur in- 
cendie. Actum sub anno Domini quiogentesimo nonagesimo quinto , indic- 
tione undecima ». 

4. Gibelli, p. 155. 

5. Gibelli, p. 11. 

6. Forcella, t. II, p. 118, n* 345, donne son épitaphe, qui n'est pas dans 
Gibelli. En voici le début : « Panduifo Nicolino, Florentine, In dirigendis ins- 
truendisque equis prcestantissimo, a Julio II et Leone X, pontificibus maxtmis, 
cquitibus pontificiis prwfecto. » 

7. Forcella, t. II, p. 186, n» 401. 

8. Les inscriptions eimélériales de Sentis et de S,*Léonardt Beaurais, Père, 



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- 243 — 

revivifia à des sources rajeunies ou nouvelles. L'imprimerie facilita 
singulièrement le mouvement de vulgarisation et de propagande par 
la voie simultanée des formules et des images, qui saisirent vive- 
ment Tattention des fidèles. Marchant d'accord, la liturgie et l'ico- 
nographie obtinrent un immense et légitime succès. 

Alors furent mises en vogue , créées ou simplement continuées, 
les dévotions suivantes : l'exposition du Saint-Sacrement, les cinq 
plaies S la plaie du côté ', le Sacré-Cœur ', les heures de la Croix, 
les armes de la Passion , le Christ de pitié ^, l'Immaculée-Concep- 
tion 5, les emblèmes de la Vierge, Notre-Dame de Pitié. 

Les trépassés ne furent pas oubliés, et on leur accorda une large 
part dans l'ensemble des mesures prises pour développer la piété, 
c'est-à-dire le sentiment tendre et aflectueux qui exoite Tâme à des 
actes utiles au salut. 

L'office des morts fit partie intégrante des livres d'heures, qui le 

1895, in-8« de 128 pages. Tir. à part à 50 ex. Extr. des Mémoires de la Société 
académique de VOieet t. XVI, pp. 59-186. Analyse dans le Journal de l'Oise^ 
D' du 7 mai 1892 et dans le Compte-rendu des séances de la Société acadé^ 
mique de l'Oise, 1893, pp. 6-7 : t Au nom de M»' Barbier de MoDtault, qui paie 
sa bienvenue & la Société par le don des cinq premiers volumes de ses 
Œuvres complètes, M. Marsaux, doyen de Chambly, lit divers fragments d'un 
travail du savant archéologue, destiné au Bulletin, Ce travail est un commen- 
taire très intéressant et très documenté, selon le mot du jour, do deux inscrip- 
tions cimétériales, que M. l'abbé Yattier avait communiquées au docte prélat. 
La première : «c Bonnes gens qui par cy passés, etc. f^se lit dans le mur prés 
de l'entrée du cimetière de Senlis.Elle donne à M*' Barbier de Montault l'occa- 
sion de faire de curieux rapprochements avec les inscriptions similaires et 
les usages anUques des clocheteurs, veilleurs de nuit, tineliers, & peu près dis- 
parus aujourd'hui. L'auteur n'oublie pas les confréries de la Charité destinées 
à la sépulture. Les détails qu'il fournit sur celle de Pacy-sur-Eure intéressent 
tout particulièrement les auditeurs. A ce sujet, M. l'abbé Marsaux fait remar. 
quer que les confréries de Charité sont très répandues dans l'Eure, la Seine. 
Inférieure, et les paroisses limitrophes de l'Oise et de Seine-et-Oise. Il cite en 
particulier l'exemple de Limetz, canton de Bonnières. ^ La seconde pierr», 
restaurée par les soins intelligents de M. l'abbé Vattier et placée aujourd'hui 
à rentrée de l'église de Saint-Léonard, représente au trait la messe miracu- 
leuse de saint Grégoire. Elle est accompagnée de prières en faveur des dé* 
funts. C'était une inguoieuso et louchante manière d'îQviter les fidèles à prier 
pour les trépassés. Les cimetières entouraient autrefois les églises; ils étaient 
plut souvent visités, et cette Invitation avait alors toute sa raison d'être. 
Comme la précédente, elle donne lieu à une abondance de détails du plus, 
haut intérêt. » 

i. Rev, de l'art chrét., t. XXXII, p. 380. —2. Ibid,, p. 402.-3. Ibid., p. 408. 
— 4, Rev. du mus. eucharistique de Paray-le-Manial, t. II, pp. 88 et suiv. 

5. X. B. de M., VO/fice de la Conception^ à Luçon, au XV* siècle. Vannes, 
1888, in-8. 



— 244 — 

placent presque sur le même rang que celui de la Vierge, alors si 
populaire. 

La Mort fut représentée frappant sans merci et s'autorisant de la 
prévarication de nos premiers parents, puis entraînant le genre hu- 
main tout entier dans cette danse macabre *, où chacun trouvait une 
leçon à son adresse. 

Les cérémonies funèbres fournirent trois motifs distincts : la 
messe pour le défunt, l'absoute sur le corps et Tinhumation dans le 
cimetière. Enfin apparaît alors, pour la première fois, la délivrance 
des âmes du Purgatoire. 

A ces éléments divers, les inscriptions cimétérialesde Senlis et de 
Saint-Léonard ajoutent une triple information archéologique que 
nous ne devons pas négliger, car elle n'a encore été l'objet d'aucune 
étude spéciale : Y appel aux fidèles, les indulgences à gagner et les 
prières à dire ^. 

L'une des pierres que je vais étudier est encastrée dans le mur du 
cimetière de Senlis (Oise), à l'extérieur, près de Tune des portes. 
L'autre, qui vient vraisemblablement de l'ancien cimetière Saint- 
Rieule, est employée comme dalle dans la cuisine d'une maison 
bourgeoise bâtie après la Révolution, à Saint-Léonard; entourée de 
beaucoup d'autres pierres tombales remontant jusqu'au xv^ siècle et 
provenant de l'église Saint-Rieule, elle a été sauvée par les soins 
empressés de M. Vattier, curé de Saint-Léonard (Oise), auquel le 
propriétaire a bien voulu la céder, et qui l'a placée dans 1 église pa- 
roissiale après une restauration aussi complète que possible. Elle 
rappellera aux fidèles leurs devoirs envers les défunts et les pré- 
cieux avantages qu'ils peuvent tirer de la dévotion en faveur des 
âmes du Purgatoire. 

1. — L'église, au moyen-âge, était entourée d'un cimetière, en sorte 
qu'il fallait traverser la partie située à l'ouest pour arriver à l'entrée. 
Ce cimetière, clos de murs, avait sa porte à claire-voie, qui permet- 
tait, sans y entrer, de jeter un coupd'œil à l'intérieur, placé sou- 

4. Kastncr (Georges). Les danses des morts, dissertations et recherches hisio- 
riquest philosophiques , littéraires et musicales y accompagnées de la danse 
tuacabre^ grande ronde vocale et instrumentale. Paris, 1852, gr. in-4. — Holbein 
(Ilans). Ualfabeto delta morte, scelto da Anatole de Monlaiglon. Paris, Tross, 
18oG, in-8. 

2. Voir sur les prières pour les trépassés, Méry, tes Cours d'amour, p. 268. 



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— 248 — 

vent sous le vocable d'un saint *. Les inscriptions de Saint-Léonard 
se réfèrent à un champ des morts, et c'est pour cela que je les ai 
appelées cime 1er iales, afin d'indiquer leur destination propre. 

Si je cherche à préciser Tendroit où elles devaient être placées, 
j'en vois deux, également probables. Encastrées dans la muraille^ à 
hauteur des yeux, elles pouvaient se lire aisément : il était néces- 
saire qu'elles frappassent de prime abord le regard du passant ou 
du fidèle allant soit au cimetière, soit à l'église. 

La plus courte, par sa rédaction même, qui est un simple aver- 
tissement, est placée en dehors de la clôture, près de la porte du ci- 
metière. Elle invite le passant à prier^ et il le peut sans interrompre 
sa marche. 

L'autre, au contraire, est prolixe et donne une formule de prière 
qui suppose un temps d'arrôt. Je la fixerai, dans le cimetière même, 
à côté de la porte de Téglise, où elle engage à faire dire des messes. 

Chacune d'elles exige un commentaire pour expliquer sa teneur 
et montrer quelles sont, ailleurs, ses similairos, car nos études 
puisent surtout leur force dans la comparaison avec les œuvres du 
n^ôme temps et de même affectation. 

IL — M. Vattier m'a transcrit l'inscription de Senlis *, qui, vu le 
millésime de 1518, doit être gravée en gothique minuscule, dite 
carrée : 

Bonnes gens qui par cy 
PASSES PRIES Dieu pour 

1. En 1640» la paroisso de Chantcloup, au diocèse de Rennes. nr)it son nou- 
veau cimetiôre. devenu nécessaire par suite de la peste, « sous l'invocation 
de saint Sébastien, palron des pestiférés ». On y construisit une chapelle de ce 
vocable, qui avait son chapelain pour la desservir. {Bull, de la Soc. arch. 
dllle-Hl-Vilaine, t. XVII. pp. 236, 240.) 

Lo Sacramentaire de l'Eglise de Paris a une « misse in ciminleriis ». (L. De- 
lisle, Méni. sur d'anciens sacramenlaires, p. 388). Là où il n'y avait pas de cha- 
pelle, la messe pouvait se dire sur Tautel érigé au pied de la croix ou de la 
lanterne des moits. 

2. U m'écrit en môme temps : « C'est une simple exhortation à prier pour 
les trépassés. A la porte du cimetière Saint-Rieule (à Senlis), sur la grille môme 
qui le fermait, il y avait, d'un côté, l'image du saint apôtre, et, de l'autre, les 
armes de celui qui faisait la dépense de cette grille, mais pas d'inscription. 
Je ne m'explique pas comment le chanoine qui relevait ce détail il y a 140 ans, 
ne fait aucune mention de notre pierre, qui vient do ce cimetière. Il a pour- 
tant recueilli bien des documents, et ses manuscrits, au nombre de 25 (il en 
manque quatre), conservés à la bibliothèque de la ville, valent chacun deux 
in-3 compacts. » 



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— 246 -- 

LES TRESPA8SE8 f PUT PAIT 
LAN DE GRACE MIL V<» ET 
XVIII X* AVRIL. 

Que disent ces cinq lignes, qui supposent une pierre étroite? 
L'érection de la tablette à une date dét^minée, probablement par 
une personne pieuse qui a voulu rester inconnue, au moins à la pos- 
térité. Puis rappel à la charité des passants, fait en deux vers y 
chacun de huit pieds, à rimes masculines, qui se rétablissent ainsi 
d'une façon normale : 

Bonnes gens, qui par cy passez^ 
Priez Dieu pour les trépassés *. 

Je connais plusieurs variantes de c^tte formule : je les classerai 
dans l'ordre chronologique. 

La plus ancienne copie de cette formule précède, à Notre-Dame- 
de-rÉpine (Marne), une inscription de 1439, gravée pour perpétuer 
le souvenir d'un don des « merciers de Ghaaions frequantans à la 
feste de ceste ville, sur Tune des tourelles du portail sud » {Rev, de 
Vart chrét.y t. XVI, p. 313). Elle occupe la première ligne : 

B0[n]NES • GENS ' QUI * PAR ' ICY * PASSEZ ' PRIEZ * DIEV ' POVR ' 
LES ' TRESPASSES 

/cy, au lieu de cy, rend le premier vers faux. 
On lit, sous le porche méridional de la cathédrale de Bourges, ce 
quatrain, gravé en gothique carrée, au xv« siècle : 

4. La Semaine religieuse d'Alby établissait, en 1891, cette distinction qu'on 
oublie trop : « L'esprit moderne, qui tend insensiblement à tout séculariser, 
semble ne plus saisir la nuance profondément religieuse de cette expression : 
lei trépassés; il dit : le mort, le décédé, le défunt, le trépassé, comme si ces 
termes signifiaient la môme chose : or, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit 
ainsi. Le mort, c'est celui qui a cessé de vivre, terme vague qui convient au 
végétal, à ranimai aussi bien qu'à Thomme. Le décédé, c'est celui qui a 
quitté sa place, l'a cédée à un autre, cedere, terme administratif. Le défunt, 
c'est celui qui a achevé de remplir sa fonction en ce monde, functus; c'est 
déjà l'idée morale, mais pas encore l'idée religieuse. Le trépassé, c'est celui 
qui, sans avoir cessé de vivre, a passé de la vie d'ici-bas à la vie de Téternité. 
Vita mutatur^ non toltitur. Trépassé, voilà donc le mot de la foi, notre mot à 
nous chrétiens, mot qui élargit notre existence d'ici-bas et la prolonge au-delà 
de l'horizon restreint de cette vie. C'est le voyage delà vie, c'est \epertransiit 
que l'Ecriture dit de Notre-Seigneur : pertransiit benefaciend» ». 



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— 247 - 

6A20PBtLATlU[m] 

Entrb vous qui par ct passez. 

En GRANDS MEDITATION. 

Priez Di«u pour les trespassez 
nobuez la reparation 

Gazophylacium^ emprunté à saint Jérôme» se dit à la fois du 
trésor et d*un lieu où il se conserve. Ici, il rime avec le dernier mot, 
si on le prononce à la façon des méridionaux, gazophylacion ; peut- 
être y a-t-il corrélation directe entre eux, comme si l'appel aux pas- 
sant voulait dire : N'oubliez pas la réparation de notre église *, 
faites une aumône à notre trésor^ elle vaudra avec votre prière pour 
les trépassés; entrez pour méditer et prier. 

Les vers sont de huit pieds, à rimes masculines croisées. Le der- 
nier laisse à désirer, car la finale ation, dans réparation y compte 
pour deux pieds, tandis que dans méditation on la porte à trois. 
Les faiseurs d'épigraphes en ont toujours pris à Taise avec la litté- 
rature. 

ff  Montigny-aux-Amagnes, arrondissement de Nevers, dit le 
Bulletin des Comités historiques, Archéologie, t. III, p. 49, on voit 
les lignes suivantes gravées en caractères gothiques , en Tan 1507, 
sur l'un des contreforts de l'église » : 

BONES GENS QUI PAR GT PASSES 

PRIES DIEU POUR LES TRESPASSES 

AflimE FIDELlUm REQUIESGAnT IN GAUDlUm 

LAN MIL : vc : ET : VII : siMOn dory 
PRESTRE : A : CE : FAIT : LE : XXI : de : lUnc 

Les deux vers français, chacun de huit pieds, sont suivis de deux 
vers latins, l'un de sept, et l'autre de huit pieds ; la mesure du pre- 
mier aurait pu être rétablie en ajoutant et au commencement : 

[Et] animœ fidelium 
fiequiescant in gaudium. 

Le nom du prêtre qui adresse ce touchant appel à ses paroissiens 

1. La cathédrale ne fut achevée qu'à celle époque, grAce aux indulgences 
accordées dans ce but par Nicolas V; aussi le chapitre reconnaissant mit-il 
ses armoiries dans la rose de la façade occidentale. 



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- 248 — 

n'est pas oublié à la fin de rinscriptidn , où l'on retrouve encore 
Tamour de la rime : 

Lan mil cinq cent et sept, 
Simon Dory, prêtre, a ce fait. 

A rentrée de Tossuaire de la cathédrale de Quimper, qui date de 
4514 (Le Men, Monogr, de la cath. de Quimper, ip. 225), se trouvent 
ces deux vers : 

Vous QUI PAR ILLECQUES PASSEZ 

Priez tous pour les trépasses. 

Une troisième inscription a été publiée par feu de Longuemar 
dans son Epigraphie du Haut-Poitou (Mém. de la Soc, des Antiq* 
de rOuest, t. XXVIII, n° 190). Elle a été découverte par moi à Lou- 
dun (Vienne), en 1851, au faubourg Saint-Lazare, et provient évi- 
demment du cimetière de Thôpital fondé à cet endroit : j'en ai fait 
don au docteur de la Tourette. Gravée en majuscules qui dénotent 
le milieu du xvi* siècle, cette pierre est traversée par une grande 
croix, marquée, au centre, des monogrammes des noms de Jésus et 
de Marie : IHS HA. 

vous QVl CI 
PASSEZ 
PRIEZ DIEV 
POUR LES TR 
ESPASSCEZ 
CENT lOVRS 
DE PARDON 
r.AIGNERBZ 

La formule s'allonge d'un vers pour annoncer les indulgences, 
mais le premier est notablement altéré : Vous, dans sa généralité, 
ne vaut pas bonnes gens^ qui équivaut à âmes pieuses, personnes 
charitables. De plus, il n'a que cinq pieds, trois de moins pour ar* 
river à huit, qui est la mesure réglementaire. 

En bonne forme, l'inscription se restitue ainsi : 

Vous [tous] qui [par \]ct passez^ 
Priez Dieu pour les trépassez : 
Cent jours de pardon gagnerez. 



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- 249 ~- 

Qui a accordé ces cent jours de pardon ? L'épigraphe ne le dit 
pas, rhistoire non plus. Ou c'est une indulgence générale accordée 
par un pape, ou c'est une indulgence locale octroyée par un cardinal. 
Le cardinal a, en effet, le pouvoir d'accorder cent jours, tandis que 
l'évâque est limité à quarante. A cette époque, la concession aurait 
pu être faite par Claude de Longuy, dit le cardinal de Givry, qui prit 
possession de l'évéché de Poitiers en 1541 (GalL christ, y t. II, 
col. 1204). 

M, Abgrall, dans sa brochure Eglise et paroisse de Lampoul-Guimi- 
liau, Quiroper, 1891, écrit, à propos de la façade de ce monument 
de la Renaissance : 

Deux contreforU, posés sur les angles, accostent celle arcade (do ren- 
trée], et sur les faces intérieures de chacun sont deux petits anges tenant 
une banderole avec ces légendes en caractères golhiques : 

Bonnes gens qui ycy passez priez Dieu pour les trépassés. 

Benedictus qui venit in nomine Domini. 
Le tympan porte un cadran solaire, au haut duquel deux anges, gras et 
joufflus, tiennent une tête de mort. Plus haut est la date : A. D. M Vc XXXIll. 
Au-dessus, une sirène cornue, à queue contournée, forme cul-de-iampe 
pour une jolie statue do S. Michel terrassant le dragon (p. 4). 

Tout y est ici : le temps qui s'écoule, la mort qui survient, le pa- 
tron de la bonne mort et présentateur des âmes, l'appel adressé aux 
passants, les anges consolateurs et le soulagement apporté aux dé* 
funts par le saint sacrifice. 

Le baron de Guilhermy, dans ses Inscriptions de la France, ancien 
diocèse de Paris, t. I, p. 808, date du « commencement du 
wv siècle f> les « deux lignes rimées » qui « ont été plus d'une fois 
gravées aux entrées des charniers ou des cimetières » et qui sont 
reproduites en gothiquo carrée « sur le mur occidental de la pre- 
mière des chapelles qui accompagnent la nef du côté du nord », à 
S. Sévcrin : 

Bonnes . gens . qui . p[ar] . cy . passes . 
PRIEZ . Dieu . poua . les . trespasses . 

J'ai donné, dans mon Epigrapkie de Maine-et-Loire, sous le 
n<» 134, l'épitaphe de Jean de Tessé, datée de 1551 et conservée dans 
l'église de Montigné. Elle se termine par les deux vers habituels, 
mais avec la variante lirez, au lieu de passez, et la défectuosité de 



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-^ 250 — 
cinq pieds seulement au premier. Evidemment, on citait de mémoire 
et par à peu près. 

GT 6IST NOBLR HOMME IKHAN 
DB TES8E EN SON VIVANT 
SB16NBVR DR SAINCT LOVP ET 
DB MENE LBQVEL DECEDA 
LE 18 DECEMBRE 4534. 
CEUX QVr CY LIREZ PRIER DIEU 
POVR LES TRESP ASSEZ. 

c( On remarque dans le mur extérieur de la sacrisUe, à Riaizé 
(Ardennes), une inscription, en lettres onciales, provenant de Thé- 
lines : (p)riés Dieu {p)ovr les {tr)espassez^ avec la date 1790, proba- 
blement ajoutée au moment de la translation » (Bullet. mon.^ 1893, 
p. 144). Ce pourrait être une inscription cimétériale du xvi® siècle. 

Le xvu* siècle continue la tradition. L'Anjou me fournit encore 
deux exemples, que mon Epigraphie a classés sous les n^' 341 et 
361. 

En 1673, on plaçait à Téglise de Pruillé, à la porte de la sacristie» 
qui ouvrait sur l'aficten cimetière, un cadran solaire avec cette in- 
scription, d'une orthographe incorrecte, que turmooteot la date et 
le monogramme du nom de Jésus : 

16 73 

iks 

VOVS . QVI . PAR . ICI . PASSE -^ 

[pr]iEs . tMEv . POVR . LAIS [trépassés] 

Au premier vers manque un pied. On pourrait le régulariser en 
insérant tous après vous, mais la faute est ancienne et le siècle pré* 
cèdent nous l'avait montrée à Loudun. 

L'épitaphe d'Urbaine Lepot, femme de Jacques Cazoher^ dans le 
cimetière de Jarzé, a, à la fin , deux vers, de facture inégale, qui 
s'adressent, non à la défunte, mais aux trépassés en général. 

Cette croix est fichée sur un piédestal en forme de cœur, posé à 
plat. 

Passant qui passez est un pléonasme ridicule, qui no nous donne 



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— 231 - 

que cinq pieds, au lieu des huit réglementaires. On remettrait ainsi 
ces vers en équilibre : Passant, qui par ici passez y comme nous y 
autorise Tépitaphe de 1673. 



lÂs 

CY GIST 
LE CORPS DE DEFFVNCTE 
VBBANNE - LEPOT VIVAN 
TE FfiMMB Dg-H ^- lAG 
QVE • GAZOHBR • ELL' 

DESEDA 

LE 12 

NOVEM 

BRB 1679 

PASSANT 

QVI PASCE 

PRIES DIEV 

POVR LES 

TREPAC 
Ë 



H. Largeault , président de la Société de Statistique des Deux- 
Sèvres, a imprimé, dans te Revue de l'Ouest^ SO février 1800, un ar- 
ticle intitulé : ce De IHmcription cimélériale vous qui passet, priez 
Dieu pour les trépassés. » Il me fournit deux documents nouveaux, 
dont répoque n'est pas déterminée, mais qui me semble être le 
xvn* siècle. 

A Saint-Sauvant (Vienne) , à roccasion de fouilles praliquées dans la 
place publique, qui occupe l*emplacemeot de t^ancieD cimelière, on a mis 
au jour un caveau funéraire» où ont été trouvés des débris de colonnes, 
d^osseroents humains , de pierres tombales. Sur un fût de colonne brisée 
était gravée Tinscription suivante, que nous reproduisons d*aprés le Cour- 
rier de la Vienne, ainsi que Tinterprélation qui en a été donnée : 

1. Honnête. 



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- 2o2 - 



. V . Q , 


voos qui 


PA 


passez 


8SB 


invoquez 


IXVO 


Jésu£-Chrî8l, prêtre élcrnel, 


ICPB 


pour moi 


POR MOI 


décédé 


DKS8BDB 





Toutes réserves faites, nous croyons qu'il s'agit d'une formule, très 
employée dans le moyen-âge, qui était gravée sur les croix et les portes 
de cimetières, et dont on trouve d'autres exemples en Poitou. Et cette co* 
lonne brisée, chargée de la susdite inscription, ne serait autre chose qu'un 
morceau de Tancieune croix xiu cimetière qui existait en cet endroit. 

N'ayant pas vu rorlginal, je ne puis me porter garant de la fidé- 
lité do la copie. Par là aussi m'échappe l'exactitude de l'interpréta- 
tion. Jésus-Christ, prêtre éternel, me paraît bien fantaisiste; en tout 
cas, il ne conviendrait qu'à la mémoire du prêtre qui aurait élevé 
la croix. Le sentiment personnel se fait jour : le défunt, comme en 
15S4 et 1679, ne réclame pas des prières pour les trépassés, mais 
pour lui seul. Il importait de noter cette variante au texte tradi* 
tionnel. 

Pour moi décédé est une lecture qui, en soi , ne souffre pas plus 
de difficulté que Ovous qui passez, ainsi abrégé exceptionnellement, 
parce que probablement il n*y avait place sur le fût de la croix que 
pour trois lettres. Quant au reste, je ne m'y risquerais pas sans une 
autre interprétation qu'il me faut examiner, 

La Société des Antiquaires de l'Ouest (Bulletin y 2« série, t. V, 
p. 194) a reconnu « d'un avis unanime », la (( version proposée par 
M. Richard », comme ce la seule plausible » : 

v[ous] Q[ui] 

PA 

SSB [Z] 
LA VO 

lE [pour veuillez] p[ri]E[r] 

POR MOI 
DESSOVS 

Je crois qu'il faut chei*cher la rime qui manque manifestement. 
On pourrait donc dire : 



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— 263 — 

vous qui cy passez 

Pries pour mol dessous placé . 

Nous avons ainsi doux vers, Tun de six et Tautre de huit pieds. 
Hais, pour arriver à ce résultat, cy est substitué à là, qui vient après 
passez, et Ton supprime veuillez, qui ne me semble pas une tour- 
nure épigraphique. 

A Sainl-Marc-Ia-Lande (Deux-Sèvres) , il existe une autre ioFcriplion à 
peu près semblable. La voici : 

LA SBPVLTVRB DBS 
TRBPASSBS . PRIEZ POVR 
KVX VOVS QVI PASSEZ 

Gela rappelle le Sla viator de rautiqulté païenne. Seulement là, c'était 
une invilalioQ , solennelle et grandiose, mais froide et stérile, à contem- 
pler la sépulture des héros. La formule chrétienne, elle, est un appel tou- 
chant et fraternel, pieux et humain, réclamant de tous misérlcordieusement 
un souvenir, une larme, une prière. 

Sépulture des trépassés dénote certainement le cimetière, avec 
cette signification indicative : Ici est la sépulture commune. Le pre- 
mier vers est faux, puisqu'il a neuf pieds. On lui en ôterait un en 
supprimant la ou en disant sépultur\ comme il se fait dans la pro- 
nonciation et les poésies populaires. 

L'autre vers, répété au second rang, supprime Dieu et y substitue 
eux : la conlexturc des deux phrases l'exigeait, tandis que, d'ordi- 
naire, il n'y en a qu une seule. 

Une autre inscription, du xvn« siècle, se voit à Rome, dans un 
mur de clôture du couvent de Saint-Jean , à la Porte Latine : je ne 
doute pas qu'elle n*ait été distraite de l'ancien cimetière attenant à 
cette église, titre cardinalice. 

• ANGELO • CARPINO • F * F * [fece fùre] 

f VOI DËVOTI CHE . 
DB QVI PASSATE . VN . 
PATER . E . VNA . AVE . 
MARIA . DIGIATB , Ver . 
LE . ANIME CHE SONO 
DE QVE'''^^ M*^ PASSATE . 

Ces trois vers doivent se lire ainsi : 



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- 254 - 

voiy devoti, che de qui passate^ 

Un Pater e una Ave Maria diciaie 

Per le anime che sono de questo mondo passate. 

J'ai dit vers par euphémisme, car ce sont platdt des rimes. Le pre- 
mier a bien douze pieds, mais j*en compte quatorze au second, en 
faisant Télision un* Ave et, ce qui est formidable, seize au dernier. 
En les forçant à rentrer dans Talignement, on obtiendrait; ce qui 
serait plus satisfaisant : 

Un Pater ei una Ave diciate 

Per le anime da quel mondo passate. 

Celui qui a fait poser le marbre à ses frais s'est nommé dès le 
début : Angelo Cai*pxno feee fore. Il y a peut-être là un peu de 
vanité, mais elle est excusable en raison du but qu'il se propose ; à 
sa mort, le passant priera aussi pour lui. Comme à Saint-Léonard, 
il a Texpression propre, devoti, qui est encore préférable à bonnes 
gens; il faut être vraiment dévot pour écouter sa réclame. H ne 
parle pas d'indulgences , ce qui témoigne qu'à Rome on ne croyait 
pas qu'il y en eût d'attachées à cet acte de piété. A Senlis et à Lou* 
dun, on se contente de dire : Priez; notre Romain est plus pratique, 
car il indique de suite quelle prière il convient d'adopter. Ce sont, 
en effet, celles mêmes de l'Église, le Pater et VAve ^. 

Au xvui* siècle, l'appel prend une autre forme : les âmes de 
l'Église souffrante se recommandent à celles de l'Église militante. 

H. Pantin de Soland,qui ne cite jamais ses sources, a donné, dans 
son Bulletin historique et monumental de r Anjou , une complainte 
versifiée qui doit provenir de quelque manuscrit de la bibliothèque 
de la ville d'Angers, si riche en descriptions détaillées des églises 
disparues. Il la date du « xviie siècle »; c'est peut-être exact pour 
la copie, mais non pour le texte, qui pourrait être reculé de cent 
ans. La prière des oc âmes du Purgatoire», comme il l'intitule, ocexis- 

1. Une épiiaphe de 1604, à Saint-Sulpice-dO'Paviôres, se termine par la de- 
mande d'une prière pour les défunts en général {Not. d'art et d'arch,, 1891, 
p. 54), mais en précisant la formule à employer : 

PAO PIDBLIBVS DBPPVNGTia 

PATER NOSTER 

▲V£ MARU 



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- 255 - 

tait dans Téglise de Saiot-Pierre d'Angers, sur un tableau de bois 
peint. » 

Humble requeate vous faisons, 
A cry piteux et jointes mains, 
Que vous donnez quelques oraisons. 
Qui cy passez, peuples humains. 
Or, ne argent, ne biens mondains 
Ne demandons fors que prières. 
Bien sont de charités loingtains 
Qui cy en leurs langues ont chères. 
Pas ne sont les peines legieres 
Que nous souflFrons, pour ces amis 
Procurez par bonnes manières 
Que brief en soyons hors mist. 
El si par un humble depris 
Libregez nostre pénitence» 
Nous ferons en Paradis 
Devant Dieu bonne raoompense ; 
Car après nostie délivrance 
Pas ne serons ingratz vers vous. 
Pour vous prirons divine essence 
Tout ainsi qu'avez faict pour nous. 
Pour ce humblement vous prions 
Que passez par nos cymetières, 
Et marchez sur nos pouvres ous, 
Qui cy ponrissent à grand terre; 
Impetrea>nous es deux reponx 
En priant pour vos pouvres frères. 

L'appel est fait aux passants, qui cy passez, peuples humains. Hais 
où passaient-ils? Par nos cymetières. G*est donc une inscription ci- 
Dsétériale, et il faudra corriger l'indication ce dans Téglise », qui 
n'est pas rigoureusement vraie. L.e conteite le dit suffisaminent, 
quand il parle des « pouvres ous, qui cy pourissent à grand terre ». 

Retenons le côté pratique de cette dévotion. Les c peines » du 
purgatoire ne sont pas ce légières ». Si donc vos ce prières » nous 
obtiennent a que brief en soyons hors mis j» (et non misi), à notre 
tour, nous prierons ce Dieu, » « en paradis », qu'il vous « racom- 
pense » de vos « charitez », parce que vous avez c abrégez (non 
libregez) nosUp pénitence, s 

Lee Mémoires de la Société académique de TOite décrivent une 



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— 2S6 — 

« pierre encastrée à Tcxtérieur do l*église de Pâmes, du côté méri- 
dional, sur la face du cinquième contrefort à partir de Touest », 
qui porte Tépitaphe de « Jehan Lcgaull, en son vivant charon » 
(1821), un appel en vers en faveur des âmes du purgatoire, leur 
délivrance et la scène du jugement dernier. 

Priez Dieu pour les (respasses 
Tous les jours et deuolement 
Car vous serez tous amasses 
Deuant luy au grand Jugemeot. 
Ayez pitié de vos amys 
Qui sont trespasses de ce monde 
Priant Dieu que bien brief soint mis 
Es saioclz cieulx ou fout bien abonde 
Humains viuans pries pour nous 
Pouures âmes de purgatoire 
El nous prirons après po^ vous 
Quant nous serons lassus en gloire 
Prions tant Dieu et nostre Dame 
Que les trespasses soint absoubz 
Et mesmement po^ les poures âmes 
De ceulx qui gissent cy dessoubz 

Celte inscription est encadrée par la représentation au trait du Jugement 
dernier. Au sommet de la pierre, Jésus-Cbrist apparaît sur des nuages. 
Déjà, la Ste Vierge à sa droite et S. Jean Baptiste à sa gauche — ce 
dernier en qualité de patron du défunt — implorent à genoux sa clé- 
mence en faveur des pécheurs. Deux anges font entendre Tappel de la 
justice divine : de leurs trompettes sortent des phylactères, où Ton peut 
lire, à droite : Venilc ad judiicum et à gauche Surgite morluL Les morts 
obéissent et, à gauche de l'Inscription, on les voit sortir de leurs tom- 
beaux. Quelques-uns se jettent à genoux. Plusieurs cadavres, entourés de 
bandelettes, ressemblent absolument à des momies égyptiennes. Du 
même côté le tumbier a figuré le purgatoire, où des patients sont plongés 
dans les flammes. A droite, des anges accueillent les humains et les con- 
duisent devant le Créateur ^ . 

J ai copié cette curieuse inscription sous le porche de Téglise de 

1 . Cette interprétation n*est pas rigoureusement exacte. S. Jean Baptiste 
n'est pas ici comme patron du défunt : l'iconographie lui reconnaît, d'une 
manière générale, le rôle d'intercesseur suprême. La scène du jugement no 
comporte pas la représentation du purgatoire : à la suite de^ sentence, les 
élus sont conduits au ciel par les anges, tandis que les damnés, à gauche, 
sont plongés dans les flammes de l'enfer. 



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- 257 — 

Sainte-Foy, à Âgen, où elle sollicite encore^ non ceux qui passent, 
mais ceux qui entrent^ comme à Bourges : 

. VOVS . TOVS . QVI . ENTRES 

DANS . LESGL1ZB . MILITANTE . 

PRIES . DiEV . POVR . CEVX . QVI . 

SONT . DANS . LA . SOVFRANTE . 

lE . PRIE . MAIS . AMIS . PRIES 

DiEV . QVE . NOVS . ALLIONS 

BIENTOT . EN . PARADIS QVE M * 
AME . ET . MON . CORPS PVISSENT BIENTOT 
RBSVSITE . POVR. lOVlR DE LA GLOIRE 
QVE DjEV LVI . a . PREPARE GOVME . IL . 
. SON ANSAMBLE DANS LA SOVFAANSE 
. QVIL LE SOIT DANS LA REGOMPANGE 

Et dire que nous sommes à l'époque de Corneille et de Racine! 
S*en douterait-on à ces rimailles, qu'on ne saisit guère avec Tallure 
épigraphique? Elles deviendront plus intelligibles, mises en équili- 
bre et avec une orthographe plus correcte : 

Vous tous, qui entrez dans l'Eglise militante, 
Priez Dieu pour ceux qui sont dans la souffrante. 
Je prie mes amis: 

Priez Dieu que nous allions bientôt en paradis. 
Que mon âme et mon corps puissent bientôt ressusciter, 
Pour jouir de la gloire que Dieu lui a préparée : 
Comme ils sont ensemble dans la souffrance^ 
Qu'ils le soient dans la récompense! 

Si le moyen âge a eu ses quasi versus, on voit que notre période 
la plus littéraire ne s'est pas gênée pour en admettre aussi. Mais si 
au moins le Tond rachetait la forme ! Hélas I il est encore pire. L'ap- 
pel est très touchant, si l'on s'en tient au premier quatrain. 

Rome a prescrit aux évéques de reviser préalablement les inscrip- 
tions funèbres et elle a eu grandement raison, en présence de Ter- 
reur qui se manifeste ici. L'évéque d'Agen a laissé faire, ne se pré- 
occupant ni de la loi qu'il ignorait, ni de sou application qu'il négli- 

1. On écrivait alors m'dme, qui est plus régulier que mon dmf, puisqu'il 
équivaut à ma àme* 

xif. 17 



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j[ 



— 258 - 

geait. Que dire de cette dme et de ce corps dont on demande la 
résurrection? Je sais bien qu'on a biffé mon dme et, mais à quel 
moment? N'est-ce pas après coup, longtemps après? La pensée n*en 
subsiste pas moins, car puissent reste au pluriel et surtout ils sont 
ensemble dans la souffrance^ comme si le corps souffrait dans la 
terre oà il repose ou dans le purgatoire qui n'a accueilli que Tâme. 

Décidément, les inscriptions de Senlis, de Saint-Léonard, de 
Montigny, do Loudun et de Rome remportent de beaucoup sur 
celle d'Agen : tant il est vrai que la simplicité est une qualité pré- 
cieuse quand on la compare à son défaut opposé, qui est l'exagéra- 
tion et la pompe dans les motsi La saine doctrine se passe de ce 
vain étalage, qui ne déguise pas la pauvreté du fond. 

III. — L'appel de V Église souffrante m'engage à dire un mot du 
purgatoire : ce n'est pas sortir de mon sujet. Aussi bien la question 
n'a-t-elle pas encore été envisagée à ce point de vue spécial. 

Le xv« siècle * semble s'être beaucoup préoccupé du purgatoire, 
et le mouvement continua au siècle suivant. En voici, en quelques 
traits rapides, les principales manifestations. 

Et d'abord, le dogme fut clairement défini, en attendant que le 
concile do Trente y ajoutât tout le poids de son importante autorité. 

Au concile de Ferrare, en 1437, tenu pour l'union des Grecs aux 
Latins, il fut déclaré, au sujet du purgatoire : « Yere pœnitentes, 
si antequam fuerint vita functi, digne pro commissis culpis non 
satisfecerint, eorum animas pœnis purgatorii post mortem purgari. 
Si decesserint in charitate, prodesse eis, ut ab bis pœnis leventur, 
missarum scilicet suffragia, sacrificia, orationes, eleemosynas et alia 
pietatis opéra, lllorum animas, qui post susceptum baptisma nuUam 
peccati maculam incurrerint illorumque rursus animas quae post 
mortem in purgatorio vel in vita per pœnitentiam sunt purgatae, 
mox in cœlum assumi et videre clare ipsum Deum trinum et unum, 
sicuti est. » (Anal jur. pont,, t. XXIV, col. 257.) 

4. M. Forestié déclare que, au xiv« siècle, « Tauteur du testament recom- 
mandant son Ame à Dieu, indique les œuvres pies qui lui tiennent à cœurw; 
il place au premier rang « l'œuyre du purgatoire ». (DuU. arch,, t. XVII, 
p. J91.) 

« Traclatus de Purgatorio » (xiv« s.), « S. Auguslini, de igno Purgatorio » 
(xi« s.). Ces deux manuscrits de la Bibliothèque Nationale étaient autrefois à 
l'abbaye S. Martial de Limoges (Bull, de la Soc. arch. du Limousin, t. XLIII, 
pp. 53, 55j. 



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Vers 1477, le P. Jean de Fabrica, de Tordre des Frères Mineurs, 
publiait à Delft, chez Jacques van der Meer, ud volume gothique, 
intitulé : Compilalio super relaxatione penarum animarum purga^ 
torii. 

VArt de bien vivre et de bien mourir, dans l'édition de 1492, im- 
primée par Gilles Cousteau et Jehan Menard, pour Antoine Yérard, 
est suivi du Traité des peines d* Enfer et de Purgatoire et des Joies 
du Paradis (Rev. de l'Art chrét., 1893, p. 127). 

Parmi les livres d'une bibliothèque du temps de Louis XII, signa- 
lée par M. Delisle,dans Littérature latine et du moyen dge^ se trou- 
ve : c Quatuor novissimorum, i » (p. 112). Or, ces quatre fins der- 
nières sont : la mort, le paradis, le purgatoire et Tenfer. 

Deux visions, en particulier, se chargèrent de révéler l'état des 
âmes dans le lieu de l'expiation. 

Sainte Françoise Romaine, morte en 1440, eut une vision. Elle 
aperçut le purgatoire avec cette inscription sur la porte : <r Hic est 
purgatorium,speilocus et animae hic existentes habent intervallum 
pro desiderio. » (Bolland., die 9 mart., t. YIII, p. 17S). « Les dé- 
mons, dit-elle, ne peuvent pénétrer dans cet endroit de pénitence 
et d'attente, mais les âmes souffrent d'atroces douleurs, rien qu'à 
les voir menacer et ricaner. » (Messag. des fidèl., 1886, p. 17.^ 

La bienheureuse Véronique de fiinasco, religieuse de Milan, au xv* siè- 
cle, fut conduite par son ange, le jour de l'Assomption, sur le seuil du 
Purgatoire. Elle vit pénétrer dans ces lieux de souffrance un homme vé- 
nérable, dont elle ne put découvrir le nom : une immense multitude d'an- 
ges raccompagnaient, et une partie de ces anges menèrent devant lui un 
nombre d'âmes, égal au moins à la moitié de la population de Milan. 
Chacune de ces âmes avait près d'elle son ange gardien : on eût dit, 
quand elles sortaient des flammes, que le feu les avait pénétrées et rou- 
gies, comme il pénètre et rougit le fer; mais, peu à peu, elles devenaient 
plus blanches que la neige. Les anges mettaient sur leurs têtes des cou- 
ronnes vertes et les conduisaient devant le trône de Jésus. Là, elles dépo- 
saient leurs couronnes, Notre Seigneur les prenait et, le visage serein et 
souriant, les offrait à sa Mère. (Echo de Rome.) 

En 1564, la Faculté de théologie de Paris s'assembla pour s'oc- 
cuper de plusieurs propositions avancées dans un de ses sermons, 
par Simon Yigor, qui, plus tard, devint archevêque de Narbonne. 
Or, une d'elles se formule ainsi : u On ne peut entrer dans le para« 



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dis sans passer par le purgatoire^ quelque saint qu'on ait été : saint 
Pierre, saint Paul et saint Jean-Baptiste n'ont pas échappé à cette 
loi. » (Bull, de la comm. arch. de Narbonne, 1870, p. 60.) 

Voici trois ouvrages du xvu® siècle sur cette question : 

Eaux de Siloé pour esteindre le feu du Purgatoire, contre les 
raisons et allégations d'un cordelier portugays, qui a presché le 
Purgatoire ce caresme dernier à S. Jacques de la Boucherie (par 
P. Du Moulin). 1603, in-8. Traité peu commun du célèbre polé- 
miste protestant, où il tend à prouver qu'il n'y a pas de Purga- 
toire. 

Traicté du Purgatoire, par Claude Durand, vers 1610. 

Le triomphe de la vérité ou adveu du sieur Abbadie, ministre de 
Pauy sur la transsubstantiation et sur le Purgatoire, par le P. Es- 
tienne Audebert, de la Compagnie de Jésus. Orthez, 1634, in-S**. 

L'iconographie entra dans cette voie. J'en citerai quelques notables 
spécimens *. 

Sur une miniature du xv^ siècle, de style italien, qui est à la 
Bibliothèque nationale, le purgatoire est représenté, à propos de ce 
chant de la Divine comédie, par ce quadruple motif: une jeune fille 
nue et étendue, dont les seins vont être sucés par deux belettes; des 
pécheurs au milieu des flammes; des âmes dans une piscine, oii 
les plonge un évêque ; des anges surveillant des âmes purifiées. 

Les âmes ont pris la forme du corps qu'elles ont habité pendant 
la vie mortelle : les sexes et les âges y sont très marqués. La nudi- 
té est absolue^ ce qui est une faute, car elles devraient être complè- 
tement vêtues, d'abord pour ne pas choquer les regards, puis en 
raison de ce trait historique : 

Saint Bernard a raconté, et Jacques de Voragine après lui, que saint 
Malachie avait une sœar qui, pour ses fautes, lit une longue station au 
purgatoire. Dans une vision, il l'aperçut velue d'une robe noire; plus tard, 
du soulagement ayant été apporté aux souffrances par ses prières, il la 
revit, mais vêtue de couleur sombre. Enfin, au jour de la délivrance, elle 

i. M. Léon Germain m'a écrit : « A Nuremberg, une tombe de i430 m*a pa- 
ru représenter le purgatoire; je crois que c'est rare à cette époque. » Ce n'est 
pas seulement un motif rare, mais insolite; d'où il suivrait que c'est le plus 
ancien exemple connu. 



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- 261 — 

portait une robe blauche, symbole de la pureté recouvrée. (Rosier de 
Marie, 1884, n* 30 K) 

Les livres d'heures gothiques montrent les âmes, brûlant au milieu 
des flammes queprojelto au dehors un rocher entr^ouvert. Les mains 
jointes ou levées, en manière de supplication, elles disent à Dieu, 
qui apparaît au ciel : Constituas michitenvpus in quo recorderis met. 

Les Heures Nostre Dame à Vusaige de Poitiers^ en 1525, y ajou- 
tent ce quatrain : 

POUR LES PÉCHEZ QUE COMMET l'HOMME 
VIVANT EN SON MONDAIN PIAISIR , 
CONVIENT qu'il SOIT PURGÉ EN SOMME, 
AYANT qu'il PUISSE ES GIEULX VENIR. 

Près de Bagnacavallo, en Italie, est une ancienne chapelle de pèle- 
rinage, peinte à fresque. Sur ses murs, le millésime de 1534 se rap- 
porte à un saint Jean-Baptiste et à une « représentation des âmes 
du purgatoire » {Arch, stor. de/Parte, 1890, p. 230.) 

Dans une chapelle latérale^, située au nord de l'église paroissiale 
de Clermont-en-Argonne (Meuse), un tombeau de la renaissance 
mérite une attention particulière. En bas est couché, le défunt, nu 
et sans suaire; ses chairs sont dévorées par les vers. Au-dessus, dans 
trois compartiments, se succèdent le pèsement des dmes, le miroir 
de la mort ^ et le purgatoire. Chaque sujet est élucidé par une in- 
scription en vers français : 

1. Jo recommande particulièrement dans le Messager des fidèles^ 1889, 
pp. 482-485, l'analyse do l'orûce des morts, qui fait aussi allusion à une triple 
situation : « Dans les matines do roffîce qu'elle a consacré au culte expiatoi- 
re dos saintes âmes délivrées du purgatoire, l'Église, à chacun des trois noc- 
turnes, nous fait assister aux trois phases successives de l'œuvre de purifica- 
tion qui doit précéder l'entrée dans la béatitude : la préparation au passage 
redoutable de la mort, l'entrée dans le lieu d'expiation, les approches do la 
délivrance. » 

2. Dans l'église de Beaufort (Maine-et-Loire), existait une « chapelle des tré- 
passés», qui fut fondée en 1489, puis accrue en 1494 (Dcnais, Monogr. de N, D, 
de Beaufort, pp. 199, 206).— En 1498 fut fondée, dans la môme église, la cha- 
pelle de la croix, avec obligation pour le chapelain de dire tous les vendredis 
« une messe do TofQce de la croix », avec cinq oraisons : la quatrième était 
« des trépassés .» (/6tJ., p. 183). 

Dans le Recueil des Mémoires et documents de V Académie de la Val d'Isère, 
Moutiers, 1887, se trouve celte mention, relative à la paroisse de Saint-Bon et 
à Tan 175G : o Fondation de la chapelle de Tautel des âmes .» 

3. La mort est si bien un miroir, où l'homme doit se voir tel qu'il est, qu'un 



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- 262 - 

De dieu je sois la Justice divine 
a rendre droit a ghasgun suis encline. 

Miroir ou l'homme naturel 
Se doit recongnoistre mortel. 

De satisfaire ayez mémodie 
Afin d'éviter purgatoire. 

Dans la troisième scène, on voit les âmes au milieu des flammes, 
appelant à leur secours par ces paroles de la liturgie : Animas pau- 
perum tuorum ne oblivisçaris in finem. Le Christ leur répond : Venile 
ad me omnes qui laàoratis, 'et un ange ajoute pour les consoler : 
Venite in locum refrigerii *. Ainsi finit la douloureuse épreuve de 
l'expiation. 

Le Bulletin monumental, 1888, p. 491, signale à Irun (Espagne), 
dans l'église de Notre-Dame-des-Joncs, « un curieux bas-relief en 
marbre peint, représentant la Vierge délivrant les âmes du purga- 
toire •. L'auteur de l'article a oublié d'indiquer la date, qui a bien 
son importance. 

« Item un tableau peint sur bois, bordure de même, représen- 
tant le purgatoire. » {Inv. de la cath, de Boulogne^ 1791, n® 101.) 

Ailleurs, l'iconographie prend une autre forme, c'est-à-dire 
qu'elle montre la délivrance, résultat direct de l'application du saint 
sacrifice. 

Sur une miniature d*un livre d'heures de la fin du xv^ siècle, qui 

drap mortuaire du xvi* siècle {Annal, arch., t. Il, p.219) figure, au milieu d'os- 
sements et de crânes, deux miroirs à pied où se reflète une tète de mort. « Au- 
dessous de chaque miroir était une inscription dont on n'aperçoit plus que 
la trace ; le temps Ta eCTacée, mais on la devine facilement. Elle disait à notre 
vaniteuse nature de s'y regarder et de s'y reconnaître sous ses véritables 
traits. Le miroir des danses macabres est reproduit ici avec la même signifi- 
cation » (p. 221). 

Le Bulletin monamenlal (1888, p. 10!) a donné la représentation d'une dalle 
de 1518, qui est & l'effigie d'un Français, André deThotet, sergent d'armes de 
la cour pontificale, dans l'église de S.Tves-des-Bretons, à Borne. Dans la bor- 
dure qui encadre le défunt, on voit deux miroirs ronds, à manche droit, qui 
sortent d'une touGTe de feuilles, comme pour exprimer que la vie, qui se des- 
sèche comrtue l'herbe, ne laisse pas plus de traces que l'empreinte d'un visage 
sur un6*gtace. . 

1. Le prêtre dit, au canon de la messe : c Mémento e^am. Domine, famulo- 
rum famularumque tuarum N. etN., qui nos prœcesserunt cum signo fidei et 
dormiunt in somna pacis. fpsis, Démine, et omnibus in Ghristo quiescen- 
tibus, locum refrigerii, lucis et pacis, ut indulgeas deprecamur. > 



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— 283 — 

appartient à M. Gélis-Didot, un prêtre dit la messe ; le clerc allume 
la torche, ce qui prouve qu'on approche du moment de Télévation. 
Deux anges descendent alors dans la gueule de Tenfer et en tirent 
les âmes, qui vont ensuite reposer dans le sein d'Abraham*. 

Le Bulletin de la Société archéologique de Tam-eUGaronne^ 
t. XX, p. 330, signale, dans Téglise de Pervillac, une peinture murale 
de la fin du xv** siècle, représentant «le purgatoire, qui communique 
avec le paradis par un escalier et, dans le bas, Tenfer ». 

Le retable de l'église de Harisse, qui remonte au commencement 
du XVI* siècle, représente, à la suite de la scène desLimbes,« plusieurs 
âmes sortant h demi des flammes du purgatoire. G'estunpetittableau 
fort curieux, peu visible malheureusement et qui est à peu près 
semblable à Rochy-Condé >. {Mém. de la Soc. académ. de rOise, 
t. XV, p. 14.) 

A Chàlons-sur-Mame, dans l'église Saint-Alpin^ sur un vitrail du 
xvi« siècle, un prêtre célèbre : il a une chasuble verte, à croix bleue, 
et joint les mains, comme le prescrit la rubrique pour le Mémento 
des morts. Un ange descend dans les flammes du purgatoire et en 
retire les ftmes dont le temps d*expiation est achevé. 

Suivant acte du 14 avril 1567, Sébastien Lecouvreur, peintre de Saint- 
Maximln, peignait, pour la commanautéde Saint-Zacharie(Var), un tableau, 
sur toile de Constance, de deux mètres carrés, représentant au milieu Par- 
change saint Michel terrassant ie démon et tenant entre ses mains la 
balance, dont les phteaux étaient chargés drames, armetes, sous la forme 
de fignrines; dans la bande droite, le paradis, et dans celle de gauche, 
Tenfer ; enfin, dans le bas du tableau, le purgatoire avec des anges eo 
retirant < les armetes »; à droite, un prêtre célébrant la messe; à gauche, 
d^auties prêtres faisant Tabsoule. L'artiste avait trois mois pour achever 
son travail, poar lequel il devait recevoir 9 écus pistoles de quatre flo- 
rins pièce. 

Voici ie document à Tappui : c Scachent tous présents et advenir, cons- 
titués (noms des consuls et des députés de Saint-Zacharie), ont bailhé à 
pris falot à M' Sébastien Lucuvrenr, pfntre de ia présante ville de S inct 
Maximin, y présent, sçavoyr : de faire et pinter, sur une telle de Constance 
blanche, que les dits consul et députés luy ont bailhé, ayant ano cane 
carrée, sçavoir....« Et par desoulz soubta ung pan et demy de Ir dicte his- 
toire ou circa dans iadicte telle y meUra et pinlera purgatoyre ; au milheu 
en flambe ; de la bande droite y fara ung prestre disant sa messe avec 

i . Aux obsèques, le Rituel romain fait chanter, en entrant le corps k l'église: 
c (n sinum Âbrahœ angeli deducant te. » 



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— 264 - 

nng ange tirant les armetes da purgaloyre ; et de la bande gauche y mctra 
de prestres asoudre les mors et ung ange tirant les armetes du purgatoyre, 
de iiues colleurs, i {BulL arch, du Com. des trav, hist,, 1888^ pp. 359, 
399.) 

A Rome, dans l'église de Sainte-Marie Spa/a cœU^ la toile du reta- 
ble, peinte au xyi"* siècle, rappelle la vision qu'eut saint Bernard en 
cet endroit et qui donna son nom à ce sanctuaire privilégié. Disant 
la messe, il aperçut les âmes pour lesquelles il priait, arrachées par 
les anges aux flammes expiatrices et gravissant une échelle qui con- 
duisait au ciel. 

Le Musée de Chièvres, à Poitiers, possède une médaille en cuivre, 
qui a été frappée à Besançon en 16S7. Sur la face, la Vierge est assise 
au ciel sur les nuages, sceptréeet couronnée; les âmes, sous la forme 
de corps humains, plongées dans le feu, tendent vers elle des mains 
suppliantes. La légende nomme Marie impératrice de T Eglise souf- 
frante : MARIAE IMPER . EGCLiE PATIENTIS FIDEL . DEFVNG- 
TORVM(il/aria? imperalriçis Ecclesiœ patientis fidelium defunctorum). 
Au revers, sur Tautel est posé un calice surmonté d'une hostie à 
l'effigie du crucifix, dont le sang jaillit et tombe sur les âmes qui 
intercèdent au milieu des flammes. En exergue : f SOCIETAS IN 
IPSORVM AVXIL . (auxilium) VESONT . (Vesontii) 1657. INSTIT . 
(instituia) DD . GC [decvetis curatornm). 

Les faits viennent à l'appui de ce mode de représentation. Le 
baron de Sarachaga en fournit, d'après des auteurs autorisés, un 
certain nombre que j'emprunte à son catalogue des Collections d^his- 
toire et d'art du Musée eucharistique de Paray-le-MoniuL 

Un frère coDvers apparaissant à saint Barnard, à Clairvaux, lui fit savoir 
l'état malheureux de son âme en purgatoire. Le saint exhorta ses religieux 
à faire péDitence pour le mort. Celui-ci, après quelques jours, apparut de 
uoaveau, annonçant qu'il était délivré par le Salut •Sacrement (p. 34). 

ii50. Un homme du peuple annonce en Afrique qu'il n'y a point de lien 
en ce monde qui tire tant d'âmes du purgatoire que le monastère de Noir- 
moutiers (p. 34). 

1210. Le très saint sacrifice de la messe délivre les âmes du purgatoire. 
Vision du R. P. Jean d'Auvergne et de saint Nicolas de Tolentino (p. 36). 

1500. Il est dit de saint Nicolas de Tolentin qu'il délivra plusieurs âmes 
du purgatoire pendant la messe. Un religieux jacobin délivra une âme 



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- 265 - 

restée iS ansenpQrgatoirc.LeR.P.d*Alvcrnc,de Tordre de saint Fjançols, 
délivra une grande troupe drames. Le R. P. Nicolas Facteur, du même 
ordre, de même (p. 24). 

1580. Le P. Paul Acbilies rencootrc sur la place publique Bernard Col- 
nago, et celui-ci lui dit qu*il a été en purgatoire tout ce temps, mais que 
lui et un de ses amis avaient été soulagés par son intercession et les saints 
sacrifices qail offrait pour lui. Il demanda pour cet ami une messe. Le 
lendemain, cet ami entre au ciel pendant le saint sacrifice. 

Un autre jour, le P. Bernard Colnago, disant la messe, vit à l'élévation 
les âmes de deux de ses neveux qui s'envolaient au ciel et qu*il venait do 
délivrer par celte messe (p. 25). 

1582. Le Frère, architecte distingué, nommé François Costa, étant mort 
à Catane, apparut au P. Satalia, recteur du collège, après plusieurs jours. 
Interrogé pourquoi son âme était restée si longtemps dans les souffrances, 
il répondit: Celte peine était due pour les péchés que je n'aurais pas 
expiés sans les saints sacrifices et les prières de vous tous. Je désire que 
vous demeuriez bien persuadés que les jugements de Dieu sont très sévères 
pour les actions que Ton a faites pendant la vie. 

1599. Un grand gémissement se fît entendre dans Téglise d'Herba, pro- 
vince de Milan, tandis que les capucins chantaient TofOce de matines. On 
adjura, selon Tusage, celui qui apparaissait. Il répondit par trois fois : 
Je demande des messes. Comme ou ne manqua pas de dire des messes 
pour son soulagement, la nuit suivante, des voix angéliqaes se firent en- 
tendre, au milieu desquelles Târoe dit trois fois : Frères, je vous remer- 
cie, je vais au ciel. 

1600. Un jour de fôte, Notre-Dame fit dire au P. Castelli. à Palerme, 
qu'il demandât autant d'âmes qull prononcerait de paroles depuis le 
commencement du saint sacrifice jusqu'à la fin. Le P. Castelli l'ayant 
fait, les âmes sortaient à chacune de ses paroles et venaient en foule ren- 
dre grâce (p. 26). * 

1602. Le prédicateur, croyant que Tâme du frère capucin était délivrée 
du purgatoire à cause de sa grande piété, ne disait point de messe pour 
lui. Le défunt lui apparut et lui cria d'une voix lamentable : Je serais au 
ciel si vous aviez offert le saint sacrifice pour moi. 

1616. César Laurlcelle d'Agrigente, S. J., mort en 1614 au collège de 
Palerme, apparut, après dejx ans, à un cénobite qui avait été son élève. 
Il demandait des prières et des messes. Quelque temps après, il réappa- 
rut au cénobite la nuit devant le Saint-Sacrement, disant qu'on cessât les 
suffrages (p. 28). 

Si la peinture est le livre des ignorants qui ne savent pas lire, 
mais comprennent parfaitemont le sens et la portée des images 
mises sous leurs yeux, il est certain que Timagination a dû être 
exaltée par les tableaux expressifs qui commençaient à garnir les 



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églises, où le prédicateur développait Tenthousiasme par des récits 
analogues à ceux que je viens d'analyser. Puisque le saint sacrifice 
avait une telle vertu pour la délivrance des âmes du purgatoire, ii 
était tout naturel qu*on fît dire des messes à leur intention. 11 y eut 
d'abord des fondations particulières, instituées par les personnes 
riches. 

On lit, dans Thistoire manuscrite des Evêques de Lavaur^que pu- 
blie la Semaine religieuse de Varchidiocèse d'Albiy 1889, p. 25 : 
« L'an 1400, il (révoque Pierre de Vissac) establit dix prestres dans 
l'église de Nostre-Dame du Lac de Puy-Laurens, affin qu'ils célé- 
brassent la saincte messe et fissent des prières à Dieu pour les âmes 
des fidèles trépassez. » 

Le testament d'Antoinette de Turenne, rédigé en 1413, porte cette 
clause : « Item, neuf francs pour chanter une messe de Requiem 
pour les âmes [du purgatoire, qui l'audiance de Notre-Seigneur at- 
tendent. » {Bull, de la Soc. arck., de la Corrèze, t. VII, p. 383.) 

VEtat du temporel des paroisses^ manuscrit du commencement 
du xvui® siècle, contient cette déclaration, qui suppose une ancienne 
fondation : « Il y a des preys (prés) au Pont-Saint-Vincent qui rap- 
portent annuellement environ deux cents francs, dont partie est 
employée à la rétribution d'une messe qui se dit tous les lundis 
pour les trépassés, sur le pied des règlements du diocèse, lesquelles 
sont messes hautes, avec vigiles et obsèques : il y a trente-cinq 
francs pour le maître d'école, et le surplus est employé à la fabri- 
que de Téglise, s'il y a du restant; on a dit depuis qu'il doit estre 
employé à faire faire des services pour les trépassés. » (Léon Ger- 
main, Excursions épigraphiques ^ Pont- Saint- Vincent^ Nancy, 
p. 42.) 

J'ai trouvé dans les papiers de Léon Palustre l'inscription suivante 
copiée dans l'église de Xivry-le-Franc (Meurthe-et-Moselle) et qui 
doit dater du xvu' siècle, à en juger par la formule de dévotion au 
S. Sacrement. 

Loué soit le très St Sacrement de Tautei 

Qui fait toute la gloire et Tespoir des fidels. 

J'ai N. Morel, ie curé de Xivry, 

12 messes fondé tous les 1*'" jeudy 

des 12 mois de Fan, les Curés pour présent, 



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- 267 - 

'131. 10 s. auront argent de France, 

41. 10 8. au chantre pour son chant, 

9 1. tournois pour la cire et i^encens 

et du lOo écus, vos propres consciences 

S^ Curés synodaux < en feront la dépense; 

mais mon intention est qu'au bout de 10 ans. 

avec les dix écus ont eut un ornement 

aux plus abandonnés esprits du purgatoire, 

12 messes Je lègue à dire une par mois 

dont les curés auront 14 francs barrois, 

je lègue 8 écus que Ton me doit en rente 

sur 2 maisons sur l'eau, dont j'en ai fait la vente, 

pour brûler jour et nuit à perpétuité 

une lampe à Jésus Thomme Dieu incarné. 

Je donne 4 francs au curé pour présence, 

fabrique et chantre auront chacun 20 francs de France, 

pour mon anniversaire à chanter tous les ans 

Aux 4 vendredis de chacun 4 temps : 

de plus sur maison et sur ses dépendances, 

je lègue 2 écus c'est 6 I. de France. 

Vos titres nous diront où ces 25 écus 

sont pour payer le tout. Loué en soit Jésus. 

Cette inscription en mauvais vers oSre ceci de curieux que le 
curé de Xivry fonda une messe par mois à l'intention des « plus 
abandonnés esprits du purgatoire > : il y a là le germe d'une dévo- 
tion qui s*est ultérieurement développée. 

La messe des morts ne fut pas seulement fixée à certains jours 
de Tannée, du mois ou de la semaine ; on la trouve encore fondée 
quotidiennement, au profit des donateurs d'abord, puis de tous les 
fidèles trépassés. 

Vers la fin du xii* siècle, entre 1184 et 1190, Olivier de Tinteniac 
et sa sœur Tîphai ne fondaient, à Tabbaye de S. -Georges de Rennes, 
une messe quotidienne qui devait être célébrée à perpétuité pour 
eux, leurs amis et tous les fidèles défunts : <c Unaro missam pro nobis 
et amicis nostris et pro fidelibus defunctis... singulis diebus... in 
abbatia in perpetuum celebrandam. d 

En 1264, l'évèque de Chartres prescrivit à la léproserie du grand 
Beauiieu, chaque jour, trois messes, dont la première chantée, 
était des défunts : « Hissias célèbrent (clerici), prout est acteiius 

1. Marguilliers, expression usitée eu Lorraine. 



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— 268 - 

coiiiuclum, videlicet qualibet die unam missara cum nota pro de- 
functis et aliam pro beata Maria Virgîne et magnam missam de die 
vel de festo et vigiiias pro defunctis in communi, nisi in vigiliis 
apostolorum et aliis festis solempnibus et die sabbati.... Laiei.... 
orent pro defunctis n (DulL hist, du Com.des (rav. historiq.y 1895, 
p. 564.) 

En 1316, Jean de Medunca, maître des œuvres du roi de France, 
inscrivait cette clause dans son testament : « Item reliquit et lega- 
vit et dando jussit dictus magister Johannes, testator predictus, 
hospitioSancti Jacobi,quodes$edixitincapitepontisnoviThoIose,... 
ad tenendura ibidem unum capellanum, qui celebrct et celebraro 
habeat missam, quolibet die, ... pro ejus anima et Dne Johanne, ejus 
uxoris, parentumquesuorum et confratrum dicti hospicii et omnium 
Xpisti fidelium defunctorum. s> 

A S.-Grégoire au Cœlius, Augustin de Romanis, en 1620, légua, 
dit son épitaphe, mille écus pour une messe quotidienne des dé- 
funts : « Scuta mille huic ecclesife, ut missam defunctorum... pro 
sua et purgatorii animabus... quotidie in perpetuum celebretur. » 

La messe des morts, en France, se signale à l'attention par un 
rite spécial, qui est Toffrande. 

Les oblalions prenaient un caractère particulier dans les messes des 
défunts, oblationes pro defunciU. Outre I*of!raude du sacrifice, il 8*y joi- 
goait, dans les premiers siècles, des dons destinés à un repas funèbre en 
mémoire des défunts. C'était une manière de faire l'aumône pour le sou- 
lagement de i'âme du mort, coutume qui n'a pas disparu et qui se re- 
trouve encore en substance dans les distributions de pains qui accom- 
pagnent, dans nos contrées, les funérailles des personnes aisées et chari- 
tables. 11 faut croire que la gêuérositc, ou pcul-cire l'ostentation, amena 
certaines familles à la prodigalité, puisque saint Augustin se voit obligé 
d'avertir les fidèles que ces offrandes pour les âmes trépassées ne leur 
sont profitables que si elles restent dans les limites de la condition de 
ceux dont elles rappellent le souvenir : « Oblationes pro spiritibus dor- 
mientium, quas vere aliquid adjuvare credendum est, super ipsas me- 
morias non sint sumptuosœ. » {Episl. 22 ad AureL, 6.) Ces oblations 
avaient un caractère plus solennel aux jours anniversaires. Parfois, cette 
générosité dans le culte d'un défunt se manifestait d'une manière toute 
particulière et prolongée. Témoin cette riche veuve dont parle saint Gré- 
goire de Tours (Lz6. de glor, confessor,, cap. 65), qui fit célébrer, chaque 
jour, pendant toute année, une messe pour son mari, en accompagnant 



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— 269 — 

chaque messe de roffraode d'ua septier de vin de Gaza pour le repos de 
son âme. 

Nous retrouvons jusque bien avant dans les usages liturgiques celte 
insistance spéciale des oblations pour les défunts. A Notre-Dame de Pa- 
ris, tous les membres du clergé présentaient leur offrande le jour des 
mortSi comme à Noël, ce que Ton appelait Voblation générale . A l'abbaye 
de Port-Royal, aux grand'messes pour les morts^ le sacristain allait rece- 
voir à la grille des religieuses la grande hostie, les petites hosties et le 
vin destinés au sacriQce. Dans la plupart des églises de Rouen, on ne 
manquait pas, aux ofGces des morts, de présenter, dans une aiguière, le 
vin du sacrifice. A Orléans, cette fonction était réservée au plus proche 
parent, qui offrait en même temps un cierge. A Besancon, le jour des 
morts, les chanoines, en chape traînante, portaient à Tautel des hosties 
dans des patènes et du vin dans des calices. A Saint-Klienne de Sens, 
trois ou quatre chanoines accomplissaient la même cérémonie aux obits 
solennels des évêques. Les usages monastiques nous offrent plusieurs 
rites analogues. Ainsi, on faisait l'offrande du pain et du vin à l'enterre- 
ment des religieux de Saint-Berlin, à Saint-Omer. Dans plusieurs églises 
do France, surtout en Normandie, on voit encore, aux messes des morts, 
deux enfants de chœur présenter, au moment de roblation, l'un du pain, 
l'autre une bouteille de vin, fournis par la famille du défunt (Corblet, 
tlist. du sacrem, de VEuchar., t. IV, pp. 223 et suiv.,.)'. 

Parfois les deux oblations, en nature et en argent, se trouvaient réunies, 
comme il résulte de ce passage d'un auteur anonyme de Tours, qui écri- 
vit vers le xii^ siècle^ et qui dit : < Nous avons coutume d*offrir quatre 
choses à la messe, le pain, le vin, le denier et le cierge. » La pièce de 
monnaie et le cierge se retrouvent encore dans les offrandes des messes 
de morts ^ 

Outre ces rites déterminés, on trouve encore des traces d'offrandes 
extraordinaires, parfois curieuses, inspirées par des circonstances excep- 
tionnelles. Telle est celle qui se pratiqua lors de Tente rrement solennel 
de Claude de Lorraine, duc de Guise : Du Tlllet, flecwei/ des rois de France, 
p. 197; Leber, Des cérémonies du sacre, p. 420. Edmond du Boulai raconte 
qu'on conduisit du cloître à l'offrande deux chevaux du défunt. Le pre- 
mier, le cheval d'honneur, destiné au cardinal de Givry, qui officiait, 
était mené par l'écuyer du duc, et suivi de six pages vêtus de velours 
noir. Le second, le cheval de bataille, mené par un autre écuyer, était 
destiné aux chanoines de la collégiale de Saint-Laurent de ioinville > 
(Mess, des fidèi, 1889, pp. 536, 537, 539, 541). 

On fil plus encore, car, pour avoir des ressources régulières et 

i. « Cet usage existe encore à Saint- Léonard. » 

2. « Â Montlévéquo, prùs Sonlis, la piôce de monnaie est Gxéodansle 
cierge. » 



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— 270 — 

continues^ on établit des quêtes, connues sous les divers noms 
de table, de boite, et de bassin des âmes du Purgatoire ou des tré- 
passés. 

Le mot ^aAte s'explique par la pratique de Rome. A certains jours» 
les confrères se placent, à rentrée de l'église, devant une table, où 
ils reçoivent les dons des fidèles, à qui ils offrent en retour une 
image ou une prière imprimée. 

Le procès-verbal de la visite faite, en 1637, par l'évêque Dona- 
dieu de Griet, de la cathédrale de Saint-Bertrand de Gomminges, 
contient, après la (c visite de la chapelle du Purgatoire, une décla- 
ration du recteur» ; puis un chapitre entier est consacré à T ce Estât 
de la table du purgatoire ». Il importerait de le reproduire presque 
intégralement pour montrer son bon fonctionnement, s*il n'était 
déjà dans mes Œuvres y t. V, pp. 521, 541, 546. 

La (( boite des trépassés » est mentionnée en Anjou par H. Hau- 
treux, dans sa brochure : Recherches historiques sur la paroisse de 
Chaxé'Benry, Je renvoie le lecteur aux pages 24, 25 et 46, où le 
mot boite signifie ici caisse. 

Parmi les a fondations » sont inscrites : ce Seize livres seize sols 
quatre deniers, dus à la boëte des trépassés sur le lieu Buron, do la 
Chapelle Hulin. — En 1641, Guillaume Gui Hunault et Renée Gaudin 
donnent le petit pré près la Fontaudière à la bouëte des trépassés 
pour faire prier Dieu pour lui. » 

Entr'autres usages locaux, il importe de signaler celui-ci : 

Tous les dimanches, on quêle les fidèles pour Téglise et pour les tré- 
passés et, comme dans beaucoup de paroisses de la Vendée et du Graon- 
nais, souvent des offrandes en nature sont déposées sur les autels. — 
Chaque année, dans les jours qui précèdent ou qui suivent la Toussaint, 
un certain nombre de jeunes gens des meilleures familles s'en vont faire 
ce qu'on appelle la quête de la gui Pan neuf pour les trépassés. Le soir, 
il rentrent enrubannés comme des conscrits. 

Dans l'église, la quête se faisait avec un bassin, qu'à Saint-Ber- 
trand on nommait « bassin courant ». Plusieurs de ces plats d'étain 
existent encore dans les paroisses rurales du diocèse d'Angers. Voici 
ce que j'en dis, sous les n'^ 326 et 778, dans mon Epigraphie de 
Maine-et-Loire : i 

Inscription gravée sur le bord intérieur d'un bassin en étain ser- 



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— 271 — 

vant tous les dimanches à la quête pour les trépassés, à Téglise de 
ia Chapelle-da-Genét : 

• lACQVE : SIGNBTRET * 

: FABRIQYER * A * LA — 

• CHAPELLE : DVGENET — 

• 1667 • p : L * : trbpase 

Sur Tautre bord, est figurée une croix plantée sur le calvaire, où 
gisent le crâne et les ossements d'Adam. Une banderole flotte au- 
dessus avec ces mots : in hoc signo vinges. La marque du poinçon 
porte les lettres P. B. 

Ce plat d*étain, de forme circulaire, est partagé en cinq compar- 
timents par de petites cloisons d'étain, dont une, au centre, circu 
laire, et les quatre autres coupant le bassin à angle droit et venant 
aboutir à la cloison du milieu *. Ces compartiments servaient à sé- 
parer les pièces de billon et d'argent. 

Avec le produit des quêtes, des messes sont dites tous les mois 
pour le repos des trépassés de la paroisse (V. Rép, arch. de V An- 
jou, 1862, p. 120). 

Inscription du xvm* siècle, frappée au poinçon, sur le bord d'un 
bassin en cuivre, qui sert aux quêtes du dimanche, dans Téglise 
Saint-Léonard, près Angers: 

S^ & LEONARD ffi POVR LES TREPASSES g 

Le produit de la quête est affecté aux honoraires d'une messe, qui 
se dit tous les vendredis, à Tintention des trépassés de la paroisse. 

Outre la quête en argent, faite par les confrères et les marguil- 
liers, il y avait encore celle faite à domicile : de là, le pain des 
trépassés, toujours en usage dans la Picardie. Le Dimanche^ parlant 
des « séjours que fit Benoit Labre à Pertain », ditqu' « il s'y consti- 
tua le prédicateur des enfants et remplaça le quêteur du morceau de 
pain des trépassés^ c'est-à-dire que, selon la coutume locale, il alla, 
le samedi, quêter de porte en porte, le pain qu'on vendait pour faire 
dire, le lendemain, une messe des trépassés. On montre encore à 

i. Pour les. 

2. M. de Baslard a signalé plusieurs bassins cloisonnés encore en usage 
dans le Midi de la France. Le Comité de l'histoire, de la langue et dos arts 
en a publié un à trois comparlimenls,à la page 573 du tome 11 de son Bulletin, 



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— 272 — 

Pertain la maison où reçut Thospitalité le pèlerin d^Amettes^ qui fut 
le parrain de Tenfant d*un chantre » (Corblet, Hagiogr. du dioc. 
d'Amiens, t. IV, p. 179). 

VAmi du clergé écrivait en 1889, p. 515 : « Dans certains diocèses, 
ou appelle pain des trépassés une oblation en pains que les fidèles 
font aux curés pour des messes de requiem» Cette oblation est de 
mémo nature au fond et nous parait avoir lu mémo origine que Tof- 
frande du pain et du vin, qui se fait encore aux enterrements, aux 
services funèbres, aux messes de mort, etc., dans beaucoup de dio- 
cèses. )> II eût été bon de dire quels sont ces diocèses, afin qu'on 
sache exactepaent si la coutume subsiste encore en dehors de la Pi- 
cardie. 

Le tronc permet une aumône discrète et surtout anonyme. Dans 
Tacte de visite d'une église de son diocèse, Tarchevêque de Taren- 
taise relève cette pratique : « Dans Téglise, il y a trois troncs, un 
pour Tautel de saint Jean-Baptiste, patron d'ycello; un pour Tautel 
du Rosaire et un troisième pour les âmes du purgatoire. » {/iulL 
hist. du Com, deslrav. hist,, 1888, p. 18.) 

Le xvii^ siècle a placé ces touchantes inscriptions au-dessus des 
troncs de marbre du cimetière de Sainte-Marie in ZVas^eyere, à Rome, 
pour rappeler la pauvreté des morts et exciter les vivants à faire à 
leur intention une aumône charitable : 

RKCORDARE PAVPERTATIS MEM . TREN . 111 

VIS MORT VOS HONORARE? 

FAG ELEEMOSINAS 

CHRISOST . HOH . 60 . IN 10 . 

Une association se constitua à la fois pour prier et pour recueillir 
les aumônes et en surveiller la distribution. 

Dès le xm'' siècle, il existait à Limoges une « liste des bienfai- 
teurs destinés à être compris dans les commémorations des défunts » 
{Bull, de la Soc, arch. du Limousin^ t. XXXII, p. 67). 

En 1471, un acte mentionne les « prieurs du luminaire des âmes 
du purgatoire » {Bull. arch. du Com. des trav. kist,y 1885, p. 370)- 

La Revue de Saintonge, t. IX, p. 173, a signalé à Tasdon une 
ic association de prières pour les défunts, faite entre seize manants 
et habitants du bourg », d'après un acte de 1533. 



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— 273 — 

c( Le 30 septembre 1659, jour de saint Michel, dit le Journal de 
raison de Jean Texendier, dans Taudiloire de la salle du palais pré- 
sidial, estans assemblés Mons. le curé et prestres et merguilliers et 
paroissiens, firent nomination de nouveaux bailesdes Ames du pur- 
gatoire de la paroisse de Saint-Michel-des-Lions, oix je fus nommé 

le premier Dieu nous fasse la grâce de parachever nos quatre 

années. » {Bull, de la Soc. arch. de la Corrêze, i, VIII, p. 182). 

Enfin des confréries spéciales s'établissent dans le même but. A 
Rome, la plus célèbre est celle de la Prière et de la Mort, qui porte, 
en conséquence, un sac noir. 

« La confrérie des trépassés fut fondée dans Téglise Notre-Dame 
(à Beaufort) à une époque fort reculée : la date de son érection était 

perdue dès le xvr siècle Tous les premiers mardis du mois, une 

grand' messe était célébrée pour tous les confrères; dans les der- 
nières années du xtiii« siècle, la confrérie n'était plus desservie. » 
(Denais, p. 220*). 

Le Giomale araldico rapporte cette inscription, qui est à Monte 
San Giuliano, en Sicile: 

SACERDOTI D. HIERONYMO 
DEIDONO PIO PRO ANIMAB ; 
PDRGàTORlI TESTATCRI HUNC 
FRATRES ElUSDEH PURGATORII RELIGI- 
OSA PIKTATE LAPIOEM POSUERE 
OBIIT ANNO DOMINI 1672 
X INDITIONIS 
ANNORUM LVni 

A Fontenoy existait a une confrérie des âmes, agrégée à celle de 
Rome vers 1730. Elle assurait à chaque confrère défunt une messe 
avec vigiles et laudes et la participation aux messes dites pendant 
l'octave des morts ». {Annal, de la Soc. d' Emulât, des Vosges^ 1894, 
p. 264.) 

Le Rév. P. Gibelli écrit dans ses Memorie storiche ed artistiche 
deir antichissima ckiesa abbaziale dei santi Andréa e Gregorio al 
clivo di Scauro sul monte Celio, SiennO; 1888, p. 53: « Le 9 décem- 

1. On lira avec inlérôt l'arlicle de M. Oscar Havard : les Charilés en Nor- 
mandie^ dans le Monde du 14 février 1892. 

xii. 18 



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— 274 — 

bre 1594) le pape Clément VIII accorda uae indulgence de cent jours 
à tout fidèle qui accompagnerait la procession que Tarchiconfrérie 
du Suffrage avait coutume de faire à l'église de Saint-Grégoire, pen- 
dant rOctave des morts, comme il conste par Tinscription posée 
sous le portique de cette église : 

D • • M 

CLKURNS - PAPA ' VIU 
DOLENTES ' IGNE * PVRGATORiO ' ANIMAS 
IN • SOLEMNl • ECCLE8IAE ' VNIVERSAE * LVCTV 
QVO * MAGIS * EXUILARARET 
OGTIDVO * GOMHEIIORATIONIS 
OMNIVM * FIDELIVM * DEFVKGTORVM 
CVNCTIS 
AD * HOC * S. GREGORIl * MAGNI ' TEMPLVM 
PROGËSSIONES 
ARGHICONFRATERNITATIS * SVFFRAGII 
SEQVENTIBVS 
GBNTVM ' DIERVM ' INDVLGENTIAU 
DE • INIVNCTIS • QVOQVOMODO * POENITENTUS 
PONTIFICIO • DIPLOMATE . PROMVLGAVIT 
V • IDVS • SEPT • M • D • XCUII 

La procession au cimetière est un rite ancien, témoin cette ins- 
cription du xv<^ siècle, relevée à Paris, par le baron de Guilhermy 

(1,773): 

mater dej mémento mej 
Les marguilliers de legUse de céans sont tenus 
et obliges aux despens dicelle faire cy venir 
annuellement a tousiourz par chacun mecredj 
et vendredi de lan les prebtres et chappellains de 
lad' église faisans lors la procession que les d. 
leurs on a de coustume faire pour les très 
pasces faire slatlon et chanter de profundis avec les 
oroysoDS de Inclina et fidelium et autres a 
ce consonnantes po'. le salut Hemede et comme 
moratlon de feu pierre Langloys et ce 
moyennant certaine somme de deniers que 
lesd. marîTuilliers en ont po*" ce faire eu et 
receu des héritiers et exécute***, dud. deilunct. 



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— 275 — 

Le clergé de l'église eu se trouvait notre ioscription célébrait, le mer- 
credi et le vendredi de chaque semaine, une procession pour les trépassés. 
Pierre Langlois désira qu'une station spéciale fût faite à son intentioo, 
probablement sur sa tombe, au chant du De profimdis et de diverses 
oraisons, il chargea ses héritiers et ses exécuteurs testamentaires de 
payer aux marguilliers de son église une certaine somme de deniers ; le 
pauvre homme n'avait pas compté avec la rapacité des spoliateurs. 

Mous avons vu, avec un extrême intérêt, semblables processions et sta- 
tions, le jour des morts, à Saint-Pétrone-de-Bologne, en exécution de 
contrats plusieurs fois séculaires. Chaque tombe a sa part de luminaire 
et d'eau bénite. 

lY. — Des inscriptions spéciales sont placées à Tentrée des cime- 
tières ou à l'ouverture des caveaux pour inviter le passant à penser 
à la mort. Quelques-unes sont banales, mais d'autres, au contraire, 
sont inspirées par un esprit vraiment chrétien. 

Le caractère purement humain domine dans les sept spécimens 
suivants, que je me garderai bien de proposer comme modèles. 

Ici est la fin des travaux, représentée par un crâne inerte, en 
1553, à l'église SteCatberine, à Naples : 

HAEC META 
LABORVM 

A Naples encore, en 1500, dans l'église de Monte Oliveto, Ton 
constate que personne n'est immortel : 

FUI NON SVM 
BSns NON ERITIS^ 
NBMO IMMORTALIS 

En 1605, les Olivétains inscrivent sur leur caveau que la vie est 
longue et longue aussi la mort : 

DISCE VIATOR LONGVM VIVERE LONGVM MORI ESSE 

En f760, les confrères de l'Annunziat^, à Génes, s'avertissent 
réciproquement qu'ils se succèdent dans la tombe : 

FRATRES UNUS POST AUUM 

Auprès de Génes, j'ai lu, sur la porte d'un cimetière, cette épi- 

1 . Il y a là une variante de la formulé du moyen âge : Quod es fui, quod 
sum eris {Bull, arch. du Corn, des trav. hisL, 1895, p. XXXI). 



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— 276 — 

graphe moderne qui montre tous les habitauts du bourg réunis de 
force par la mort dans le même lieu : 

OUNES BODEM GOGIUUR 

A la cathédrale de Cerreto (Deux-Siciles), un squelette, gravé 
sur la dalle qui clôt le caveau, atteste que si la mort impitoyable 
atteint tout ce qui est précieux aussi bien que ce qui est vil, elle 
offre ici un abri commun aux évoques de ce siège : 

QVM NVLLl PARGIT MORS DIRA 

QU.E OMNI A IN TEMPORE MEDIT 

PRETIOSA, VILIA, SANCTA 

THELESINAS INFULAS 

HIC QUOQDE 

GONGREGAT 

A S.-Ambroise de Milan, les abbés Cisterciens sont réunis par 
Tamour, dans le même caveau, dont la dalle porte ces deux lignes 
du xvue siècle : 

HIG MORS .«QVAT 
ET AMOR IVNGIT 

A Ste-Marie-du-PcupIe, à Rome, le caveau des princes Chigi est 
fermé par une dalle, où un squelette, tenant Técusson de la fa- 
mille, proclame avec raison que la mort conduit les élus au ciel : 
Mors aD GoeLos. Cette inscription, rédigée en forme de chrono- 
gramme, donne la date de 1650: soit M mille, D cinq cent, C cent 
et L cinquante. 

Dans le cimetière d'Anet (Eure-et-Loir) se dresse une colonne de 
la Renaissance, d*ordre dorique, où s'enroule^ sur un semis de 
larmes, une banderole écrite à ces mots : 

me QUIETE EXPEGTANT 
NON CONPCNDANTUR 

PSI . 24^ 

Sur trois cartouches sont gravées, au socle, ces deux sentences 
et ce souhait : 

1. Le psaume HI, 24, porte: « Univorsi qui suslinuntte nonconfundenlur. ■ 
L'iutroït du premier dimaocbe d*Avcut a qui te expeclant. 



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— 277 — 



NET BIEN „ ET PA 

PLVS VIVRE RADIS 

NE ET MOV AUX 

MOINS RIR TRES 

1555 CEST PASSEZ 

ASSEZ 

En 1759, le curé Ruppet faisait apposer à la porte du cimetière 
de la paroisse de Monljean (Maine-et-Loire) une plaque de marbre 
noir^ où, entre deux têtes de mort, se lit ce touchant appel à la 
concorde pendant la vie, pour mérirer le ciel comme récompense 
finale : 

BEATAM SPEM EXPEGTANTES 
LA NATURE A FORME TOUS LES HOMMES EGAUX 
POURQUOI DONC VIVENT ILS BNEMIS ET RIVAUX 
CEST qu'ils PENSENT TROP PEU DANS LE COURS DE LEUR VIE 
AU CIEL OU LES ATTEND LEUR COMMUNE PATRIE 
TV* RVPPET PA* PRIORM. T. I. N. AN. ^ 1789 

V. — J'ai recours encore à Tépigraphie pour faire voir qu'elle était 
la ressource ordinaire en vue de la délivrance immédiate des âmes 
du purgatoire. On l'employait, non pas seulement à la porte du ci- 
metière, mais dans le cimetière, dans l'église, sur les tombes, un peu 
partout^ car on ne se lassait jamais de répéter, dans un but cha- 
ritable, la même formule. 

L'antiquité païenne avait donné l'exemple. Ciampini {Vet, mo- 
nim., t. I, p. 171) rapporte, après Kirchman, cette inscription 
d'un défunt qui place sa tombe près du temple d'Esculapo, afin 
qu'on se souvienne, non pas seulement de lui, mais de tous, wos- 
tri. 

MORTE ' MB * VALERIVM 
M • F • ADSEQVENTE ' IN • VLT * TER 
RA • NVLLO • CREDIW ' LOGO * OS 
SA • NOSTRA • POSSE • MBLIVS * AD 
QVIESCERE • QVAM ' PROPE ' TEM 
PLVM • AESCVLAPIl ' ITAQVE ' EX ' 
TESTAM • AD • X • PBDES " A ' TEM 

1. Maturinus, •— 2. Parochus, — 3..Montiê Joannis? anno. 



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-« 278 — 

PLO • VOLO • CONDIBR * VOS * NA 
TI • IVCVNDISS • AB * VRBE * BOMA ' 
HVC • CONCBDITE * AD * 8EPVL 
CHRVM • NOSTRVM ' DEMBTVR ' 
DOLO^ • PIETATE • VBSTRA * SI 
MANES - SENTIENT * VOS * MB 
MORBS * NOSTRI * 

Le rouleau mortuaire de Hugues, abbé de Saiot-Amand^ décédé 
en 1107, porte, dans le c titulus saocti Stepbani de Cadomo » : 
c Animae omnium fidelium defunctoruro requiescant in pace. Amen. » 
et au ff titulus Saneti Quintini Belvacensis » : « Anima ejus et ani- 
mae omnium fidelium dëfunctorum requiescant in pace. » 

Le rouleau des morts de Tabbaye de Solignac, en 1240, emploie 
deux fois la formule générale : « Anima Domini Hugonis, abbatis 
Solemniacensis et animae omnium fidelium dëfunctorum per mise- 
ricordiam Dei requiescant in pace. Amen. » (liullet. de la Soc, arch. 
du Limousin^ t. XLIII, p. 664.) 

Les épitaphest de la même façon, ne sont pas égoïstes: elles ré- 
clament une part de prière pour tous les défunts en général, et 
indiquent même qu'il convient de réciter à celte intention le Pater 
et VAve. 

Une tombe de 1297, à la cathédrale de Chartres, finit, après Té- 
pitaphe : « Et animae omnium fidelium requiescant in pace.»(/?et;. 
de l'art chrét., 1888, p. 426.) 

A Préaux (Seine- Inf.), Tépitaphe de la tombe de l'archidiacre 
Robert des Prés, décédé en 1314, se termine par ce souhait : « Ani- 
ma ejus et animae omnium dëfunctorum per misericordiam Dei 
requiescant in pace. Amen. » (BulL de la Comm, des Antiq, de la 
SeineJn,., t. VIII, p. 126.) 

La dalle tumulaire de Bernard de Gamiat. évéque d*A1bi, décédé 
en 1337, porte, à la suite de Tépitaphe, la recommandation, non 
seulement du défunt, mais aussi de tous les fidèles trépassés : « Cu- 
jus anima et omnium dëfunctorum per misericordiam Dei sine fine 
requiescant in pace. Amen. » {BuUet. mon., 1894, p. 431.) 

L'épitaphe de Nicolas Flamel, mort en 1418, porte, à la dernière 
ligne: « Soit prié pour les trespassez. » (Murcier, la Sépult. chrét., 
p. 220 ; de Guilhermy, i, 176.) 



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- 279 - 

Sur latombede Guillaume Bélier, chanoinede la Sainte-Chapelle, 
mort en 1428, le défunt est figuré à genoux devant la croix du ci- 
metière. Deux vers latins invitent les passants, qui foulent aux 
pieds ceux à qui ils ressembleront plus tard, à les assister de leurs 
prières (De Guilhermy, i, 84) : 

Qai teritië. tritis similes eritis. bene sciiis. 
Quos pedibus premiils. precibus relevare velitis. 

Nicolas Flarael, d'après le témoignage de Guillebert de Metz (h 
Description de la ville de Paris en Z^^^^), «fist plusieurs maisons où 
gens de mestiers demouroient en bas et du loyer qu'ilz payoient es- 
toicnt soutenus povres laboureurs en haut ». Le baron de Guil- 
hermy (Inscript, de la France, Dioc. de Paris, t. II, p. 58) a donné 
une inscription qui se voit encore rue de Montmorency. On y lit que 
ses habitants, logés gratuitement, n^étaient tenus à d'autre redevance 
qu'à la récitation quotidienne du Pater et de VAve pour les trépas- 
sés : 

NOUS HOMMES ET FEMMES LABOUREURS DBMOURANS OU PORCHE DE 

[geste MAISON 

qui fu faicte en lan de grace. mll quatre cens et sept. sommes 

[tenus 

chascun en droit soy dire tous les jours une patenostre et 

[1. AVE Maria 

EN PRIANT Dieu que sa grâce face PARDON AUS POVRES PECHEURS 

[tRESP ASSEZ 
AMEN 

M. Croquet (Epltaphier de Braine-le-Comie, p. 28) cite cette invi- 
tation à la prière à la suite d'une épitaphe de 1471 : 

Vous qui par chy passez, humblement vous remémorez priant Dieu mi- 
séricorde pour les âmes du purgatoire. 

Un vitrail de 1481^ à Notre-Dame de la Couture, à Bernay(Eure)y 
dans une inscription commémorative, après avoir nommé les dona- 
teurs, qui sont deux époux, ajoute : « Priez Dieu pour eux et pour 
leurs amis trespassés. » La même formule revient, en 1553, à Beau- 
mont-le-Roger, sur un vitrail, également offert par deux époux : 
« Priez Dieu pour eux et leurs amys. » * (Forée, Itinéraire archéolo- 
gique de Bernaij, Tours, pp. 20, 45.) 

1. On demande des prières pour soi, ses parents et amis. En 1521, « noble 



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— 280 - 

L'Ancien Forez (Ul, lS6)Teprod\x\iceiie épitaphe gothique (xv«- 

XVI' siècle), qui est à S. Marccllin : 

f Hic iacenl ossa patru (m) malru (m) 
Oltor(um) eor [um) et pareDtu (m) doi ioh(a7i)nis 
pinetl Yîcarii saDCle crucîs lugd(u;»t) 

quor (um) a(n)l(m) e et o[(mn) i (u) m fîdeliu(m) defu (n) ctor 

[(um) p (er). 
mi [sericordi) ara dei requiescant in pace amen. 

A Parues (Oise), une croix gothique, du commencement du 
xvi<* siècle, demande des prières pour les trépassés et en particulier 
pour le donateur : 

Cesle f par gabriel crochet 
en testamet corne cbun le sçait 
Pries que dieu luy face p (aix) 
et à to* loyaulx Ires(pa88é8). 

L'épitaphe de Gervais Targer, à Louveciennes (1503), se conclut 
par un quatrain (Do Guilhermy, t. III, p. 210} : 

Dieu par sa grâce 

De ses péchés pardon luy face 

Et à tous aultras trespassés 

Qui sont de ce ciècle passés. Amen. Pater noster. 

Le môme quatrain, à la même date, reparaît à Fontenay-sous- 
Briis (/ôirf., p. 479); seulement, il ajoute au Pater « et Ave Ma- 
ria ». 

Sur le calvaire du cimetière de Francfort, on lit cette inscription : 
a En Tan 1509, les époux Jacob Heller et Catherine de^Holheim, de- 
meurant à Nuremberg, ont érigé ce calvaire à la louange de notre 
glorieux triomphateur Jésus-Christ, en leur nom et en celuide leurs 
ancêtres, afin que Dieu accorde sa grâce aux vivants et le repos 
éternel aux morts » (Gaz. des Beaux-Arts, S« pér., t. XXXVIII, 
p. 21). 

En 1511, messire Guillaume Fusée et Jeanne des Portes, safemme, 

homme, messire Zanon de Dampierre, chevalier », faisait une fondation dans 
i'êglisod'ImbleviUe, a h l'intention dudil chevalier et pour l'àme de son père 
et mère et autres amis vivans et trespassés. » [Bullet. de la Comm, des antiq. 
de la Seine-Inf., t. X, p. 178.) Rn 1645, le c«rô de l'église de Buchy fondait 
« un obit pour r&nie dud. s' curé donateur et de ses amis trespassez » {Ibid.y 
p. 1760 



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- 281 — 

fondèrent, à Saint-Sévcrin, trois messes: « Et en la fin de chacune 
messe, les prebtres qui les auront dicte seront tenuz de faire corn- 
mémo®" des trespassez, » lesquels sont encore mentionnés à la fin de 
la transcription de l'acte : f Priez Dieu po' leurs âmes et po"* tous 
trespases » (De Guilhermy, I, 312). 

L'inscription, apposée en 1519, au retable sculpté de l'église de 
Courville (Haute-Marne), par le curé donateur, se termine par ces 
mots : « Priez Dieu pour les trespassez. » (Chevallier, la Vallée de 
FArdres, 1893, p. 21.) 

En 1330, fut posée, à Limo^eS) dans l'église de Saint-Michel-des 
Lions, une inscription commémorative d'une fondation. Elle se 
terminait ainsi (Lecler, Etudes sur les Mises au tombeau^ p. 12) : 

Ceux que (qui) cette Epitaphe lises, priez Dieu pour les Trépassés, 

A Saint-Aubin est une tombe de Tan ltS33, dont la formule 
finale est celle que nous connaissons déjà (De Guilhermy, t. Ill, 
p. 363): 

Priet Dieu pour luj et pour tous trespasses. Pater noster. 
Ave Maria. 

Les Inscriptions du Diocèse de PariSy t. Il, p. 533, reproduisent 
encore une épitapbe de l'an 1537, qui est dans l'église d'Arnouvillo* 
Elle se termine de la sorte : 

Priez Dieu qu'il lay (le défunt) face pardon et à tons 
trespassez : Amen. Pater noster. Ave Maria. 

Dans la même église (p. 535), une autro epitaphe, de 1549, porte 
à la fin, comme indication de prières : 

Priez Dieu quil luy 

face pardon et à tous autres trespassez 

Amen 

A Magny-les-Hameaux, l'épitaphe de Claude Rebours (1556) se 
clôt de cette façon (De Guilhermy, t. III, p. 284) : 

Priez Dieu pour son âme 
et pour les trespassez. Pater noster. Ave Maria. 

J'extrais cette inscription de donation (1557) de la brochure de 
M. le doyen Marsaux : Etude sur les vitraux de Triel^ p. 9 : 



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-^282 — 

Thomas Mercier marchant 
dem[eurant] au fort de Meullent a 
don[n]e celte vilre l'an mil cinq 
cent Ivil pries Dieu pour les 
trespasses. 

Voici la conclusion d'une longue épitaphe de famille, placée au 
cimetière des Innocents en 1861 : « Priez Dieu po' eux et po' tous 
les trespasses. Amen Pater noster Ave Maria » (De Guilhermy, 
I, 701). 

Vers 1870 fut faite à Bauconvilliers une fondation de messe par 
un prieur. L'inscription commémorative se termine ainsi : (c Priez 
Dieu pop luy et por tous ses amys vivant et trespassez. Pater noster. 
Ave Maria. » (Mém. de la Soc. acad. deCOise, 1892, p. 183.) La for- 
mule n'est plus aussi générale, puisque la demande est limitée aux 
seuls amis du défunt. 

M. Léon Germain (Pont Saint-Vincent, p. 71) cite ce début du 
testament d'Anne Badin, en 1634 : < t Jésus, Maria, Joseph, Amen. 
Miserere mei, Domine, miserere defunctis. » Cette formule est aussi 
originale qu'insolite. L'invocation à la Sainte Famille est une des 
caractéristiques du temps. 

L'épitâphe de Jean Brûlé, en 1637, dans l'église de Vibleron (De 
Guilhermy, t. Il, p. 618), a deux vers et un texte d'Evangile 
(S. Math., vH, 2; S. Luc, vi, 38), pour recommander la prière en fa- 
veur des défunts : 

Vous vivans priez Dieu po' les trespassez 
Et Ton priera po*" vo' quand vo* serez passez 

PARI MBNSVRA QVA MBNftl FVERITIS 
RBMRTIBTVR VOBIS 

Sur le registre d'une des charités delà ville de Bernay,au xvii'siè- 
cle, on lit : « Pater et A ve Maria pour le repos des âmes des 
frères servantz dans cette année; à leurs intentions, De pro/undis 
clamavi. » On ajoutait, en 1740 : t Pater y Ave, pour le repos desdits 
frères. » (Porée,/c Begistre de la Charité des Cordeliers de Bernay, 
pp. 17, i8.) 

Si l'on cherche la raison d'être de cette louable pratique, on 
la trouve dans la liturgie, qui avait pénétré jusqu'aux actions 
journalières. En effet, aux enterrements, le prêtre prie, non seu- 



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— Î83 - 

lement pouf celui qu'il va inhumer, mais aussi pour tous les dé- 
funts; il mêle sans cesse leur souvenir. A la fin des psaumes, le 
Requiem œternam porte eis au pluriel et l'office funèbre se ter- 
mine par cette supplication : « Anima ejus et animse omnium fide- 
lium defunctorum per misericordiam Dei requiescant in pace. 
Amen. > 

Ce n'est pas tout : l'office quotidien a cette rubrique, que toute 
heure s'achève, si elle est la dernière récitée, par le verset : « Fide- 
lium animœ per misericordiam Dei requiescant in pace. Amen. »II 
en est ainsi pour Faction de grâces qui suit le repas *. Rien n'était 
donc plus naturel que de développer cette tendance et d'assimiler 
la maison à l'église. 

Le foyer réunît les membres de la famille, là se fait la prière en 
commun. Aussi n'est-il pas étonnant que, sur deux cheminées du 
XVI* siècle, au Fay, près Yvetot, aient été apposées ces sentences 
{fiev. de Fart chrél,, t. XIX, p. 326) : 

Pensez à la mort» motirir convient, peu et souvent. Amen. 
L'an de grâce, milv^ et et m le xv^ io' de janvier furent ces cheminées : 
les fit faire Robert Henri. Priez Dieu pour les trespassez. 

Vi. — Le cimetière, outre les tombes, a son épigraphie spéciale, 
qui, elle aussi, invite les passants à prier pour les trépassés et met 
ses inscriptions plus en évidence. 

Les fidèles, pendant tout le moyen âge, groupèrent leurs sépul- 
tures autour de Téglise, afin d'être plus directement sous la protec- 
tion de Dieu qui y résidait, et aussi d'obtenir un souvenir de ceux 
qui venaient y prier. 

Dans la chapelle sépulcrale des comtes de Warwich,à Warwich, 
en Angleterre (xv<^ siècle^, des anges tiennent des banderoles oiïi est 
écrit : 

Sit Deo laus et gloria, 
defunctls misericordia. 

« A l'entrée du charnier des Innocents, à Paris (Murcier, la Sé- 
pulture chrétienne en France, p. 127), on lisait cette épitaphe : 

1. Cette formule se lit dans un manuscrit liturgique du musée diocésain de 
Liège, daté de 1491, aux Gratiarum actiones posi mensam : « Oratio. Deus det 
vivis gratiam, defunctis requiem^Ecciesie sue pacem^nobis autem peccatoribus 
post hanc vitam gloriam et vilam sempiiernam. Amen. » 



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— 281 — 

Vous qui voyez taut d*os et tesles 
Ëz charniers de ce cimetière. 
Ne faicles pas comme ies bcstes 
Qui s'endoruieot sur leur litière : 
La mort nuict et jour nous esclaire 
Et prend enfans, hommes et femmes» 
Voici bel exemple et matière 
Pour prier pour les pauvres âmes 

Au mémo cimetière, au xvi« siècle, un squelette d'albâtre était 
accompagné de cette exhortation : c Priez Dieu pour les trespass. » 
(De Guilhermy, I, 703.) 

« L'inscription de la dédicace de l'ancien cimeti(Te d'Aumale, en 
caractères gothiques, est gravée sur une pierre placée à l'extérieur 
dans le mur septentrional de cet édifice religieux, chapelle Saint- 
Roch » (Bullet. de la Commiss. desAntiquii. de /aSftfie-/n/'.,1870, 
p. 10) : 

Le xtx* jour de sep 

tembre mil v* lu » 

fut dediee ce cy 

mitiere au nom 

de Messire Sainct 

Pierre. Priez Dieu 

pour les âmes de 

ceulx do[n]t les cor 

ps y reposent 

Le cimetière de Saint-Sulpice, ouvert en 1749, portait cette in- 
scription touchante : Ici reposent vos amis, priez pour eux (De Guil- 
hermy, I, 708). 

HIC JAGENT AMIGI VESTRI, ORATE PRO RIS. 
1749. 

Au milieu du cimetière s'élevait une croix : on pouvait facilement 
s'agenouiller un instant sur ses degrés. Celui qui l'avait érigée à ses 
frais ne s'oubliait pas, mais il demandait aussi une prière pour tous 
les trépassés. 

A Ceffonds (Haute-Marne), a au cimetière, en face de l'église, se 
trouve une fort belle croix du xvi* siècle; au sommet, on a sculpté 
un pélican, symbole du dévouement absolu ; à la base est une niche 
gothique, où devait se trouver la mère du Sauveur. C'est entre ces 



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— 285 - 

deux modèles, l'un figuré, Tautre réel, du plus parfait amour que 
le Christ expire. Il n'est rien que Tart moderne ait plus noblement, 
plus fortement et en même temps plus simplement rendu. 

c A la suite d'un nom, aujourd'hui illisible, on découvre sur le 
socle le millésime 1575, suivi de ces mots (BulL arch. du Corn, 
hist,,i. IV, p. 137): 

IL vous PLAISE PRIER DIEU P(owr) LAMB DE LUT ET DES TRKSPASSBS 

« La croix de Nicolas Bonnaire existe encore. On y lit : Cy git Ni- 
colas Bonnaire qui trépassa le xvi may 1630. En 1674, Marguerite, 
fille de Nicolas Bonnaire, donne 50 francs de rente pour que, la 
veille de l'Ascension, on fasse passer la procession près de cette 
croix et qu'on y récite un évangile^ le De Profundis^ le Miserere 
et l'oraison pour les fidèles trépassés. » (L. Germain, Pont-Sainl- 
Vincent, p. 46.) 

H. Léon Germain a publié dans Lorraine artiste, 1892, pp. 394- 
396, une inscription, du c commencement du siècle dernier », qui 
se trouve maintenant à Nancy dans la me Boulay de la Meurthe, 
plaquée à la façade d'une maison avec laquelle elle n'a aucun rap 
port. D'après sacontexture,elle ne peut provenir que d'un cimetière 
ou d'un caveau funèbre, et elle était alors placée au dehors pour 
attirer les regards des passants. Les défunts — remarquez ce plu- 
riel qui indique une collectivité — réclament aide et secours, parce 
qu'ils sont entre les mains vengeresses de Dieu qui poursuit leur 
expiation dans le purgatoire : les prières spéciales qu'ils demandent 
sont, comme d'habitude, le De profundis, ou le Pater et Y Ave, lors 
même qu'on ne les réciterait qu'une seule fois, ce qui est un mini- 
mum de compassion. 

Les mains vengeresses 
DB Dieu sont infinieaent (sic) 

LOVRDES et pesantes NOS 
AMIS aides NOVS SECOURES 

NOVS DVN SEVL DE PROFVN 
DIS OV DVN PATER ET AVE. M. 

Au grand séminaire de Limoges existe un rituel manuscritde 1379, 
qui contient les prières qui devaient se faire au prône, « precesque 
dicuntur singulis diebus dominicis t. Or, parmi elles, il s'en trouve 



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— 286 - 

UQ6 spéciale pour les défunts en général et en particulier pour ceux 
qui sont enterrés dans le cimetière annexé aux églises S.-Pierre et 
S.-Paul : ce rituel a en effet appartenu à S.-Pierre du Queyroi. 

Et per las armas de tous tous fîaulx trespassatz^ que sont analz 
d'aquest inonde en Tau Ire, plasse à Nre S' que gracie et misericordie lor 
face et lors armas absolve et spécialement lo pregaren por loua seignors 
rectors qui an régit et governat reygleyse de cenc et por aquilz qui cey 
an leissat ceys on rendas ou aultras chausas per far remembransas et 
aoniversaris et spécialement por aquilz et aquellas que sont sepulturat 
au cimeteri de cenc et en aquil de Sainct Paul, et per aquilz qui sont en 
Tuoi versai monde. Et en remembrance d*eulx faren pregieyre per MoDS^.. 
(Suit une longue liste de bienfaiteurs). Que place à Nre Sr que s'ilz aviant 
fach ou dich en aqueste présent ville cbause que per los armas fussant 
en pêne, que d'aquelle pêne las veuille jectar et au reaulme de paradis 
las veuille conduire f. Et affîn que Nre Sr en aquestas pregieras nous 
vuelle auvir tous et toutas, en vuellas dire lo Pater noster et Ave Maria 
en deumentre que auvireys yci lamesse (Bull, hisLdu Com, des trav, hisL, 
1891, pp. 319, 351), 

YIL— Priez est un terme vague et général, qui laisse au passant 
le choix delà prière^. Dans bon nombre d'inscriptions, on précise ; 
la prière réclamée est généralement courte. 

Les actes parlent ordinairement de messes, d'offices des morts et 
d'absoutes. En épîgraphie, nous voyons surtout le Pater, VAve, le 
Libéra et le De profundis, toutes formules qu'employait aussi la 
liturgie. 

L'oraison dominicale fait partie intégrante de l'absoute. Par un 
sens accomodatice, on la met dans la bouche du défunt, suivant la 
pratique de l'Eglise, quile fait souventélever lui-même la voix vers 
Dieu. Ces passages sont, en effet, pour lui, d'une haute significa- 
tion : ce NotrePère, qui êtes aux cieux,que votre royaume m'arrive, 
pardonnez-moi mes offenses, délivrez-moi du mal. » 

La salutation angélique, avec la finale dont l'a complétée le 

l.Un épitaphier parisien a conservé l'épitaphe de « noble homme Christophe 
Le Picard • et de « dame Catherine Sanguin », sa femme, qui « trespassa le 
iO« soir de may 1544 » [Bullet, mon,, 1893, p. 40). La conclusion se réfère 
aux deux époux : 

Diea lit l'âme d'au 
Passana priés Diea pour eax 

L'église de Vendresse (Ardennes) garde une inscripUon commémorative de 
la famille Le Bœuf, dont le dernier membre mourut en 1640. Elle se termine 
en demandant des prières quelconques. [Bullet, m<m,, 1893, p. 147.) 



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— 287 — 

xvK siècle, n'est pas applicable à la situation, car il est singulier de 
ne parler que de l'article de la mort, lorsqu'elle est déjà venue et 
que la formule ne vise que les vivants : « Sainte Marie^ mère de 
Dieu, priez pour nous pécheurs*, maintenant et à l'heure de notre 
mort. y> 

J'ai cité précédemment quelques exemples de ces d 
En voici d'autres. 

A Évreux, une tombe de Tan 1110 environ termine 
la demande d'un Pater et d'un Ave ; c'est la plus ai 
genre. 

f HIC lACET CORPVS HVCONIS OBIIT XV 
KL IVN FRAT QVl ME ASPIGIS QVOD ES 
FVl QVOD SVM ERIS PRBGOR TE ORA 
PRO ME PECCATORE. AD DNM PAT Avlil 

La tombe d'un abbé de S.-Martial, de Limoges, 
porte à la suite de l'épitaphe : « Ora prô me, dlc / 
{BulL de la Soc, arch. du Limousin^ t. XLH, p. 337.^ 

Une épitaphe de 1239 demande le Pater pour les ; 
frères : ce Lector die Pater noster pro animabus eorui 
la Soc. arch. du Midi, n^ 16, p. 123.) 

L'église d'Argelès-sur-Mer, en Roussillon, possèd< 
deux pèlerins français, qui allèrent à Rome pour le 
1301 (n. s.) et moururent peu de temps après. Le c 
termine par la demande au lecteur d'un Pater et de t 
Ave (Bull. arch. du Com. des trav. hist.y 1893, p. 39 

f OSSA B. SCVDERIl SVNT mC TVMVLATA 
ATQVE MORE GONIVGIS QVE SIC EST VOGATA. 
AMBO ROMA GENERANT SEGVM REPORTATA 
PENE GVLPB VENIA POST LAPSA PEGGATA. 
QVARTO lANVARII IDVS OBUT ILLE f 
ANNIS GHRISTI PROFLVIS TRECENTIS ET MILLE. 
MOX POST DIES XV TRANSIT MORE STILLË 
VXOR FAGTA GINERI GOMPAR VEL FAVILLE. 



1. Je voudrais bien savoir en vertu de quelle règle littéraire 
France à traduire pro nobis peccaloribus par pour nous pauvn 



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— 288 — 

LEGTOn FRATBR PRO HUS PATER NOSTRR DIG SVPPLIGITBR 
TER VEL QVATER DEI MATER SALVTETVR PARITER 

Les Mémoires de la Société académique de VOisCy t. XV, p. 834, 
citent, sur une tombe de 451 5, cette recommandation finale : «Priez 
Dieu pour leurs âmes. Pr. nr. »* 

Un manuscrit nous transroetrépitdphe de deux grands artistes de 
la Renaissance qui furent inhumés à la cathédrale de Beauvais : 

Cy gist Eugrand le Prince 

en son vivant vitrier natif de Beauvais 

lequel deceda le jour de Pâques fleurie 1530 

et Jean le Pot tailleur d*images, natif de Ballerva 

près d'Arras qui trépassât le i2e juillet 1563. 

Les dits ont fait dans cette église 

plusieurs œuvres de leur métier 

Priez Dieu pour les trépassés en disant 

Pater noster — Ave Maria. 

Les suivants sont fournis par les épitaphes de Téglise S.-Antoine 
dos Portugais^ à Borne. En 1582, l'épouse du portugais Antonio Paulo 
demande pour son mari défunt un Paler et un Ave : petit vnvm 
PR NR et av maria (Forcclla, Iscriz. délie chiese di Roma^ t. III, 
p. 538, n^ 1282). En 1649, ave MARfA est gravé, en grosses majus- 
cules, au milieu de Tépitaphe de Diego Lopez de Franca, prêtre de 
Lisbonne (/ôirf., p. 642, n» 1295). 

Le chapelet^ qui n'est que la répétition continue du Pater et de 
VAve^ fut proposé comme mode de prier. Une charte angevine de 
1405 règleainsila c< procession », qui oc ira environ la paroisse dudit 
Feneu » (en Anjou), ce par chascun an dorzanavant, une foyx » : 
c Premièrement, quand le curé ou chappelain, qui à icelle journée 
mènera et conduyra ladicte procession, quand il vouldra partyr de 
réglyse pour aller au serve de ladicte paroysse, en Thonneur et vé- 
nérance et pour le remède desasmes dudict Jamet et de ses pères et 
mères et des sœurs et frères, il chantera devant le tabernacle ung 
Subvenite, avec quatre oraysons, c'est assavoir troys pour le sallut 
et remède des asmes dessus dictes et l'autre pour tous deffuncts et 
commendera que ung chascun dise sa patenostre ^ » 

1. A Rome, dand le chapelet récité pour les morts, on remplace le Gloria 
Patri par le Requiem xtemam . 



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— 289 — 

Au roêmetemps, nous voyons apparaître le psaume De profundis, 
qui a si bien fait son chemin que, dans tous nos catéchismes français 
des siècles derniers, il a été introduit d'une manière fixe dans la 
prière du soir. 

En 1477, Pierre Thomas, curé, fonda, à Saint-Piat de Tournai, 
« quatre messes la sepmaine ])^ qui devaient se célébrer (( après 
matines ». La deuxième était fixée au « lundi pour les trespassés ». 
c< Acascune desquelles messes, après Tofferlore, sera ditto la psalme 
de De profundis et une orison, en priant pour toultos les âmes des 
trespassés et ledict deffunct » (De la Grange, Obit, de la par, de 
Saint' Piat, p. 42). 

En 1622, Messire Demenge, économe de la Maison Dieu de Toul, 
insérait cette clause dans son testament : 

Sera leuu et obligé le dict magister présent et ceulx à venir, après le 
salut, le soir, chanté à l'église, de taper ou frapper trois coups la moyenne 
cloche de la dicte église (de Tendres) pour inviter le peuple à prier Dieu, 
dire un De profundis tout du long, Oremus. Inclina aurem tuam^ Fidelium, 
en mémoire de tous les fiJèles vivants et trespassés et continuer à l'ad- 
venir à perpétuité (Démange, les Ecoles d'un village TouloiSy p. 209). 

Lea: rolle où est contenut le nombre de ceulx qui sont mors de 
la contagion en la villode Ponlgybaud en Tannée 1631», se termine 
par cetto prière : « Tous les susnommés sont décédés de la contagion 
bien vérifiée, pour tous lesquelz et tous autres deffuncts et tres- 
passés, nous prierons Dieu qu'apprès les havoir volut retirer des 
Garybdes dece mortel siècle, les havoir volut logeraux illes fortunées 
du royaume des cieulx et, pour mon particulier, à joinctes mains, 
je supplie tous ceulx qui le présent mémoyre liront que à Thonneur 
et gloire de Dieu qu'ils récittcnt le De profundis ou Pater pour les 
deffuncts et pour moy, Gabriel Gilles, prestre indigne. 1631 » (Tar- 
dieu, l'Auvergne illustrée, 1888, p. 4). Le Pater n'est plus la seule 
prière recommandée : le psaume des morts s'y ajoute ou le remplace. 

Lorsque les confréries romaines se rendent à la visite de la Scala 
Santa^ elles passent devant le cimetière de Tarcbihâpital de Latran 
et s'y arrêtent pour réciter le De Profundis, avec cette oraison : 
f Deus, cujus miseratione animse fidelium requiescant, omnibus hic 
in Chridto quiescentibusda propitius veniampeccatorum,ut a cunc- 
tis reatibus absoluti sine fine l<etentur. Por eumdem Cliristum Do- 

xii. 49 



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— 290 — 

rainura nostrum. Amen. — Requiem œternam dona eis, Domine. 
Et lux perpétua luceat eis. — Requiescantinpace. Amen. » 

Les ignorants récitaient leurs prières de mémoire. Ceux qui sa- 
vaient lire cherchaient dans leurs livres d'heures d'autres prières et 
ils y trouvaient, entre autres, une prose fort populaire encore et 
qui a été adoptée par plusieurs liturgies diocésaines. 

L'hymne Languentibus, très répandue dans les diocèses de 
France, où on la chante aux messes de Requiem^ implore le secours 
de Marie pour les àraes du purgatoire : on la dit composée au 
xive siècle, par Jean de Langozinou, abbé bénédictin de Landévé- 
nec, en Bretagne (AnaLjur. pontif., 1896, col. 4f)l). 

Languentibus in purgalorio, Ut sanare dignetar impetra, 
Qui purgautur ardore nimio, Maria. 

Et torquenlur gravi supplicie, _ , , . 

Subveniat lua compasslo, '^" '*" «P" "^ *» clamanllum. 

Q vforia ^^ ^^ clamât lorba sodahum 

Pro fratrJbus, ut places Filium 

FoD8 es patens, qui culpas abluis, Et cœleste det eis prœminm, 
Omnes juvas et nullum respuis : Maria . 

MaDum tuam extende mortuis ^ , 

Qui sub "pcenis langaent continuis. f »« '«"y"»' «l°f ''»°« «f P'«»' 
Q \m . Quas fUDdimus ad pedes Judicis, 

Mox extioguant vim flammse vin- 

Ad te pie suspirant mortui, [dicta, 

Gupientes de pœnis erui Ut juDgantur choris aDgellcis, 

Et adesse tui coDspectui Maria. 

iËlerDisque gaudiis perfrui, „ ... 

Maria quum fiet stricta discussio 

in tremendo Dei judicio, 
Gemcntibus, mater, accéléra» Judicanti supplica Filio 

Pietatis osleDde viscer»; Ut cam sanctis sit nobis portio. 

IIlos Jésus per sua vuloera Maria. 

Le P. Dreves, au tome VI de ses Analecta hymnica medii xviy a 
reproduit les hymnes et proses d'Udalric, abbé de Wessobrunn, 
de 1438 à 1443. J'y cueille les passages suivants, relatifs au purga- 
toire, où la Sainte Vierge est particulièrement invoquée * : 

1. Je me contente de ces citations, extraites des pages 8, 24, 57, 67, 89, 95 
et 180; mais il faudra, pour les compléter, recourir encore aux pages 34, 35, 
37, 59.75, 93, 99, 104, 110, 127, 129, 131, 132, 133, 134. 133, 137, 139, 140, 143, 
U5, 148, 150, 152,153,184. 



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Alpha et Domine 

Umver&italis 
Exstantis creamine 

Taœ potestatis, 
Def anctis pro crimine 

Pœna prœgravatis 
Digneris porngere 

Maoam pietatis. 

Salve, thesaararia 
Dei gratiaram, 
Iq mundi miseria 
Nobis prsestitanim, 
Fletai saffragia 
Praastes animaram 
Pœoa earceraria 
Stygis detenUram . 

Ave, spes solatii 
GancUs tribulatis, 
Civitas refugii 
£t secaritatis, 
Pœois purgatorii 



- 291 ~ 

Pressis pro peccatis 
Per donum remedii 
Atqiie pietalis. 

Ejalatum atque suspiria 
ExIsteDtum in purgatorio 
Audi, mater, pro tua gloria, 
Hos coDsolans tao praasidio. 

Rogo, mater, plorabundis 
Aurem prœbe vocibus, 

Opem a te de profundis 
Misère precantibus; 

Per te gratiarum undîs 
Absolvantur citius 
Pœna purgatoria. 

Salve, candens lilium 

Ver» castltatis, 
Cajas odor Fiijum 

Traxit Dei Patris, 
Hos quos pargatoriiim 

Punit pro peccatis 

Porrige suffraglum 



Tu» pietatis. 

Le De profundis, fourni par les psaumes de David, revient si 
souvent dans Toffice des morts qu'il n'est pas étonnant que les 
fidèles l'aient adopté, à TinsUr de la liturgie, pour leur usage pro- 
pre. Toutefois, il n'en est guère question qu'aux derniers siècles et 
Ton ne remonte qu'exceptionnellement au xui*. 

L'épitaphe d'Armoise de Laulrec, décédée en 12S0 et ensevelie à 
S.-François de Castres, réclame un De profundis (Albia Christ 
1896, p. 38) : 

de par diex a les vos dis 
Que disiez ly De profundis. 

Les Analecta litursica, p. 71, ont publié cette prose imitée du 
De profundis, qui est imprimée dans le missel gothique d'Angers, 
au lieu du Dies irœ : 

In commemoratione defunetorum. Miserere, misertus miseris, 

De profundis clamantes gemimus ^"' Salvator et salus diceris, ^ 
Kt gemendo preces eflundimus. Competenti munere. 

Exaudinos, Domine. 



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— 29Î - 

Sieut cerras ad fontes properat, Ta dixisti : Vos qui laboribus 

Sic anima ad Te desiderat, Pressi estis atque oneribus, 

Fons misericortiise. Ego vos refîciam ; 

Fonlls bujus aqais nos ablu.is, Ecce ad te pressi confngimiis, 

Nec secundum cutpas rétribuas, A Te solo refici petimns 

Deus induigenlisB. Par taara clementiam. 

Nec mensuram observes sceleriim ^ • . , * > > 

.. , Nec factura m tuam despicias, 

Nec cuipamm numeres numerum, o , , < , »! 

c, j j , . Sed clamantem pius respicias, 

Sed di locuro veoi88. ^ . ,. 

Dona eis remédia. 

Non est opus reis judicio. Qui venturus ex Jndex omnium 

Sed aftliclis dclur remissio Animabus cunclis (idelium 

Dono tu» gratiœ. Des œlerna gaudia. 

Vlll. —L'inscription est un moyen excellent, pourvu qu'on la lise; 
l'image a la même efficacité, si on la regarde. L'une et l'autre exi- 
gent qu'on soit en leur présence; autrement, elles restent muettes. 
Pour obvier à cet inconvénient et forcer l'attention des fidMes, qui 
ne peuvent, de la sorte, se soustraire à un appel qui leur arrive 
pour ainsi dire, malgré eux, on a imaginé la sonnerie des cloches ^ 
et l'invitation retentissante du crieur des trépassés. 

Les étiangers qui visitent Bome ont tous entendu sonner deux 
fois le soir : d'abord, à la tombée de la nuit, pour VAve Maria ou 
YAngclus; puis, une heure après, pour le De profundis des morts. 
L'usage est presque général, en Italie : il mériterait d'être importé 
en France, où il serait certainement goûté et vite populaire. A 
quelle époque remonte-t-il? Je l'ignore, mais le document suivant 
témoigne qu'il est ancien : 

Le 8 novembre 1600, l'archevêque Costa visita le clocher de la 
cathédrale de Capoue. Le procès-verbal relate le son de la cloche 
des morts. « Accessimus ad campanile, in quo iuveninius octo 
campanas décerner relineri... Audivimus debitis horis pulsari salu- 
tationem angelicam in ortu solis, in mendie et in occasu et pro 
defunctis in prima bora noctis. » (Jannelli, Sacra guida délia chiesa 
catiedrale di Capua, p. 228.) 

i. Les inscriptions des cloches avaient soin de rappeler leurs fonctions 
diverses. La formule Laudo Deum, qui est assez commune, bo retrouve, en 
4715, à l'église de Lampaul — Guiniilian, en Bretagne : « Laudo Deum 
verum, plebera voco, congrego clerum, terapeslalcm fugo» demones repello 
defunctos ploro, fesiu decoro. » 



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-^ 293 - 

Quoi qu'il en soit, cet acte pieux a obtenu les faveurs spirituelles 
(lu Saint-Siège, comme on lit dans le Recueil officiel des indul- 
gences^ par Mgr Priuzivalli, dont Pailard a donné cette traduction : 

JjC De profuudis une heure après le commencement de Ja nuit. 

Four cxciler la piéié des fidèles à soulager les âmes du purgatoire, 
Clément XII, par sou bref Cœlestes Ecclesix thesawos, du 14 août 1736, 
accorda, le premier, à tous les chrétiens, cent jours d'indulgence, 
chaque fois qu'au son de la cloche, une heure après le commencement de 
la nuit, ils réciteront dévotement à genoux le psaume De profundis, suivi 
du Requiem œternam . 

Sa Sainteté accorda aussi à ceux qui feront ce pieux exercice pendant 
une année entière) une indulgence pléuière, une fois Tannée, au jour 
qu'ils auront choisi pour se confesser et communier. 

Ceux qui ne sauraient pas le De profundis pourront gagner lesdiles 
indulgences en récitant, comme plus haut, un Pater noster et un Ave 
Mana, avec le Requiem œternam. 

Et ici, il faut observer que Clément XII, le 12 décembre 173G, déclara 
que Ton peut gagner les susdites indulgences en récitant le De profun- 
dis, etc. y quoique, suivant Tusage de quelques églises et de quelques 
eudroils, le signal pour les morts, qui se sonne d'ordinaire avec la cloche, 
précède ou suive ladite heure de nuit. 

Et le pape Pie YI, par un rescrit du IB mars 1781, étendit ces indul* 
gences à tous les fidèles qui, se trouvant dans les lieux où ne se fait 
point entendre la cloche, réciteront, vers une heure de nuit, le De pro- 
fundis ou, ne le sachant pas, le Pater noster. (Recueil des prières et d'œu^ 
vres pieSy pp. 439-440.) 

Rome est très sage : elle a placé le son des morts à une heure 
commode pour tous, celle où Ton va prendre son repos. En France, 
où Ton a des tendances à rexagéi*ation, ce son se faisait entendre à 
minuit, ou même la nuit entière; on réveillait donc systématique- 
ment ceux qui dormaient et, afin qu'ils ne pussent se couvrir du 
prétexte de n'avoir pas entendu, on avait le soin de sonner la grosse 
cloche. 

Le Journal d'un curé Tourangeau dit, en 1634 : « Feste de Tous- 
saint... Yespres avec encens, après lesquelles on dit vespres des 
morts, puis après complies... Après cela on vaen procession autour 
du cimetière... On sonne toute la nuit. » (Rev. des prov. de l'Ouest, 
t. IV. p. 136.) 

c En 1711, Nicolas Blai ou Gaucher, âgé de 17 ans, est tué par 
la grosse cloche, le jour de la Toussaint. Eu ce jour de la Tous- 



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— 294 — 

snint, veille de la Commémoraison des morts, avait lieu la plus 
longue sonnerie de Tannée; les jeunes gens, qui relayaient les son- 
neurs de profession, faisaient souvent de graves imprudences. » 
(L.Germain, Pont-Saint- Vineent^ p. 36.) 

« Une délibération municipale(à Moutier8)^du 17 septembre 1713, 
nous montre les nobles syndics consultant le conseil sur un incident 
relatif aux cloches des Cordeliers. Les habitants de la ville se plai- 
gnaient amèrement de ce que ces religieux ce s'étaient i*elàchés de 
ec faire sonner leur grande cloche, à Tbeure de minuit, comme il a été 
v( observé* de temps immémorial, pour le soulagement des pauvres 
« malades et âmes trépassées. Sur ce, le conseil commet les«yndics 
« pour aller supplier les rév. gardien et religieux de continuer à faire 
a sonner leur grande cloche à ladite heure de minuit, pour exciter le 
« peuple à la dévotion des pauvres âmesdéfuntes^suivant Tancienne 
ce coutume; et, en cas de refus, le conseil prendra telles voies qu*il 
ce verra à faire ». (Mém. de VAcad. de la Val d'Isère, t. I, p. 272. 

S'il plaisait aux habitants de Houtiers d*ôtre ainsi brusquement 
réveillés par la cloche du couvent des Cordeliers, chaque nuit, il 
n'est pas surprenant qu'ailleurs on ne se soit pas senti incommodé 
d'une sonnerie qui durait toute la nuit à l'occasion de la commémo- 
ration des fidèles trépassés. 

Le baron de Guilliermy a publié dans ses Inscriptions du diocèse 
de Paris, t. II, p. 439, une épitaphe datée de 1586, qui est dans 
l'église de Villers-le-Bel. On y lit cette fondation faite par les époux 
Nicolas du Biez et Etiennette Âuzou : 

lesd^ marguill* seront lenuz entretenir a tousiours 
quatre chandelles de suif d*ung quart la pièce 
dans une lanterne de voarre que lesd^ doonate^ 
ont donnez po' servir a escierer les sonnenrs qui 
sonneront le Jor de ioussainctz commence à vigille et 
finissent le jo^ des mors au matin. 

Rome, qui sait garder la mesure en toutes choses ^, fait tinter 

1. La coutume de soaner les cloches une heure entière ne semble pas 
conforme aux saints Rites ; Tévèque doit régler cette question, en vertu de 
ses pouvoirs ordinaires, u Montis Politiani,,. Diuturnœ tam pro defunctis 
quam occasiooe festorum, et etiam intègre uoius horœ spatio noctumae, 
adoôt consuetudo campanas pulsandi, quod non videtur sacris ritibus con- 
gruuin. Et S. R. G. respondondum censuil : Ipse eplscopus provideat jure 
ordinario. Die 10 ianuarii 1852. » 



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■^ 293 — 

le son des morts, qui ne peut ôtrc festival, cVst-à-dire admettre le 
branle ou la volée. En France, on tintait pour les morts, comme il 
se pratique dans le Midi, d'une façon vraiment lugubre : ce tinte- 
ment avait fait naître une locution spéciale, coppeler ^ à gôbets 2, 
c'est-à-dire sonner par coups distincts, saccadés. La recommanda- 
tion n'en a pas été négligée dans les fondations. 

Vers la fin du xv» siècle, le prévôt de Naves fonda, pour a son 
salut et le soulagement de son âme et de celles de ses parents et 
oncles », une ce grand'messe », « devant être dite dans l'église de 
Tulle tous les jours ». « Et voulut... que le prieur, chapitre, sacris- 
tain et leurs successeurs, avant de commencer ladite messe, feraient 
sonner tous les jours douze coups de la grande cloche appelée Sau- 
velerre et cela après que primes auront été dites ou chantées dans 
ladite église » {Bull, de la Soc, arch, de la Corrèze, t. X, p. 440.) 

A Limoges, dans l'église de S.-Michel-des-Lions, existait la cha- 
pelle du Sépulcre, fondée en 1530 par les Romanet, qui y avaient 
apposé cette inscription, reproduite par le Bulletin de la Société 
archéologique du Limousin, t. XXXV, p. 818 : 

Geste Chapelle, ensemble la représentation du Sépulcre et Ressurrcction 
Nostre Seigneur Jésus Christ, oni faict faire et édifier Martial Romanel et 
Peyronne Saleys, sa feme, du consentemeDt de Messieurs le Curé et ta-'* 
bricateurs de la présente Eglise et esleu eu icelle leurs sépultures, où 
ils ont fondé une Messe chacun jour, selon Toffice d*icelui, avec une col- 
lecte des Trépassés, et, pour iceulz, une Absolution à la (in de chascune 
Messe; et tous les lundis se dira la Prière pour les fondateurs d^icelle; et 

t. « A Paulus Duneau, mariUier... xv sols tournois, pour avoir coppcté 
par chascun jour, la messe de neuf heures ; v sols 11 deniers, pour avoir 
coppeté ies dimanches la mosse de dix heurcs,pendant demi-année. «(Compte 
de 1539-1542.) Ce mot coppeté^ qu'on trouve ailleurs écrit gobelé, de sa vraie 
orthographe, signifiait tinter, sonner à petits coups a(de Villaret, les Antitfuités 
de Saint-Faul d'Orléans, p. 31). 

« Par un acte du 20 février 1444, messire Ârthault Trousseau, écuyer..., et 
demoiselle Marie de Saint-Palais, sa femme, renouvellent la fondation... d'une 
messe quotidienne, à heure du point du jour... La messe seracoppetée à la 
clochededame Bonne, de trente coups bien estroits».(Boutiilier, Vocables.pAl.) 

Une inscription, de 1570 environ, publiée dans les Mémoires de la Société 
académique de l*Oise, t. XV, pp. 151-154, relate la fondation d'une messe basse, 
le mercredi de chaque semaine. Cette messe doit être annoncée aux parois- 
siens par la sonnerie de deux cloches, d'abord tintées, puis coppelées et enlin 
mises en branle : <« Et premier que la (messe) dire, la faire tinter et couppeter 
de deux cloches de lad. église par neuf coups et après la faire sonner à braosle 
pour l'intelligence des paroissiens, affin qu'ilz ayent occasion de oyr messe. » 

2. Cette expression était surtout usitée en Anjou. 



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- 296 - 

5;cra ladite Mes<;c sonnée de la pfus grosse cloche de la présente Hglise, 
par treize coups, tout incontenaiit que Matines seront sonnées, et Messrs 
Fbres de Communauté sont tenus dire ladite Messe par chascun jour, 
lesdits treze coups frappés; et pour ce fere, lesdits Fondaleurs ont donné 
chascun an à ladite Communauté Renies et Cens suffisaus, tant eu ar- 
gent qu*en blé et à la fabrique quarante soulx de rente annuelle pour 
faire sonner iesd. treze coups ; et mesd. Se' de la dite communauté, fa- 
bricateurs, se sont obligés faire les choses susd., comme appert par Lettres 
sur ce reçues par Maîtres Jehan Petiot et Barthélémy Texier, notaires 
royaux. Le xxiie jour de Apvril, l'an mil cinq cent XXX. Ceux que ceste 
Epitaphe lises, priez Dieu pour les Trépassés. 

On remarquera les treize coups de la cloche d*appel^ce qui cons- 
titue un tintement, moins solennel que la sonnerie à volée. Ce nom- 
bre n*est pas indiflérent et il s*y cache une intention particulière. 
Au moyen âge, puisqu'il s*agit ici d'une messe etd'unecommunauté 
de prêtres, j*y verrais volontiers une allusion au Christ et aux 
douze apôtres, qui, les premiers, offrirent le saint sacrifice. D'autre 
part^ le nombre treize^ invoqué au point de vue de la superstition 
populaire, était un signe de malheur et de mort, ce qui se réalise 
dans un anniversaire pour les défunts. 

En ititil furent fondées à Goussainville cinq messes pour Nicolas 
4Ghevesneau et ses deux Ibmmes (de Guilhermy, t. II, p. 578). 

ET CHACQVE MESSE QVE LON 

DmA DE FAIRE TINTER 10. FOIS LA GROSSE 
CLOCHE 

Dans la collection du D^'de la Tourette,à Loudun (Vienne),existe 
une inscription commémorative do plusieurs fondations de messes 
hautes ou hasses(1659). Chaque messe est sui vie d'un Z>e profundisei 
(( sonnée de i3coups de la plus grosse cloclieet de l'autreà la manière 
accoutumée, savoir à 9 heures du matin depuis la Toussaints jus- 
qu*à Pasques et à 8 heures depuis Pasquesjusques à la Toussaints ». 

Au Thillay, le curé fonda en 4662 (de Guilhermy, t. II, p. 551) 
une exposition du Saint-Sacrement : 

LA GROSSE CLOCHE 

TINTEE PO» CONVOQVER LE PEUPLE ET INVITER TANT 

LES ARSENTS QVE LES PRESENTS A PRIER DIEV PO* LE RF^OS 

DE SON AME. 



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— 297 — 

Eu 1666, le curé Charpenlier fit celle fondation à Jouy-le-Moulier 
(de Guilhermy, II, 356) : Les marguillierssonl tenus 

de faire chanter et célébrer par 

le Sr cvré ov son vicaire par chacvn au, devx obits à chacvn 
desquels seront dicte» vigiles à trois leçons^ lavdes, re- 
commendaces, et vne messe havlte de reqviem avec lo 
libéra et psalme De profvndis, Tyq le 2âo may ior dv dccedz 
dvd. deffvnct et l'autre le 27* ianvier et de faire dire 
vne messe basse le premier vendredy des mois de l'année 
laquelle sera annoncée au prosne du dy manche précédai 
et tintée de trente covps de la grosse cloche, à Tissve 
de laq^« sera dict le libéra et psalme de profvndis 
avec les oraisons povr le deffvnct svr la sépvlture 
dvd. deffvnct et de faire chanter et célébrer lovs 
les ans, es iovrs des cinq playes de Nostre Seignevr et 
de Nostre Dame de pitié, le service canonial et eo fin 
de chacvn d*iceux uo Libéra avec le psalmo de profvndis 
svr la sépvlture dvd. deffvnct et de faire pa prière 
les qvatre f estes solennelles de Tannée à l'offertoire 
de la grande messe avec le psalme De Profvndis. 

En 1666, ce Messire Hildevert Huche, natif de ce lieu d*Andrezy, 
prestre, curà de l'église royalle et paroissiale de Nostre Dame de 
Poissy », fonda, c pour le salut de son âme et repos de celle de ses 
parents et amis » (De Guilhermy, II, 345) : 

Chacvn mercredy des 4 temps do 

Tannée vn obit qve les s'* margvilliers se 

sont obligez de faire annoncer av prosne 

de chacvn dimanche précédent lesdits 4 

temps avec la prière accovstumée et de 

faire tinter les iovrs desdits obits 30 co 

vps de la grosse cloche, après quoy sera 

chanté le traict Domine non secvndvm et pvis 

vne havlte messe de reqviem en la chap 

elle de S^ Vincent avec le libéra à la fin svr 

la fosse.... 

A Fontenay-sous-Louvres (de Guilhermy, t. H, p. 501), le curé 
Gilles Piuyette lit, en 1694,une fondation de « trois messes hautes » 
pour son anniversaii*e: 

AVANf LA DERNIÈRE MESSE AU LIEU DE SONNER 
TOUTES LES CLOCHES EN BRANLE ON TINTERA LES 
DEUX GROSSES ENSEMBLE CHACUNE CENT COUPS. 



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Dans la même église, en 1748 (de Guilhermy, I(, 508), les époux 
Guiard demandèrent doute messes, le 2 de chaque mois: 

et seront anDoncées au prôoe le 

dimanche présédent et tintées il coups avec aoe des grosses 
cloches. 

IX. — S'il y avait une sonnerie funèbre, distincte de la sonne- 
rie joyeuse, il existait aussi, en certains lieux, une cloche dite des 
morts, que l'on ne tintait que pour eux. 

A Tulle^ cette cloche portait une inscription spéciale : Laus Deo, 
pax vlvis, requies defunctis. Indicabam nuper me pro defunctis fit- 
sam, procurante fratre Guidone de Lùsac, cellerariOy anno iô45, 
Donec inulilis fada propter fortuitam rupturam, refusa sum anno 
i63ê, (Bull, de la Soc. des lettr. de la Corrèze, 4887, p. 503 ; 
Page, le vieux Tulle^ la cathédrale^ p. 22.) 

M. Vallier {Inscript, campan. du dép, de risère, 1886, p. 120) 
cite, sur la cloche de S.-Pierre d*Entremont, fondue en 1728, cette 
prière: «De profundis clamo ad te, Domine; Domine, exaudi 
voces eorum. » C'est le premier verset du psaume De profundis^ 
légèrement altéré: clamo, au lieu de clamavi, indique le moment 
précis où le cri monte vers le Seigneur, cri renouvelé à chaque 
office funèbre, où la cloche semble parler et gémir par son tinte- 
ment lugubre. Clamo se rapporte plutôt à elle qu'à un défunt quel- 
conque, dont elle prend la place dans son instante supplication. 
Voces eorum dénote, au contraire, une collectivité qui se joint à la 
cloche : ce sont les vivants que le glas a prévenus d'un décès et 
la cloche continue à dire au Seigneur: a Écoutez leurs voix. » D'où 
résulte que cette cloche, qui devait être connue des fidèles, ne son- 
nait que pour les morts ; dès que les fidèles l'entendaient, ils s'em- 
pressaient de réciter le De profundis pour le trépassé. 

La cathédrale de Tours avait, en 1778, une « cloche qui se nom- 
mait d'Argent, parce qu'elle servait pour le trépas des chanoines y>. 
(Bullet. mon., 1895, p. 353.) 

La Revue de l'art chrétien, iSdi, p. 263, et le Bulletin monumental, 
189i, p. 561, ont signalé « la danse des morts S figurée en relief 

1. Marcîal d'Auvergne termine ainsi sa Dame des femmes par celte leçon de 
moralité : 

« vous, mes seigneurs et mes dames, 



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— 299 — 
sur une des cloches de Téglise de Chereng » (Nord), qui date du 
XV* siècle et est dessinée dans le Bulletin de la Commisiion histo- 
rique du Nord, t. II, p. 87. C'est évidemment une cloche funèbre. 

La cloche étant immobile dans le clocher, on lui a substitué, pour 
la conduite au cimetière, une clochette portative, connue en Anjou 
et en Poitou, où elle est encore usitée, sous le nom A'échelette, qui 
dérive du latin squilla dont il est le diminutif *. En tête du convoi 
marche le sacristain, qui^ une échelette dans chaque main, les tinte 
alternativement, mais d'une façon saccadée et un repos après chaque 
coup. Les fidèles sont ainsi prévenus qu'ils aient à prier pour le 
défunt qu'on porte à sa dernière demeure et à se découvrir sur son 
passage *. 

L*acte de 1405, relatif à la procession funèbre faite par la paroisse 
de Feneu, contient cette recommandation expresse : « Le dict curé 
ou chappelain... fera sonner les eschillettes... et celluy qui sonnera 
les eschillettes aura deux deniers. » 

Je laisse maintenant la parole à M. Oscard Havard, qui, dans son 
article Des charités en Normandie^ rapporte une ancienne coutume, 
observée encore de nos jours : 

A Caillouêt, commune du caoton de Pacy-sar-Eure (Eure), la Charité se 
compose de quinze Frères. Gouvernée par un c échevin i el un « prévôt i, 
elle comprend, à titre de dignitaire, un « antique » (c'est-à-dire Téchevia 
de Tannée précédente) ; un « tintenellier », un sonneur et un chantre. 
Lorsqu'une mort survient dans une famille, après le curé de la paroisse, 
c'est c Téchevin » que Ton informe le premier du décès, et c*est lui qui 
se charge de faire avertir les Frères du jour et du lieu de l'enterrement. 

Qui contemples ceste painture. 
Plaise vous prier pour les âmes 
De ceux qui sont en sépulture. 
De mort n'eschappe créature, 
Allez, venez, apréz mourez. 
Cette vie cy bien petit dure, 
Faictes bien et le trouvères. 



Ayez en pitié, c'est assez. » 

1. Voir du Gange, au mot skella, où sont les variantes skUla, schilla, 
e$guilla. 

2. A S.-Nicolas-de-Port, « élevée sur une tour, une borloge monumentale 
(placée au xvii« siècle) faisait mouvoir, suivant la mode du temps, des per- 
sonnages allégoriques, au nombre desquels figuraient un homme d'armes 
ouvrant la bouche et criant les heures et la Mort, tenant une clochette en sa 
main. » (Badel, (les Çtoches de S.-Nicolas-de-Port, p. 12.) 



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— 300 — 

A riioure convenue, tous les Frères se réuuissentdans une pièce qui leur 
est réservée près de la sacristie et s*y habillent. Le costume consiste en 
un pantalon de drap noir; une robe eu laine noire descendant jusqu'aux 
genoux et garnie, au bas des manches, de deux galons d*or et de trois 
autres à la ceinture; un chapeau, brodé or et argent, et sur i'un des côtés 
duquel est brodée l'image de saint FIrmin, patron de la Charité; une 
barrette en drap noir, entourée d'une brodeiie or; enfin un rabat en 
mousseline blanche. 

Aussitôt qu'ils ont arboré cette luxueuse tenue, les Frères se dirigent, 
le curé en tête et précédés de la croix et de la bannière, vers la maison 
mortuaire. Le long de la roulé, le tintenellier fait sonner deux clochettes 
qu'il tient à la main. Après les prières d'usage, quatre Frères prennent à 
bras la bière et la transportent à Téglise. Si la distance est longue, ils 
cèdent la place à d'autres Frères, auxquels ils se substituent à leur tour 
dans le cortège. La messe terminée et le Libéra chanté, le corps est con- 
duit au cimetière conformément au même cérémonial. Point d'ouvriers, 
point de fossoyeur: le corps est descendu par les Frères eux-mêmes* 
Pendant que le prêtre récite les prières liturgiques, les Frères recouvrent 
la fosse, mais non sans observer un rite spécial. En prenant la pelle qui 
leur est nécessaire, les Frères en embras&eut le manche, en disant: 
Requiescat in pace ! Pour ne point se gêner dans leurs mouvements, trois 
ou quatre remplissent celte fonction. Quand lun est fatigué, il passe la 
pelle à un autre en disant : Bequiescal in poce ! Celui qui la prend répond 
Amen, embrasse le manche et à son tour jette la terre. Lorsque la fosse 
est comblée, les pelles sont mises en croix sur la tombe : puis les Frères, 
groupés autour du tumuluSf psalmodient à haute voix la cantilèue que 
voici : 

bone Jesu Domine, 3. Vous qui êtes son Rédempteur, 

Audi pium prseconium Sauveur aimable, ô doux Jésus, 

Familise Christian»). Rendez- vous son médiateur; 

Qu'il ait place parmi vos élus ! 
bone... 



i . Regardez, ô Dieu de bonté, 
Les pleurs et les gémissements 
Que versent sur le trépassé 
Ses pieux et tendres parents. 
bone... 

2. Tout ce que vous fîtes pour lu 

Pendant qu'il fut dans ces bas 

[lieux. 

Nous fait espérer aujourd'hui 

Que vous exaucerez nos vœux. 

bone... 



4. Devenez son consolateur 
Et oubliez entièrement 
Les péchés qu'il eut le malheur 
De commettre en son vivant 1 
boue... 

5. Chargés du salut des humains 
Par la suprême autorité. 
Anges, portez-le dans vos mains 
Au sein de la Divinité. 
bone... 



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— 301 — 

e.Saînte Vierge, Mère de Dieu, 9. Espérons, Selgueur, que lous 

Priez pour lai le Toal-Puissant, [chrétiens 

Afin qu'en quittant ces bas lîeux Ayant part à vos sacrements 

Il arrive au ciel triomphant l Irons partager le vrai bien 

bone... Qu^auciel possèdent vos enfants! 

bone... 

7. Grand saint Firmin,nolre patron, |q j^^ priant Dieu pour les trépas- 

Nous avons confiance en vous. Pg^s 

Daignez implorer le pardon Pensons à nous sérieusement, 

^ Que pour lui nous vous deman- Pleurons sur nos péchés passés, 

bone.,.. [donsi Vivons pour mourir saintement. 

bone... 

8. Saints et saintes du Paradis, .. *j, . , ., ,, . 

Adressez-vous à l'Éternel, "^d «« cher frère, adieu ! 

Pour que le défunt soit admis " ^"^1" " '*"' "?'" '^^"'^ \ 
A t i 1 A «If Adieu, pour toujours en ces bas 

A la jouissance du ciel I ^ ' ■. . ,', ,,^ p., 

Q / Au revoir dans réternitô. [lieux, 

bone... 

lia cérémonie achevée, les membres de la Charité vont tous en corps et 
en costume, avec croix et bannière, conduire la famille à son domicile, 
et là, Féchevin fait embrasser la croix à tontes les personnes présentes. 
Chacun alors se retire et les Frères regagnent leur domicile pour se 
déshabiller. 

X. —La clochette portative servait encore dans une autre circon- 
stance qu'il importe de rappeler. Celui qui la sonnait avait un nom 
particulier : on l'appelait le crieur des trépassés y aussi cloqueteur *. 
J*ai à faire connaître ici son office, la formule de son cri, son cos- 
tume et sa cloclietto. 

En 1415, dil le Journal de Tlorence, le roi Charles VI ajouta aux fonc- 
tions des crieurs de vin (à Paris), celle d'annoncer les morts, les jours de 
confréries, les animaux et les en fants perdus , On les nomma alors jt/rés- 
crieurs de corps et de vin. Quand une personne était morte dans le quar- 
tier qui leur était dévolu, ils allaient de porle en porte annoncer la fatale 
nouvelle ; et, la nuit, leur éternelle sonnette à la main, ils parcouraient 
|es rues, s*arrétant à chaque carrefour et criant d'une voix sépulcrale : 
RéveilleZ'VOUSy réveillez^vous, bonnes gens qui doi*mez ; réveillez-vous et 

1 . L* « Ordre et marche du sacre de la présente année 1767 », cité par le 
Monde du 25 juin 1S95, débute ainsi : « Deux hallebardiers, avec casques et 
hallebardes. Les deux clocheteurs de la paroisse. Les clocheteurs des 
paroisses voisines avec leur clergé. j> 



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— 302 — 

priez pour les trépassés. Personne ne regrettera, nous en sommes sûr, que 
cette coulurae soit tombée en désuétude. 

« En 1489, OD faisait crier à Clermont, comme en toutes bonnes 
villes du royaume, Paris, Orléans, Bourges, tous les lundis *, de 
grand matin, par les huschers de la ville, lesquels agitaient une 
clochette en disant: Réveillez-vous, réveillez-vous^ gens qui dormez^ 
et priez pour les trépassés. Ces crieurs de ville faisaient une quête 
pour leur peine, le lendemain de la Toussaint, jour des morts. Il y 
en avait encore à Clermont à la fin du xvn<» siècle. » (Tardieu, 
l'Auvergne illustrée, 1887, p. 4.) 

« Dès Tannée 4504, il est parlé (à Nevers) du crieur de nuit pour 
les trépassés. En 4643, on inhumait, à Saint-Laurent, Michel Des- 
barres, vigneron, crieur des trépassés. » (Boutillier, Aixh. paroiss* 
de Nevers, p. 126,) 

L^établissement d'un clocheteur des trépassés avait lieu dans toutes les 
localités importantes de notre Picardie. Un chapitre des ordonnances de 
réchevinage d'Amiens est ainsi conçu (date, 1586} : a Clocheteur ou re- 
commandeur des trespassez pour recommander aux prières de bonnes 
gens ceux qui sont décédez la veille, dont lui est baillé mémoire. » On 
lui donnait 2 sols par personne. 

A Péronne, en 1758, le duc de Chaulnes, gouverneur de Picardie, fit sup 
primer le sinistre héraut de la mort, parce que la haute et puissante 
dame son épouse, passant une nuit à Péronne, avait été grandement 
effrayée du terrible mémento proclamé au sein des ténèbres. 

On dit qu'à Crécy la voix du clocheteur des morts répand encore l'épou- 
vante dans ce champ de bataille, où dorment trente mille Français, morts 
pour la patrie. 

La même coutume existait à Domart-lez-Ponthieu et à Gonty. Dans ce 



1. Le lundi parait avoir.été, en certains lieux, le jour préféré pour la lugubre 
cérémonie. 

•c Tous les lundis, des membres désignés parcouraient la ville de Pruillé 
avec une sonnette, en criant à haute voix que Ton eût à se souvenir des dé- 
funts de la Compagnie (de Saint Julien) et autres, et à prier pour eux : c'était 
ce que Ton nommait crier les patenôtres, n (D. Piolin, Bist. pop. de Saint Julien, 
p. 146.) 

« On raconte, dit le Rosier de Marie, que dans quelques villes du Midi, à 
Toulouse par exemple, tous les lundis, quand sonnait l'heure de minuit, un 
homme, enveloppé d*un manteau noir et tenant en main une crécelle, partait 
de l'église paroissiale et s'en allait par les rues, faisant retentir sa crécelle à 
chaque coin, et criant d'une voix lente et sur un ton monotone : 
Réveillez-vous, gens qui dormez. 
Priez Dieu pour les trépassés t » 



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— 303 — 

dernier bourg, la recoinmaadation des morts se faisait la veille de Noël 
et le lendeoiaiii Je la Toussaint. Voici la formule la plus habituelle, dé 
bîtée d*un ton traînant, nasillard et lamentable : 

Ré veillez- vous, gens qui dormez, 
Priez Dieu pour les trépassés. 
Pensez à la mort I Pensez à la mort ^ 

Le Dimanche^ d'Amiens, continue pour la Picardie : 

Dans plusieurs villes et bourgades, comme à Domart-en-Ponthieu, on 
avait institué des 'Réveilleurs qui, une lanterne à la main, parcouraient, 
la nuit, les rues et les places en agitant par intervalles une lugubre clo- 
chette, et répétaient sur un mode plaintif : IXéteillez'VOus, gens qui dor- 
mez ; priez Dieu pour les trépassés I Cette ronde noctnroe durait de minuit 
à Taurore. 

On se figure aisément Teffet que devaient produire sur les esprits, 
dans le silence et Tobscurlté, les monotones tintements de la clochette, le 
lugubre son de ces voix déchirantes, et le falot blafard courant le long des 
rues sombres comme une âme en peine. Dans chaque demeure, quand 
venait à passer le rôdeur funèbre, chacun priait pour les trépassés. 

La même revue donne de plus amples détails sur ce qui se pra- 
tique à Pierrepont, «^nton de Moreuil : 

Là subsiste encore, avec ses caractères primitifs, Tinstitution des réveil- 
leurs. Son origine remonte à une époque très reculée; elle a survécu aux 
mauvais jours de la Terreur, qui ont laissé derrière eux tant de ruines, 
et n'a subi, depuis ce temps, aucune interruption. Chaque année voit se 
reproduire, durant la nuit qui précède la Commémoration des défunts, 
cette ronde funèbre qui rappelle aux habitants le souvenir de leurs morts.. • 
L'horloge de réglise paroissiale sonne lentement minuit: il y a comme un 
moment de solennel silence. Tout à coup, quatre ou cinq hommes, que 
l'on reconnaît facilement pour des fonctionnaires delà mort, entonnent le 
De profundis au pied d*une croix placée à l'entrée du pays, sur la route 
d'Amiens. 

Ce premier acte accompli, les réveilleurs commencent leur ronde. Ils 
parcourent Tunique rue de Pierrepont, portant une lanterne et agitant une 
forte clochette dont les tintements produisent un mystérieux effroi. Ils 
redisent en même temps ces cris connus : Réveillez-vous, chrétiens qui 
dormez ; priez pour les âmes des trépassés 

Arrivés en face de l'église, ils chantent de nouveau le De profundiSy 
reprennent ensuite leur course en répétant le même refrain : Réveillez- 
vous. . . et pénètrent dans le cimetière. Représentant la commune entière, 
ils laissent sortir une troisième fois de leurs robustes poitrines les notea 

i. BtUL des Comit. hiiiong,, ArcLéologie, 18Ô0, p. 2'2é 



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— 304 — 

du psaume de David. Imaginez, si vous le pouvez, une scéoe plus drama- 
tique. 

Ils rentrent dans le village et atteignent enfin une croix située à son 
extrémité. Avant de se séparer, ils invoquent la protection de celle qui est 
la consolatrice des affligés, par le chant du Sub luum. 

m En 1642, le 9 juillet 1G74, à rinliumation de la remme du 
gouverneur, puis, le 16 avril 1707, à celle de Charles-François 
Haran, on trouve mention du crieur de patenôtres. 

« M. de Bodard, dans sa Notice sur Saini^Nicolas de Craon^ parle 
« d'un semblable crieur, qui, à minuit, devait parcourir les rues et 
'< rappeler aux habitants trop endormis Tobligation de ne pas 
« oublier les pauvres trépassés. » 

a Les archives de la mairie d'Angers mentionnent aussi souvent 
des crieurs nocturnes de patenôtres du xv* au xvu* siècle. 

ce A Graon *, la nomination à cet office « était dans les attributions 
« du sénéchal, ce qui doit faire penser, ajoute M. de Bodard, que 
« ces fonctions n'étaient pas étrangères à la police de la ville ». Il 
en était de même à Beaufort, comme on le voit par une délibération 
des habitants, en date du 16 mars 1642, dans laquelle le sénéchal 
nomme un crieur de patenôtres en place du précédent qui venait 
de mourir. » (Denais, Monogr, de IV.-D. de Beaufort-en^Valléc, 
pp. 154-156). 

« La nuit de chaque grande fête, le bretleur (ou bedeau) de la 
(confrérie de la) Véronique (qui avait son siège dans l'église des 
Minimes, à Nantes), parcourait la ville en agitant une clochette et 
demandant à ceux qui reposaient dans la tranquillité de leur som- 
meil un souvenir pour les trépassés. » (E. de la Gournerie, Notice 
sur téglise de VImmac, Concept, Nantes, 1849, p. 13.) 

Laoglois (Rouen au xvi® siècle et les danses des mortSy p. 87) 
mentionne cette coutume ; « Presque par tout le royaume, particu- 
lièrement à Toulouse, les clocheteurs des trépassés, revêtus de leur 
longue robe noire chargée de deux têtes de mort, placées Tune sur 
la poitrine et l'autre entre les épaules, parcouraient les rues dans 



1. « 11 existait alors (on 1616) à Craon, un crieur do patenôtres, noramé par 
le sénéchal et qui, à minuit, devait parcourir les rues, en rappelant aux 
habilanls de prier pour les trépassés. » (Joubert, UisL de la baronnie de 
Craon, p. 31'^.) 



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— 305 — 

les ténèbres, agitant lentement leur clochette et répétant^ de place 
en place, d'une voix sépulcrale : 

Réveillez-vous, geos qui dormez, 
Pries Dieu pour les trépassés. 

Dans la paroisse de Saulgé, diocèse de Poitiers*, au siècle dernier, 
existait un ermite, qui habitait une grotte de difficile accès, nom- 
mée VErmitage. Il vivait d'aumônes, faisait ses tournées la nuit et, 
une clochette à la main, criait aux gens endormis {Semaine litur- 
gique de Poitiers, 1872, pag. 314) : 

Réveillez-vous, genB qui dormez. 
Priez pour les trépassés. 

Dans les Vosges, le yieil usage, presque général en France autrefois, 
des clocheteurs des trépassés, s'est perpétué dans bien des villages, jus- 
qu'à ces derniers temps, sous le nom du réveillez» Le soir de la Toussaint 
et pendant toute Toctave, un des habitants du village parcourait, vers 
minuit, les rues de l'endroit, en agitant une clochette et en répétant : 

Réveillez, réveillez 
Entre vous, gens qui dormez, 
Pensez à la mort et à Féternité. 
Priez Dieu pour les trépassés. 

Requiescant in pace '. 

Le Monde publiait, en 1892, cette nouvelle^ dans son n^ 13 : 

Les vieilles coutumes s'en vont. Le conseil municipal de Ribau ville 
(Alsace) a décidé de supprimer l'emploi de yellleur de nuit, mais do 
veilleur de nuit à la vieille manière et qui peut bien remonter au moyen 
âge et au delà. Ce veilleur de nuit, muni d'une lanterne et d'une halle- 
barde, parcourt d*heure en heure, du couvre-feu à Vangelus du malin, 
les rues de la ville, criant l'heure en un couplet à la fois étrange et 
curieux : une pensée morale, rimée en quatre vers et se rapportant à 
chaque nombre; l*heure de minuit, ou la conscience des honnêtes gens, 
le voyage des revenants ; la première heure du malin, l'entrée dans la 
vie, etc. Le pittoresque et l'antique s'en vont, le veilleur remisera sa 
hallebarde rouillée, éteindra son falot et ira dormir avec les autres! 

J'emprunte les renseignements suivants à VAlbia christiana, 

1. La Semaine religieuse du diocèse de Poitiers (1888, p. 734) a dû citer de 
mémoire ravertissement du veilleur : Bonnes gens qui ne dormes pas^ priez 
pour les trépassés », car il était, au contraire, chargé de réveiller les endoi*mis 
pour leur rappeler la prière pour les morts. 

2. Archiv. historiq., 1889, p. 43. 

T. xu. 10 



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— 306 - 

189i, pp. 385-386, dans une monographie de la cathédrale de 
Lavaur (Tarn) : 

Le Rébeilhou, Les morU n'avaient pas seulemeul leor sanctuaire (la 
chapelle du Suint-Sépulcre), ils avaient aussi leur prêtre ; c'était le ré- 
beiltiou. Les rébeilhous, dit une note des biographies loulousaiDes, 
avaient été institués en I51B, par le conseil d^Amaud Reveland, prêtre, 
qui prêchait alors dans l'église de Saint-Élienne. Ces gens portaient une 
petite cloche dont ils faisaient entendre à l'instant où tout le monde 
reposait. Ils précédaient les processions, alors très fréquentes à Toulouse, 
et parcouraient, en sonnant pendant la nuit, les rues de la ville. Ils 
étaient vêtus d'une longue casaque noire, sur le devant et le derrière de 
laquelle étaient brodées des têtes de mort et des os en sautoir. A ces 
signes funèbres on substitua, en 1785, les armes de la ville, lis exami- 
naient si les portes des maisons étaient fermées, sinon ils entraient en 
continuant de sonner et avertissaient. Ils s^arrêlaicnt de temps en temps 
dans les rues et disaient à haute voix : Pregats per paoures trespassals et 
trespassadoSy que Dious lour bolgo perdouna, c'est-à-dire : Priei pour les 
pauvres trépassés et trépassées, que Dieu veuille leur pardonner. Ils 
ajoutaient de temps en temps des cantiques lugubres à ces tristes paro- 
les. Les sons aigres et discordants de la cloche accompagnaient leur 
lamentable voix, lorsqu'ils chantaient les stances composées par Arnaud 
Reveland, et qui commençaient ainsi : 

Kéveillez'vous^ gens qui dormez, 
Priez Dieu pour les trépassés, 

Lavaur, que tant de liens rattachaient à Toulouse, ne pouvait se dis- 
penser d'avoir eon rébeilhou. C'était un foDCtionnaire municipal, rétri- 
bué par la ville, à raison de huit livres par an et vêtu par elle pour 
l'exercice de ses fonctions. C'est ce qui résulte d'une délibération du 
18 mars 164& : « Il a été représenté par Monsieur de Maffre, que le 
rébeilhou de la présente ville, qui sonne une clochette à travers les rues, 
les jours de fêtes solennelles, les dimanches et les jeudis de Tannée, à 
minuit, par une louable coutume, pour éveiller le peuple, l'exciter à prier 
Dieu, il a besoin d'une petite robe pour continuer cette fonction ; il a été 
arrôté que les consuls feront faire cette robe aux dépens de la commu- 
nauté. > 

M. Morillot a donné de curieux détails sur les clocheteurs, dans 
son Étude sur remploi des clochettes, pp. 162-166 : 

La nuit qui précédait les grandes fêles, spécialement celle de la Tous- 
saint et de Noël, ils se promenaient gravement et, s'arrêtant devant les 
maisons, agitaient leurs clochettes, puis chantaient d'un ton lugubre : 
Réveillez-vous, gens qui dormez; priez pour les trépassés; pensez à mort. 



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- 307 - 

pensez à mort. » A Dijon, la m^me chose se serait pratiquée chaque nnîl. 
Le 30 janvier 1539, la municipalité, « sur la requestre d*Ant. Ganevlex, 
carreleur, et Jehan de l'Ëscolie, tisserand, vu qu'ils veulent toujours 
servir la ville, lear fournira à chascun deux aulnes de drap noir, où 
seront figurés les ossemeats des raorts^ pour sonner la nuit la clochette, 
pour éveiller les gens pour prier pour les trépassés ». Le ^1 janvier 1539, 
40 sols payés à Joliet, fondeur, pour « naesures à laict, vin, poids, clo- 
chettes pour les trépassés, qu'il a fait à la ville » {Délibér, de la Chambre 
de ville de Dijon). Le 14 mai 1536, la Chambre de ville décide que sera 
« choisi un homme de bien, catholique, pour aller de nuit, à l'heure de 
dix heures et continuer toute la nuit, sonuant une clochette en prononçant 
hautement : Réveille i-vous^ réveillez'-vous, priez Dieu pour les trépassés. » 
(Analyses des délibérât, ^ arch. de Dijon.) A la fin du xvn^ siècle, Tusage 
existait toujours à Dijon, car, en 1692, la Chambre de Ville, vu les lettres 
patentes du Roy, nomme i. Durault, catholique romain, crieur d^enterre- 
menl. Il y a une vingtaine d*années, les mêmes sonneries se faisaient 
encore en Picardie, la nuit qui précédait les fêtes solennelles. [Annal, 
arch., t.XVIil, p. 299.) 

Dans les grandes villes, les clocheteurs des trépassés formaient une 
corporation, une confrérie. A Paris, pour les funérailles de Tun des 
membres de la confrérie, quatre crieurs portaient le corps du défunt 

M. de Beaurepaire a fait connaître cette particularité relative à 
Rouen {Bull, de la Comm.desantiq.de laSeine-Inf.y t. IX, p. 394) : 

Les invitations aux obsèques se faisaient autrefois d*une manière 
tout autre qu'elles ne se font de nos jours. Dans les campagnes, un clo« 
cheteur allait de village en village et par les rues, de carrefour en carre- 
four, crier le décès et Theure de Tinhumation du défunt. Une des plus 
bizarres inventions de la Gscalité fut, aux dernières années du xvil^ siè- 
de, de mettre en offices ces sortes d'annonces, que plusieurs paroisses 
se firent un devoir de racheter. S'il s'agissait d'un personnage d*un cer- 
tain rang, les invitations se faisaient par des hommes, en plus ou moins 
grand nombre (amis ou parents), que conduisait un membre de la famille, 
un des plus proches héritiers ou un prêtre de l'église en laquelle devait 
se faire le service. Ces hommes étaient revêtus d*habit de deuil et on les 
désignait sous le nom de revétiis. Mais, entre les habits de deuil, il y en 
avait un, particulier à cette sorte de cérémonie et qu'on appelait le babe* 
lou. Je ne saurais dire en quoi il consistait. Mais on peut croire, par 
l'extrait suivant des Plumitifs de la Chambre des comptes, qu'il était aisé 
à reconnaître, que, dans certaines circonstances, l'usage en était prescrit 
par les convenances et qu'en ne l'observant pas on était exposé à blesser 
l'amour-propre des particuliers ou des compagnies auxquelles on s'adres- 
sait. Dans son testament, du 19 octobre 1588, Antoine de Frios Salaspor, 
espagnol de Burgos, domicilié à Rouen, exprime la volonté d'être enterré 



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- 308 - 

en r^glise des capadns, <c sans pompe fanèbre de porteurs de deall, 
babelours ny armaryes )>. J'ai été surpris de ne tronvor ce mot, pourtant 
très fréquemment employé^ ni dans le Dictionnaire de Trévoux, ni dans 
ceux de Littré^ de Lacurne de S. l^alaye et de Godefroy. 

M. le chanoine Marsaux, dans sa brochure : Anciens usages de 
Chambly, Ponloise, 1895, p. 5, donne ces renseignements : 

il y avait, nous apprend un ancien règlement, onze sonneurs 

« Le premier sonneur sera le second bedeau, qui aura aussi le droit 
d'être cliqueteur. » On appelait cliquetum, cliquet ou clinquet, une sorte 
de cloche. Le cliqueteur ou le clocheteur est le sonneur qui précédait les 
convois funèbres et les annonçait par les rues. 11 remplissait le rôle de 
crieur d'enterrement; il annonçait les décès, en disant dans les rues : 
Priez Dieu pour Vâme de Maître ou Messire, selon la qualité du défunt ; il 
portait aussi l*avis de la mort, ce qu'on appelait la semonce, chez les pa- 
rents et amis. L'une de ses fonctions consistait aussi à éveiller, la nuit, 
pour faire penser aux morts, particulièrement à la Toussaint et à Noël. 
Le cliqueleur chantait d'une voix traînante : Réveillez^vous, gens qui dor- 
mez; — Priez Dieu pour les trépassés. — Pensez à mort^ pensez à mort. 
On l'appelait aussi, en certains endroits, clocheteur des trépassés. 
L'usage d'annoncer les enterrements par la clochette des trépassés est 
encore en vigueur dans le diocèse d'Evreux et dans certaines paroisses de 
Seine-et-Oise, limitrophes, par exemple à Limetz, où il existe des con- 
fréries de charité A Ghambly, le cliqueteur eut encore une autre 

fonction^ celle de précéder les processions. L'inventaire de l'église, fait 
en 1793, mentionne deux sonnettes pour les processions. L'usage existe 
encore pour la procession de la Fêle- Dieu : un clerc marche en tête, une 
grosse sonnette à la main, peut-être la vieille sonnette du cliqueteur, 
pour annoncer le passage du cortège sacré. 

Le curé de Fontenay écrivait en 1894, dans la monographie de sa 
paroisse : a Rappelons ici une autre coutume très ancienne, qui 
disparut vers 1859. Pendant les nuits de Toctave de la Toussaint, 
deux hommes faisaient le tour de la ville, tenant d'une main un 
bâton surmonté d'une lanterne et de l'autre une clochette. Vers 
minuit, ils se mettaient en marche; à chaque coin de rue et sur les 
places publiques, deux voix sépulcrales, capables de donner des 
frissons aux plus aguerris, retentissaient dans le silence de la nuit : 

Réveille qui dors 1 
Pensez à la mortl 
Priez pour les trépassés. 
Requiescant in pace. 



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— 309 — 

« Un coup de sonnette annonçait la fin de cette méditation noc- 
turne et chacun s'empressait de réciter un Deprofundis. » [AnnaL 
de la Soc. d^émulat, des Vosges^ 1894, p. 332.) 

La confrérie de la Passion, établie à N.-D.-de-Yire, (a le jour de 
la mort d'un des confrères, faisait crier par les rues les patenôtres 
des trépassés » (Seguin, Mémorial Virois, p. 29). 

En 1618, une ordonnance de Tarchidiacre du Petit-Caux « enjoint 
auK serviteurs de la charité (d'Eu) aller avertir toutes les nuits les 
frères et maîtres delà Charité, affm de prier Dieu pour les trépassés » 
{Bull, de la Comm. des Aniiq. de la Seine-Inf., t. X, p. 87). 

En 1701 fut approuvée^ à Limetz, diocèse de Rouen^ la v confré- 
rie de la Charité sous le titre du S.-Sacrement t^. L'article 18 de ses 
statuts porte : ce Le cliqueteur quêtera, tous les dimanches et fêtes, 
dans l'église et aux enterrements, avertira quand un confrère sera 
mort, annoncera qu'il est mort en cliquetant dans les rues de Limetz 
et de Ville, tintera la cloque pour faire assembler les confrères ». 

« Les membres de la confrérie portent un insigne spécial dans les 
cérémonies funèbres et aux fêtes, où ils figurent en corps. Cet in- 
signe consiste en une espèce de baudrier, orné d'un ostensoir brodé 
en bosse : ce baudrier s'appelle chareson. Le cliqueteur chargé d'an- 
noncer les décès dans le pays porte, dans l'exercice de ses fonctions, 
unedalmatique noire appelée tabar et agite une sonnette. Le clique- 
teur est un reste du moyen âge. A cette époque, les crieurs des 
morts étaient fréquents. Il y en avait dans toutes les villes, même à 
Paris. Fournel, dans son livre les Cris de Paris^ donne une gra- 
vure représentant le clocheieur des trépassés en 1755, d'après un 
dessin du temps : il porte une longue tunique blanche^ semée de 
larmes, de tibias et de têtes de mort. » (Harsaux, Un coin inconnu 
de Seine-ei-Oise, p. 7.) 

Un cloqueteur spécial était attaché à chaque confrérie et il ne 
devait sonner que pour les confrères décédés. 

Dans un registre de la confrérie de Notre-Dame de Gisors, à 
l'année 1496, se trouve cette note : « Pour avoir faict changer l'une 
des petites clochettes de quoy on a coustume cliqueter par la ville 
les frères et sœurs trespassez, qui estoit rompue et l'avoir fait faire 
plus grosse qu'elle n'estbit, xii s. » 

Un des statuts de la confrérie de Notre-Dame de la Couture^ au 



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- 310 - 

Mans, le xvhp, est ainsi conçu : (c Seront ordonnées deux campa- 
nelles à main pour faire les avis et prières pour les trespassez. » 

M. Charles Vasseur, dans sa brochure intitulée : le Martyrologe 
de la Charité de Tourgémlle (Caen, 1878, p. 5), a consigné ce fait^ 
que cette confrérie^ érigée dans une des paroisses de l'ancien dio- 
cèse de Lisieux, avait, dans ses statuts approuvés en i540, cette 
clause que le crieur devait e chacun dimanche, crier les patenôtres 
pour les âmes des trespassez à laportederégliseetaucymetièredud. 
lieu de Tourgéville ». 

Une grande confrérie de Saint -Martial (à FJtnoges) avait un frôre ser- 
vant, qui portail le nom d'éveillé et, tous les premiers lundis du mois, 
allait à la porte de chacun des confrères, après minuit, chanter d'un ton 
lamentable et sépulcral : Réveillez-vous, vous qui dormez; ne dormez pas 
si fort que vous ne pensiez à la mort; pries Dieu pour les trépassés, que 
Dieu leur daigne pardonner; c'est un chemin par lequel il vous faut tous 
pai^ser; Requiescant in pace K Sancte Martialis (ter). Amen, Après avoir 
frappé trois coups à la porte, en criant: Il est telle heure, il agitait sa son- 
nette en se rendant à une autre maison. (Bull, des Com. historiq,, Ar- 
chéologiey i849, p. i/O.) 

Saint-Amant attaqua les clocheteurs, dans une satire intitulée 
la Nuit : 

Le clocheleur des trépassés, 

Sonnant de rue en rue, 

De frayeur rend les cœurs glacés, 

Bien que le corps en sue 

St mille chiens, oynnt sa triste voix. 

Lui répondent à longs abois. 

Lugubre courrier du destin, 

Effroi des âmes lâches, 

Qui si souvent, soir et matin, 

Et m'éveille et me fâches, 

Va faire ailleurs, engeance de démon. 

Ton vain et tragique sermon. 

11 existait aussi un cloqueteur pour annoncer * et accompagner 
les enterrements des particuliers. 

1. On remarquera que cette formule est rimée suivant la pratique habituelle. 

2. « L'Eglise, dans sa langue d'adoption, no dit pas rofficc des morts, la 
prière des morts, le jour des morts; elle ne parle que des défunts. Nos pures 
l'ont entendue; et ils ont dit les dé f utils ou les trépassés, mot que la langue 
latine n'a point, mais qui marque d'une manière plus précise la vie nouvelle 
sur laquelle la mort n'a plus d'empire. N'entendcz-vous pas encore ces cris 



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- - 311 - 

Le Mémoire des cérémonies observées aux funérailles de feu ma^ 
dame la princesse douairière de Condéy en 1629, publié par M. le 
duc de la Trémoille dans Jeanne de Montmorency ^ pp. 155 et suiv., 
fournit de curieux détails sur cet usage : 

Le mardi xvie d'octobre, le lieu tenant des cérémonies, revestu de sa 
robbe à queue, bonnet carré, Tespée au costé et son baston en main,.... 
fut porter et présenter à Mess'* du Parlement, chambre des comptes, cour 
des Aydes, prévosl des marchands et eschevins de la ville de Paris, les 
lettres de cachet du Boy, par lesquelles sa Majesté leur maudoit d'assisler 
au service et céresmonies de la dicte feu dame Princesse; et en mesme 
temps entrèrent dans lesdites compagnies XXUI jurez crieurs du corps 
de la dicte ville, revestus de robbes avecq armoiries et leurs clochettes 
en main, pour faire les proclamations et semonces dudict service; les- 
quelz, encore qu'il n*y eust lettres du Roy pour messieurs du Ghastellet et 
recteur, ne laissèrent de les aller convier et firent en oultre proclama- 
tions devant Thostel de Condé, carrefourg, devant Tabbaie St Germain, 
ainsi qu*il ensuit, par un nommé Mareschal, Tun desdiclz jurez crieurs : 
Nobles et dévotes ^personnes, priez Dieu pour l'âme de très haulte, très puis- 
sante et très illustre princesse Charlotte Catherine de la Trimouille, vefve de 
très haulty très puissant et très illustre prince^ Monseigneur Hem'y de 
Bourbon, en son vivant prince de Condé, duc d'Anguien, prince du sang, 
mère de très haut, très puissant et très illustre et magnanime Henry de 
Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang ^ premier pair de France, 
duc d^Anguien et Chasteauroux, gouverneur et lieutenant général pour le 
Roy enses pais et duchez deBerry et Bourbonnais; pour l'âme de laquelle se 
feront les services et prières en Vèglise et monastère des Pères Cordelliers où 
son corps est en despost : auquel lieu^vendredy prochain, après midy, seront 
dictes vespres et vigilles des morts, pour y estre, le samedy suivant, à dix 
heures du matin, célébré son service solennel. Priez Dieu qu'il en aitVâme 

Le samedy xxe d'octobre, fut fait le grand service.... La messe cellébrée 
par Mons' Tarchevesque de Paris... Monsieur le Prince sortit d'une salle 
de la cour des Cordelliers et entra en l'église par la porte de la nef ; lesdiz 
xxui jurez crieurs, marchans les premiers, revestus de leurs robbes 
et clochettes en main ; ensuite cens pauvres, revestus, par les com- 

publics qui éveillaient nos pères, en les avertissant de prier Dieu pour les 
trépassés? Il n*y a qu'à pleurer surles moï75.N'avez-vous pas encore vu, dans 
quelques provinces, ces femmes appelées semojideuses, qui annoncent dans 
les carrefours qu'un tel était trépassé? Et si vous leur demandiez qui était 
mort, elles vous répondaient que ce langage, impropre pour des chrétiens, no 
mérilait-pas une réponse sérieuse. N'abandonnoos pas, n'abjurons pas notre 
langage religieux, comme si nous voulions abandonner, abjurer la religion. 
Reprenez l'esprit de l'Eglise, en reprenant l'exactitude do son langage et en 
exprimant par des mots propres ses grandes vues. » (L'abbé Roubaud, Syno^ 
nymes français, 1796, t. IV, p. 497.) 



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— 312 — 

mandemens de mondict s' le Prince, de chaqu*un quatre aulnes de 
drap noir et de torches de deux livres en main, qui furent rangez en 
haye le long de la dicle nef. 

S'il s'agissait d'une personne noble, le cloqueteur portait ses ar- 
moiries sur sa casaque. Un livre d'heures du xv^ siècle, à Tévêché 
d'Angers, que j'ai décrit dans la Revue des provinces de l'Ouest, t.\, 
p. 107, représente, à la bordure de l'Office des morts, « le cloque- 
teur qui, de chaque main, agite une écbelette, pendant qu'un reli- 
gieux lit les prières dans un livre : coiffé d'une calotte brune, à 
oreilles et mentonnière, il est vêtu d'un tabart bleu, passementé et 
pointé dor, avec une plaque carrée et armoriée sur la poitrine. L'é* 
cusson, aiguisé en ogive, est aux armes de la dame qui fit usage de 
ces heures : d'or^ à un chevron de sable, accompagné de trois crois- 
sants montants de même, 2 et 1 ». 

Afforty, dans ses Collectanca Silvanectensia, s'exprime ainsi, à 
propos des funérailles de l'évêque de Senlis, Charles de Blanchefort, 
mort en 1515 : ce A l'inhumation, les cloqueteurs portent sur la poi- 
trine et le dos les armes du défunt. » 

M. Dusevel, dans sa tournée dlnspeclion des monuments historiques 
de la Somme, trouva, dans la jolie église de Poix, sur les marches du 
maître-autel, une clochette ancienne, dont il releva rinscriplion. . . Par 
ses informations dans le pays, il sut que la clochette en question servait 
encore, il y a environ six ans, au clocheteur des trépassés. Ce vieillard, 
presque nonagénaire, pour la modique somme de dix centimes, recom- 
mandait hautement aux prières des fidèles, la nuit, veille des grandes 
fêles, chaque âme de défunt dont on lui donnait le nom... 

Le clocheteui' des trépassés était ordinairement un homme de service 
attaché aux hôpitaux, qui peut-être percevaient une partie de la rétribu- 
tion exigée pour la recommandation des morts. 11 était donc juste que 
rHôtel-Diea de Poix contribuât aux frais nécessités pour la confection de 
la clochette de son employé. 

CBSTB CLOCHETTR . RST FAICTB DRS BIENS DB 
LHOTEL DIBV POV LB8 HABITANS DE LA VILLE 
DB POIS I:T MB FONDIT ANDRIBV MVNIBR 1582 * 

Notre clochette a une forme élégante; sa robe est allongée, d'un beau 
galbe; en termes de fondeur, elle a peu d'épaisseur à son cerveau ou 
partie supérieure, et beaucoup à sa pince ou partie inférieure. 

4. Cette inscription est reproduite dans la Revue de FArt chrétien^ 1869, 
p. 79. 



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— 313 — 

Conformément à la sévérilé de sa desliualion, elle ue présente aacun 
ornement ; le manche en fer, ajouté après coup, n'offre rien de remar- 
quable et semble usé par un long emploi . Approximativement, la clo- 
chette a de diamètre 12. centime très et de poids 3 kilogrammes. Le3 métaux 
de Falliage qui la forment doivent être purs, car elle jouit de toutes les 
perfections des chefs-d'œuvre de Tart campanaire du xvi* siècle. (Bull, 
des Comit, hisloriq., Archéologie^ 1850, pp. 22-24.) 

La clochette publiée par le baron de Rivières dans le Bulletin 
de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, tome XV, pi. v, 
me parait être une échelette de confrérie. Â son cerveau, sont ins- 
crits les noms de Jésus et de Marie, IHS MARIA, avec la date 1643. 
Sur la robe, un crucifix, placé dans un médaillon qui rappelle les 
targes que portent les confrères, est accompagné des trois mono- 
grammes IHS, MA et AA, c'est-à-dire Jhesus, Maria et Anna. Sainte 
Anne, en eflFet, était invoquée pour la bonne mort et il est probable 
qu'elle était la patronne de la pieuse union. 

Sont encore plus certainement des échelettes de cloqueteurs ces 
trois clochettes en cuivre percé à jour, où Ton voit des cœurs et des 
larmes, pour exprimer les pleurs que fait verser le décès des per- 
sonnes aimées. Deux sont en Poitou, dans les églises de Bonnes ^ 
(Vienne) et d'Adilly * (Deux-Sèvres), et la troisième au musée ar- 
chéologique de Nantes. Elles datent du même temps, le xvii^ siècle, 
et peut-être aussi sortent-elles du même atelier. 

La « clochette des trépassés j) se voit sur une tombe de 1743, avec 
les a attributs funéraires », au Thillay (de Guilhermy, t. II, p. 554). 

Le Bulletin des Comités historiques^ Archéologie, a publié en 
1850, p. l&O, la « Complainte des cloqueteux », composée en 1643 
par Le Caron de Troussures, chanoine de Beauvais. Elle commence 
ainsi : 



i. Voir ma brochure. Bibliographie campanaire^ où elle est reproduite, p. 7. 

2. M. Courtcaud, curé d'Âdilly, a offert au musée de la Société des AqU- 
quaires de rOuest un bénitier en cuivre, qui se compose de deux parties, sou- 
dées ensemble à une époque récente. La partie inférieure, formant pied, me 
parait être la robe d'une clochette, à main et à jour, du xva« siècle, analogue 
à celle de Bonnes. Cette robe est évasée et la plus grande largeur mesure onze 
centimètres. Sa surface est percée, sur deux rangs, de trous, imiJant, en haut, 
des larmes et des coeurs, en bas, des trèfles et des piques semblables à ceux 
des jeux de cartes. Le premier rang me ferait songer à une échelette des pro- 
cessions mortuaires. 



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- 3U — 

Dredin, dredln, dredin (bis). 
On fait assavoir aux personnes 
Dévoles, pieuses et bonnes. 
Qui, fuyans le train des n^audis, . 
Cherchent celuy de Paradis... 

et se termine de la sorte : 

Je vous donnerai de ma cloche 
Tant d*horions sur la caboche 
Que vous fuirez tous en enfer 
Demander ayde à Lucifer. 

Un dessin représente le cloqueteux « valet du chapitre ». Il porte 
des souliers à rosette, la culotte courte, à nœuds de ruban, un jus- 
taucorps, des manchettes, un tabart brodé à Teffigie de saint Pierre, 
un large col blanc et, au cou, deux clefs en sautoir retenues par 
un cordon. Il agite de la main droite une sonnette à poignée, dans 
l'anneau de laquelle est passée une courroie. 

Le Pèlerin, dans son n* du 30 octobre 1892, page 308, représente, 
« d'après une ancienne estampe >;, qui parait du siècle dernier, « un 
crieur des morts ». Coiffé d'un large chapeau, les cheveux longs, 
en culotte courte et souliers à boucles, il porte, sur son habit, un 
tabart semé de têtes de mort, de croix faites d'os et de larmes ; de 
la main gauche il tient une lanterne et de la droite agite une son- 
nette *. 

Le peuple aime à faire parler les cloches. A Marseille, on suppose 
qu'elles répètent indéfiniment dans leur glas funèbre : « Je vais 
t'enterrer. » 

M. Oscar Havard a recueilli cette tradition dans la Normandie 
(le Monde, 1892, n^ 107) : 

Il y a des jours où les cloches se lamentent. Celle de Saint-Martin de 
Condé, par exemple, psalmodie lentement ce plaintif verset, chaque fois 
que le clergé procède à un enterrement : 

i. M. Dcrgny. dans son intéressant volume : Usages, coutumes et croyances. 
Abbevillo, 1887, in-8o do 394 pages, a des détails très curieux sur les points 
suivants: « la cueilletto du pain des Irépabsês, la chandelle bénite, l'horloge ar- 
rêtée, le signe extérieur pour indiquer un décès dans une maison, les clocho- 
teurs pour annoncer le décès, les diverscssonneriesfunèbres, l'oreiller funèbre, 
les suaires, la veillée des morts, le cierge du délunt, la poignée do terre 
et aspersion, les pleureuses. » 



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— 315 — 

« Ami mort, viens-t'in, 
Yiens-t'in, vien8-t*iQ 
Au cimetière Saint-Martin 
Où. la fosse t'attint. 
Viens-t'in, yiens-t^in. » 
La cloche de Terry n^est pas moins funèbre : 
« Branlons donc, branlons donc. 
Corps mort, viens-t'en 1 
Du coup jHe tiens pour longtemps 
Pour longtemps I » 
Est-il rien de plus poignant que ces notes plaintives tombant lentement, 
une à une, dans Tobscurité du soir, comme les larmes dans les yeux ? 

X. * — Le moyen âge, qui avait rintelligence de tous les besoins 
publics, ne s'est pas contenté de ces appels silencieux ou retentis- 
sants. Comme il était essentiellement imagier, il s*ingénia encore à 
frapper les yeux par Timage, peinte ou sculptée, pour mieux at- 
teindre le cœur. C'est de cet ordre d'idées qu'est née la litre funèbre'^ ^ 
que Raymond Bordeaux a parfaitement décrite dans son Traité de 
la réparation des églises, pp. 146 et suiv. : 

11 existe, à Tentour de la plupart des églises rurales, tant à Texte- 
rieur qu^à rinlérieur, une ceinture noire, peinte à une certaine hauteur et 
décorée d*armoiries placées de distance en dislance. Ces espèces de ru- 
bans sont ce qu'on appelle des litres. Le droit de les faire peindre appar- 
tenait au seigneur qui avait le patronage de l'église ^ et on les appliquait 
en signe de deuil lorsqu'il passait de vie à trépas. Celle prérogative, qu'on 
avait limitée pour que les églises ne fussent pas défigurées par un trop 
grand nombre de ces ceintures funèbres, formait Fun des droits féodaux 
les plus recherchés *, Le badigeon à l'intérieur, la pluie et l'air à l'exté- 
rieur, ont à peu près effacé ces marques, contre l'abus desquelles plus 

1. La litre fUnèbre de l'église d'Anais, Lille, Desclée, 1895, iQ-4« de 4 pages 
avec 2 vign. Extr. de la Rev. de l'art chrét., lir. à part à 26 ex. — La litre 
funèbre, dans la Province du Maine, 1896, pp. 219-221. 

2. Baron de Girardot, Du droit de sépulture et de litre funèbre, dans les^ln- 
nales archéologiques, t. III, pp. 89-94. 

3. « Ne pas oublier que le patronage n*était dévolu de droit qu*à celui qui 
avait fondé, bâti o\x doté. Autrement, ou n'était que bienfaiteur. Dy(Ann.arch., 
t. III. p. 91.) 

4. c Pour les personnes nobles qui n'avaient pas le patronage, on prati- 
quait quelquefois un autre usage: c'était de faire une litre au-dessus des 
bancs qu'elles occupaient. Sur cette litre on apposait des armoiries, peintes 
sur carton ou papier, qu'on enlevait au bout de l'année. » (/6if/.,p. 93.) « On 
sait ce qu'étaient les litres ou ceinlures funèbres : bandes d'une hauteur de 
0,50 à 0,60 centimètres (2 pieds au plus de largeur, si ce n'est pour les prin- 
ces), peintes en noir sur les murs intérieurs et extérieurs d'une église et 



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— 316 — 

d*an écrivain ecclésiasiiqae protesta lorsqu'elles étaient en asage ^.. 6é- 
DéralemeDt, la couleor noire, ayant été simplement appliquée en détrempe 
sur une couche de plâtre ou de mortier, a entièrement disparu, et il ne 
reste que les écossons seigneuriaux, peints d'une manière plus solide. 
Dans révêché d*ÉvreuX| la plupart des églises rurales, bâiies en cailloutis, 
portent, un peu au-dessus des fenêtres, une ceinture de mortier, haute 
d'environ deux pieds et légèrement saillante *, que nous avons parfois en- 
tendu désigner sous le nom de deuiL Cette espèce de cordon, dont Pori- 
gine est aujourd'hui à peu près oubliée ^, avait pour but de fournir une sur- 
face unie pour peindre la litre seigneuriale *, 

La Révolution, qui a éteint le droit de patronage, a, en même 
temps, supprimé le droit de litre : ce n*est donc plus actuellement 
parmi nous qu'un souvenir archéologique, qu'il sera toujours op- 
portun de respecter. 

A Rome, où les fondateurs jouissent encore du titre et des privi' 
lèges de patron sur les églises ou chapelles qu'ils ont construites, la 
litre funèbre reste en usage, mais sous une autre forme. Elle n'est 

portant de distance en distance des armoiries. Le droit de litre appartenait 
aux seigneurs, patrons et hauts justiciers dans les églises fondées par eux 
ou de leurs seigneuries; signe honorifique de deuil, ce droit était exercé à la 
mort du seigneur et généralement au bout d*un an une couche de badigeon 
couvrait la litre. » {Bullet. archéologiq», t. XXII, p. 3:i9.) 

1. Les statuts de l'évèque de Nantes, en 1481, cités par du Gange, sont allés 
trop loin quand ils ont prohibé la litre comme injurieuse à Dieu et ignominieuse 
pour l'église : « Nefandum et Deo injuriosum ac ignominiosum esse armorum 
scuta seu insignia ad modum circuli, zonœ, liclrœ... imprudenter depingere. » 

2. Il on est de même en Poitou, où les églises sont construites en moellons. 
Voir sur la litre en 1656 la Revue PoitevinCy 1890, p. 68. 

3. « Dans les réparations successives que l'on fit subir à Téglise (de Fonte- 
Doy). au commencement do ce siècle, on crut lui donner un nouveau cachet 
d'élégance en la couvrant d'un affreux badigeon. Ce triste ornement subsista 
jusqu'en l'année i888. La vieille église a retrouvé son élégance et sa fraî- 
cheur antiques, par un grattage long et minutieux. On fut très étonné, en 
opérant ce travail, de constater sur les parties de droite et sur le pourtour 
des parois de la petite nef, une bande noire, d'une largeur de 35 à 40 centi- 
mètres. Un vieillard donna l'explication de cette bordure étrange : l'église 
ayant* été polluée et souillée par les horreurs de la révolution, avait été en 
deuil de longues années en souvenir des scènes de désordre qui l'avaient 
déshonorée .» (Annal, de la Soc. d'émulat. des Vosges, 1894, p. 202.) Cette 
bande noire n'a absolument rien d'étrange pour qui connaît les litres funè- 
bres; mais si l'explication donnée par un vieillard est étrange, il est encore 
plus do la voir acceptée et publiée par un curé. 

4. « Les litres en velours, drap, serge ou futaine, se pouvaient mettre seule- 
ment au-dedans des églises; elles étaient surtout usitées dans les villes, pour 
les personnages de qualité ou revêtus d'offices importants. Elles ne pouvaient 
rester plus d'un an et jour; après le service du bout de Tan, elles appartenaient 
à la fabrique » {Afin, arch., t. III, p. 53.) -^ Les La Trémoille pendant cinq 
siècles^ t. lll, pp. 46, 47. 



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— 817 — 

apposée qu'à l'extérieur et non d'une façon permanente, car elle se 
compose d'une série de grandes feuilles de papier colorié, disposées 
en manière de ceinture. Toutes ces feuilles ont le fond noir et elles 
présentent alternativement un squelette et l'écusson du défunt. La 
pluie et le vent les détachent promptement de la muraille sur la- 
quelle elles sont collées. 

Litre ^ est une expression vague, indiquant simplement une 
bande : pour la caractériser, il faut y ajouter Tépithète funèbre. 
Deuil est plus expressif : Téglise se met en deuil au décès de ses 
patrons. L'expression italienne est à la fois plus touchante et plus 
chrétienne : Pregadio se traduit littéralement prie Dieu. Que la 
litre soit à la fois un signe de faste et de vanité, je n'y contredis pas; 
mais j'y vois surtout un avei*tissement, au moins pendant une 
année, aux fidèles qui ont bénéficié de la générosité des patrons, 
afin qu'ils prient pour le repos de l'âme de leurs bienfaiteurs. 

XI. — La seconde inscription de l'église Saint-Léonard, heureu- 
sement restituée au lieu saint, après avoir longtemps servi de plaque 
de foyer dans une maison particulière, provient de Saint-Rieule, de 
Senlis. Trois choses y sont dignes de remarque : la messe de saint 
Grégoire, l'origine de la prière indulgenciée et le texte de cette 
prière. 

L'inscription du xv* siècle, à la cathédrale de Bourges^ se termine 
par ce vers, qui est à double sens, car il peut s'entendre soit d'une 
aumône, soit d'une œuvre expiatoire : JVobliez la réparation. 

Or la réparation la plus efficace, qu'il ne faut pas oublier, est cer- 
tainement le saint sacrifice de la messe. La représentation de la 
messe surmonte l'épitaphe d'un chapelain de l'église de Hézières, 
mort en 1623 [Bullet. mon ., 1892, p. 287), sans doute pour rap- 
peler que le saint sacrifice est la prière la plus efficace pour le repos 
de son âme et, peut-être aussi, qu'il a fondé quelque obit. L'image, 
gravée en tête de l'inscription, la met sous les yeux des fidèles et 
leur manifeste que le pape saint Grégoire, en implorant le Christ 
de pitié,.était assuré d'obtenir miséricorde. 



1. « Vitta lugubris, zona fUnebris, ligatura funehrUt, litura. Deux coutumes 
seulement en parlent: celle de Tours et celle de Loudun. Dans cette dernière, 
eUe est appelée listre. On la désignait aussi sous le nom de ceinture fu- 
nèbre. • {Annal, arch.f t. III, p. 92.) 



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— 318 — 

A Saint-Léonard, la scène de l'apparition est retracée ayec quel- 
que détail. Le fond de la pierre simule une riche étoffe, damas ou 
brocart, semée de roses, encadrées dans des quatre-feuilles, qui pro- 
jettent des branches feuillues, terminées par des pommes de pin ^ 
La rose est, par excellence, la fleur de la Passion, à cause de ses 
épines et de sa couleur rouge; le quadrilobe cruciforme rappelle la 
croix, et la pomme de pin est un signe de pénitence, mais aussi 
d'immortalité. 

Le Christ sort du tombeau, nu, un linge aux reins, les bras croisés 
sur la poitrine. Autour de lui sont groupés les principaux instru- 
ments de sa passion : la lance et la croix à droite, les fouets et la co- 
lonne de la flagellation à gauche. 

L'autel est en pierre, mouluré à la base et garni d'un frontal 
frangé. On y voit deux chandeliers aux extrémités; sur le côté, le 
missel ouvert et posé sur un pupitre bas; au milieu, le corporal, 
sur lequel est placé le calice découvert et près de lui lapatt'^ne. 

Le pape, agenouillé, étend les bras en témoignage d'étonnement : 
il porte une chasuble dont Torfroi étroit est en croix, à branches 
obliques. Le diacre et le sous-diacre, aussi à genoux, tiennent chacun 
une torche à long manche de bois. 

Les autres spectateurs sont, du côté de l'évangile (cette partie est 
un peu endommagée) : uii cardinal en cappa et chapeau rouges et 
un archevêque, chape et mitre, la croix en main; à gauche, un car* 
dinal tenant une tiare conique, très allongée, cerclée de trois cou- 
ronnes et terminée par une croix ; un évêque mitré^ chape et crosse ; 
puis, à ses pieds, une femme, agenouillée, voilée et mains jointes, 
qui peut être une assistante, mais plus probablement la donatrice. 

Il ne faut pas se hâter de conclure que la représentation gravée 
à l'extérieur de l'église de Saint-Léonard, est un fait absolument ex- 
ceptionnel. Pour le moment, contentons-nous de dire qu'il est très 
rare, sans préjudice des découvertes ultérieures. En attendant de 
nouvelles recherches sur ce point spécial, voici un second fait ana- 
logue que cite Mgr Duc, évéque d'Aoste. Le procès- verbal de la 

<. m Item, dalmatica et tunicella de simili panno (cataxaœito violaceo), cum 
aurifrisiis etfjmbriis de panoo aureo ad pignas de serico rubeo. Item, una 
planeta de panno serico blavo, laborato ad aurum pcr totum ad pignlas. >• 
\lnv, de Saint-Pierre de Rome, iZ^i,) 



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— 319 — 

f séance du 9 septembre 1891 > de la Société aeadétnique religieuse 
et scientifique du duché d'Aoste s'exprime ainsi (16* Bullet., 
pp. 5-6) : 

Mgr Dac ouvril la séance par la lectare de son intéressant mémoire : 
les Peintures de la Madeleine. Celte église, déjà paroissiale en 1206, cessa 
de Têtre en 1812... L*abside est de style roman...; le reste de l'édifice fut 
probablement bâti par les soins de noble Boniface de la Tour et décoré en 
1463, comme l'atteste le millésime inscrit sur la façade... Le clocher pos- 
sède une cloche fondae en 1446. Ce qu'il y a aujourd'hui de plus remar- 
quable dans celte ancienne église, ce sont les peintures de sa façade^ qui 
ont de l'analogie avec celles du mur méridional de l'église d'Arnad, mais 
dont Texéculion est meilleure et la conservation plus satisfaisante. Après 
avoir fait observer que l'édifice est parfaitement orienté, Téminent auteur 
entre dans une description exacte, détaillée, de toutes les peintures de la 
façade. Sur la porte d'abord, on aperçoit un superbe monogramme du 
Christ et, de part et d'autre, quelques armoiries presque effacées par un 
malencontreux crépissage, sauf une de la famille de Challant. Le centre 
de la façade est occupé par la représentation de la messe dite de saint 
Grégoire. Le pontife élevant la sainte hostie ; le Sauveur qui appa- 
raît derrière l'autel , l'échelle qui s'y appuie et sur les huit échelons 

de laquelle on voit les instruments de la Passion, et tout près trois têtes 
juives ricanant contre le Sauveur, deux mains qui s'empoignent et rap- 
pellent Hérode et Pilate devenant amis, et plusieurs autres détails, tout 
est décrit avec les explications opportunes. 

Depuis, Mgr Duc a publié une brochure intitulée les Peintures de 
la Madeleine à Gressan, Aoste, 1892, où sont décrites les fresques 
qui ornent la façade de cette chapelle, laquelle est entourée d'un 
cimetière. 

Le milieu de la façade est occupé par la représentation de la messe dite 

de saint Grégoire Un pape, au visage radieux et avec l'auréole, élève 

des deux mains la sainte hostie. Il est revêtu de l'aube, de la dalmalique 
rouge iiserée et de la chasuble blanche... (Jn diacre et un sous-diacre as- 
sistent, à genoux sur un tapis, le pontife. Le diacre est revêtu de la dal- 
malique rouge et le sous-diacre de la tunique blanche. D'une main ils tien- 
nent une torche allumée, de Tautre ils soulèvent le bas de la chasuble 

Au-dessus de ceux-ci apparaît un ange ailé, voltigeant et couvert d'une 
robe flottante qui lui cache même les pieds. Des deux mains il porte la 

tiare, aux fanons pendants Le calice est découvert sur l'autel A 

côté du calice on voit la patène dorée..... A l'angle postérieur de Tautel, 
du côté de l'évangile, on distingue, en guise de retable, un tombeau de 
forme rectangulaire d'où émerge le Sauveur, nu, à mi-corps 11 a la 



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— 320 — 

physionomie lamentable, les yeux à demi-fermés Ses mains, percées 

par les clous, sont saignantes ; ses bras sont croisés sur le bord du tom- 
beau. De son côté jaillit avec force le sang qui va tomber dans la coupe 

du calice A Fangle postérieur de Tautel, du côté de Tépître, s'élève la 

croix^ surmontée du litre INRI. A la croix s'appuie obliquement l'échelle 
de la crucifixion, composée de huit échelons; on y voit retracées les 
armes delà Passion Au-dessous du pontife, on lit le millésime en ca- 
ractères gothiques : Anno Domini 3/. CCCC, LXIIL 

Cette peinture monumentale a donc été exécutée en 1463. On re- 
marquera qu'à Aoste, comme à Saint-Léonard, le sujet est le même, 
mais ici dans de bien plus grandes proportions, de manière à frap- 
per davantage Tesprit des fidèles. Contemporaines à peu près^ ces 
deux œuvres eurent une affectation identique : placées à la façade 
d'une église, qui regarde le cimetière, elles invitent à faire célébrer 
le saint Sacrifice pour les défunts *. 

XII. — J'ai traité, dans un mémoire spécial 2, avec tous les dé- 
veloppements qu'il comporte, le sujet, si fréquent aux xV et xvi® 
siècles, delà messe de saint Grégoire ^, et j'en ai donné de très nom- 

1. Une épitaphe du vii« siècle, qui est à Narbonne {Bullet. de la commis, 
arch. de Narbonne, 1895, p. 407), fait dire au défunt que, quoiqu'il soit k la 
porte de Tèglise, il voit qu'à l'intérieur on prie pour lui, afin do mériter d'en- 
trer au ciel : 

Intueor hinc in reseraia limina portœ 
Caelonim ut merear positiva régna tueri. 

2. La messe de saint Grégoire ou P apparition du Christ de pitié, Lyon, 
1884, in-4. Œuvres complètes, t. VI, pp. 235 et suiv. 

3. M. Guerlin, dans un article sur quelques représentations du St Sacrifice 
de la Messe {Revue de Vart chrétien, 18 6, pp. 22-29), examinant une miniature 
du xv« siècle, à Amiens et une gravure de 1540 dans le Missel de Liège, conclut 
avec raison qu'il ne s'agit pas là de la Messe de S. Grégoire. Je puis ajouter 
deux preuves intrinsèques : le célébrant n'est pas un pape entouré de sa cour 
et l'apparition du Christ de pitié fait défaut. L'auteur croit qu'il y a là « une 
pieuse représentation destinée à placer sous les yeux des chrétiens la divine 
réalité du sacrifice de l'autel. C'est un sujet dont les missels du xvi« siècle 
offrent de nombreux exemples sous de multiples variantes»... « L'attitude 
du célébrant, fléchissant le genou et paraissant tenir entre ses doigts le corps 
du Sauveur, rappelle évidemment celle du prêtre au moment de l'élévation.» 
Ces deux assertions ne sont pas exactes. Si la messe en était arrivée à l'élé- 
vation, on y verrait fig:urer la torche ou les torches et le missel ne serait 
plus au côté de l'épltre. 

Cette vignette, très fréquente à la fin du moyen âge, n'a qu'une seule place 
dans l'iconographie du Missel ; elle ouvre l'année liturgique et précède le 
premier dimanche d'avent. Les premiers mots de Tintrolt en donnent très clai- 
rement la signification : Ad te levavi animam meam. Le prêtre s'agenouille 
pour offrir son âme à Dieu qui le bénit. Or cette àme, suivant la tradition, 
est un petit enfant nu, qui ne représente nullement l'Enfant Jésus. J'avais 
déjà établi ailleurs cette théorie, sur laquelle il parait nécessaire de revenir, 



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— 321 — 

breux exemples. Il n'y a pas à revenir sur Toriginc et le mode do 
représeutatioo de ce thème iconographiquo. Je citerai seulement 
quelques autres documents dont j'ai eu connaissance depuis l'im- 
pression de mon travail, car plusieurs, par les inscriptions qui les 
accompagnent, fournissent d'utiles indications. 

M. Bindi, dans ses Monumenii storici ed artistiçi degli Abruzzi, 
Naples, 1889, page 203, décrit en ces termes une peinture murale 
de la cathédrale d'Atri : 

Sur cette paroi sont deux fresques. L'une représente le Christ, qui sort 
à mi-corps d*un tombeau; de la main droite, il tient une hostie et de la 
gauche un calice. Autoardu tombeau étaient en adoration des anges, dont 
il ne reste plus que des traces, Tenduit étant tombé. D'un côté est un évê- 
que, vêtu des ornements pontificaux, à genoux, qui prie les mains jointes ; 
près de lui sont deux clercs, dans Fattitude aussi de la prière. Dans cette 
figure du Christ, Texpression est toute contemplative et sévère. 11 semble 
que. l'artiste ait voulu, par cette peinture, signifier le mystère de l'Eucha- 
ristie. Au-dessus du tombeau, dans un petit cadre, apparaissent deux 
figures de femmes, d'une profonde et mystique dévotion. Cette fresque 
étant exécutée sur un enduit placé au-dessous de celle du Christ, peut-être 
le peintre a-t-ii voulu représenter les trois Maries : le temps et l'incurie 
des hommes ont détruit la troisième figure. 

Je ne contredis pas la possibilité des trois Maries près du tom- 
beau qu'elles visitent, des parfums en main ; je veux seuk ment don- 
ner un nom à la scène que M. Bindi n'a pas qualifiée. C'est 
évidemment la messe de saint Grégoire, toutefois d'une forme par- 
ticulière, car le pape agenouillé voit, non pas seulement le Christ 
souffrant, mais aussi le Christ, victime au saint sacrifice; en effet, 
l'hostie et le calice qu'il montre, et qui contiennent son corps et 
son sang, ne laissent pas de doute sur la pensée de Tarliste, qui 
est d'établir une relation directe entre les deux immolations, celle 
du calvaire et celle de l'autel, la sépulture et la communion. 

« La manière dont sont conduites ces peintures prouve qu'elles 
appartiennent à la fin du xiv"* siècle ou au commencement du 
xv« » (p. 190). Cette dernière époque me paraît plus vraisemblable. 

car. dans un article intitulé : De la représentation du saint sacnfice de la 
messe dans les Missels des xv« et xvi« siècles, publié par l'Espérance, Courner 
de Nancy, 1896, n* 224, M. Léon Germain écrivait : « La question, qui était 
rostéo indécise jusqu'à ce jour, vient d'ôlro élucidée dans la lievue de Vart 
chrétien, 1896, pp. 205-207. » Je revendique la priorité de l'interprétation. 

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— 322 — 

A la cathédrale d'Aarhus, existe un retable qui date de 1479 : 
a A l'intérieur et à droite, Dieu le Père sur un trône bénit Jésus- 
Christ, agenouillé devant lui et lui montrant ses plaies. Des anges 
debout tiennent la croix et les clous. Marie est à genoux en prière 
et à sa suite paraissent tous les princes de TEglise, le pape, les 
évêques et les prêtres. Le tableau à gauche représente S. Grégoire 
disant la messe /> (RohauU de Fleury, les Saints de la Messe, t. III, 
p. 93.) 

M. de Beaurepaire, parlant des comptes de Téglise Saint-Nicolas, 
de Rouen, écrit : 

a 1479-1499.25 l.à Jeh.Pasquier, Imaginier, pour faire et tailler de bois 
de chesne une ystore de Mons. Saint Grégoire^ pour mettre au dessus du 
crucifix d'icelle église. 1499-1500. 27 1. pour la peinture et dorure de 
cette ystore et de la table; 9 1. à Jeh. de la Place, huchicr, pour la façon 
des huissets et cloueson de lad. histoire Mons . saint Grégoire et autre ou- 
vrage qu'il a fait de son mestier en la table et pinacle de lad. histoire; 
35 1. à Robinet Quesnel, pour peindre et dorer les huissets de l'histoire 
Mons. saint Grégoire dessous Timage du crucifix; 8 1. 10 s. pour la pein- 
ture du chapitre! de lad. histoire. » Le sujet auquel il est fait allusion 
dans les citations n'est autre chose que N. S. apparaissant visiblement à 
saint Grégoire au moment de la consécration. Jl a été très fréquemment 
représenté en sculpture et en peinture. On en possède, au musée de Rouen, 
un curieux exemple dans un tableau, où l'on a fait figurer, à genoux et 
les mains jointes, le roi Henri III ». (Bullet, de la Comm. des Anliqutt. de 
la Seine^Inférieure, tome V, p. 184). 

Voici donc, aux dernières années du xv* siècle^ une (c table y> ou 
retable, sculptée en bois de chêne, peinte et dorée, avec ce huissets » 
ou volets pour la protéger de la poussière et (( chapitrel » ou enta- 
blement à la partie supérieure, qui représente V ce histoire j> ou 
messe de saint Grégoire; elle était placée « dessous l'image du cru- 
cifix », au maitre-autel. 

m Derrière le nouvel autel de Saint-Joseph, dans Téglise Saint- 
Ouen, à Rouen, existe une ancienne peinture murale de la messe de 
saint Grégoire. » (Bullet. de la commiss. des Antiq. de la Seine* 
Infér., t. V, p. 201). 

La Revue de Vart chrétien, 1888, pp.449, 450, signale, à Sainte- 
Marie de Lubeck, dans le nord de TAllcmagne, deux retables, où 
est figurée la messe de saint Grégoire ; le second est daté de 1496. 

M . le baron de Girardot, membre non résident, envoie la description 






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— 323 — 

d*UD tableau sur bois de la lin du xv* siècle, trouvé à Bourges. Ce tableau 
représente la messe de saint Grégoire, Au moment où saint Grégoire, pape, 
officie et consacre, Jésus-Christ lui apparaît sur Tautel ; de la main droite 
il montre la blessure de son côté, il a la main gauche ouverte. — Le fond 
est doré ; dessus se détachent tous les instruments de la passion: la croix, 
trois clous, la couronne d'épines, Téchelle, la lance, Téponge, la bourse 
où sont les 30 deniers, une lanterne, le marteau, les tenailles., une épée, 
la colonne après laquelle sont attachés les liens et le roseau; au-dessus, 
le coq; enEn le baiser de Judas et les soufflets. Dans le baiser de Judas, 
c^est la tête de cet infidèle apôtre baisant celle du Christ, toutes deux 
sans col ; au-dessous, une main ouverte, pour représenter les souf- 
flets. 

L*autel est carré, revêtu d'un parement noir et couvert d'une nappe 
blanche ouvrée en losanges, un point au milieu de chacun. Au bas de 
Tautel est un écu, sans support ni cimier : de sable , à deux bandes dente- 
lées d'or ^ Autour de Tautel, deux rideaux verts, supportés sur des 
tringles '. 

Le Christ ni le saint ne sont nimbés. Le saint, agenouillé, est revêtu 
d*une chasuble rouge et très ample. La tiare rouge est ornée de trois cou- 
ronnes; elle est sur Faute], à droite; à gauche, le missel; au milieu, le 
vase sacré, calice eipi or, de forme large et basse. Le manipule est très 
étroit et attaché au poignet. L'assistant, agenouillé, soutient de la main 
gauche la chasuble du saint, et de la droite il porte un cierge; il est vêtu 
de noir. 
Rien sur Tautel, ni flambeaux ni crucifix. 

An-dessus de cette scène, est une inscription en caractères du xiv* ou 
XV* siècle, en rouge. On y lit encore : 

« Au temps que saint Grégoire pape vivoit,lui célébroit messe en 

l'église noraée Panthéon. Nostre Seigneur lui apparut en tele semblanche 
comme on le voit et lui, porté de grande compassion, octroya pour tous 

ceux qui pour bonne révérence devant ceste flgure diront dévotement 

fois mortir xm"* ans de vray pardon vu" jour de in- 
dulgence c'est uiio pape Clément. » 

Cette dernière ligne doit faire mention de la confirmation de l'indul- 
gence par un autre pape : elle est tracée en lettres noires. 

1. Armoiries du donateur. X. B. de M. 

S. « Item, ini corlinas quœ orant circa allarc in vergis Terrcis pondentcs ». 
{Inv. des Templiers de Toulouse, i313, n» 13). — « A Jake de BeaîUon, févre, pour 
iiiixx VIII pies de vergues reondes eslamées, mises sur les columbes dessus- 
dites pour faire courre les dras del autel parmi ». (Comptes de la comtesse 
Mahaut d'Artois^nnu, 1325.) — « Les ridaulx pour raectre à Tentour de l'autel, 
de taffetas de mesmes couleurs que sont ornemeDs ». {Inv. de la cath. de Mi- 
repoixt 1506). — a Pour avoir fait mettre du passement et des agneaux aux 
grands rideaux du grand hostel du cœur, x s. ». (Compt. de Saint-Pierre de 
Raye, 1515). — « Une courtine d'auhlel, en soye rouge ». {Inv, d'Adilly, 
1568). X. B. do M. 



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— 324 — 

Ce tableau faisait partie d*UD diptyque ou triptyque, comme le témoi- 
gnent des charniôres {BiUlet, arch. du Com, hist,, t. IV, pp. 280-281). 

Mme d*Aguilhon, à Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne), possède un 
livre d*heures de la fia du xv* siècle, qui représente deux fois en 
miniature la messe de saint Grégoire. L'autel porte un missel, ap- 
puyé sur un coussin rouge ^ ; une tiare d*or, du côté de l'évangile ; 
un calice, dans la coupe duquel tombe le sang qui s'échappe de la 
plaie latérale du Sauveur, qui apparaît sortant du tombeau et mon- 
trant ses plaies; derrière lui est le coq de saint Pierre, et à sa gau- 
che deux anges avec les instruments de la passion. Saint Grégoire, 
en chasuble violette ^, élève l'hostie. Son diacrC; en dalmatique 
rouge, soulève la partie postérieure de la chasuble, et de la main 
droite tient une torche de cire jaune. 

Sur l'autre miniature^ le pape debout, élève également l'hostie, 
mais il a la tiare en tète. Un clerc soulève la chasuble, et porte un 
cierge. Le sang coule du côté dans le calice. A la messe, assistent 
des cardinaux^ vêtus de la cappa rouge et coiffés du chapeau de 
même couleur. 

« Nous signalons, écrit M. Cloquet, comme devant être classée 
parmi les plus anciens exemples de ce type, la gravure de Bastian 
Ulmer, reproduite dons Die BoUzcknitte des i4und 15 jahrunderU 
in germanischen muséum in Nwnberg, pi. xliv, et celle delà plan- 
che XII du même recueil, ainsi que la planche 15 de l'ouvrage Die 
holzund metallschnitle, tous deux édités par Soldan, à Nuremberg, i» 
(Rev. de l'Art chrât., 1888, p. 315.) 

La messe de saint Grégoire est gravée dans les Heures de Simon 
Vostre (1498), mais réduite à sa plus simple expression : ciel étoile, 
servant de fond au Christ debout; les pieds sur le calice, soutenu 
par deux anges qui tiennent les verges et le fouet; sur l'autel, reta- 
ble historié, deux chandeliers, le missel ouvert, le calice surun cor- 
poral,et la patène du côté de l'épître; le pape à genoux, étonné, sa 

1. L*u6age du coussin existe encore à Rome, conformément à cotte rubrique 
du Missel : « In cornu epistola cussinus supponendus Missali » {De prépa- 
rât, allaris). Il en était de même en France, témoin la rubrique du Missale 
Pictaviense de 1767 : « In cornu aulem epistolœ lectorile pro Missali suppo- 
nendo, yel duo hinc et inde pulvinaria,aut saltem unum coloris diei. » 

2. Le pape ne prend jamais la couleur violette : aux pontificaux, il ne se 
sert que du blanc et du rouge. 



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— 32S - 

chasuble relevée par le diacre et le sous-diacre, qui ont une torche 
à la main. 

Parmi les miniatures d'un beau livre d'heures de la Renaissance, 
nu trésor de la cathédrale de Trêves, j*ai observé une messe de 
saint Grégoire. Le pape, tiare, porte un collier, fixé par un fermoir 
rond, gemmé; aux manches de son aube est une série de dix bou- 
tons blancs. Le diacre en a de même à ses manches, ainsi que les 
cardinaux à leur rochet. 

M. Marsaux, doyen de Chambly (Oise), m'écrivait, au mois de 
septembre 1895 : 

En visitant l'église de Groslay, diocèse de Versailles, j'ai remarqué une 
messe de saint Grégoire sur un vitrail du xvi« siècles placé dans la fe- 
nêtre centrale au-dessus du maître-autel. La fenêtre est partagée en deux 
baies par un meneau et la scène est ainsi disposée: A gauche du specta- 
teur, le pape offre le saint sacrifice, il a une ample chasuble. Le Christ 
lai apparaît derrière le retable. L'autel est orné d'un antipendium très 
simple. Sur la table est placé un calice, sans pale ', et surmonté de 
l'hostie. La pale est sur le côté, représentant la Sainte-Face ^, en bro« 
derie sans doute. Auprès du célébrant, on voit le sous-diacre agenouillé, 
en tunique violette, et deux assistants. 

Dans la baie à main droite, Tantre ministre sacré porte, sur son aube, 
une étole croisée sur la poitrine et nne dalmatique violette. 11 tient un en- 
censoir à la main. Près de lui est un lévite, habillé de blanc. 

Le sujet, traité en deax tons, en or et blanc, se détache sur une drape- 
rie rouge. 

Depu s, M. le doyen de Chambly a décrit l'apparition du Christ de 
pitié à saint Grégoire dans ses Vitraux de réglise de Saint-Martin 
de Groslay, p. 11. * 

1 . Je trouve cette indication dans les papiers de Léon Palustre : « A Ballan, 
vitrail du xvi* siècle : La messe de S. Grégoire. Le retable est orné d'une 
tenture, deux acolytes tiennent des cierges,'un cardinal est agenouillé à droite. 

2. Sur le panneau de la messe de saint Grégoire, peint au commencement 
du XVI* siècle et conservé à Chambly, où il fit partie primitivement d'un 
triptyque-retable, le calice, posé sans corporel sur la nappe, est couvert d*une 
peUte pale blanche, carrée et unie, sans ornement. 

3. N'est-ce pas plutôt le corporalierî 

4. La messe de saint Grégoire fait le sujet de trois brochures, que je suis 
heureux de recommander : Panneaux de l'église de Chambly, par M. le doyen 
Marsaux, Beauvais, 1S87, in-8*(ces panneaux, qui formaient un triptyque pour 
retable d*autel, datent du xvi* siècle), et du môme, la Messe miraculeuse de 
saint Grégoire le Grand, Bar-le-Duc, 1889, où il est question du retable de 
Chambly (p. 21),du tableau du musée de Beauvais (p. 23), du vitrail de Gros- 
lay (p. 23), de plusieurs gravures (pp. 23, 25, 27), d'une paix à Saint-Ambroise 
de Milan (p. 24), et do la pierre de Saint-Léonard (p. 26). 



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- 326 — 

La Revue de rA}t chrétien^ 4896, pp. 26, 27, a reproduit l'appa- 
rition du Christ de pitié de S. Grégoire, pendant la messe, d'après 
une miniature de la fin du xy« siècle, à Amiens et la gravure de 
Jean Gossaert, qui est du xvi« siècle. Page 205, elle ajoute une mi- 
niature de la Renaissance, oti se voit la même apparition. 

Enfin, p. 26, elle fournit le renseignement relatif à Amiens : 

L*épitaphier manuscrit de Villers-Rousserville, conservé dans la biblio- 
thèque des Antiquaires de Picardie, nous apprend qu'il existait dans la 
cathédrale d*Amiens, « dans la nef et près de la porte de la chapelle de 
Taurore... un tableau où était représenté Notre Seigneur apparaissant à 
S. Grégoire pape ». On y lisait : <c Saint Grégoire, pape, à Home, célé- 
brait. Là eut vision, en faisant élévation du précieux corps Jésus crit, 
comme il est chlpaint et escrit, don.... qua.... à tons ceux qui seront.... 
confessé et salueront cette image» disant six fois à genoux de coeur et de 
voix Pater, . . et six fois Ave Maria i . Cette inscription, informe dans 
Tépitaphier, était vraisemblablement en vers. 

La messe de saint Grégoire figure sur les volets du retable, peint 
par Quentin Metsys en 1804, pour une chapelle de Téglise de San- 
Salvador, à Yalladolid (Gaz. des Beaux- Arts, 2^ pér., t. XXXVII 
p. 206.) 

M. Batault a relevé, dans les Inventaires de Marguerite d'Autriche, 
ces trois mentions importantes. Parmi les tableaux de Rogier van 
der Weyden, le plus ancien enregistre « une messe de saint Gré- 
goire » (p. 27). M. de la Borde, dans les Ducs de Bourgogne, a 
donné des extraits d'un autre inventaire, qui répète : a On petit ta- 
bleau de Notre Seigneur crucifié et d'une messe de saint Grégoire, 
faictde la main de Maître Rogier van der Weyden » (p. 28). Un 
troisième inventaire, dressé en 1531, un an après sa mort, porte : 
« Ung tableau, en lequel est peint Nostre Seigneur sortant du sé- 
pulcre, au dessus de l'autel et l'histoire de la messe de Monseigneur 
saint Grégoire pape » (p. 34) *. 

« Saint Grégoire célébrant » fut peint, en 1860, sur une verrière 
de réglise Saint- Géry, à Braine-le- Comte, en Belgique. (Croquet, 
Epitaphier de Braine-le-Comte, p. 10.) 

1. Notice sur la Messe de saint Grégoire, d'après un tableau peint sur bois du 
XV* siècle, par M. Batault; Gh&lon-sur-Saôno, 1888, io-S, avec une planche. 
Outre ce tabloau, qui provient de Beaune et est attribué à Roger van der 
Weyden, il est question d'une miniature du xiv* siècle (p. 5) et, dans l'ancien 



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— 3-27 — 

XIII. — La messe de saint Grégoire, comme on a dû le remar- 
quer, se compose de deux parties distinctes, qui, réunies, forment 
un tableau complet : Vapparition du Sauveur et la vision du pape. 
La vision prouve Tauthenticité du fait, mais souvent ou s*en passe 
pour arriver directement au but, qui est la dévotion, conséquence 
de l'apparition. 

La vision elle-même comprend deux parties : le Christ de pitié 
et les armes de la Passion. On les trouve souvent répétées : aussi 
quelques archéologues se sont- ils mépris sur la signification du pre- 
mier motif, croyant voir YEcce homo * , parce qu'ils ignoraient 
l'origine première de la représentation. 

Le Christ de pitié est figuré de deux façons : seul ou accompagné, 
I$olé, il se tient 4ebo«t d^s çon sépulcre ouvert et ^4ossé à h 

diocèse de Cb&lon-sur-SaÔDe, des peintures des chapeUos do Meilly (p. 17) 
et de Lenoux (p. 21). 

1. Veludo, la Pala d'oro de la basilique de Saini-Marc, à Venise, p. 38. — 
Le chanoine Barruud, dans une notice sur les instruments de paix, publiée en 
1865, cite la paix de Milan, où, selon lui, serait figuré le « Christ au tom- 
beau », qu'il constate pourtant a debout i, « demi-nu, les reins ceints d'un 
linge » et non couché ou enveloppé du suaire. Evidemment, l'auteur n'a pas 
compris qu'il s'agissait d*un Christ de pilié, analogue à tant d'autres, qui ont 
été plus généralement considérés comme des Ecce homo, ainsi que j'en ai 
plusieurs fois fait la remarque dans la Revue de VArt chrétien, en analysant 
VArchivio storico delVarte, 

c M. de Lasteyrie rend compte d'une communication de M. le vicomte de 
Pulligny, maire d'Ecos (Eure), relative à la découverte d'un bas*rclief faite 
dans le jardin du presbytère de sa commune. Grâce à l'excellente photogra- 
phie jointe à cet envoi, nous voyons qu'il s'agit d'un charmant morceau de 
sculpture française, de la première moitié du xv« siècle, représentant au 
centre le Christ debout, à micorps dans son tombeau et entouré d'anges; & 
droite quatre femmes agenouillées, sans doute la mère et ses trois ÛUes, avec 
un moine debout auprès de la noble dame dont nous voyons ici la lignée et 
dont il était le patron, à gauche sept figures d'hommes agenouillés, avec un 
S. Michel debout auprès d'eux ; ils représentent sans doute le mari de la dame 
placée en pendant et la descendance masculine des deux époux... Je pense 
qu'il faut y voir seulement l'en-tète de quelque fondation pieuse, comme on 
en a tant fait au xv* et au xvi* siècle et qui aura eu pour auteur un des seigneurs 
d'Ecos, qui se sera fait représenter ici avec sa femme et ses enfants ou plus 
proches parents >» [Bullet. arch, du Corn, des Irav. hist., 1892, p. XXI). 
Il est possible aussi que cette sculpture ait formé le retable d'un autel 
élevé par les donateurs qui y sont figurés. En tout cas, le Christ représenté 
est bien celui qu'on appelle le Christ de pitié : il est essentiel de lui restituer 
son vrai nom. 

G. Gruyer, dans ses Illustrations des écrits de Jérôme Savonarole, p. 50, n'a 
pas compris les deux bois qui représentent le Christ entre deux anges et ver- 
sant son sang dans le calice ; dans les deux scènes, c'est bien le ChiHst de 
pitié, quoique dans dos attitudes différentes. 



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— 328 — 

croix ^; tel est le type usuel de Técusson du Mont-de-piété, qui en 
a pris le nom, car piété est synonyme de pitié. Escorté, il a avec lui 
la Vierge et saint Jean, qui se désolent, ou deux anges qui le sou- 
tiennent, comme sur le beau triptyque en broderie deja cathédrale 
de Chartres ^, Rien n'est plus fréquent que ce motif, surtout en 
Italie, où on Fa répété en nombre infini sur les retables, les tom- 
beaux, les cloches ^^ les instruments de paix et les petites plaquet- 
tes de dévotion. 

Les Comptes royaux font, en 1389, cette description d'un tableau 
d*or émaillé, où un ange soutient le Christ, escorté de la Vierge et do 
saint Jean : ce A Jehan Hune, orfèvre, demourant à Paris, pour uns 
tableaux d'or acheté de luy. . . En l'une des parties dUceulx tableaux 
est la Pitié, eslevée et esmaillée de blanc, et en l'autre partie d'i- 
ceulx a2 yraages enlevez, l'un de Nostre Dame, l'autre de S. Jean 
révangéliste, garnis par dedens de pierreries, c'est assavoir de 5 
balays, 8 saphirs et 36 perles de compte. » 

A Saint-Augustin de San Gimignano, le Siennois Bartolo di Maes- 
tro Fredi peignit, au xiv^ siècle, « un Ecce homo maigre et osseux, 
entre Marie et Jean^ placés plus bas. Judas, représenté seulement 
par une tête de profil, s'avance pour donner le baiser au Christ, 
autour de qui sont représentés tous les instruments de la Passion, 
tenus chacun par une main » {Ai^chiv. stor. delVarte^ 1890, p. 41). 
Il est facile de restituer à cette scène son vrai nom, qui est le Christ 
de pitié, 

M. Léon Germain {Mélanges historiques de Lorraine, p. 94), dé- 
crivant la cloche d'Arrancy, qui date de 1454, signale sur la robe 
« des médaillons rectangulaires, dont deux représentent Notre 
Seigneur Jésus-Christ ressuscité, sortant du tombeau ». N'est-ce pas 
plutôt le Christ de pitié? 

1. Un dos plus anciens exemples est celui qui est peint sur le revêtement 
de la Tpala d'oro de Venise ( Veludo, p. 38). Le Christ, à mi-corps, les bras croi- 
sés, adossé à la croix, se tient debout entre la Vierge et saint Jean. Ce ta- 
bleau date de 1345. — L'inventaire de Saint-Marc de Venise, en 1519, conUent 
ces deux articles: « Pivial uno de damaschin brochado d'oro... con el suo ca- 
pucin de panno brocado d'oro et suo fiocho, con una figura sul capuzin de 
un X* passo. — Uno panno de camocha, con uno Xpo passo. » 

2. De Mély, le Trésor de la cathédrale de Chartres, p. 23. U y est dit « du 
xv« siècle », xvi» serait plus exact. 

3. Cloche de Saint-Jacques de Ohdtellerault (Vienne). 



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— 329 — 

Le Musée du Louvre renferme un retable, daté de 1474, qui a son 
similaire à Vicence. Le Christ, presque nu, sort du tombeau, Tair 
piteux, la tète penchée; deux anges le soutiennent, car il va s'affais- 
ser [Gaz. des Beaux-Arts, 2* pér., t. XXV, pp. 437, 141) ^ 

Au Musée de Cluny, sur un grand retable peint, de la fin du xv^ 
siècle, à la messe de saint Grégoire, le Christ apparaît^ enveloppé 
d'une auréole : un jet de sang part de son côté et tombe dans le 
calice. 

Dans un livre d'Heures du xve siècle, à l'hôpital de Beaune (Côte- 
d'Or), une miniature montre l'apparition du Christ de pitié, dans 
son tombeau, comme ayant lieu au moment de l'élévation. Le pape, 
en chasuble bleue^ tient l'hostie entre les mains ; le diacre et le 
sous-diacre, en dalmatlque, portent des torches. 

Une gravure italienne du xv^ siècle, dite de Savonarole, repré- 
sente, dans autant de maisons, la pratique de chacune des sept 
œuvres de miséricorde. La scène se termine par le saint sacrifice, 
qui est l'œuvre de miséricorde par excellence. Le sujet est ainsi 
indiqué : 

Hœc est imago pietalis quœ apparuit 
Beato Gregorio missam celebrando '. 

En 1504, mourut le chanoine Bury, qui fut enterré à la cathé- 
drale d'Amiens. Sur un soubassement, couvert d'os de mort, s'élève 
un « Christ, couronné d'épines et les mains liées de grosses cor- 
des », appelé à tort Ecce homo {Rev. de FArt chrét,, 4889, p. 470). 
La présence sur une tombe signifie littéralement : « Christ, fils de 
Dieu, ayez pitié de moi », formule empruntée à la liturgie. 

Un contrat de 1520 règle, avec Etienne Peson, pour l'église Saint- 
Augustin, à Marseille, les conditions pour la peinture d*un retable, 
« unum retabulum » : la messe de saint Grégoire devait figurer à 
la predella : « Item, es agut de pacti che à Tescabella penhera ou 
fara penher au mitan lo misteri de sanct Gregori ». (Bull, arch, du 
Corn, des trav. hisi., 1886, p. 425). 

Le Missale insigvis Ecclesie Pictavensis, imprimé en 1825, a une 

i. Voir aussi, pour un Christ de pitié, du xv* siècle italien, la Revue ar- 
chéolog., 8* sér., t. III, pp. 167, 168. 

2. Lacroix, Vie milit. et reiig , au moyen âge, p. 381; te Très Saint-Sacre- 
ment, 1889, p. 613. 



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— 330 — 

gravure sur bois^ qui représente un autel avec deux chandeliers 
posés sur la table, la paix à gauche et le missel incliné à droite, un 
letable cintré au milieu et à Teffigie du Christ, un parement à fron- 
tal damassé, six colonnes, trois de chaque côté, surmontées de sta- 
tues d'apôtres et deux rideaux glissant sur des tringles. Le Christ 
de pitié se manifeste à saint Grégoire. 

M. de la Borde, dans Tlnventaire de Marguerite d'Autriche, gou- 
vernante des Pays-Bas, cité dans ses Ducs de Bourgogne^ relève cet 
article : « Un autre tableau d'ung Christ de pitié estant dans les 
bras de sa mère S ayant deux volets et feuillets, dans chacun des- 
quels est peint un ange. » 

Dans les Dévote orationes de FontevrauU (1546), au-dessous du 
Christ, nu moins aux reins, tenant du bras droit la lance et de la 
gauche la croix, entouré de tous les instruments de la Passion, on 
lit ce quatrain : 

Comment le benoist sainct Grégoire 
Vit les maulx, toarmeos et oppresse, 
Qu*on feist au haultain filz de gloire, 
(Jog jour en célébrant la messe. 

Saint Charles Borromée demande que le tabernacle soit surmonté 
d*une statuette du Christ ressuscitant ou montrant ses plaies : « In 
summo tabernaculo sit imago Christi gloriose resurgentis vel sacra 
vulnera exhibentis. » (Insiruct, fabric, eccles, yVih. i, cap. i3). 

Une épitaphede 1604, à l'église de Saint-Sulpice de Favières, se 
termine par cette invocation au Christ de pitié (Notes d'art et 
d'arck.y 1891, p. 84) : 

QVl PASSVS ES PRO NOBIS 
DOMINE MISERERE NOBIS 

Une (c confrérie des trépassés » ^ existait à Longuyoi^ : on n'en 

1. Une variante du type esl le Christ mort, étendu sur les genoux du Père 
éternel. Tel il a été représenté en marbre au retable de la chapelle du Mont- 
de-Piété à Rome, xvu* siècle : M. le vicaire général de Vareilles en a rapporté 
de cette ville une bonne copie en marbre blanc, qui date du siècle dernier et 
qui fait partie de sa collection à l^oitiers. 

2. En 1472, fut fondée à Rouen une « noble confrarie sous le nom de la glo- 
rieuse Résurrection Notre Sauveur et Rédempteur Jhcsu Crisl, 8. Ladre, 
Ste Marthe et des Trépassés » (BulleL de la Commis, des anliq, de la Seine^ 
Inf.,i. VI, p. 233.) 



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— 331 — 

donne pas la date. « Elle était chargée par la municipalité des soins 
do vider les fosses tous les dix ans et de placer les crânes au pied 
d'un Dieu de pitié » (Léon Germain, la Paroisse de Longuyon, p.ll). 

On lit dans le Bulletin de la Société archéologique de Tarn-^t- 
Garonne, t. XII, p. 329 : a M. Forestié père fait remarquer que 
Tapparition du Christ de pitié se trouve reproduite dans une marque 
typographique d'un imprimeur de Toulouse, Jehan de Gueriin ». Il 
eût été bon dédire la date. 

M. Godard, dans son Inventaire du musée d'antiquités d'Angers, 
décrit les objets suivants : 

N*" 287. Empreinte d'un sceau trouvé en 1864 àTex^prieuré conventuel 
dd Notre-Dame de la Haye, fondé près d'Angers. •• Légende : s. cbbistb 

8ALVA MB (XVl* SIècle). 

N*3189. Bois. Triptyque (xvi« siècle) : au panneau central, le Christ 
montrant ses plaies ; au volet droit, une religieuse à genoux ; au volet 
gauche, un arclievêque, et à ses pieds un chapeau de cardinal. 

N<» 3191. Peinture sur bois : Tentant Jésus portant la croix et les ins- 
truments de la Passion. Incrustation de cailloux du Rhin aux broderies du 
costume. 

J'ai cité ce dernier exemple parce qu*il a son analogue sur toile 
à Tabbaye des Chàtelliers (Deux-Sèvres) : Tenfant Jésus tient sa 
croix et y est entouré des autres instruments de son supplice. Le 
xvii« siècle a donc fait dévier la tradition, en substituant au Christ 
de pitié, qui était bien à sa place, un enfant qui ne peut se motiver 
que par cette considération, qu'en venant au monde, le Fils de Dieu 
s'était voué aux souffrances et à une mort ignominieuse. 

Poussant plus loin l'idée mystique, à la chapelle de la Barre, près 
d'Angers, si remarquable par ses saints qu'on ne visite pas assez, 
Biardeau met le petit Jésus sur les genoux de sa mère et accueillant 
avec empressement la croix que lui présente un ange, tandis que 
Marie en paraît effrayée. 

La poésie avait, à la même époque, la même inspiration. En 
effet, le P. Martial de Brive, capucin, a inséré, au milieu du 
xviP siècle, dans son Parnasse Séraphique, page 91, une pièce inti- 
tulée : « Sur une image oii la Sainte Vierge montre son sein à l'en- 
fant Jésus et un ange lui présente une croix, à laquelle il tend ses 
bras pour la prendre : 



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— 332 — 

Aymable mère, aymable croix, 
Tous deox m^attirez à la fois : 
Si faat-il suivre l'une ou Tautre ; 
croix, c'est à toi que je viens, 
Car, ma mère, je ne suis vostre 
Qu^afin de pouvoir estre sien. 

Dès la fin du xvie siècle, Vidée nouvelle commençait à percer. A 
Rome, une toile que j'ai vue chez un marchand, via di san Venan- 
zio, représente l'enfant Jésus, âgé d'une douzaine d'années, la tête 
entourée d'un nimbe rayonnant et flamboyant, agenouillé devant 
les instruments de la Passion. L'inscription explique parfaitement 
le sujet : qvoniam. ego. in. flagella, paratvs. svm. 

Il est prêt pour le sacrifice et, dès son bas âge, il a compris qu'en 
lui s'accomplissait la prophétie de David. 

XIV. — L'image ne suffisait pas. Pour exciter davantage la com- 
misération des fidèles, on l'accompagna d'un texte adapté au sujet, 
c'est-à-dire le commentant. 

M. le marquis de Yilloutreys, dont la riche bibliothèque est si 
obligeamment ouverte aux travailleurs, m'a communiqué un livre 
d'heures du diocèse d'Angers, où, en 1605, on a écrit sur vélin, à 
la fin, rénumération de toutes les douleurs du Sauveur pendant sa 
longue agonie. 

Nombre des gouttes de sang^ de larmes, de playes qu'a reeeu 

Nostre Sauveur J, C. en sa passion. 

Larmes de J.-G., 62.200. 

Sueur de sang, 97.305 gouttes. 

Tirées de ses playes, 81.200 gouttes. 

Soldats qui Tout battu, 500. 

Blessures en sa face, (00. 

En sa bouche, 30 coups. 

Jette par terre, 13 fois. 

Frappé sur la teste, 85 fois. 

Tiré par les cheveux, 305 fois. 

Par la barbe, 58 fois. 

Relevé de terre par les cheveux, 23 fois. 

Frappé sur le dos, 380 fois. 

Frappé sur la poitrine, 43 fois. 

Des soufflets receus, 120. 

Des crachats, 32. 

Foulé aux pieds, 170 fois. 



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— 333 - 

Frappé sur les espaales, 62 fols. 

Sur les Ïambes, 3i fols. 

Ses sanglots et soupirs, 900. 

Coups mortels, i9. 

Blessures, 6.666. 

Blessures sanglantes, 5.400. 

Blessures en sa coronatlon, 300. 

Blessures receus en sa flagellation, 15.490. 

A la cathédrale d*Albi^ au xvi* siècle, dans une des chapelles la- 
térales, on Ht ces vers, qui disent ce qu'il faut regarder et dans 
quel esprit doit se faire cette contemplation méditative : 

Asplce, mortalls, pro te datnr hostla talis. 
Morte morte démo ne moriatur homo. 
Nesclo quld pro te majus possim dare quod me. 
Dnicis amice, vides quos pro te porto labores. 

Ces vers léonins sont certainement antérieurs à l'époque qui les 
a peints, parce qu'Us étaient dans le fonds commun de la tradition. 
Je les crois contemporains de ceux-ci, qui datent de 1098 et qui 
sont insérés dans le Textiis sacramenlorum, édit. de 1523 : 

In cruce pro te sum : fili, respice Jesum. 
Pro culpa populi respice quanta tuli : 
Lancea, crux, clavl, spine, mors, quas toleravi^ 
Demonstrant qua vl crimina vestra lavi. 
Sputa, flagella, mine, vestre sunt meta ruine <• 
Morte luo seva quld homo commisit et Eva. 
Mors mihi sola placet ne pereant hic et hec. 
Idcirco sine ve non ylvit fillus Eve. 

A Saint-Eustorge de Milan, un tableau de la fin du xve siècle, 
placé dans la sacristie, énumère aussi en vers les instruments de la 
Passion pour émouvoir le cœur des fidèles. J'ai eu tort de n'en pas 
prendre copie : le temps m'a souvent manqué en voyage. 

A la même date, les anges, tenant les mêmes instruments, furent 
peints aux châteaux de Dissais (Vienne) et de Pimpéan (Maine-et- 
Loire). Chacun d'eux a une strophe de vers français pour attendrir 
par le spectacle de la* douleur sous toutes ses formes. Je ne répé- 
terai pas cette poésie qui ne manque point de charme; qu'il me 

1. Le XVI* siècle a ainsi glosé ce vers : a Sputa gallice cratheres, flagella, id 
est tormenta, etruioe sunt meta, id est redcmptio vestre ruine, id est vestre 
perdilioQÎs. • 



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— 334 — 

suffise de renvoyer à ma monographie du château de Dissais (dans 
les Paysages et Monuments du Poitou) et à mon Epîgraphie ange- 
vine, où les textes sont tout au long, avec leurs variantes. 

Dans les ce Cantiques spirituels, composez par le R. P. Martial de 
Brives, capucin, sur les principaux points de la doctrine chrétienne », 
Paris, 1679, le quatorzième a pour sujet « les Instruments de la 
Passion » {Bull, de la Soc. arch. de la CorrèzCy t. X, p. 512). 

XV. — Le texte complémentaire de Timage de pitié prend aussi 
parfois la forme d'une prière, que Ton doit réciter au moment so- 
lennel de Télévation, lorsque, en face de Thostie consacrée, le Christ 
se manifeste dans sa chair. 

M. Batault a extrait des manuscrits trois formules que je vais 
reproduire. 

La première a été copiée sur un (( manuscrit de la première moi- 
tié du xv^ siècle, grand in-4^ sur vélin et orné de belles miniatures 
à grandes pages et marginales, intitulé Psalterium magnum, à la 
Bibliothèque Nationale. Une très belle miniature de la messe de 
saint Grégoire est en tête du chapitre : Jncipit vigilie defunctorum » 
(p. 10). L'indulgence accordée par Boniface YIII, à la demande de 
Philippe le Bel, serait de deux mille ans : 

Omnibus confessis et contritis hanc orationem dicentibus inter 
filevationem corporis Christi et tertium Agnus Deij Dominus papa 
Bonifacius concessit duo milUa annorum iindulgenciœ) supplicatione 
Pkilippi régis Franchie. 

Oratio. Domine Jhesu Christe, qui hanc sacratissimam carnem et 
preciosissimum sanguinem tuum de gloriose Yirginis Marie utero 
assumpsisti et eumdem sanguinem de sacratissimo utero in ara 
crucis pro salute nostra elfundisti, et in hac gloriosa carne a mor- 
tuis resurrexisti, et ad celos ascendisti et iterum vonturus es 
judicare vives et mortuos in eadem carne; libéra me, per hoc 
sacrosanctum corpus tuum, quod modo tractatur in altari^ ab im- 
mundiciis mentis et corporis et ab universis-malis, periculis pre- 
sentibus, preteritis et futuris. Amen. 

ce Les Heures imprimées au commencement du xve siècle avaient 
aussi ces prières. Qu^on nous permette de donner le texte des deux 
suivantes, que nous croyons inédites » (pp. li-12). 



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— 335 — 
Qnand le prêtre lève la sainte hostie. 
Salve, sancta caro Dei, 
Per qaam saivi snnt rei. 
Salvos tuo8 redemisti, 
Dam in cruce pependisti, 
Quando mortem occidisti. 
Unda, que de le manavit, 
A peccato nos mundavit. 
Quod primus homo inobediens patravit 
Sancta caro, tu me munda. 
Sanguis et benigna unda^ 
Lava me ab omni sorde 
Et ab infernali morte. 

Per tuam benignitatem, 

Confer mihi sanitatem 

Etsanctam prosperitatera. 

Frange meos inimicos 

Et fac eos amicos 

Et superbiam illorum destrue, 

Rex angelorum. 

lu ezitu mortis mce libéra me, 

Deus fortis, a leone 

Pater noster. 

L'autre oraison provient des « Horœ beatœ Vtrginis Mariœ, ma- 
nuscrit du XV» siècle » (p. 12) : 

Salve, caro Dei Domini Nostrî Jesu Christi. 

Anima Christ!, sanctifica me; 

Corpus Christi, salva me; 

Sanguis Christi, inebria me ; 

Aqua lateris Christi, lava me ; 

Passio Christi, conforta me ; 
Sudor vultus Christi virtuosissimi, sana me ; 
fione Jesu, ab hoste maligne défende me 
Et in bora mortis mee voca me et pone juxta te. 
Ut cum angelis et sanctis luis laudem te 
Dominum Salvalorem meum in secula seculorum. Amen. 

Ce n'était pas encore assez. Le Christ de pitié avait sa prière par- 
ticulière. Elle consistait en sept Pater et Ave, qu'il fallait dire avec 
dévotion et à genoux pour gagner les indulgences accordées par 
« une bulle du pape Boniface Vlll ». M. Batault, si exact dans ses 
citations, où je le remercie de m'avoir fait une si large part, ne dit 



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— 336 — 

pas quel manuscrit lui a Tourui cette rubrique (p. 9) : « Indulgen- 
tiis concessis omnibus illis qui ante figuram Christi patientis po- 
suerunt genua in terra, dicentes cum devotione Pater Nosler et Ave 
Maria septies, etc. » Cet et caetera donne des regrets sur la suite du 
texte: un document ne devrait jamais être tronqué. 

Le docte écrivain nous renseigne mieui sur la fresque de l'église 
deMeilly. où la messe de saint Grégoire est accompagna du Christ 
de pitié, des instruments de la Passion, mais surtout de cette ins- 
cription c en vers rimes », écrite sans que les rimes soient à la ligne, 
méthode usitée quelquefois dans les manuscrits du xv* siècle » 
(p. 20) : 

Celuy ou celle qui dira : 

Pater noster, Ave Maria^ 

Dévotement, le cœur contrit, 
Eo rhonneur du doux Jésus-Chrisl, 

En contemplant ta passion 

Par piteuse compassion, 
Chaque fois à genoux, les mains jointes, 
Révéremment, sans nulles feinctes, 

En saluant la porlrecture 

Semblable à ceste figure 

Qui est ci-desfiut picturée, 
Acquerera, c'est chose prouvée, 
Tous les pardons en vérité 
De Rome, la sainte Cité, 
Et mériteront l'absolucion 
Quatorze mille ans de pardon. 
Et dix papes, à cette chose voire, 
Qui furent après St Grégoire, 
Chacun d'eux en donna six ans 
Et trente papes puis régnant 
L'accrurent chacun de cent jours 
Pour donner aux pécheurs secours. 

A la chapelle de Lenoux, fondée en 1484, la messe de saint Gré- 
goire était aussi expliquée par une légende dont il ne reste plus 
que ces mots : « Ainsi que saint Grégoire estant à Rome, où il célé- 
broit lasaincte messe..., à iuy aparut J.-G... » M. Batault ajoute 
(p. 21): « Sur une des faces de la chapelle se lisait, en outre, une 
longue inscription, aujourd'hui illisible», qui probablement relatait 
les prières à réciter pour gagner des indulgences vraiment extraor- 



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- 337 - 

dinaires, que rinscription de Meilly suppose être, pour une première 
fois (concession Grégorienne), de quatorze mille ans, pour une 
seconde, de soixante ans, et une troisième, de trois mille jours. 

XVI. — IjBS armes de la Passion sont l'adaptation à la forme héral- 
dique des divers instruments du supplice du Sauveur. La série la 
plus complète existe à la voûledc Tégliso abbatiale de Saint-Mathias, 
à Trêves (Bn du xv* siècle). La Revue de VArl chrétien en a donné 
des spécimens, après les Mélanges de décoration religieuse de M. do 
Farcy. Sur un champ de gueules ressort soitla croix, soitla colonne 
et les fouets, ou la couronne d'épines ou la robe tirée au sort, etc. 
Les textes on parlent aussi souvent que les monuments : malgré 
cela, il n'en est pas soufflé mot dans le Glossaire archéologique, qui 
a tant de lacunes qu'il importe de combler. 

« Ung corporalier à Tymaige des enseignes de la Passion » {Inv, 
de la comtesse de Montpensier^ 1474). 

Dans l'égligede San-Lorenzo, à Vicence, l'autel du Corpus Do- 
mini est surmonté d'un beau retable de la Renaissance. Au tympan, 
le Père éternel; au milieu, le Christ sortant du tombeau et soutenu 
par deux anges; à droite, saint François d'Assise, tenantun livre et 
une croix; à gauche, un autre franciscain portant dans un médaillon 
rond les instruments de la Passion. 

[Jn des plus curieux exemples est ce le plat dit de la Passion, 
fabrique de Savignies, conservé au musée de Beauvais. La bordure 
est couverte d'écussons aux armes de France et de Bretagne et des 
attributs de la Passion, avec la légende: Ovos omnes gui iransitis 
pur viam, altendile et videle si est dolor similis sicut dolor meus, 
Pax vobis» 1511 » (Marsaux, Heprésent, allégoriq, de la Sainte 
Eucharistie, p. 20). 

En 1816, Roland Lagout, « vitrier, demeurant à Angiers, » entre* 
prit de faire « la grande vitre de dessus le grand aultier de l'église 
de Saint-Nicolas de Graon, à laquelle vitre est tenu faire Nostre 
Dame de pitié », avec les donateurs. « Et au fourmement de ladite 
vitre sera tenu de faire Dieu le Père et des anges portant le mistaire 
do la Passion » (Joubert, Hist,de la baronniede Craon, p. 437). 

Sur un manuscrit d'Aristote, de la fin du xv* siècle, à la biblio- 
thèque de Rouen, la Prudence porte, suspendu au cou, un écusson 
qui forme sur son bras comme un bouclier : or, le meuble de Técus- 

T. XII. 22 



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— 338 - 

son est une croix, percée des trois clous et accostée de la lance, de 
réponge, des dés et de la colonne ( Annal, arch., t. XX, p. 247). 

A la même date, au jubé de Sainte-Madeleine, à Troyes, Técus- 
son reparaît deux fois. Sur Tun est la croix, avec les clous, la lance 
et réponge; sur Tautre, la colonne, les cordes, la verge, les fouets 
et les dés. 

En 1534, à Tenterrement de Tabbesse Renée de Bourbon, on dis- 
posa, dans l'église de Fontevrault, « pardessus le siège » abbatial, 
(( une listre ou cincture, » « tout au travers, ]» où « estoyent semez 
les escussons des armes de la Passion et de la def uncte, entremêlez 
les uns dans les autres ». 

ce Aux heures, garnies d'or taillé, les armes de la Passion » (/no. 
de Fr. de laTrémoille, 1542). 

« Plus, troys parements d'aultelde plusieurs valleurs, de taffetas^ 
armoyédes armes de Dieu le Fils » {Inv. de la Sainte Chapelle de 
Ckambéry, 1542). 

M. le chanoine Muller, vicaire à Senlis, a bien voulu me copier 
une gravure du xvi^^ siècle, signée iVu{/e;77i', et de style allemand. Elle 
offre cette particularité, que les armes de la Passion sont figurées 
par un écusson, couché obliquement et traversé par une croix, dont 
le cimier, soutenu par deux auges volants, n'est autre que le Christ 
de pitié, debout, presque nu, adossé à sa croix et escorté de la lance 
et de l'éponge. Telle est la vision du pape qui, agenouillé devant 
l'autel, ne voit pas seulement le Christ piteux, mais aussi le symbole 
héraldique de la passion. 

Cet autel est muni d'un retable, bas et allongé, couronné d'une 
course tréflée. Deux rideaux le flanquent. Le calice repose sur le cor- 
poral, et du côté de l'évangile est un seul chandelier, à pied rond. 
Latéralement, dans une petite niche, sont posées les burettes. Le 
diacre et le sous-diacre, en dalmatique et tunique, se regardent éton- 
nés, au bas des marches, qui sont au nombre de deux. Des deux car- 
dinaux en cappa et chapeau rouges, qui assistent le pontife, Tun 
tient la tiare à trois couronnes, et l'autre la croix papale, sans cru- 
cifix. Il y a, en outre, deux assistants laïques, dont un indique du 
doigt l'apparition. 

Sur le mur sud du bas-côté, sont appliqués les instruments de la 



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— 339 — 

Passion : la colonne de la flagellation^ avec les fouets et les verges, 
surmontée du coq qui convertira saint Pierre ; la Sainte-Face, le 
marteau de la crucifixion, les vases à parfums des trois Maries, la 
lanterne de Tenvahissement nocturne du jardin des oliviers, les 
trente deniers de la trahison, les dés qui jouèrent la robe sans cou- 
ture, le profil de Judas et, placées en regard, les têtes de saint 
Pierre et de la servante, de Pilate et d'Hérode couronné *. 

L'art, au moyen âge,, se guidait sur la liturgie : ils marchaient de 
pair, en sorte que les monuments s'expliquent tout naturellement 
par les prières de l'Eglise. L'artiste ne faisait que reproduire ce qu'il 
avait entendu et goûté : il n'était même pas nécessaire, pour cela, 
d'une intervention directe du clergé. La seule assistance aux offices 
suffisait à former l'éducation vraiment chrétienne de l'ouvrier. 

Les armes de la Passion nous paraissent actuellement étranges ; 
pour les comprendre, il faut les replacer dans leur milieu, où pré- 
dominaient les idées de culte et de chevalerie. Les Analecta hymnica 
medii xm^ du P. Dreves, contiennent deux poésies qui ont dû être 
populaires autrefois, et qui sont la justification de la théorie que je 
viens d'émettre. 

La première est ^tirée d'un manuscrit du xv* siècle, qui provient 
de Saint-Pierre de Salzburg.ËUe figure dans les Hymni inedlii, Leip- 
zig, 1888, p. 21, n' 17, et a pour titre : De armis Christi. 

1. Lauda, SioD, gloriosa Nobis pocularia*. 

Christi torcularia, 2. quam felix hasia, latus 
Per qa» nimis frucluosa, Christi quae aperuit, 

Valde saiutaria Craci clavis conclavatus 

SuQt exorta gratiosa Qui transfigi meruit, 

1 . Le chanoine Santoni, dans sa brochure Altare di majolica, ai cappucini 
di Camerino, Canierino, 1892, signale, au retable des Capucins de Camorino, 
autour du sujet principal qui est la Vierge en majesté, les instruments de la 
passion, et parmi eux, u le baiser de Judas est représenté par deux têtes qui se 
baisent, le reniement de saint Pierre par les deux faces affrontées de Tapôtre 
et de la servante, l'infâme prix de la trahison par deux mains, dont une 
compte l'argent et l'autre la reçoit, l'accident de Malchus par une main gantée 
qui tient une oreille ; deux autres mains qui se lavent dans un bassin, se 
réfèrent à Pilate». Ce beau retable des débuts du xvi« siècle, vers 1530, appar- 
Uont à l'école des délia Robbia, qui ont afTectionné ce genre de décoration, 
témoin le retable de la pieve di San-Stefano di Lamporecchio, province de 
Florence {Arte e Sloria, 1886, n* 25.). 

2. Cette hymne se chantait sur l'air du Pange [lingua, dont elle a adopté 
a doxologie. 



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— 340 — 



Per quem mundus renovalus 
Et salus refloruU. 

3. Nextis clavis et ligalus 

Ghrislus, ut nos solfcrel ; 
Deus homo captivatus, 

Ul caplos redimeret ; 
In hoc mundo conyersatus, 

Ut nos cœlo rcdderef. 

4. Christus, botras Engaddinus, 

Est expressus ferulis, 
Nostra salus, flos divinus 

Et salvator nobilis, 
Bone pastor celestinns, 

Uex totus amabilis. 

5. Unde fluit mundus liqaor 

Et potus nectaricus, 
Cujus mirus dttlcis sapor 

Et tolus sanalicus, 
Ejus salvativus odor, 

Bonus, aromalicus. 

6. Fundat bonus chrîstianus 

Yasa hinc vinaria, 



Mentem scopet cordis manus 

Vera per scoparia, 
Replens lotus non mundanus 

Sua prompluaria. 

7. Félix sanguis, felix uuda, 

Christ! flnens latere, 
Mendas nostras tergens rounda. 

Lava nos a scelere, 
Per te nobis lœtabunda 

Salus sit ac vivere. 

8. Miserere, qui latronem 

Pœnitentem sumpseras, 
Transfigentem militonem 

Hasta sustînueras, 
Nobis bonum des agonem 

Ncc exiremos deseras. 

9. Genitori Genitoque 

Laus et jubilatio, 
Salus, hoDor, virtus quoquo 

Sit et benediclio, 
Procedenti ab utroque 

Compar sit laudatio. 



Les armes énumérées ici sont au [nombro de quatre : le pressoir y 
qui foule le raisin ; la lance, qui perce le côté et en Tait jaillir le sang 
et Teau ; les c/ous, qui transpercent les membres ; la croixy instru- 
ment du salut. 

L'autre pièceliturgiqucest une séquence, insérée dans les Sequen"- 
liœinedilœ, Leipzig, 1890, p. 22, n*» 19. Son titre, De corona spinea^ 
n'est pas exact, car elle ne salue pas seulement h cowvnned' épines, 
mais aussi la croix, les clous, les fouets, Véponge, la lance, le voile 
qui couvrit la face, la chlamyde de pourpre, la colonne et les autres 
armes. Elle a été copiée dans un graduel manuscrit du xve siècle^ 
(( Graduale Borkense » *. Nous sommes toujours en Allemagne, 
où Tart héraldique s'est si complètement épanoui. 



I. DIadema, laude plena, 
Nunc adora, nunc honora 
Jesu Christ! splneum ; 



Mens de vota, ejus Iota 
Cum cruore ex amore 
Fuso Ils in pretium. 



i* Borkcn, dans la Basse-IIcsse. 



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- 311 



î. Cerno Verbum incarnaluro, 
Tibi natum, libi datara, 
Pro te passum, immolatum, 

Ne putrescas soelere, 
Pi essor nimis cum emangit, 
Spina sacrum caput pungif, 
Saa membra dos peruDgit 

Cruor flaens propere. 
3. Sic adjotus, sic soïutus, 
Noii Dimis esse tutus ; 
Gerta forte, sic imbutus, 

Virlli certamine ; 



Age grates majestati, 
Redde vices caritati, 
Memor esto tanti datl 

Nec unquam obli viscère. 
4. Salve, crux, clavî, flagella , 
Spongia, lancea, spioa, 
Vêla, cblamys et columua, 

Armis et cum reliquis ; 
Arma tua nuuc adoro, 

Christe, Deus et hoc oro 
Ut in dorao et ia foro 

His dependas clipeis K 



M. le marquis de Yilloutreys possède un très bel exemplaire des 
Heures d'Angers, imprimées en 1529 par Thielman Kerver. On y lit: 

Notandum quod quicumque arma Passionis Xpisti dévote iuluetur 
eademque veneratur, si de peccatis suis vere coufessus fueritet cootritus, 
hal>ebit très aDcosinduigeniiarumaLeone papa et aliisXXXsummispon- 
tlficibas, a quolibet centum dies et a cenlum et XXVlll episcopis, a quo- 
libet eorum XL dies. Quas indulgeDlias confirmavit Innocentius quarlus 
in coDsilio fiUgdunensi et addidit ad bec CG dies. 
De armis Passionis Ghrisli, antiphona : 

Gruci, clavis, corone spinee, 

Fiagellis sacroque ferro lancée 

Honorem impendamus : 

Hec sunt enim vexiila régla 

Per que corone gaudia 

Perpétue speramus. 

j^ Adorarous te, Ghriste et benedicimus libi 
li Quia pcr sanctam crucem tuam redemisti munduro. 
Oraiio. Deus, qui divcrsarnm penaium tuarum insigniis signans tue 
Passionis victoriam nobis demonstrasti, concède propicius ita nos sacra- 
tissime Passionis tue arma venerari, ut insiguia signata penarum eterna- 
rum per tui saori sanguinis effusionem nobis misericorditer deleantur. 
Qui vivis. 

La seconde édition^ imprimée en 1545, contient aussi la prière 
De armis Passionis Christi. Les instruments constituant les armes 
sont la croix, les clous, la couronne d*épines, les Touets et la lance. 

On gagnait même des indulgences à réciter cinq Pater et cinq 

1. Clipeis indique la forme de Téeusson, qui, dans roriginc, fut véritable- 
ment un bouclier pour se défendre. 



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- 342- 

Are devant les armes de la Passion, comme il résulte d'une inscrip- 
tion gotliique (xvi« siècle ?) rapportée dans le Zeitsnhrift fur Chris- 
tilche kunst, 1891, p. 367 : 

Quoeiens* quis* coram* armis* Xpi- quincqoe* oraliones* apostolicas* cit 
(scilicet ?)• quioque* Pater* noster- et' Ave* Maria* dévoie* dixerit* xx* mi- 
libus* aQorum' a* pénis* purgatorii* exoneratus* erit. 

Cette seule mention de 20.000 ans prouve que Tindulgence est 
apocryphe, comme Ta démontré le bienheureux cardinal Tommasi. 

Voici une notable variante que j'ai relevée à Aix-la-Chapelle sur 
un retable de la fin du gothique, et où est figurée la messe de saint 
Grégoire : 

Qi^icumque* dévote' septem* oraliones* apostolicas' coram' Xpi' annis' 
legerint' et- septem* preces* [Pater ?)' septem' Ave' Maria' locuerinl' quo- 
ciens' id' fecerint' de' indulgencia- XX' milia* annorum' gaudebunt, 

XYII. — L'image de la messe de saint Grégoire n'est pas la seule 
qui illustre les inscriptions cimétériales : on y voit encore le juge- 
ment dernier, car c'est de lui seul que dépendra le sort éternel. 

Or cette scène comprend d'ordinaire ces parties distinctes : la 
manifestation du Christ en majesté, entouré des instruments de la 
Passion; le son delà trompette par les anges pour éveiller les morts; 
la résurrection des morts sortant de leurs tombeaux ; l'intercession 
on leur faveur de la S^* Vierge et de S. Jean-Baptiste; la conduite 
par les anges des élus au paradis et des damnés en enfer^par les 
démons. Telle est dans ses grandes lignes la a pierre » de l'église 
de Parnes (Oise) S qui y ajoute le purgatoire. 

L'idée première doit se chercher dans la représentation du juge- 
ment dernier, qui, dès le xii^" siècle, fut sculpté au tympan de la 
porte occidentale de nos églises, que précédait le parvis ou le ci- 
metière. 

XVIIL — Revenons à la messe de saint Grégoire, qui n'a pas en- 
core dit son dernier mot. Son commentaire varie beaucoup sur cer- 
tains détails. Tous sont unanimes à attribuer à saint Grégoire le 



1. Bullet. arch. du Com. hist., i, IV, p. 75. J'ai cité plus haut, page 256, la 
description et rinscription qui raccompagne. Ici, À part quelques variantes 
d'orthugraphe insignifiantes, je ne vois à noter dans cette, dernière que la 
division du texte en quatre quatrains et, au septième vers, le mot unii à la 
place de mis. 



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- 343 - 

Grand l'apparition du Christ de pitié, maïs ks uns la placent au 
Panthéon, d'autres à Sainte-Croix de Jérusalem, ou encore à l'église 
du Cœlius. Je crois avoir démontré qu'elle eut lieu là où est actuelle- 
ment la petite église de la Divina pietà, qui en conserve le souvenir. 
A distance, des erreurs topographiques sont possibles. 

L'accordse fait également sur la vulgarisation de la dévotion, qui 
suppose deux choses : une image et des oraisons que Ton doit ré- 
citer devant pour gagner certaines indulgences. J'ai publié ces 
oraisons, qui sont très touchantes ^. Le pape peut-il les reven- 
diquer comme siennes ? Le cas est douteux, car il n'en est point 
question ni dans sa vie ni dans ses œuvres. 

L'image, comme type, remontet-elle à son pontificat f Assuré- 
ment non, et je n'en connais guère d'antérieure au xv« siècle. 

C'est à cette même date qu'est également spécifiée une conces- 
sion dindulgences. Je crains]bien qu'elles soient apocryphes, car 
des indulgences grégoriennes, bien prouvées, seraient un fait 
vraiment exceptionnel. On peut donc poser sur ce point les ré- 
serves les plus expresses. Plusieurs papes les ont confirmées ou 
augmentées ; leur identité n'est pas facile à établir. Je les classe 
donc dans la catégorie de celles octroyées par saint Pierre. Quel- 
ques-unes ne doivent pas être rejetées, car elles portent leur date 
et correspondent à l'établissement de la dévotion au Christ de pitié ; 
ainsi Nicolas Y, en 1444etl449; Calixte III, enl4$6; enfin Sixte lY. 
Les Venseignements donnés par le manuscrit de H"* d'Aguilhon 
sont si précis qu'il serait téméraire de les condamner à priori ; 
il y a là une indication que, tôt ou tard, maintenant que les archives 
du Yatican sont ouvertes aux studieux, on pourra justifier par des 
documents. 

Saint Grégoire aurait recommandé, en même temps, l'usage du 
Christ de pitié et des armes de la Passion, mais l'un me paraît 
aussi fantaisiste que l'autre. Les instruments de la Passion, en 
iconographie, nous viennent d'Orient. Les byzantins les exhibent 
sur un trône, à propos de YEtimacia ou préparation du juge- 

4. Les comptes de rimprimerie Ripoli poHont la vente, on 1477, au 5 mars 
« délie oraUoni di sancto Gregoriu » au prix de 2 sous ; au 26 mars, « per 
oralîoni deila pictà •, 26 sous ; le 29, « d'oralion di sancto Gregorio «.-ii 
sous, (llbihliofilo, i8ë7 ,p. 14). 



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— 344 — 

racnl *. Les Latins les ont admis aux côlésdu Sauveur, tenus par 
des anges, dans cette scène finale qui occupe le tympan aux portes 
occidentales de nos catiiédrales, comme Notre-Dame de Paris et 
Saint-Pierre de Poitiers. Le xiir si(*'cle commence à les honorer ; il 
les place autour de l'autel, par exemple à Arras *, ou autour de 
l'abside, ainsi qu'à la cathédrale d'Angers. Mais la grande vogue fut 
au xv<» siècle : nous en revenons toujours là. 

Aussi, je no puis dissimuler ma conviction que c'est aux alen- 
tours de celte époque qu'il faut chercher la création de la légende, 
qui entraîna à sa suite une Terme nouvelle en iconographie. 

Le livre d'heures de M™» d'Aguilhon, que j'ai connu à Monlauban 
par mon très obligeant ami le chanoine Pottier, Tonne un appoint 
considérable dans la question. J'en détache en conséquence cette 
page instructive : 

Orationes dicende ante ymagincm pietatis, que apparuit sancto Gregorio 
et débet dici cum quinque Pater noster et toclendem Ave Maria, pro quitus 
Mbentur maxime indulgencie ab eodem sanclo Gregorio et aliis quam 
pluHmis 8ummis pontificibus, Dne... 

Beatus Gregorius, dum essel summus pontifex, apparuit ei Dominus 
Jhesus Xpistus sub passionis eftigie, in capella Jherusalem, que est Romo 
ad sancfam Crucem ; qui, Ipsum Jesum intucns, motus devotione el coq- 
sidorans quod tota efficacia remissionis peccatorum procedi[t] ex merito 
passionis, vere penitentibas et confessis, corara simili ymagine gcnu- 
flexis, décote dicentibus quinque Pater noster ettotidem Ave Mé'ia» cou- 
cessit 1111°' millia annorum de indulgensis. Item quicuoque inluelur 
armaDomini Nostri ihesu Xpistlhabet a sancto Peiro apostolo 3^^ annos 
indulgenciarura, a sanclo Innoscencio xlnii annos, a sancto Gregorio 
xl dies. Item sanclus Léo dédit xxx annos. Alibi legitur quod xxx"^ 
pape quibus eorum dédit ceutum dies et quibus xvin episcoporum 
dat xl dies. Calislus secundus îa consilio LugJunen., Nicholaus quiac- 
lus anno Domini mil"* cccc<^ xlix°^^, Calixtus 3, anno mil» cccc* Ivj, 
confirmaverunt omnes indulgencias a sancto Gregorio concessas hijs 
qui in genibus legunt dévote, contritt et confessi, quinque Pater 
noster et Ave Maria coram prefatis armis, sicot sanctus Gregorius 
qui h° in capella Jherusalem que est Rome ut pretactum est, videbat, 
legendum instituit. Et summus pontiTex Calixtus 3« qui easdem, ut die- 

1. Voir la brochure de Paul Durand, sur ce sujet, p. 35 ; Veludo, la Pala 
doro de Saint-Marc de Venise, ^, i^ ; de Rosai, Biilt, d*arch, chrét., 1872, 
pi. IX, fig. 1. 

?. Annal arch,, t. IX, p. i ; VioUet-le-Duc, Dict. d'arch,, t. If, p. 29. 

3. Très. 



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— 345 ^ 

tam e8l,coiiArmavH aucloritule apostolica et plcniladinc potestatis, easdem 
coQceasit. Calixtus vero xl adjaacit prefatis quioque Pater nosler el Ave 
Maria oraliones quinque précédentes cl plurcsalii summi ponlifîces addi- 
derunt quilibet tempore suo indulgencias, ila qiiod ascenderunt ad xx°^ 
milia et xx^ annos cum xx™ diebiis. Ilabentur ista in caméra sanclissimi 
pape in libro summoruin poatificum et hoc per signaturam apparet in 
Registro folio ccxuj, li. 2», anno mil'' cccc*' Ivj, pontificatus sui anno %^ et 
banc signaturam extraxit quidam nomine frater Xpisloforus Persomin, 
divi ordinis Guillermo heremite ; qui Xpistoforus fuit librarius Sixli iiii^^ 
Nicholaus papa quintus easdem etiam indulgentias confirmavit et sub 
eadem forma concessll anno Domini mil* cccco xliv, die 3° januarll, post 
quintam horam noclis, ad requestam fratris Xpistofori de FoliLio, pre- 
sentibus Francisco de Vilbio et multis aliis in palacio sancti Patris, 
casde.a indulgencias conOrmavit. Poslremo Sixtus papa un' et ctiam et 
h<^ 1 orationculas supra insertas composuit et cum h* onines indulgencias 
a tempore Gregorio concessas duplicavit. Summa ergo indulgenciarum 
quas coDsequvntur dicentes septem oraciones cum septem Pater noster et 
Ave Maria coram supradicta ymagine et nescientes légère si legant xv 
Pater noster et Ave Maria easdem consequuntur. 

XIX. — Que signifie plus spécialement la messe de saint Grégoire 
en tête de TiDscription cimétériale de Saint- Léonard? Trois choses: 
que la messe est le moyen le plus efficace pour la délivrance des 
âmes du purgatoire et que saint Grégoire institua à la fois l'autel 
privilégié et le trentain. 

J'ai longuement disserté de Tautel grégorien dans mon Traité 
de r autel privilégié (Analecta jur. ponti/., t.YllI, col. 2044-2049; 
Œuvres complètes, t. IV). La question y est épuisée et je n'ai plus 
à y revenir : j'en dirais presque autant du trentain ^ dont je ra- 
conterai ici seulement l'origine. 

4. Hasce, 

2. Œuvres complètes, tiy, p. 192, n«i.— On peut consulter aussi un article 
de VAmi du clergé (1891, pp. 42-43) en réponse à ces questions : « En quoi 
consiste précisément le trentain de saint Grégoire ? Quelle est son efficacité 
pour le soulagement des âmes du purgatoire ?» — Los Analecta juns ponti- 
ficii, t. XXVIII, col. 507-508, et le Journal du droit canon, 1889. pp. 40-41, 
donnent le texte du décret do la S. C. des Indulgences, du 2& août 1888, De 
Gregoriano missarum tricenario, qui ne permet pas d'appliquer les trente 
messes aux vivants. 

Le trentain est le perfectionnement du système, car saint Grégoire avait 
introduit dans son Sacramentaire deux messes « pro agendis defunctorum >» 
et « pro depositione unius dcfuncti » (Cari, Antiq, lib. miss. S. Greg. papœ). 
En cela, il se conformait à la tradition. Saint Ambroise, dans son oraison 
funèbre de l'empereur Théodose, parlait de trois sortes de messes : l'une pour 
un défunt ; une autre, pour plusieurs défunts, etla troisième, ^pour tous les 
déi'unts {Epkem, lit,, 1891, p. 8). 



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- 346 — 

Un religieux du monastère de Saint-André, sur le Cœlius, à Rome, 
que gouvernait alors saint Grégoire, révéla à son frère, peu de 
temps avant de mourir, qu'il avait recueilli en secret trois pièces 
d'or, contrairement à la règle qui exigeait le dépouillement complet 
de toutes choses. En conséquence, comme punition et pour servir 
d'exemple à la communauté, saint Grégoire le laissa mourir sans 
consolation aucune de la part des autres religieux et le fit ensevelir 
sans honneur. Mais, au trentième jour après son décès, ayant pitié 
de son âme qu'il supposait devoir expier sa faute dans le purgatoire, 
il ordonna au prévôt du monastère de célébrer, à l'intention du 
défunt, trente messes, pendant trente jours consécutifs. Quand la 
dernière eut été dite, le moine infidèle, mais purifié, apparut à son 
frère pour lui annoncer sa délivrance qu'il ne devait qu'au Saint 
Sacrifice. 

Ce trait, dont se porte garant saint Grégoire lui-même au qua- 
trième livre de ses Dialogues^ chap. 55, a fourni le sujet d*une gra- 
cieuse composition, sculptée sur marbre blanc, en 1469, au devant 
de l'autel privilégié de l'église deSaint-Grégoire. L'inscription latine 
fait allusion à la délivrance du moine Juste : Missis * triginia zanc- 
lV8 'Gregorivs animam • svi • monachi • liberavit. 

Ces trente messes, saint Grégoire ne les dit pas lui-même^ mais 
les fit dire par un religieux de son monastère. Aussi le pape est 
représenté à genoux, vêtu de la chape et priant devant un autel, au 
coin duquel il a déposé sa tiare et en face d'un crucifix. Derrière 
l'autel est une grotte creusée dans le roc, où Tâme du moine, 
humble et suppliante, expie son péchéau milieu des flammes qui la 
brûlent. Mais, à la prière du saint pape, on voit 'cette âme monter 
au ciel portée par les mains des anges. Le pontife est assisté d'un seul 
cardinal et près de lui voltige la colombe divine qui l'inspire et en 
a fait un des plus savants docteurs de l'Eglise. Près du pape, le do- 
nateur de l'autel et sa femme prient agenouillés. 

Du Cange a cité de nombreux textes relativement à la dévotion 
au trenlain *, qu'il appelle slussï messe de Saint Grégoire. Après avoir 

1. Sur le treotaîD, les messes de S. Grégoire et les autels Grégoriens, voir 
la Revue Bénédictine, 1893, p. 426. 

Je signale ici une variante inQportante,qui consiste à faire un trentain dans 
un seul jour en employant trente prêtres à la fois. En 1523, Astoul de Mont- 
mouré, du diocèse de Lavaur, « fixe à trente le nombre des prêtres qui diront 



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— 347 - 

donné sa définition, il énumère les auteurs qui en ont traité, puis 
expose toutes les variantes du mot. 

Missa S, Gregorii, qa» juxla ritum Gregoriaaum celebratur. Pauli 
Maffei epist., apad Marten., to. 3 Ampliss, collect,, col. 904 : Missas^ quœ 
vulgo saDCti Gregorii dicuntur, incœpimus. 

Tricenariam autem a B. Gregorio M. papa insfitutum feruntex iis quaa 
tradit lib. de Dialog,, c. 55. Vide qaœ de eo habent Âlcninus, De divin. 
offiCj cap. De exequiis mortuor, ; Amalarias, llb. 3, De ecclesiast, offiCy 
cap. 44; Durandas, lib. 7 Ration., c. 35, no 8 ; HaëffleDus, lib. 8 Disq. 
monast., tract. 1, disq. 4, etc. Qaomodo vero tricenaria a monachis exsol* 
verentur, vide in Antiquis staluHs Carlusiensib,,i part., c. 48, § i. 

Tricenarium, IricenariitSy ofiicium 30 missarum, quod totidem diebas 
peragitur pro defanclis, vel obventiones qa» obveniunt sacerdotibus ra- 
tione ejusdem oflicii. Martyrolog. Gorb. ms.yDe socielate Ecci, S, Medardi 
Suession. et S. Bertini cum Corbeiensi : El si brevis de defuncto eornm ad 
nos venerit, vel nostei^adeos^ slalimpercussa tabula^..,, agelur officium pro 
eoj deinde tricenarius, — Lanfrancus, in decretis pro Ord. s. Benedîcti, 
c. 5 de cantore : Cura brevium^ qui foras mitU soient pro defunctis fratri" 
buSf et cura numerandi tricenaria et seplenariaadeum pertinet, — Monas- 
licum Anglic, tome I, p. 150 : Pro fratribus defunctis hoc utrimque ser- 
vabilur,., Singuli fratrum 30 missas vel decem psalteria persolvent, — 
Jricenariu$ missarum, in meiropoii Remensi, lib. 3, p. 354. — Bemardas, 
in Ord. Giuniac., part, i, cap. 24: Siautem duoaut plures insimul sepulti 
fuerintf tricenarius quoque missarum et psalmorum et septenariuspluraliter 
pro ambobus celebrabilur . — Régula S. Stephani Grandimont., c. 5 : 
Tricenariuniy septenarium, annuale ^vel quodlibet prelium pro missa nomi- 
natim vobis oblatum nullatenus accipiatis, — Adde Raduif. .mon. in Vita 
Pétri ven,, abb, Cluniac, apud euradem Marten., to. i6Ampliss. collecL, 
col. 1198. 

Trigintale. Monastic. Anglic, t. II, p. 414 : Et domus facial celebrare 
trigentale pro anima ejus et pro animabus omnium benefactorum. Occurrit 
prseterea in Provinciali Cantuar., \ib.3, tit. 23, apud Wlii. Thorn . , in Chr., 
cap. 25, § 1. 

Tritennarium, Apud iElredum Rievailensem, in vita S. Edw, confess.y 
lib. 2, cap. 2 : Adhuc de more tntennarium pro rege celebrabatur officium 
(Du Gange). 

Du Gange n'a pas assigné de date à ces documents divers, qui 
concernent surtout le clergé régulier, moines et chanoines, soit 

des messes le jour de sa sépulture, de la fia de sa neuvaiae et du bout d'an, 
pour chacun de ces trois jours.... Il ordonne pareille aumône (de pain et 
de vin pour les pauvres) aux deux trentenaires que son héritière universelle 
fixera à sa volonté » {Albia christ., i%95, p. 260.) 



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pour leurs confrères défunts, soit à Toccasion de leurs associations 
de prières. Les moines imitèrent donc de bonne heure l'exemple 
donné par un des leurs, saint Grégoire. Le clergé séculier suivit, 
comme on le voit, par la cathédrale de Reims. 

Je vais grouper ici les documents que j*ai recueillis, par ordre 
chronologique, afin de mieux faire saisir la marche de la tradition 
du x** au xvu« siècle. 

922. Insigne esthac de re statutum capiluli S. Martini Turon., editum 
to.i Anecdot. Marlen., col'. 62 : « An.Dom. o cccc xxii,kal. juoii. Hortatu et 
suasione atque servilio cujusdam fidelis fralris gregis inclyli confessoris 

Cbristi B. Martini, Adam, sacerdolis et granicarîi staluerunt ejusdem 

gregis gcneralitor fratres... ut ex illo tempore,.. quandocumque aiiquis 
fratram ex eodem cœoobio obiisset, cantarent pro eo quotidie per xxx 
dies, post horœ primse expletnm capituluni, super altare dominicain 
proprlam missam, ad quam offerrent fratres generaliter,tam majores quam 
et minores^ in Ëucharistiam Christi, ut mos est, panem et vinum » (Ou 
Gange). 

105^. Triginiarim, Concilium Narbon., an. 1054, c. li : Monemusut 
nuUus laicorum in opus suum relineat primitias, ncqne oblaliones, neque 
trigintarios, qui recte debentur a clericls recipi pro /idelium defunctorum 
orationibus; sed clericis qui eisdem ecclesiis prœsunt, utendos relinqùat 
(Du Gange). 

1097. TrigintaU'um, Notitia an. 1097apudMarten., to. l.;Amp/. Collect,^ 
col. 56H : Nos autem pro anima ipsius Juîianse, in primo obitus sui annOj 
quinque irigintalia fecimus, (Ibid.) 

il 00. Trigesimalis» Goncordia inter canonicos S. Juliani et monachos 
S. Vincentii Genoman., an. circiter 1100, eod. to., eol. 580 : Promisimus 
qnoque illis pro defuncto illorum abbate unum trigesimalem, {Ibid,) 

1112. Le Cartulalre de Vabbaye de Talmont (Vendée) publie une 
charte de l'an 1112 environ, qui débute ainsi : « Comitissa Pictavo- 
rum, dum quadam vice in hoc castello demoraretur, petiit matri 
et patri tuo itemque patriet matri consulis a nobistrigenarium fieri 
missarum. y)(Mém. de la Soc. des Antiq. de rOuest, t. XXXVI,p.273.) 

1116. Tricesimale. Societas abbatiarum Sangerm. Paris, et Fiscamm.» 
an. 1116, in probat. Hist, Sangerm., p. xxxv : Ideoque decrevimusut pro 
fratribus nostris semel per annum tricesimale faciatis (du Gange). 

1140. Orioldis Gariofencis, pielati commun! commola, a domno ab- 
bate Giraudo anime sue aliquod beneficium fore post obitum poposcit. 
Qui ejus petitioni annuen8,trigeuarium missarum et vigiliarum et noroen 
ejus in martirologium cum pane et vino scribendum concessit (Cart. de 
Talmondy p. 324, charte de 1140). 



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— 349 — 

11&7. Item, (emporibus domnl Giraudi abbatis, Gauterius Chabot, in 

capitulum nostruin veniens, petivit ficrl tricesimum missarum ac vi- 

giliaram in conventu pro sainte sua et fratris sui defuncti et GauUerii 
Chabot avi su! et Pagani et Gandin! omnîumque parentumsuorum, quod 
ci libenlissime concessimus (Cart, de Talniondy p. 318, charte ^de 1147). 

1152. Si vero aliquiscapellano vel parochialisacerdoti nummos, Tinnm, 
annonam, vel etiamillud quod vulgo frontale appellat, reiiquerit, corn- 
mune habealur (Charte de 1152, dam /e Pastorale de la catk. de Paris), Du 
Cango ajoute : Trentale, id est pecnnlam quœ pro trenlenario adimplendo 
sacerdoti exsolvitur. Et quldem irenlel pro officio 30 missarum dixerunt 
Dostri. 

1171. Littera) Ridnlphi, prions de Carilate, ad canouicos S. Marlint 
Turon,, an 1171, tom. 1 AnecJ. Marten., col. 557: Prœterea statuimus ut 
omni anno post dominicam primam quadragesmw feria secunda,,,. anni' 
versarmn vestrum fiai pro defunctis videlicet canonicis in communi con- 
ventu solemnitcr et ipso die incipias tricenariumy quod annuadm persol- 
vetur, sicuti solemus faeere pro fratribus nostris, scilicet mîssas faciendo 
(Du Cange). 

1174. Trentenarium. Gaufridus Vosiensis in Chronico, I part., c. 65 : 
Inslituit ut ubicumque obiret monachus S. Martialis, fi,eret pro eo trentena- 
rium Lemovicœ per duas missas, Infra : Fiebat plenarie trentenarium Le- 
niovicœ, Hursum occurrit in charta capituli S. Martini Turon. ann. 1171, 
tom. 1 Anecd, Marten., col. 555 ei alibi. Ti^entainy galli dicunt eadem no- 
tione ; olim trenier, ut refert Borellus (Du Cange). 

1200. Conventio an. 1200, apud Fleureau, Hist. Blés,, p. 521 : Omnês 
tricenariiy aniiualiay sepùenaria in communem ambobus, prions scilicet et 
sacerdotis venient partitionem. (Ibid,). 

ifOO. Trigesimale, ChartBL an. 1200, t, 1 Ampl collect. Marten., col. 
1097: Celebrabunt anniversarium ejus cum classico. , et facient annuatim 
unum trigesimale pro eo. [Ibid,), 

i234r. Les abbayes de Solignac et de la Chaise -Dieu s*engngent récipro- 
quement à prier pour leurs défunts: c Si brevis qui pro defuncto fratce, 
ut solet âeri, congregationis alterius alteri deferatur, absolvatur in capi- 
tule et in ecclesia cum septem pœnitentialibus psalmis, omnia signa pu!- 
Baado et septem officia cum totidem missis. . . . friginta diebus... per- 
solvantur » (Bullet, de la Soc. arch. du Limousiny t. XLlll, p. 627). 

1243. Trigenarium, Charta an. 1213, ex archivis S. Victoris Massil. : 
Post vestrum obitum trigenarium faciemus, Chartul. S. Sulpitii fiituric, 
fol. 22 : Concedit omne fevum presbiterale, hoc est offerendam... confes- 
sioneSy vigiliaty irigenaria, — Tabular. S. Floreniii : VI non, maii inci- 
p émus trigenarium pro fratribus S. Me lanii Redon, — Pluries occurrit 
ibi, ut ex tom. ^ConciL Hispan., pag. 10 et 32 (Du Cange.). 

1245. Tridecennale. Charta an. 1245, e tabulario S. Martini Pontisar. : 
Ùdoni capellano vsol. paris, pro uno iridecennali, (Du Cange). 



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— 350 - 

1287. lia legeodum in Synodo Exoniensi, an. 1287, c. 21, pro triennale: 

Siatuimus insuper quod parocfdales presbyteri annalia veî triennalia non 
re'npianty per qux parochiales ecclesiœ careant offioiis debitis et quoli- 
dianis. Charta AdelaidU, comilisssB Beliimonlis et domin» de Gornaio : 
Postquam supradicta comitissa de hoc mundo migraverit et certi fuerint 
monachi de morte ejus, in craslino tricennale incipient et sic singulis an- 
nis, redeunte tempore anniversarii ejusy tricennale facient (Du Gange). 

Au xm« siècle, YObiluaire de S. Martial établit que des rap- 
ports de confraternité spirituelle furent réglés entre les abbayes de 
Saint-Martial de Limoges et de Sainte-Foi de Conques ; or, un des 
avantages fut un trentain pour chaque religieux décédé, c Notum 
sit omnibus quod domînus Willeimus, abbas sancti Harcialis, toto 
annuente conventu, in generali capituio, Helias Alboino et Willel- 
mus Kasqueri, monachi sancte Fidis de Conchis, ut sint monachi 
nostri tam corporaliter quam spiritualiter etubicumque decesserint, 
scribentur in régula et plenarium tricenarium habeant. » (Doçum. 
hist, sur la Marche et le LimouMn, 1. 1, p. 67). 

i*HlO. L'évéque d'Exeter, mort en 1310, avait prescrit plusieurs 
trentains : (c Ex legato defuncti xxiiij vicariis presbyteris m eccle- 
sia b. Pétri Exoniensis et xvj vicariis presbiteris in ecclesia S. Cru- 
cis^Critidone, pro ij tricennalibus celebrandis pro anima domini, 
per eorum quemlibet x li., videlicet cuilibet Y s. Item, magistro 
hospitalis S. Johannis et S. Marie Magdalene Bothonie, pro iii j tri- 
cennalibus celebrandis pro anima domini, X s. Item, magistris do- 
morum S. Katerine et S. Laurentii, B. Marie Magdalene et domus 
moniaiium Bristollie, pro viij tricennalibus celebrandis, xx s. ». 

XIV* siècle. Bocace, dons son Décaméron, parle d'une femme qui 
rapporte que plusieurs de ses parents, sa mère entr'autres, lui ont 
apparu en songe. « C'est pourquoi je voudrais faire prier pour le 
repos de leur âme et vous serez donc bien obligé de dire les qua- 
rante messes de saint Grégoire^ à leur intention, afin que le Sei- 
gneur les délivre des flammes du purgatoire ». 

1370. Le sculpteur romain Paolo di Mariano di Sezze, dans son 
testament, daté de 1370, fait cette recommandation : « Et jussit, si 
moriatur, corpus suum sepelliri in ecclesia sanclae Marise Arecœli, 

1. Il y a erreur sur le chiffre, qui a toujours été trente. Bocace n'a-t-il pas 
exagéré avec intention, par moquerie ? Cependant saint Âmbroise parle do 
quarante messes, d'après les Ephemerides liturgicœ. 



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— 351 — 

cui ecclesiae proejus anima et jure sepulturse et quod debeant fra- 
tres dicti conventus pro anima sua celebrare missas sancti Gregorii 
reliquit florenos in Urbe currentes decem » {Archivio storico di Bo- 
rna, t. IV, p. 310). 

i3d5. Trecenarium. Gharta an. 1385 e Charfalario S. Joh. Angeriac, 
p. 458 : îslse pauperum procuraliones vel trecenaria debent fieri in audi- 
torio diebus superius annolatis. > (Du Gange). 

1391. Trîcennale. fiadem nolione in Provinciali Cantuar. , llb. 2, tit. 6, 
llb. 5, lit. 2 ; in Synodo Londinensi, ann. 1391, apud Willelmum Thorn., 
in CAr., cap. 20, §5, c. 21, § 10; in slatulis ordinis de Sempringham, 
p. 780 ; in veteri charta apud Lobinell., to. 2 Hist. Britan.^ col. 225. (Du 
Gange). 

xiv« siècle. « Nous lisons, dans la Vie de saint Vincent Ferrier, 
qu'une de ses dévotions était de célébrer trente messes sans inter- 
ruption pour le repos de ceux qu'il avait perdus. Ainsi en usa-t-il 
à regard de sa sœur. Ainsi en use-t-on dans un certain nombre de 
communautés religieuses dominicaines pour les sœurs défuntes » 
{V Année dominicaine, mai 1889). 

1401. c Sire Guillaume Alorge, maire et cappitaine de la ville de 
Rouen > fondait c m messes, Tune de S. Laurent, l'autre le jour de 
Penthecauste et l'autre le premier lundi de la quarantaine» (Bultet. 
de la comm. des antiq. de la Seine inférieure, t. X, p. 83). 

1439. « Item, ordino, ad remedium anime mee, celebrari missas 
Sancti Gregorii in ecclesiis infrascriptis, yidelicet : sancti Luce, 
sancti Dominici de Castello, sanctorum Johannis et Pauli, sancti 
Francisci a Vinea de sancto Ërasmo, sancte Agnetis, sancti Pauli, 
dando ducatum unum auri pro qualibet ipsarum ecclesiarum. » 
{Testament du peintre Jacobello del Fiore, Venise, 1439). 

1447. Pierre de Béchillon inscrivait, dans son testament, ces 
deux clauses relatives à deux sortes de trentains, l'un de trente 
messes le même jour et l'autre de trente messes consécutives : 

item, je veuls et ordonne que, au jour de ma sépulture, au jour de mon 
service et au jour de mon annan (anniversaire) soient dittes et célébrées 
en ladite église d'Ëpannes (dioc. de Poitiers) pour le salut de mon âme, 
c'est assavoir à chacun desdicts jours, trente messes avec les vigiles des 
morts et autres divins offices en tel cas accoustumés... Item, veulz et or- 
donne que tanstoust après mon trespas, le plus bref que faire se pourra, 
soit dit et célébré en ladite église d'Espanoes, aodit autel de Madame 



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— 352 — 

sainle Katerine, ung Irentenaire de trente messes, ainsi qu'il est accous^ 
tumé de faire en tel cas, pour lesquel dire et célébrer je ordonne esire 
choisi et eslea messire Pierre Caillolc, prestre, mon filiou, sUl luy plaist 
en prendre la charge et pour icclluy faire, je ordonne à luy eslro payé 
pour son salaire la somme de trois escuz d'or. El vculz et ordonne que 
il ayct en mon houstei sa provision do boyre et de mcnger pendant le 
temps qu'il fera ledit Irentenaire (Rev. Poilev., 1889, p. 270). 

1448. « Item, je voel et ordonna ung trenlel do messes eslre die 
tes et célébrées pour l'âme do my, le plus brief que faire se pourra». 
{l'cstatn, de i44S^ dans le Carlul. de Corbie^ ap. Du Gange). 

1495. iMathurinde Béchillon, fils atné de Pierre, régla par son tes- 
tament, le 6 décembre 1495, qu'il aurait, lui aussi, sa sépulture dans 
l'église d'Epannes,... ordonna quetrente messes seraient dites parles 
prêtres de plus sainte vie qui se pourraient trouver, à chacun des- 
quelsseraîent donnés trois sous tournois » {Rev. Poit,, 1889, p. 271). 
L'analyse donnée par M. Bouiilet est insuffisante, il fallait citer le 
texte même du testament. Il n*est pas indiqué quel jour se diront 
CCS trente messes, probablement c'est celui de Tobit ou sépulture. 
Ici encore le Irenlain est abrégé et réduit à un jour, mais trente 
prêtres y ligurent à la fois. 

UHystotjre et plaisante cronicque du pcl'U Jehan de Sainlré, au 
chapitre LXIII, parlant de son retour à Paris, après ses prouesses 
contre « les infidelles », dit que les chevaliers ses compagnons fu- 
rent présentés avec lui au roi, qui leur fit ce petit discours : 

Mes amys, Nostre Seigneur soit loué et sa 1res benoiste mère, quant à 
tel honneur et joye estes retournez et veuille Dieu pardonner aux âmes de 
ceux qui y sont demeurez, ainsi que, selon nostre sainte foy, le doTons 
croire, et qu1ls sont sauvez; mais, afiia que Nostre Seigneur veuille dé- 
livrer leurs âmes des painesde purgatoire et les mcctre en repoz et en 
son très glorieux royaulme de Paradis, nous voulons et ordonnons que, 
aux vespres, nous soyons tous à Nostre-Dame, et ferons dire les vespres 
et vlgilles des mors et demain les recommandacions et solempnelles 
messes que Tévesque dira ; et par toutes les aultres églises seront dictes 
messes de Requiem, par tant qu'il y viendra de prebstres ; si vous prie 
que tous y soyons, lequel service voulons et ordonnons estre ainsi par 
trente jours continué (Edit. Gulchard, Paris, 18^3, p. 208). 

On les fêta par un « soupper » ; « dont furent aucuns qui, après 
que les tables furent ostées, parlèrentde dancer; laquelle chose ou ye^ 
le roy et la royne dirent que, pour Tamour des trespassés,dont Ton 



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— 353 — 

ne devoit mye eslre joyeulx, jà n*y serait chanté ne danccs faites; 
mais, pour le matin estre tous à Tégliso, demandèrent les espices 
et le vin de congié ». 

Le Sacerdotale Romanum, dont la première rédaction remonte 
au pontificat d^Alexandre Yl, à Farticle de la Confessio infinni^ a 
cette rubrique : 

Et si quod invenerit quod obligalus sit satlsfacere, si potest satisfaciat 
et faciat eum suam condere Icftlamentam et doraui sue disponere, déci- 
mas débitas Ecclesie, ubi hoc fieri consuevit, dimittere et partem aliquam 
sue facaltalls in redemplionem suorum peccatorum legare studeat Ëc- 
clesie vel pauperibus et missas bea(e Marie, que sunt numéro 9, et mis- 
sas beati Gregorii, que sunt numéro 30 et alias liujusmodi pro se cele- ^ 
brari lacère. 

1507. La seconde femme du peintre Aotonazzo, de Rome, deman- 
dait, par son testament, en 1507, une messe àTégliso de saint Gré- 
goire: « Reliquit unum duc. pro una missa ad S. Gregorium pro 
anima sua ». {Arch. stor. di lioma, 1883^ p. 25). 

1507. c( Item, volo et ordino celebrari dcberi missas beatissime 
• Marie et sancti Gregorii pro anima roea. » {Teslament du peintre 
Genlile Bellini^ Venise, 1507). 

1517. « Tri^in/awarium. Testam. ann. 1517, ex schedis D. Au- 
bret : Vult unum triginlanarium missarum fieri absque interrup^ 
lione et in qualibel missa offerri panem, vinum et candelam, ut 
morisesty et illo trigintanario finito, aliud fiât (Du Gange). 

1521. Le 2 janvier, MaricAubry fondait, à Sainte Croix d'Angers, 
un (n trentain », dont « troys messes à notes, diacre et soubz-diacre 
et offerte ». 

1522. Le 26 janvier, Perrine Colin, par son testament, demandait 
deux trentains, qui devaient être célébrés dans Téglise de la Bau- 
mette, près Angers, par les franciscains qui la desservaient. 

1527. En 1527, Jérôme Calalani fit un legs à l'église de Saint-Mi- 
chel de Bologne, à la charge que, chaque mois, on appliquera à son 
mtention les trente messes dites de saint Grégoire. 

1528. Marie de Sénac règle, dans son testament, la «fixation 
d'honoraires pour plusieurs trentenaires de messes ». (Bull, de la 
Soc. arch. du Midi, 1889, p. 78). 

1528. i Item, volo quod in remediurn anime celebrentur misse 

T. XII. 23 



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— 354 — 

Virginis Marie cl divi Gregorii, cum elemosina consueta » . ( Testa- 
ment de Palma Vecchio, Venise, 1528). 

(532. Le testament de Jean Vareîlles, en date du 48 février 1532, 
est ainsi analysé par VAlôia chrisliana, 1896, p. 149 : « Pai* amour 
de Dieu et en vue d*aumône pour son âme et tous les fidèles défunts 
de sa parenté, led. testateur a légué dix trentains de messes à dire 
dans Téglise du Truel ou de Plaisance. A la fin de chaque trentain 
et pour chacun, il sera donné deux livres tournois. » Il eût été pré- 
férable de donner le texte même do cette curieuse disposition. 

xvi^s. Le Bulletin archéologique doHontauban imprimait en 1896, 
p. 32, à propos d'un document de la première moitié du xvi« ûk- 
•cle : i Aux nombreux trenlenaires ou annuels de messes que les 
fidèles faisaient célébrer, avait lieu, à Toffertoire, Toffrande de 
pain, vin et cierge allumé; les riches mourants léguaient trois ou 
quatre sctiérs de froment et seigle et une ou plusieurs pipes de vin 
à distribuer aux pauvres. » 

1533. Le « compte des dépenses occasionnées parles obsèques de 
Gilles do Porcon, seigneur de Bonnefontaine, décédé le 15 janvier 
1533 et inhumé le lendemain en Téglise paroissiale d'Antrain >, 
porte, entr'autres, ft la solennité du Irentain, consistant en trente 
messes chantées à diacre et sous-diacre ». (Bull, de la Soc. arch. 
d'Ille-et-Vilainey 1888, p. xcn). 

1534. Jacques do Cleraunay, curé de Disse et de Pisieux, au dio - 
cèse du Mans, décédé en 1534, prescrivit, dans les deux églises dont 
il était titulaire, un trentain solennel, c'est-à-dire de messes chan- 
tées el célébrées par quatre prêtres différents : « Item, qu'il soit 
dict et célébré en chacune des églises de Disse et de Pisieux un tren- 
tain solennel par quatre prêtres » {La Prov. du Maine, 1896, 
p. 118). 

1580. « Pijr son testament du 30 mars 1580, Françoise Duverne, 
veuve de Jean Fonlenay, choisit sa sépulture en la voste de la cha^ 
pelle de Fonlenay^ en Vesglisé Saint Cire... Enfin, veut et ordonne 
ladite dame qu'il soit dit et célébré en icelle chapelle de Fontenay 
ung tranienier de saint Grégoire^ léguant au prêtre qui dira le tren- 
tenier 4 écus soleil. » (Boutillier, Mém. sur les anc. vocables des 
autels et chapelles de la cath. de Nevers, p. 43.) 

1697. Le cartulairo paroissial de Souday (Loir-et-Cherj contient 



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— 355 — 

trois fondations. En 1897; une veuve lègue « 10 sols pour entretenir 
les messes des trépassés i ; en 1615, un « marchand » laisse « une 
rente de 30 sols à la boeste des trépassés pour entretenir les messes 
des trépassés »; en 1625, « 100 sols de rente » sont aRectés « pour 
entretenir à faire dire la messe des trépassés » (V/nstitut des fastes 
du Sac7'é'Cœur, 1890, p. 253). 

1G57. Après l'assassinat du marquis Monaldeschi, à Fontainebleau, 
mort le 6 novembre^ furent célébrés deux trentains, par ordre de 
la reine Christine de Suède, en deux fois, par trente prêtres chaque 
fois. 

Et le 14", à dix heares du matin, le service solennel fut célébré en 
réglise paroissiale d'Avon, où ledit marquis est enterré, où tous les près- 
très dudit lieu assistèrent et dirent la saincte messe et le supérieur (des 
Trinitaires) chanta la dernière du service... auquel trentain il y avoit un 
assez honneste luminaire. Et le lundy IQ'», tous les religieux dirent la 
sainte messe les uns après les autres en la grande église du bourg (Fon- 
tainebleau), à l'autel privilégié et entre eux continuèrent un trentain, à ce 
qu'il plaise à Dieu de mettre Tâmedu deffuct en son saint paradis. (Gioni. 
arald.y t. XVÏ, p. 197.) 

1677. « Le 27 mars 1677, honnête femme Claude Cousin, veuve 
de maître François-Alexandre..., fait son testament... Item, veut 
que son manteau et sa juppe de camelot noir soient vendus pour 
en être employé le prix à faire dire un trantinier pour le repos de 
son âme.» (Boulillier, Arch. paroiss, de Nevers, p. 230.) 

xvui^siècle A Notre-Damede Vire, en Normandie, la communauté 
des prêtres se faisait un casuel avec les « services des trentains et 
anniversaires que les particuliers font faire à la mort de leurs pa- 
rents et qui se font tous à cette confrérie », dit un manuscrit du 
siècle dernier. 

XX. — La locution messes de saint Grégoire indique simplement 
une origine, non une forme déterminée. Les trente messes ne fu- 
rent jamais célébrées en Thonneur de saint Grégoire, c'est-à-dire 
qu'on ne l'invoqua pas spécialement à cette occasion ; ce ne fut ni 
la messe d'un confesseur ni plus tard celle d'un docteur. 

On peut faire deux hypothèses : ou la même messe se répéta 
pendant trente jours consécutifs, ou cette messe varia chaque 
jour. 

La première supposition ferait croire à une série de messes de 



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- 356 — 

Requiem, Est-ce ainsi qu'agit saint Grégoire? Nous Tignorons abso- 
lument; ultérieurement, quand la liturgie eut été plus régulière- 
ment constituée et surtout rubriguée, céldi parait impossible, car les 
dimanches et les fêtes occurrentes auraient été un obstacle sérieux 
à la continuité de la messe mortuaire. Tout au plus, peut-on ad- 
mettre, pour le premier trentain, celui qui suit immédiatement la 
mort, trois messes de Requiem aux quatre jours de la déposition, 
troisième, septième et trentième, qui sont reconnus oflicielloment, 
en pareil cas, comme jours privilégiés ^. 

Ferraris, dans sa Prompia Bibliotheca, v** Missa, t. V, p. 489, a 
parfaitement établi que les trente messes de saint Grégoire ne sont 
nullement défendues par la Sacrée Congrégation des Rites; qu'elles 
ne sont pas nécessairement do Requiem^ qu'elles peuvent être dites 
par différents prêtres qui se succèdent et qu'enfin, tout en requé- 
rant la continuité sans solution, il y a parfois impossibilité maté- 
rielle à l'obtenir, comme il arrive aux trois derniers jours de la Se- 
maine Sainte, cas spécial prévu et autorisé par Benoit XIY ^. 

Reste alors la seconde hypothèse de messes variables. On peut 
songer tout d'abord à la messe du jour, fête ou férié, avec applica- 
tion de l'intention au défunt, mais il parait qu'il n'en était pas ainsi. 
En effet, j'ai trouvé, aux archives de la mairie de Jarzé (Maine-et- 



i. Tcllo osi la rubrique du missol, à la messe IndieobltusseudeposUionisde- 
fuîicii: «. In die tertio, septimo et trigcsimo deposilionis dcfuDCti, dicilur 
inissa ut supra, exccplis oralionibus quœ dicunlur ut infra. » Amalaire ins< 
crivait déjà le troisième, le septième et trentième jour : « Non opiner ut ali- 
quis velit dicere quod non liceat nobis orare quotidie et sacriûcare Deo pro 
mortuis, scd quod agitur in lerlia, septima et Irigcsima die, publiée agilur. » 
{DeeccLof^.Jib. Ilf, cap. 44.) 

Pour le trentième jour en particulier, nous avons deux textes très anciens, 
l'un de saint Ambroisc et Taulre de saint Epbrcm le Syrien, que citent les 
Ephemerides Uturgicas^ 1891, p. 7 : « In Deuleronomio scriptum est quia 
pjanxerunt Illii Israël Moysen dicbus Irigintaet consummali suutdies luctus; 
ulraque crgo observalio habet auclorilatcm qua necessarium pielalis imple- 
lurofficium. *> {Orat, de obilu Theodos,)— • Cum trigesimum dîem comple- 
voro, mei memoriam faciatis,mortui enim bencilcio officiuntur in oblationibus 
recordalfonum sanctorum viventium » (Teslam.S.Ephrem), 

2. Cette doctrine a été sanclionnée par le décret rendu pour Beaune, le 14 
janvier 1839, par la Sacrée Congrégation des Indulgences {Œuvres complèteg, 
t. IV, p. 494). Les Prémonlrés, qui ont cherché à rétablir la dévotion du tren- 
tain à Tabbaye de Saint-Michel de Frigolet, en tirent ces conclusions : Ces 
messes se disent « sans mémoire de saint Grégoire ». pas par le mémo prêtre 
obligatoirement », « pendant trente jours, sans interruption aucune • et « sur 
des autels dilTércnls, à volonté ». 



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- 357 — 

Loire), un document de Tan 1620, signé du nom du curé, qui 
prouve que ces (rente messes suivaient un ordi*e déterminé. C'était 
une sélection faite dans le missel et où défilaient les messes princi- 
pales, depuis le premier dimanche d'Avent jusqu'aux messes du 
commun et même votives. 

L'ordre adopté Tut celui-ci, et on s'autorise de l'institution de 
saint Grégoire, bien qu'à cette époque certaines messes n'exis- 
tassent pas encore, comme celles delà Trinité et de l'Assomption : 

1. Premier dimanche d'Avent. 2. Jeudi avant Noël. 3. Vigile de 
Noël. 4. Noël. 5. Saint Etienne. 6. Saint Jean évangéIiste.7.Saints 
Innocents. 8. Octave de l'Apparition. 9. Purification. 10. Septuagé- 
simè. 11. Cendres. 12. Passion. 13. Rameaux. 14. Résurrection. 
15. Tribulation. 16. Ascension. 17. Pentecôte. 18. Trinité. 19. Saint 
Jean Baptiste. 20. Saints Pierre et Paul. 21. Assomption. 22. Nativité. 
23. Saint Michel. 24. Toussaint. 25. Morts. 26. Apôtres. 27.Evangé- 
listes. 28. Martyrs. 29. Confesseurs. 30. Vierges. 

Sur ces trente messes, se succédant comme dans le calendrier, 
il n'y avait donc qu'une messe' de Hequiem et encore parce qu'elle 
faisait partie du cycle liturgique et se référait au lendemain de la 
Toussaint. 

On remarquera, à la suite de ce document, une nouvelle série 
do trente-trois messes, établies par Zachée ou saint Amadour,vénéré 
àRocamadour. Elles sont, en général, par groupes et se terminent 
par trois messes des morts. Je me demande comment le fondateur 
de cette dévotion^ qui vivait au premier siècle, a pu direune messe 
de sainte Marguerite^ qui vécut au troisième. La légende abuse un 
peu trop de la crédulité des fidèles. 

1620. H3S sunt misste qua$ sanclus Gregorius celebravit sine intermis 
sione aliarum. 
Prima de Adventu : Ad te levavi. 
Secunda de feria V ante Nativitatem Domini : Rorate. 
Tertia de vigilia NalivUatis Domini ; Hodie scietls. 
Quaria de die Ncttivilàtis : Puer. 
Quinta de sanclo Siephano : Et enim. 
Sexia de sancio Johanne evangelisla : la niedio Ecclesle. 
Sepiima de Innocentibus : Ex ore infautiura. 
Oclava de Âparutione ^ : Ecce advenit. 

1. a Apparilio, Epiphania. Ordo ofiicii Gothici, lo. III. Collect. conc, Ilisp.^ 



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- 358 - 

iX* de Purificatione : Sascepimus. 

X*^ de Sepluagesima : Gircuradederunt. 

Ji* de Cineribus : Misereris. 

Xf/* de Passione : Judica. 

J/ir* de ramis palmarum ; Domine, ne longe. 

XIIH* de Resurrectione : Resurrezi. 

XV^ de tribulaiione : Salus populi. 

XVI'' (de Ascensione) : Viri Galllei. . 

XVI l^ de sancto SpirUu in die Pentecoslen : Spiritus Domini. 

XVIII" de Trinitate : Benedicla. 

XiX^ de sancto Jokanne Baptisla : De ventre. 

XX'' de sancto Petro et Paulo : Nunc acio. 

XXl^ de Aisumptione Virginis Marie : Gaudeamus. 

XX II'' de Nalivilate ejusdem gloriose : (Salve, sancta parens.) 

XXI U^ de sancto Michaele : Bénédicité. 

XX fin* de omnibus sanctis : Gaadeamus. 

XX V de Morluis : Requiem. 

XXVl" de apostolis : Mihi uutem. 

XXV II" de evangelistis : In medio Kcclesie. 

XXVI II" de martyribus : Sapienliam juslorum. 

XXIX" de confessoribus : Sacerdotes. 

XXX" de virginibus : Dîlexisli K 

Ci s'ensuit la déclaration et le nombre des messes que Monsieur saint 
Amador dist pour son père et pour sa mère. Et premièrement, sept mes- 
ses de Notre-Dame, trois messes de la Trinité, et une du Saint-Esprit, et 
une de sainte Marguerite,ct six de la Magdeleine^ et troys de saint Michel 
l'ange, et quatre des Âpostres et une des Evangélistes et une de Sainte 
Croix, et une des Martyrs et une des Confesseurs, une des Vierges et 
troys des Trespassez, et les devront faire dire lous les bons Xpestiens 
pour leurs amys trespassez, car nul ne scauroit nombrer ce qu'elles val- 
lent et incontinent que saint Amador les eust dictes, sa mère s'en alla 
tout droict en paradis, et le vingt remercier et payer. En dlst autant pour 
son père, qui fut pareillement délibvré et feut porté des (anges?) en la 
gloire du Paradis, en laquelle nous veille conduire le Père et le Fils et 
le benoist Saint Esprit.— Pierre Micubl^ curé de Jarzé. 

Nous pouvons remonter jusqu'au xvi*= siècle pour une formule 
à peu près identique que m*a copiée le chanoine Boutillier, 
dans le Missel d'Autun de 1556, qui est intitulé : Sacrorum codex 

p. 26 : Noiandum est.,, Apparîtionem... idem esse cum Epiphunta. » (Du 
Ca go.) 

i, « Les ancicos missels du xvi* siècle indiquent toujours l'ordre des 
messes pour le Trigenarium beati Gregorii papa?. » (Boutillier, VocableSf 
p. 43.) 



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- 359 - 

(vulgo missale nuncupatus) juxta ritum Ecclesie Heduensisy optimo 
ordine nunc demiim multo quam antehac unquam castigatior, in lu- 
cem emissus. In quo prœter veram verborum dlslinctionem^ ortho- 
graphiant ac prosodiaruy nihil eotam quœ ad sacra peragenda per- 
tinere videntury desiderare possis, 1S56. 

Aq dernier folio, numéroté ccxxii, se lit le Trigenarium grégo- 
rien, dont les messes se suivent ainsi, comme il se pratique à Rome, 
dans Téglise de Saint-Sébastien * : i. Premier dimanche de TA vent. 
2. Noël. 3. Saint Etienne. 4. Saint Jean évangéliste. 5. Saints Inno- 
cents. 6. Epiphanie. 7. Octave de TEpiphanie. 8. Purification. 
9. Septuagésime. 10. Premier dimanche de Carême. 11. Second di- 
manche de Carême. 12. Quatrième dimanche de Carême. 13. An- 
nonciation. 14. Dimanche des Rameaux. 15. Jeudi Saint. lH, Pâ- 
ques. 17. Ascension. 18. Pentecôte. 19. Trinité. 20. Premisr di- 
manche après la Pentecôte. 2i. Second dimanche. 22. Saint Jean- 
Baptiste. 23. Saints Pierre et Paul. 24. Sainte Madeleine. 23. Saint 
Laurent. 26. Assomption. 27. Sainte Croix. 28. Saint Michel. 
29. Saint Grégoire ou de tous les Saints. 30. Morts. 

Il n'y a donc qu'une seule messe des morts, la dernière et Tavant- 
dernière est, à volonté, de tous les saints ou de saint Grégoire, qui 
le mérite bien. La rubrique se recommande de Tusage romain, 
qui comporte la confession, puis avant la messe, une prière à 
TBsprit Saint, un nocturne de TofOce du jour, les sept psaumes de 
la pénitence; après la messe, les vigiles des morts. Si l'on préfère, 
chaque jour, on jeûne et Ton récite le psautier jusqu'au />iari/ />orwinws. 

SecuDdum usum romaDum, trigenarium beat! Gregorii pape seqaitur : 
quodquicumque dixerit vel dici fecerit, obliaebil très annos et très qua- 
dragenas indulgenliarum per dominum Inoocentium Papam datarum. Et 
primo débet sacerdos, qualibel die qua ipse est celebraluras, invocare 
graliam Spirilus Saucli : et deinde dicere nocluroum illius diei, deinde 
septem psalmos pœnitenlialcs cum precibus et sequenlibus orationibas ; 
poslea vero quam célébra verif, dicat vigilias morluorum, et hoc omni die 
cum magna devolione et suorum peccatoium confessione. Aliqui vero 
dicunt (otum psallerlum asque ad psalmum Dixit Dominus Domino meo, 
\n vesperis de dominica, et jejunant omni die. Tamen, secundum Roma- 
nam Ikclesiam, iu sancto Sebastiano Romse, Missse sunt sequenles : 

1. Voir sur l'autel privilégié de Saint-Sébastien mesŒuvres complètes, iA^, 
p. 200. 



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— 360 - 

Prima missa dîcU Trlgenarii débet esse de Domiuica prima Âdvenlus. 

Secunda, de Nativitate Domini. 

Terlia, de Sancto Slephano. 

Quarta, de SaDclo Johanne Evangelista. 

Quinta, de Innocentibus. 

Sexta, de Epiphania. 

Seplima, de Octava Regum. 

Octava, de Purificatione Bealse Mariaa Virgiais. 

Nona, de Septuagesima. 

Décima, de Dominica prima Quadragesimse. 

Undccima Missn, de Dominica secunda Qaadragesimse. 

Duodecima, de Dominica quarta Quadragesimse. 

Decimaterlia» de Annunlialione bealse Mari» Virginis. 

Decimaquarta, de Dominica in Bamis palmarum. 

Decimaquinla, de Cœna Domini, 

Decimasexla Missa, de Rcsurreclione Domint. 

Decimaseplima Missa, de Ascensione Domini. 

Decimaoctava Misea, de feslo Penlecostes Domini. 

Decimaoona, de festo Trioitalis. 

Vicesima, de Dominica prima posi Penlecosten. 

Vicesima prima, de Dominica secunda post Penlecosten. 

Vicesima secunda, de Sancto Johanne Baplista. 

Vicesima tertia, de Sanctis Pelro et Paulo. 

Vicesima quarta, de Sancta Maria Magd.ilena. 

Vicesima quinta, de Sancto Laurentio. 

Vicesima sexla, de Assumptione beat» Mariée Virginis. 

Vicesima septima, Missa de Sancta Cruce. 

Vicesima octava, de Sancto Michacle. 

Vicesima nona, de Sancto Gregorio vel de omnibus Sanctis. 

Ultima, de Mortuis. 

M. Boulillier m'ajoute ces autres renseignements : 

Un autre Missel de la fin du xvi* siècle, qui était à Tusage de l'abbaye 
de Saint-Léonard de Corbigny (aujourd'hui diocèse de Ne vers), met aussi 
au dernier folio Tordre des messes : 

cincipit trentenariwn B. Gregorii papse. 

« Quod quicunque dixerit. .. ohilnehli plure s annos et quadragenas. 

cTrenlonarii hujusin sancto Sebastiano Roma3 Miss» sunt istse scquen- 
les... Et in omnibus pra3dictis Missis lit secunda oratio pro defuncto vel- 
defuncta. i 

Je ne trouve pas mention du Trigenarium dans le missel àHAutun de 
1530, ni sur celui de Troyc$àQ 15â5, ni sur celui de Nevers de 1605. 

A Corbigny, c'est encore l'ordre ('établi à Saint-Sébastien qui sert 
de règle, mais les indulgences restent dans le vague : on secontente 



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— 361 — 

de dire plusieurs années et quarantaines, tandis qu'à Autun on dé- 
clarait que trois ans et trois quarantaines avaient été concédés par 
un pape du nom d'Innocent. 

En 1628^ ces mômes messes étaient sévèrement prohibées par la 
Sacrée Congrégation des Rites, qui fit confirmer son décret par Ur- 
bain VIII: 

Urbis. — Occasione liberculi impressi cum ïïiBCi\]^{ioùo: Slato deW anime 
del purgatorio, compositi per P. Martinum de (loa, Societatis Jesu, in 
Urbe, apud Frauciscum Gavallum, fuit a S. R. G. petilum : An iula conn- 
cientia et licite possent recitari Alissse S. Gregoriiy ascendeotes ad nume- 
rum 48, modo et forma in dlcto libelle supplici dcscripla, ellam iu diebus 
festivis?... 

Sacra Rituum Congregatio, ad iollendos abusas qui variis in locls ir- 
repserunt, re mature discussa, censuit et decrevit :... 

Missas item qu» clrcumferuntur, a S. G. non approbatas, S. Gregorii pro 
vivis et defunctis, quindecim auxiliatorum et de Pâtre seterno, et quas- 
cumque alias... prohibuit, rejecit omnino et damuavit respective et pro 
prohibitis, rejeclis et daraoalis haberi voluit... 

Et ne prsBmissorum ignorantia possit ab allquo prselendi nequc oblivio 
possit ullo unquam tempore irrepere, eadem S. G. volait et ordinavit dé- 
créta hujusmodi afûgi in sacristiis omnium ecclesiarum,tam ssecularium 
quam regulariam, eliam palriarchalium^metropolltanaram, cathedralium, 
coliegiatarum et aliaram quarumcumque, in eisque perpeluo asservari. 

Fada demum rclatione horumdecretorum S3. D. N. Urbano papae Yill, 
ea laudavit, approbavit atque ab omnibus ubique sub pra)iliclis pœnis 
servari prœcepit. 

Or les peines portées contre les contrevenants sont celles mêmes 
de rindex : « Quo vero ad utentes supradiclis missis, sub aliis pœ- 
nis contenlis in Indice librorum prohibUorum ex decreto Goncilii 
Tridentini edito, etc. *. >) 

XXI. — La seconde inscription cimétériale de saint Léonard * 

i. X.B.dc M. CoUect. des déc, auth. de la S, C, des Rites, t. Il, p. 219, n» 1507. 

2. M. Vatlier m*écrit : « Cette piorrc doit venir de Tancienno église do Suinl- 
Rieulo, de Senlis, démolie en 1793 et, depuis ce temps, gardée dans la cuisine 
d'unile mes paroissiens. J'ai pu l'obtenir, il y a quelques années; je l'ai alors 
fait restaurer et sceller contre un mur dans mon église. La gravurearaalheu- 
rTîusement souffert d'un côté, la pierre est quelque peu usée. Ce qui m'intéresse 
plus encore quo la scène représentée, c'est l'inscription et l'indulgence qu'elle 
indique. J'avais prié un père Marisle, qui est le procureur de sa Congrégation 
à Rome, de vérifier le texte derrière 1 autel de Saint-Pierre. Il l'a sans doute 
oublié, et j'ai réfléchi depuis quo l'indication se rapporlait nécessairement à 
i'ancieonc basilique Valicane, puisque la confession, aujourd'hui, est adossée 
au mur et quo, s'il y aune inscription derrière rauloi, il est impossible de la 



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— 362 — 

est gravée en gothique carrée. Eq voici la teneur^ dégagée de ses 
abréviations : 

Geste oroisoD fut trouuee derrière lautel saint pierre de Romme ou il 
est escript que quiconques la 

dira quant il passera parmi aulcuo cimetière auec pater nosler et aue 
maria il gaignera autant 

dans de pardoo quil y a de corps enterrez en icelle depuis leure qaele 
fut constituée iusques a 

leure présente Et ce donna et octroia le pape Jehan XXlf« Et cecy ont 
conformé les papes en 

suiuans Et donne cent ans de pardon a tous ceulx et celles qui la di- 
ront 

Âuete omnes anime fidèles quarum corpora hic et ubique requiescunt 
inpulvere dominus noster 

Jhesus xpistus qui vos Redemît suo precioslssimo sanguine dignetur 
vos a pénis liberareetjnter 

choros suorum sanctorum angelorum collocare ibique nostri memores 
suppliciter exorare ut vobis 

associemur et vobiscum in celis coronemur. Noniniresin iudiciumcum 
animabus seruoruni tuorum 

domine. Quia noniustificabiturincoospectu tuo omnis vivens. Oremus. 
Oracle 

Domine ihesu xpiste salua et liberacio fîdelium animarum qui non ve* 
nisli animas perdcre sed saluare 

et dare animam luam in Redempclonem pro mullis Jmmensam clemen- 
ciam tuam ac ineilabilem raisericordiam 



vérifier. En allant à Rome, au mois d'octobre 1887, j*ai demandé au vice-ar- 
chiviste de Saint-Picrro de chercher si Tindulgenco était encore valable. 11 m*a 
répondu affirmativement. Je l'ai prié alors de compléter l'oraison, car, comme 
vous pouvez le voir sur la photographie, la pierre a été coupée. Il me Ta pro- 
mis, mais je n'ai encore rien reçu. » 

Lors même que l'indulgence serait authentique, ce dont je doute très fort, 
elle ne serait plus valable depuis la suppression totale des indulgences anté- 
rieures parle pape Paul V, au commencement du xvii« siècle. 

Dans une autre lettre, M. Yatticr ajoute : t La pierre, comme vous le pen- 
sez, n'était pas une pierre tombale. Elle devait être placée soit dans l'église 
Saint-Rieule, soit dans le cimetière qui l'entourait et qui a été, comme l'é- 
glise, supprime à la Révolution. Cette dernière hypothèse est encore corrobo- 
rée par ce fait qu'au cimetière actuel il y a une inscription du xvi* siècle, en- 
castrée dans te mur près de la porto, mais qui est toute simple. Cependant, 
la pierre me semble bien conservée, pour être restée si longtemps à Tinjure 
du temps. Elle n'a été usée, à mon avis, que par les chaussures des cuisiniè- 
res, prés du four à charbon où on l'avait reléguée. » 

La table de pierre pouvait être en dehors de l'église, sans pour celaètre expo- 
sée au grand air, par exemple si elle était abritée sous un porche ou ballet. 



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i 



— 363 — 

tuam hnmililer Jmploramus ut animas omninm fideliom deffunctorum 
in pénis purgatofii cruclatas 

misericorditer Respicere digneris et que juste pro peccalis afOiguntur 
tua benignissima pieiate 

Uberentur subueniatque lllb tua miserieordiaquas in precioso sanguine 
tuo Redemisti Et per mérita 

beatissime gloriosissimeque virginis marie et omnium sanctorum et 
sanctarum liberare eas 

ab ioferorum cruciatibus et collocare inter animas sanctorum tnorum 
digneris *... 

Ce texte comprend trois choses : une origine, la concession d'in- 
dulgences et une prière pour les morts. 

L'oraison fut trouvée à Rome, « derrière l'autel de Saint Pierre » ; 
on ne dit pas à quelle époque ni qui Ty avait mise. L'authenticité 
exigeait quelque garantie. On ignore également qui promut cette 
dévotion. 

Quant aux indulgences, elles émanent du pape Jean XXII ^, et 
par conséquent viennent d'Avignon et se reportent au xiv* siècle. 
Plus tard, elles furent confirmées par d'autres papes qui ne sont pas 
nommés. 

L'indulgence première consiste dans autant d'années qu'il y a 
actuellement de corps dans le cimetière que l'on traverse. La for- 
mule est bizarre et, pour y croire, il faudrait Téta ver d'un document 
pontifical qui fait défaut. 

Pour la gagner, on doit réciter simplement un Pater et un Ave. 
L'Ave montre qu'elle ne doit pas être bien ancienne. 

Une autre indulgence de cent ans est attachée à la récitation de 
Voraison, qui comprend une antienne, où figure le Non vitres de 
l'Office des morts et une oraison. 

XXII. — Les indulgences à gagner pour les morts sont dans la 
nature même des choses, et, de nos jours, presque toutes les prières 
et œuvres pies leur sont applicables par manière de suffrage. Voyons 
ce qu'il en était autrefois. 

La dédicace do l'église Saint-Gervais, à Paris, fut faite eu 1420. 
Au jour anniversaire, les fidèles sont engagés h gagner des induN 

1. La pierre a été coupée à la partie inréricure, mais M. Vatticr n'a pus trouvé 
de sens aux trois mots qui fermincnl la dcroiére ligne. La Gn de l'oraison peut 
être rétablie par l'inscription des Emmurées. 

2. 13iM334. 



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y 



— 364 - 

gences, à prier pour les bienfaiteurs et les trépassés et à dire, à leur 
intention, lo Pater et VAve (de Guilliermy, i, 1G8) : 

et sera a tous 

jours, la fesle de la sainte dédicace, le di 
manche deuant la dicte feste de saint Simon 
et saint Jude. Li vous plaise y venir gangni 
er les grans pardons, et pries pour les 
biens faiteurs de cesle église et ausi pour 
les Irespasses Pater Noster Ave Maria. 

L'église de Saint-Côme, à Paris, fut consacrée en 1427. L'inscrip- 
tion coinméinorativo réclame trois choses de ceux qui la lisent : 
qu'on gagne les indulgences afférentes à la dédicace, qu'on prie 
pour les trépassés et qu'on récite le Paler (de Guilliermy, I, 116) : 

. « • . fut ceste présente esglise 

consacrée des aumosnes des bonnes 

gens guangnies les pardons et 

pries pour les Irespasses Pater Noster. 

Sixte lY accorda des indulgences à qui aiderait à la construction 
de la cathédrale de Saintes. La bulle, datée du 27 novembre 1477, 
fut imprimée vers 1484 sous ce titre : « Sequitur declaratio et deter- 
minatio quam felicis recordationis Dominus noster fecit contra ali- 
quos maie sentienles de auctoritate Sedis super indulgentia pro ani- 
mabus purgatorii. » {Rev, de Sainlonge^ t. IX, p. 398.) 

Y eut-il des indulgences strictement cimétériales? Je veux bien le 
croire, mais jusqu'à présent je n'en ai pas eu la preuve péremploire. 
Le bref de Pie IX, du 28 mars 1863, est le seul document de ce 
genre que je puisse donner comme authentique. 

Pius PP. IX. Ad perpeluam rei memoriam. Cœmeteria cbristianorum 
maxima semper religione servafa ac magno in honore fuisse habita res est 
cuiqne compertissima. Usée sodales pise archiconfraternilatis sub titulo 
Assumptionis D. M. Y. 1. et ad sufifragia ferenda animabus purgatorii igni 
addictis canonice erectse in ecclesia S. Mariœ vulgo in Monlerone nuncu- 
pata de Urbe» perpendentes omne studium pro suo instiluto ponendum 
esse duxerunt, ut hujusmodi religio ac honor pênes quascumque gentes 
custodiatur. Hinc iidem sodales per hodiernum diclœ pi» archiconfrater- 
nilatis moderatorem enixas preces nobis admovendas curarunt, ut ad au- 
gendam christilidelium pietatem ac venerationem in sacra memorata loca 
illos ceelestium munerum, quorum dispensalores Nos esse voluit Altissi- 
mus, elargilione ditaremus. Nos prœfatis suppHcationibus, quse dum ve- 
neranda cœmeteria débite honore prosequi, etiam animabus piaculari igni 



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— 365 — 

addictis solallum levaraenque a£Ferre intendant, obsecundare ac ot infra 
indalgexe, de bonignifale Âposlolica voluiraus. Quare de Omnipotentls 
Dei misericordia ne BB. Pctri et PauU Aposfolorum ejus auctorilate con- 
fisi, omnibus et singulfs confratribus et consororibus prœfafœ pise Archi- 
coofraternitali Jamdescripti?, vcl pro tempore describendis, saitem corde 
contrit is, qui quodiibet publicum cœmeterium, abi cbristifideles in somno 
pacîs requiescunt, visitaverint, ibique pro defunclis exoraverint, qua vice 
id egerinty septem annos totidemque quadragenas de injiinctis eis, seu 
aiias quomodolibet debitis pœnitentiis in forma Ecclesise consueta, relaxa- 
mus. Memoralis vero confratribus et consororibus, vere pœnitentibus et 
confcssis ac S. Communione reteclis, qui saitem infra mensis spatium 
quater vicibus pietatis opéra supra prsescripta peragerint, nec non etiam 
quamlibei ccclesiam publicam dévote visitaveriot, et Ibi pro cbrisliano- 
rum principum concordia, baeresnm eztirpatione, ac S. Matris Ecclesise 
cxaltatione pias ad Deum preces effuderint, plenariam, semcl tantum quo- 
libet mense, per unumquemqueconfratrumetconsororum lucrifaciendam, 
omnium pcecatorum suorum indulgentiam et remissionem misericorditer 
in Domino concedimus ; qnas omnes et singulas indulgentlas, peccatorum 
remissiones ac pœnilenliarum relaxationesi etiam animabus Ghristidde- 
liam,quœ Deo in charilale conjunctse ab hacluce migraverint, per modum - 
suiTragii applicari posse etiam in Domino indulgemus. In contrarium 
facientibus non obstantibus quibuscumque. Frsesentibus perpetuis fufurîs 
temporibus valiluris. 

Datum Romœ, apud S. Petrum, sub annnio piscatoris/die XXVII martii 
MDGCCLXill, Pontificalus nostri anno decimoseptimo. — Pro Dno card. 
Barbbrini, Jo. B. Brancaleoni Ca8TBU.ANI. 

Présentes Litera) Apostolicse in forma brevis sub die 27 martii 1863 
exbibitsB fuerunt in Secretaria S. Congregationis Indulgenliarum ad for- 
mam décret! ejusdem S. Congregationis dici 14 aprilis 1856. in quorum 
fi(]em,etc. Datum Romse, ex eadem Secrclarii, die 9 aprilis 1863. A. Ar- 
cliipr. Prinzivalli, substituius. 

Je tîensà faire ici une dernière conslalation, à propos des cimetières, 
où les fidèles trépassés reposaient en paix sous Tœil vigilant des 
vivants, qui avaient établi pour eux une messe spéciale. 

A la bibliothèque Valicano, un missel du x® siècle contient une 
messO; précédée de cette rubrique : a Missa in depositione defuncti, 
in cimiteriis, pro defuncto. » Un Sacramentaire du xi® siècle, à Ve- 
nise, inscrit on tête de la messe spéciale : (( Pro defunctis quorum 
corpora in hoc monasterio vel in cunctis cimiteriis fidelium requies- 
cunt. I 

Le Missel de Marmoutiers,du xi<^ siècle, au folio 330, contient une 
messe pour « un ou plusieurs défunts, pour ceux notamment qui 



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— 366 - 

reposent dansle cimetière de l'abbaye ou du prieuré» {Rev, de P Art 
chrét., !889, p. 298)*. Or, à l'exposition rétrospective de Tours, j'ai 
copié, dans un Missel du xiv* siècle à l'usage do ce diocèse, ces 
trois oraisons propres : 

Missa pro his qui in cimeterio reqaiescunt, 

Deos^io CUJU8 miseraiioDe anime fidelium reqaiescunt, famalis et fama- 
labus tufs omnibus hic et ubique in Xpisto quiescenlibus, da propiclus 
veniam peccalorum, ut cunctis reatibus absoluli, lecum sine fine letentar. 
Per. 

Sécréta. Pro animabus famulorum famularumque tuaram N. et N. et 
omnium calholicorum hic et ubique in Xpislo quiescencium vel dormien- 
cium, hostiam, Domine, suscipe benignus oblatam^ ut, hoc sacrificio sin- 
gulari vinculis horrende morlis exule, vilam mereantur etemam. Per.. 

Po8t communio, Deus, tidelium lumen animarum, adeslo supplicalioni- 
bus nostris, et da famulis et famulabus tuis quorum corpora hic et ubique 
in Xpisto requiescunt, refrigerii sedem, quielis beallludinem, luminis 
claritatem. Per Do. 

XXIII. — Cherchons maintenant des similaires au texte de saint 
Léonard, afin de constater son plus ou moins de popularité au 
moyen -âge. 

La prière Avele, avec son oraison, existe dans quelques livres 
d'heures gothiques; plus tard on y ajoute le trope Languenti- 
bus y 

Le baron deGuilhermy {Inscript., t. II, p. 278) dit que « le char- 
nier d'Argenteuil se trouvait placé au nord de Téglise, dans le cime- 
tière » et qu'il est sous le vocablo de Tarchange saint MicheL II 
ajoute : 

On voyait, en effet, de ce côté, à la première travée Je la nef, une porte 
d*an travail assez riche, en style du xv" siècle, sur une des parois de la- 
quelle une longue inscription gothique exhortait les fidèles à prier pour 
les âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Cbrist, dont les corps repo- 
saient en ce lieu... Au-dessus du texte, plusieurs figures étaient gravées 
au trait : le Christ, assis sur Parc -en-ciel et montrant ses plaies 3, saint 

1. a Indépendamment des oraisons placées qin et \k, on y trouve huit 
messes spéciales pour les âmes des morts » {Ibid.j p. 301.)» 

2. Le Langtienlibus « se trouve^ pour la première fois, dans un missel ro- 
main publié à Paris chez la veuve Kerner en 1583 », dans le r supplément 
imprimé à l'usage des Mineurs franciscains ». (Haigneré, Des rites funèbres 
dans la liturgie romaine^ p. 87.) 

3. « Carnostre Sauveur Ihesu Crist apparu en l'air, sur le lieu dont il monta 



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- 367 — 

Pierre tenant nne clef de dimension énorme, saint Jacques le majeur avec 
ses attributs ordinaires de pèlerin, un saint évêque et un dernier person- 
nage à peu près effacé. Celte porte servait de passage pour conduire les 
morts, de l'église à leur sépulture. Elle menait aussi au charnier i. 

L'inscription d*Argen(euil était sans doute nne formule consacrée pour 
les cimetières *. On a conservé quelques débris d'une inscription toute 
semblable, autrefois placée dans le cimetière des innocents, à ParL<t. Nous 
l'avons aussi retrouvée au-dessus de la porte de l'ancien cimetière de 
Saint-Lazare, à Avallon. Le Bulletin de la Commission départementale des 
antiquités de la Seine-Inférieure nous en fait connaître trois exemplaires 
dans la seule ville de Rouen, Tun au Musée, provenant de réglise de 
Saint-Godard, une autre près de Téglise des Emmurées, le troisième au 
pied d'une des tours de Tabbaye de Saint-Ouen. Ces diverses reproduc- 
tions d'une mcme formule datent des xv* et xvi^ siècles ; elles sont, 
pour la plupart, en mauvais état. Le texte pourrait en être ainsi ré- 
tabli : 

« Pater noster. Ave Maria. Avete, omnes animso fîdeliiim, quorum cor- 
pora hic et abique requiescunt in pulvere. Domiuus noster Jésus Christus 
*{* per signura quo vos redemit, suo pretiosissimo sanguine dignetur vos 
a pœnis liberare et inter choros suonim sanctorum angelorum collocaro 
detque vestri memores sic perenniter exorare ut vobis associemur et vo- 
biscam in cœlis coronemur. Non intres in judicium cum animabus ser- 
vorum tuorum, Domine, quia non justificabitur in conspectu tuo omnis 
vivens '. Oremus : Domine Jesu Christe, sains et redemptio tidelium ani- 
marnm, etc. • 

es cieulx et, devant lui, seront les instruments de sa mort, ainsi comme les 
baniéres ou signes do sa victoire ou triumphe : c'est assauoir la croix, les 
doux et la lance et on sa char seront veues les traches de ses playes, pour 
veoir on quelle personne ils mirent leurs mains. > (Raoul de Presles, Expos, 
du ch, XXI II delà cité de dieu de saint Augustin.) 

i. Un acte de 1691 parle de « la porte mortuaire, du c6té du cimetière. > 
[Bull, de la Soc. arch. dllle^t-Vilaine, t. 111, pp. 326, 327.) 

Dans l'ancien Saint-Pierre, à Rome, la porte des morts s'appelait porte du 
jugement. On aurait pu la dénommer de môme à Argenteuil, en raison du 
sujet qui la décorait. « Htcc porta judicii denouiiuabatur, guoniam^ inquit Mal- 
lius, per eam tantum moi'tui, qui sepeliendi sunt in Eoclesia B, Pétri, mittun- 
tuvy a Domino Judicandi. » (Giampini, De sacr. xdific., t. 111, p. 82.) 

2. Le baron de Guilhermy dit, au tome 1 de ses Inscriptions, p. 684 : « Dans 
lo même dépôt (de Téglise de Saiot-Denis), nous avons rencontré une autre 
inscription, & peu près du même temps (xv« siècle;, mais par malheur fort 
mutilée, qui fut cerlainenient placée à l'entrée de quelque cimetière, peut- 
être celui des Innocents. Nous en avons trouvé une toute semblable, en ca- 
ractères gothiques du xv* siècle, à l'entrée de l'ancien cimetière d'Argenteuil. 
C'était uno longue et touchaolc prière en faveur des âmes du purgatoire, com- 
posée de plusieurs répons et versets dô Toffice des trépassés ». 

3. Le texte du cimetière de Saint-Godard, à Rouen (mainteoant au musée 
de cette ville) est identique à celui-ci, seulement crucis per si^num, y est en 



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— 368 — 

Ce lexle, qu*il eût été opportun de compléter, fournit quelques 
variantes. Mais en voici une beaucoup plus importante. La conc^* 
sion aurait été faite, non par Jean XXII, mais par Jean XII ^ ce 
qui reporte au x'^ siècle : elle n'en est pas plus authentique pour 
cela et, bien qu'on la rencontre encore en Normandie, le baron de 
Guilhermy a eu raison de la contester, t. il, p. 275. La concession 
d'indulgences par Jean XXII se voit, dit-il, a à Saint-Ouen et aux 
Emmurées de Rouen Celte assertion est dépourvue de toute au- 
thenticité SI. 

En 1871, je publiais dans le Bulletin de la Commission des Anti- 
quités de la Seine- Inférieure {[,, II, p. 254) ce renseignement, qui 
« se lit dans un livre d'heures manuscrit du xv* siècle, écrit pour 
le diocèse de Saint-Pol de Léon et possédé par M. Mordret, d'An- 
gers » : 

Hoc scriptum fuit repcrtum Romeretro altare beati Petri : Papa Johan- 
lies XII coDcessil omnibus dicentibus Pater noster, Ave Maria, cum ora- 
tiooe sequenli, tanlum eundo par cimilerium pro qualibel vice qua dic- 
lum cimiterium intervcnerint, toi annos iodulgentie quot et quanta cor- 
pora in dicto cimiterlo fuerint inhumata a constitutione dicli cimileiii 
usque ad horam qua dictum cimiterium intervenerint. 

L'écrit, que reproduit le manuscrit, a été trouvé à Saint-Pierre 
de Rome, mais il ne concorde pas absolument avec le texte donné 
par la pierre de Saint-Léonard. Est-ce le traducteur qui aurait été 
infidèle? Jean XII remplace Jean XXII; pour gagner l'indulgence, 
il est nécessaire d'ajouter l'oraison au Pater et à VAve; cette indul- 
gence ne se gagne pas, une fois le jour seulement, mais loties quo- 
fies; elle suppose qu'on entre dans le cimetière, il ne suffirait donc 
pas de se tenir en dehors; enfin le nombre d'années, dont on laisse 
à Dieu le soin de faire le calcul, correspond, non à celui des morts 
actuellement ensevelis, mais de tous les corps qui y ont été inhu- 
més depuis l'établissement du cimetière. 

J'avais adressé ma note au savant abbé Cochet, qui l'utilisa, en la 
faisant précéder de cette observation : 

Udc inscription, échappée aux révolutions des âges, nous apprend que, 

abrégé f p\er] s. (Bail, de ta Commiss, des antiq. de la Seine-Inf"^, 1872, 
p. 318.) 
1. 956-964. 



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— 309 — 

pour solliciter la piété des fidèles dont le zèle allait sans doute se refroi- 
dissant; les moines (de Sainl-Ouen de Rouen) avaient proclamé, par la 
voix de la pierre, que des indulgences et des pardons étaient attachés au 
privilège de llnhumallon dans ce lieu vénéré. Diaprés cette inscription, 
tracée au xve siècle, ces grandes faveurs remontaient jusqu'au souverain 
pontife. Voici les premières lignes de ce monument épigraphique, ren- 
contré, en 1886, au pied d'une des tours de Saint*Ouen et aujourd'hui 
placé au musée départemental d^antiquîtés (p. 253). 

Recourant au Catalogue du Musée d'antiquités de Rouen (Rouen, 
18t)8), j'y vois que V « inscription sur table do pierre avait été pla- 
cée au commencement du xiv® siècle dans le cimetière de Téglise 
Saint-Oucn, puis encastrée au xvi® siècle dans le mur de la tour 
méridionale du grand portail. 

(( L'inscription étant très mutilée en plusieurs endroits, la lectu- 
re en est très difficile. Nous n'avons pu en rétablir quo les quatre 
lignes suivantes qui, du reste, sont les plus importantes : 

Le pape Jehan xu« de ce nom a donné à tous ceulx qui par ce chime- 
tière passeront et diront pater n' et ave ma. 

l*anlhiene et oresoD, ensuite aquererout autant d*ans de pardons qu*il y 
a eu de corps inhumés depuis Pinception (p. 7). 

Nous revenons donc à Jean Xll^ ce qui est absolument inaccep- 
table. 

M. Baudry parle en ces termes d'une inscription analogue dans 
le Bulletin de la Commission des antiquités de la Seine^Inférieure, 
tV,p. 424: 

La plus considérable inscription des Emmurées (couvent dominicain de 
Rouen) est gravée, en caractères gothiques du xiv^ ou xv* siècle et en 
26 lignes, sur une pierre incrustée au côté est du cloître (il est évident 
qu^elle était placée là, parce que le préau du cloître formait cimetière). 
Elle existe encore aujourd'hui, mais de plus en plus détériorée. Dès 1848, 
je n^avais pu en rétablir le sens, à peu près complet, qu*à Taide d'une 
inscription analogue découverte en 1846 à la base de la tour méridionale 
du portail de SaintOuen et actuellement au musée (de Rouen. La publi- 
cation est de 1882). Je donne le texte en lecture courante : 

c lie pape Jehan, xii* de ce nom, a doné à tous vrais Xpétiens, qui par ce 
cimetière passeront et diront Pater noster et Ave Maria, Tanlienne et l'o- 
raison ensuivant, autant d*ans de pardon comme il y a eu de corps enler- 
rés depuis le commencement du cimetière jusqu'à maintenant. 

« Pater noster. Ave Maria. 

c Avete, omnes anime fidèles, quarum corpora hic et ubique req^iescuut 

T. xn. 24 



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— 370 -- 

in pulvere. Dominas Jhesus Xpislus, qui vos et nos redemit suo precio- 
sissimo sanguine, dignetur a pénis liberare et inter cboros suorum sanc- 
torum angelorum collocare ibique, nostri memoresy suppliciter ezorare 
(exorate) ut vobis associemur et vobiscum in celis coronemur. 

« Non intres in iudicium cum animabus servorum tuorqm. 

« Quoniam non iustiûcabilur in conspectu tao omnis vivens. 

« Domine Jhesu Xpiste, salus et liberatio fidelium animarum, qui non 
venisti animas perdere sed salvare et dare animam tuam in redemptio- 
nem pro multis, immensam clementiam tuam ac ineffabilem misericor- 
diam tuam humililer iroploramus, ut animas omnium fidelium defunclo- 
rum, in peuis purgaiorii crucîatas, misericorditer respicere digneris et 
que multe pro peccatis affliguntur tua benignissima pietate liberenlur, 
subveniatque illis tua misericordia quas preciosissimo sanguine tuo rede- 
misti et per mérita beatissime gloriosissimeque Virginis Dei genitricis 
Marie et omnium sanclorum et sanclarum tuarum, liberare eas ab infero- 
rum crucialibus et collocare inter agmina sanctorum digneriS; veste quo- 
que immortalitatis indui et paradisi amenitate confoveri iubeas, qui cum 
Deo Paire et Spiritu sancto vivis et régnas Deus per omnia secula secu- 
lorum. Amen. 

« Pater noster. Ave Maria i. 

En comparant ce texte avec celui de Saint-Léonard, je relève ces 
variantes : 

ligne 2 : vos et nos, — Dignetur a pœnis, sans vos* 

ligne 4 : manque à la fin Domine. 

ligne 5 : quoniam^ au lieu de quia; sans oremus ni oracio. 

ligne 9 : multe ^ qui n*a pas de sens, au lieu àe juste. 

ligne 11 : in precioso sanguine. 

ligne 12 : Dei genitricis Marie. — sanctarum tuarum. 

ligne 13 : agmina, sans tuoi^m après sanctorum. 

Dans des Heures manuscrites de la collection Mordret, à Angers, 
datées de 1522, la prière de Jean XII pour les âmes des morts qui 
reposent dans les cimetières commence aussi par Avete ^ 

Beauduin du Bar, prévôt de Tournai, mourut en 1522. Son testa^ 
ment porte celte clause : « Je eslis ma sépulture en la chimentière 
S. Piat devant le gardin d*01ivet, et que il soit clauwet ung tablet 
audit gardin^ se commenehant \Avete » (De la Grange, Hist, de la 
paroisse de S. Piat^ p. 66). 

XXIY. — Ce long mémoire exige un épilogue ou plutôt une con- 

1 . Une faute do typographie met Arête (X. B. de M., Livres dispersés de la 
tollection Mordrel, Angora, 1891, p. 19). 



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/. 



— 371 — 
clusion pratique, car il n'a pas été écrit seulement pour éclairer une 
question d'archéologie, mais aussi pour aviver la dévotion des fidè- 
les envers les défunts, en leur montrant ce que faisait le passé à leur 
intention. Le zèle et Tintelligonce de M. Vattier me viennent^dmi- 
rablement en aide pour obtenir le but désiré. 

Les deui inscriptions cimétériales ont repris place dans Téglise 
paroissiale de Saint-Léonard. Sauvées de la destruction^ elles conti- 
nueront à rappeler aux générations futures leurs devoirs envers les 
morts et seront un témoignage permanent de la tradition locale. 

Si cette restitution s'était faite à Rome, on en eût aussitôt fixé le 
souvenir par une épigraphe commémorative. Je ne vois pas pourquoi 
le restaurateur ne s'inspirerait pas de cet exemple. 11 serait donc à 
souhaiter qu'il ajoutât au-dessous des tables: 

LAPIDES . NEGLEGTOS . ET . DISPERSOS 

FELICITER . RESTITVIT 

AUBROSIVS . VATTIER . PAROCHVS 

A . D . M . DCGG . LXXXVIU 

M. le curé de Saint-Léonard, après avoir remis les tables en étai,a 
fait photographier la plus importante et imprimer son texte. Ce 
n'était pas assez pour lui ; il m'a prié très obligeamment de vouloir 
bien élucider un monument qui mérite d'être mieux connu. 

Insatiable de pubUcité — je suis loin de l'en blâmer, et je l'y en- 
courage, au contraire, fortement, — il m'a soumis le projet d'une 
réintégration par l'imagerie de ht messe de saint Grégoire et de la 
dévotion au Christ de pitié i. Le complément sera, au revers de 
l'image coloriée, exécutée dans le style des incunables, la reproduc- 
tion des oraisons dites de saint Grégoire, si propres à exciter la 
piété. 

A défaut d'indulgences authentiques, il sollicitera du Saint-Siège 
des indulgences spéciales pour la récitation de cette prière, avec 
application aux âmes des défunts. Léon XIII ne se refusera certaine- 
ment pas à cet acte de réparation. 

Bien plus, il y aurait lieu de demander, non pas l'autel privilégié, 

1. J'ai fait reproduire en chromo, avec quelques légôres modiûcatioas do 
détail. l'ApparitioD du Christ de pitié à S. Grégoire d'après la célèbre tapis- 
serie de Nuremberg. Elle fait partie de l'imagerie religieuse de Yan de Vyvere» 
à Bruges, qui lui a donné le format convenable aux livres de piété. 



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— 372 — 

mais^ en souvenir de la dévotion à saint Grégoire, Vautel Grégorien^ 
tel qu'il est à Rome dans l'église du Cœlius et une nouvelle inscrip- 
tion perpétuerait l'octroi du privilège pontifical. 

Ce n'est pas tout : la prière Avete ne doit pas être oubliée dans 
cette œuvre de piété. Elle aussi mérite les honi^eurs d'une réimpres- 
sion. Qu'on la mette donc au dos d'une image qui figurerait, soit la 
Résurrection du Christi espoir de la revivification de nos corps, soit, 
commoàArgenteuil, la scène du Jugement dernier ou encore, ainsi 
qu'à Rome et Chàlons-sur-Marne, la délivrance des âmes du purga- 
toire parle saint sacrifice de la messe. Ce dernier sujet me semble 
préférable aux autres. Là encore l'intervention du Saint-Siège 
donnerait à celte prière rajeunie une vogue nouvelle par l'attrait des 
indulgences. 

Enfin, il y aurait à Saint-Léonard, pour entretenir le culte des 
morts, une confrérie de la prière et de la mort, affiliée à l'archîcon- 
f rérie romaine. 

En terminant j'e fais des vœux pour la prompte réalisation de ces 
trois projets dont le succès est assuré, parce qu'ils répondent pleine- 
ment à la foi et à la dévotion des fidèles. Saint-Léonard aura eu la 
gloire de prendre l'initiative d'un acte éminemment utile et oppor- 
tun. 

VII. — - Les croix- piTAciUM* 

Le canon de la messe, dans le sacramentaire grégorien, parle du 
a signe de la foi », qui accompagne la dépouille des défunts à leur 
dernière demeure. Or ce signe est de deux sortes : extérieur ou inlé- 

1 . Les croix de plomb, placées dans les tombeaux en manière de pitacium, 
Limoges, Ducourtieuz. 1888, in-8«, de 32 pag. Extr. du Bullet. delà Soc. hist, 
et arch, du Limousin, tir. à part à 50 ex. — Compte-rendu par Gloqaet dans 
la Revue de t Art chrétien^ 1889, p. 382: « Les croix de plomb qui forment épi- 
taphe à Tintérieur des tombes ont élô relevées isolément; ici même nous avons 
parlé de celles qu*a signalées M. Delormo et que M. Meissonnier a découvertes 
h Périgueux en 1875 {\. Bévue de l'Art chrétien, 1888, p. 258). Mais ces curieux 
objets n'avaient pa« encore été l'objet d'un travail d'ensemble. Notre collabo- 
rateur en examine 35 spécimens, lorrains, angevins et limousins, réparUs en 
cinq catégories, qu'il distingue ainsi : croix de religion, de dévotion, de préser^ 
vation, d'absolution et de désignation. Profitons de cette occasion pour résou- 
dre un point resté inexpliqué dans l'étude de M. Delorme rappelée plus haut* 
Le signe indéchiffré qui faisait pendant à T Q dans la gravure que nous avons 
donnée doit être considéré comme une altération do V Alpha .i 



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— 373 — 

rieur. Les croix de plomb qui forment épitaphc à rinlérieur des 
tombes^, considérées jusqu'ici isolément, n'ont pas encore été l'objet 
d'un travail d'ensemble. Toutes les observations de détail doivent 
tendre de plus en plus à former une synthèse, qui deviendra l'axiome 
de lascienceet fournira en même temps,à l'appui de ses affirmations 
érigées en principes, les pièces justificatives. 

Ces petits monuments, cachés dans la terre et que les fouilles 
peuvent seules révéler, datent en général desxi®, xii«etxiii° siècles; 
quoiqu'on puisse citer/ avant et après, des cas qui, actuellement, ne 
semblent que des exceptions. Cependant, la tradition parait s'ériger 
en système dès l'époque mérovingienne. 

Sur les trente-six croix dont je vais parler,dix-huit sont Lorraines, 
quatre Angevines, une seule Limousine. Ce mémoire pouvait donc 
convenir à la Société d'archéologie de Limoges; aussi elle a bien 
voulu en agréer Thommage. 

1. — Les croix que l'on exhume des tombeaux peuvent se répartir 
en cinq catégories distinctes : les croix de religion, qui font partio 
intégrale du costume ecclésiastique, religieux ou militaire et qui se 
portaient d'office, soit au cou, soit sur les vêtements; les croix de 
dévotion^ ornées ou non d'un Christ, avec ou sans reliques, qui 
dénotent une habitude pieuse de la part des défunts ou qui, au 
moment du décès, furent placées entre leurs mains pour attester 
qu'ils sont morts chrétiennement; les croix de préservation ^ qui y par 
leurs devises ou emblèmes choisis à dessein, avaient pour but d'éloi- 
gner le démon'; les croix d'absolution, qui contiennent une formule 
analogue à celle que le prêtre emploie dans l'administration du 
sacrement de pénitence et qui, pour le repos éternel des fidèles, 
semblaient en maintenir l'efficacité ^; enfin les croix de désignation, 
qui jouaient, à Tintérieur de la tombe, le même rôle que les épita- 
phes à l'extérieur, c'est-à-dire qu'elles nommaient les défunts et 
consignaient aussi souvent leurs titres et fonctions, ainsi que la date 
de leur décès. 

Je ne veux m'occuper ici que de ces dernières, dont je vais faire 

1 . Voir sur lo Pilacium, le tomo X de mes Œuvres, p. 42. 

3. Voir rarlicle de Ramé, dans la Revue des Sociétés savantes, 2« série, 
t. 111, pp. 656-662. 

3. Voir le mémoire de l'abbé Cochet dans le Bulletin du Comité de la 
langue, de t histoire et des arts de France, 1856, pp. b06-324. 



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— 374 — 

passer sous les yeux du lecteur un certain nombre de types qui se 
succèdent du ve au xvii** siècle. 

Dès rëpoque romaine, on prit la précaution de placer dans les 
sarcophages, afin d'attester Tidentité des personnes, de petites tablet- 
tes, le plus souvent en plomb, en marbre ou en os. L'usage se per- 
pétua pendant tout le moyen-âge, car il était logique et utile. J'ai 
depuis longtemps préparé sur ce sujet un article spécial qui sera 
intitulé: le Pitacium dans rantiquité et au moyenHXge^ car tel est le 
nom donné originairement à ces inscriptions commémorattves par 
les Latins, qui empruntèrent cette appellation particulière aux Grecs. 
Or, la croix inscrite n*est qu^une variété du pitacium ordinaire, 
variété assez nombreuse pour former une classe à part, mais res- 
treinte relativement à la masse considérable des tablettes rectangu- 
laires. 

Il est tout naturel que, dans les siècles de foi, on ait songé à 
découper en croix la tablette funéraire, puisque la croix est toujours, 
pour le chrétien, l'indice de la foi pratiquée* et un gage de salut. En 
inscrivant le nom du défunt sur Tinstrument de supplice qui a sauvé 
le monde, on plaçait la personne décédée sous la sauvegarde immé- 
diate du Fils de Dieu, faisant ainsi, au jour de la justice suprême, 
appel direct à sa miséricorde. 

2. — Le plus ancien exemple d'une croix de désignation remontQ 
probablement au v« siècle, comme on va en juger. 

a. — Le Bulletin monumental j t. VIII, p. 261, a le premier annoncé 
la découverte à Saint-Seurin de Bordeaux, dans un tombeau en 
marbre blanc du v*siècle, d'une petite croix en argent dont il donne 
le dessin. Je crois y voir le monogramme du nom du défunt, sui- 
vant un usage fort commun à cette époque. 

« Les ossements des doigts, encore entrelacés, annonçaient que 
les mains avaient été jointes; une petite croix latine, d'argent mas- 
sif, y tenait encore, noircie par une épaisse couche de terre ; dé- 
pouillée de cette enveloppe étrangère, elle a présenté à mes regards 
deux doubles rainures croisées, conduites dans le milieu des deux 



1. a Mémento, Domine, famulorum famularumque tuarum, qui nos prœces- 
serunt cum signo fidei et dormiunt in somno pacis • (Mémento des morts, au 
canon de la messe), — « Semper crux capiti illlus (defuncU) apponi débet, ad 
signiûcandum illum in Ghristo quievisse. » [Rit. Roman,, De exequiis.) 



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— 375 — 

parties de la croix et terminées dans le haut par un P; en bas et 

sur les côtés, par des lettres difficiles à déchiffrer Cette croix 

était émaillée de couleurs diverses. ^ 

D'après le dessin, je distingue une ligne verticale terminée par 
la lettre P et coupée à son milieu par une ligne horizontale, qui, au 
point de rencontre, se complique, d'un côté seulement, d*un lo- 
sange. A part cet 0, qui semble spécifier un nom, on pourrait, à la 
rigueur, voir là un chrisme ; mais toute hésitation cesse quand on 
lit, à la partie inférieure, la lettre L et sur le croisillon gaucho (la 
gauche de la croix) les lettres NC. La lecture est-elle sûre ? Je n'o- 
serais l'affirmer, mais la gravure sur bois du Bulletin ne présente 
pas autre chose, et je m'en tiens là jusqu'à plus ample informé. 

b. — A Sant'Abondio de Gôme (Italie), sous un autel, gît une 
dalle de marbre dont la croix pattée, gravée au v^ siècle, reproduit 
la croix de plomb qui fut trouvée à l'intérieur du sarcophage. La 
formule très brève se lit : Hic reqmescit Abundius episcopus , et 
désigne saint Abondius, évéque de Côme : 

A 

B 
V 

N 
D 
I 
[h] IC REQVIE8 [ci] T 
S 
E 
P 
I 
S 
C 

c. — La Société des Amis de l'archéologie chrétieniie à Rome, 
dans sa séance du 30 novembre 1879, inscrivait cette communica- 
tion à son procès-verbal : « Le R. P. Bruzza montre, grâce à l'obli- 
geance do l'abbé Gregorio Palmieri,une mince lame d'or, en forme 
de croix^ trouvée dans un sarcophage païen, mais transformé en 
tombeau chrétien, près de Plaisance, et donnée au musée sacré de 
la Bibliothèque vaticane. Celte croix était cousue sur les vêtements 
du défunt, comme on le voit par les petits trous percés aux extré- 
mités, elle paraitétre du vm« siècle environ. Au milieu et aux extré- 



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- 376 - 

mités, on y a marqué au poinçon des colombes et de petites croix 
équilatères ». 

Le comm. de Rossi ajoute en note, après avoir reproduit ce tei te: 
« Fr. Nicolli, Sarcofago anlico disotterraio in Piacenza, Plaisance, 
1825, pi. V,p.58.L'auteur attribue à un croisé cette croix cousuesur 
le vêtement; p. 61, il cite un autre tombeau, trouvé aussi à Plaisance, 
avec un squelette, sur le bras duquel était une croix, formée d'une 
lame d*or très mince, attachée avec des fils d*or et portant des mo- 
nogrammes cruciformes.Mais ces croixsont du temps des Lombards; 
on en a trouvé des spécimens dans les tombes du vue siècle environ, 
en Piémont (Galandra, dans les Atti délia Società di arch. per la 
prov. di Tonnoy 1880, pi. III, n*» 16-19); à Bolsène (Stevenson, 
dans les Notizie di Ant. de Fiorelli^ août i880, pp. 267-268); à 
Ghiusi, 011 M. le chanoine Brogi m'a montré de ces croix avec les 
trous pour passer le fil. » {BulL d'arch. chrét.y 1880, p. 108.) 

d. — A Texposition de Milan, en 1882, j'ai observé cinq petites 
croix que le catalogue disait dater de 569 à 774, et avoir été trou- 
vées près Ghiusi. Elles sont pattées, à quatre branches égales, en 
feuille d'or mince, avec trous tout autour pour pouvoir les cou- 
dre*. 

e. — Le Journal officiel du 26 mai 1886 contenait une note do 
Edm. Le Blant (c sur une série d'objets trouvés dans une localité 
voisine de Ravenne. Ils étaient renfermés dans le sarcophage d'un 
évéquc lombard. Les vêtements de l'évêque sont ornés de croix 
appliquées sur les tissus; elles sont faites de minces feuilles d'or et 
percées sur les bords de petits trous permettant de les coudre sur 
l'étoffe où elles forment une sorte de broderie. Parmi les signes dont 
elles sont marquées figure le plus souvent le poisson, que l'on avait 
cessé de représenter à Rome, dès une époque ancienne, mais dont 



i. M. de Beaurepaire a publié, dans le t. Vf II du Bulletin de la société des 
Antiquaires de Normand ieyune Note sur une découverte de bijoux mérovingiens 
au village de Valmeray, commune de AfaM// (Calvados). Parmi ces bijoux, «on 
a trouvé un certain nombre de petites plaques d'or estampé» les unes circu- 
laires, les autres rectangulaires, d*autres filiformes dessinant dos zigzags et 
quelques-unes triangulaires do plusieurs modèles; plusieurs de celles-ci 
ornées de grenats sertis dans une batte. Les petits trous percés sur toutes 
ces pièces montrent qu*elles étaient destinées à être cousues sur les vêtements, 
ainsi que l'indiquent les représentations des costumes byzantins. » (Rev. des 
soc, sav., !• série, t. VI, p. 109.) 



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— 377 — 

Timage était restée courante, dans les provinces, jusqu'au vi* et au 
vu* siècle. Sur d'autres feuilles d'or ou d'argent, on voit un évêque 
baptisant par infusion une femme ; ailleurs, deux colombes, sur 
chacune desquelles tombe un flot sortant dune grappe, se dressent 
aux côtés du poisson, symbole du Christ; ailleurs encore, saint Jean 
baptise le Christ, au-dessus duquel plane la colombe ; le Christ et 
Pierre sont dans une barque, sur les flots d'une mer agitée, symbo- 
lisant le monde, ils se préparent à recueillir trois brebis qui nagent 
vers l'esquif; le poisson mystique porte la barque sur son dos; une 
ancre, dont deux personnages tiennent la hampe, ramène du fond 
des flots deux brebis posées sur ses branches, c'est- à-dire deux âmes 
sauvées par la foi; entre les douze apôtres, le poisson est dressé 
sur sa queue, portant, sur l'une et l'autre nageoire, un vase et un 
pain. La pièce la plus importante pour la symbolique chrétienne 
est peut-être celle que l'on voit entre les mains d'une femme, à sa- 
voir un assez grand vase ayant la forme de l'agneau, portant la croix 
sur son front et qui est posé sur un plateau garni de douze gobelets. 
Le tout est en argent. Sur le ventre de Tagneau est appliquée une 
croix grecque, découpée à même sur une mince feuille d'or ; sur 
ses bras, sont représentés les quatre évangélistes ^ ». 

f. — A la séance du 16 mars 1887 de la Société des Antiquaires 
de France, « M. de Baye a soumis les dessins de croix en or, trou- 
vées dans un groupe de sépultures aux environs de Milan, et con- 
servées aux musées de Nuremberg et de Cividale » *. A celle du 30 
novembre, le même membre « soumet à la Société une croix en or 
estampé, trouvée dans une tombe longobarde près de Bergame et 
appartenant à M. Amilcare Ancona, de Milan ^ ». 

g. — Dans la collection du comte Horbio, à Milan, j'ai vu douze 
petites croix en or estampé, de l'époque lombarde (vi*-tu« siècles), 
qui ont été découvertes dans des tombeaux à Monza. La feuille est 
très mince et devait être cousue sur les vêtements ou le suaire.Cinq 



1 . Rev. illuslr. du Musée et de la Bibliothèque eucharistique de Paray-le^ 
Montait \8SB, p. 182. — Ce trésor, connu à Rome sous le nom de sou proprié- 
taire, Sacro Tesaro Rossi, est tenu pour suspect, sinon pour apocrypiie, par 
la plupart des archéologues. 

2. Revue de Cart chréL, 4887, p. 344; Bull, monument.f 1887, p. 398 ; Gaz. 
arch.t 1887; Chronique, p. 10. 

3. Ballet, mon., 1887, p. 577; Rev, de Cari chrét,, 1888, p. 92. 



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— 378 — 

seulement portent des caractères qui expriment le nom du défunt, 
soit en abrégé, soit en monogramme. Sur Tune, on lit^ au milieu, 
les lettres C et R croisées ; une autre porte^ au centre» un mono- 
gramme ; une troisième donne, toujours au milieu, les deui lettres 
E et R ; sur la quatrième, le monogramme se décompose ainsi ARV 
et la cinquième répète le monogramme au milieu et aux extré- 
mités. 
3. — Je n*ai que deux documents à citer pour la seconde période. 

a. — La chronique de Moyenmoutier, dans les Vosges, écrite au 
xi« siècle et publiée par Pertz dans les Monumenta Gen^manix histo- 
rica, parle en ces termes (page 91) de la sépulture d*Etienne, évé- 
que de Toul, décédé en 996 : < Sepultus extata dextris altaris sem- 
per yirginis et matris Domini Marise. . . Pectori ejus crucicula super- 
posita, disticon abbatis Sicconis inscriptum habens ita : 

Hic fuit antistes Leueborum Staphanus olim, 
Idibus et telra Martis discessit ab arris. i 

b. — Je regrette que le renseignement suivant ne soit pas plus 
précis. « Il en est une autre (recluse) nommé Ainenda, que M. Port 
soupçonna le premier avoir dû être une recluse {Edit. de Péariy 
p. 322). Or, cette Ainenda, sainte entre toutes les religieuses ses 
compagnes qui vécurent autrefois dans les dépendances de l'église 
Saint-Maurille, à Angers, y fut inhumée avec épitaphe inscrite sur 
une croix de plomb (Balain, ms., n*" 867, page 654, bibl. d'An- 
gers), que Ton découvrit vers i714. » {Mém, de la Soc, d'agric, 
d'Angers, t. XXI, p. 160.) 

4* — Les monuments abondent pour le xi* siècle. En voici huit : 

Deux inscriptions ne sont pas datées, mais,pour Tune, le person- 
nage est connu et, pour l'autre, les caractères épigraphiques ne lais- 
sent pas de doute quant à l'époque. 

a. — Nous débutons avec la première moitié du xi* siècle et par 
Metz, qui a fourni tant de croix analogues. 

« Lorsqu'en 1521, le chapitre agrandit le sanctuaire, on tira du 
tombeau de Théoderic H des ossements et une croix de plomb sur 
laquelle était gravée l'inscription suivante : Secundo kalendas maii 
obiit Theodericus junior, Ecclesie Metensis episcopus *. » L'ins- 

1. Hist. et descript. de la cath, de Metz, par Emile Bégin» t. I, p. 98. — 



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cription est 
que voici : 



— 379 — 
e en quatre groupes, un par bras, de la façon 



^ 


II. KL 

MAI! 

OBIIT 




THEO 

DERIC* 

IVNIOR 




ECCLK 
MET 
TEN 
SIS 




eFs 





Ce fut ce mAme évéque, qui selon la chronique de Jean le Châ- 
telain : 

« En Tan de Tlncarnation, 

X Environ de mil et vingt ans », 
commença la reconstruction de la cathédrale : il mourut en 
1046 *. 

b.-— En 1879, Godard-Faultrier a lu aux réunions de la Sorbonne 
un mémoire sur les fouilles faites à Angers, place du Ralliement, 

Cette inscription a été répétée, d'après VAmi de la religion, no du 26 juillet 
1851, par Tabbé Cochet, Bull, du Comilé de la langue, de rhisloire et des arts 
de la France, 4856, p. 319. 

1. On hl dsLns ie Monde du 20 décembre 1881 : « En creusant le sol du 
transept de la cathédrale de Metz, les ouvriers ont mis à découvert, sous l'em- 
placement du lutrin, un sarcophage d'une seule pièce, mais divisé en six 
compartiments. Chacun de ces compartiments renferme les restes soit d*un 
évèque, soit d'un chanoine ou d'un autre membre du clergé do la cathédrale. 
« On en serait réduit k se demander comment ces dépouilles mortelles ont pu 
être réunies dans un même sarcophage, si une inscription latine, très lisible, 
gravée sur une plaque métallique de forme rectangulaire et trouvée sur le 
sarcophage, ne donnait les explications nécessaires. Il résulte de cette ins- 
cription que le lieu de sépulture primitif do ces corps se trouvait dans l'an- 
cien chœur roman de la cathédrale. Le chœur actuel fut bâti en 1488, et c*cst 
au mois de juiHet 1520 qu'eut lieu la translation de ces restes dans le transept 
actuel. 

« La mort de ces ecclésiastiques remonte à une date bien antérieure à cette 
époque ; leurs noms et dignités sont également gravés sur la plaque. Une 
croix pectorale est déposée en outre dans chaque compartiment ; on y voit le 
nom, le titre et la date de la mort du défunt. Mais ces croix pectorales ne 
remontent qu'à l'époque de la translation où elles auront remplacé les croix 
primitives. » 



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— 380 -^ 

dans un ancien cimetière. Je constate^ mentionnée au procès-ver- 
bal, « une croix latine de commémoration, en plomb, trouvée dans 
un sarcophage et sur laquelle reposait la tôte d'un squelette. On y 
lit une inscription oxydée et, partant, d*une lecture difficile ». Go- 
da rd-Faul trier y a cependant déchiffré ce qui suit : 

ANNO 
MIXVII 
AB INCAR 
N 

ECCLESliE CA 
QVl DV[m] \l[xit] 
PAVP » *. 

Je crois la date fautive : I avant X indique la suppression d*une 
unité, ce qui est inadmissible, vu la finale VH. Je proposerais donc 
de lire MLXYII, de manière à fixer la date de cette croix à Tan 1067. 

Diaprés les analogues, après le millésime vient la constatation du 
décès par le verbe obiil^ puis le nom du défunt, suivi de son qua- 
lificatif. Or ce fut un chanoine, puisque le cimetière avoisinait les 
églises collégiales deSaint-Mainbœuf et de Saint-Haurille ; on peut 
donc lire : hujus ecçlesiœ canonicus. 

D'autres inscriptions du moyen-âge permettent de compléter le 
sens de la dernière ligne, qui peut s'interpréter : Pauperibus largus, 
pauper ipse Jaclus, 

Godard reprend ainsi la question dans une autre publication * : 

La quatrième planche représente grandeur nature (0°^26 de hauteur 
sur 0m20de largeur), une croix de plomb, pesant un kilo 250 grammes, 
trouvée, le 26 décembre 1878 (place du Ralliement, à Angers), au fond 
d'un sarcophage en molasse de Doué. Sur cette crofx^ de forme latine, 
reposait la tête d'un squelette, aux bras placés le long des cuisses ; orient 
chrétien, grande ardoise brute sur le sarcophage, autre tombe en dessus, 
date de MlXVIl au sommet de la croix, lettres et lignes réglées à la 
pointe, emploi simultané du G rond et du G carré. Garactères oxydés, par 
suite lecture difficile. ANNO, etc. 

G*est peu, mais c'est assez pour nous indiquer que cette croix a été 
plutôt une croix de commémoration que de prései^ation ou (Tahsolution. 
Excepté une seule croix de forme grecque, toutes celles découvertes à 

1. Revue des Sociétés savantes, ?• série, t. 1, p. 445. 

2. Voir aussi Invent, du Musé^ d^anliquités d'Angers,]^, 338. 



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— 381 - 

Angers qui sont venues à ma eonnaissanee m*ont paru être des croix de 
commémoration on d'épitaphe, notamment les quatre qui furent trouvées 
place du Ralliement, savoir : Tune en 17i4, deux vers 1868, et enfin la 
présente en 1878. Quant à celle des quatre qui appartient à M. Parrot S 
elle est mixte, 

A ce propos, nous avons remarqué qu'en Anjou la croix de plomb fu- 
néraire pencKie vers la forme latine, que sa hauteur moyenne est de O^iO 
à 0*^28, qu'elle porte presque toujours une date de décès, que Ton y voit 
rarement les formules connues d'absolution ou de préservation, qu'elle 
esty le plus ordinairement, posée sous la tête du défunt et que les avant- 
bras de celul-d ne sont pas croisés sur la poitrine. 

Le contraire paraît exister en Normandie, où la croix de plomb est le 
plus souvent de forme grecque en manière de croix de Malte, assez petite, 
rarement portant date de décès, plus rarement posée sous la tête du dé- 
funty mais bien sur sa poitrine, croix enfin chargée habituellement des 
formules d'absolution ou de préservation et placée dans les mains croi- 
sées du mort. On dirait qu*à la forme latine se serait plus spécialement 
rattachée la formule de commémoration et à la croix grecque la formule 
d'absolution; en effet, il est encore d'usage au sein de l'église grecque, et 
spécialement en Russie, que le pope dépose entre les mains du défunt 
une formule d'absolution. (Mém. de la Soc. d'agric. d'Angers^ t. XXI, 
p. 164.) 

En comparant la planche avec le texte de Godard, je crois devoir 
faire quelques observations. La date me paraît erronée. Le second 
chiffre n'est pas un I, mais probablement un G, dont on n'a plus 
que le dos ou même un L, ce qui donnerait 1117 ou 1067. Ces deux 
dates sont également acceptables, quoique je penche pour la pre- 
mière. Je lis, avec la ponctuation : M.CX.VIL 

Sur le bras droit, à gauche du spectateur, mais sans séparation 
de mots : 

ECCLESI-S CA 

QVI DY VL . 

PAVP. . . . 

SEIN. . . .' 

EV 

1. J'ai écrit à M. Parrot, président de l'Académio d'Angers. Voici sa ré- 
ponse : « Vous me demandez le texte de l'inscription de ma croix de plomb. 
Je voudrais bien vous satisfaire, mais la première ligne est un peu altérée et 
toute la croix est dans un tel état de vétusté que je n'ose pas la soumettre à 
un frottis. Je la destine, ainsi que le curieux sarcophage qui la renfermait, à 
une étude spéciale : Elle a la forme d'une croix pattée ou croix de Malte. Les 
caractères sont tracés à la pointe. Son diamètre est de 0,21. » 



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— 382 — 

Sur le bras gauche, ces fins de lignes ne donnent pas de sens 
déterminé : 

MOINI....AE 

ES 

Q...IONI 

ARIS 

NICE 

Enfin sur la tige, après quatre lignes disparues : PSBORA, suivies 
de quatre autres lignes également efiacées ^. 

c. — Le pitacium de plomb de Pierre I, abbé d'AirvauIt (Deux- 
Sèvres), découvert récemment dans sa tombe, est superposé à une 
croix de plomb, à branches pattées et égales, qui reposait sur sa 
poitrine. L'inscription, qui se réfère à Tan 1081, est ainsi conçue : 

PETRVS 
PRIMVS 
ABBAS 

Cette précieuse croix est conservée au Musée de la Société des 
Antiquaires de l'Ouest, à Poitiers. 

d.— La Société des Antiquaires de Londres^ dans le tome XXIU de 
VArchœologia, a publié la croix déposée en 1088 dans la tombe de 
Godefroy, évêque de Chichester. Cette croix a une importance par- 
ticulière, parce que l'inscription contient, avant la date du décès, 
une formule d'absolution, usage liturgique savamment élucidé par 
l'infatigable abbé Cochet : 

ABSOLVIMUS TE GODE 
FRIDE EPE VICE SGI 

1. Godard signale encore, au Musée d'Angers, trois croix pattées, anépi- 
graphes et en plomb, trouvées dans cette ville. L*une, n* 2068, de c l'époque 
romane », provient de la place du Ralliement (1867) ; l'autre, n« 2070, de même 
date, était « sur la poitrine d'un squelette, au fond d*un cercueil de pierre en 
forme d'auge, vis-à-vis de l'hôtel de la Préfecture, ancienne abbaye de Saint- 
Aubin » ; la troisième, n« 2071, du xi« siècle, était « fixée à une vergette de 
bois, longue de 1,70 (bâton cantoral, présumé du chantre Girard). Cette croix, 
trouvée à Toussaint, en 1845, a de longueur 0,15, de largeur 0.15» (Irvoent., 
pp. 338, 339). 

Sur rôpitaphe « gravée sur ardoise », d'Ermenbergane, découverte en 1867 
c sur l'emplacement de l'ancienne église Saint- Mai nbœuf », on voit « trois 
petites croix pattées, dont deux plombées ». {Ibid., p. 102.). Trois croix, 
symbole de la Trinité, comme à Monza, caractérisent l'époque mérovin- 
gienne. 



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— 383 — 

PETRI PRINGIPIS 
APU) CVI DNaT DEDIT 
UGANDl ATQUE SOLYENDI 
POTESTATEM UT QUANTUM TVA EXPETIT 
AGGUSATIO ET AD NOS PERTINEAT REUISSIO 
SIT TIBI DEUS REDBMPTOR OMPS SALUS OMNI 
PECCATORUM TUORUM PlUS INDULTOR. AMEN. 
VII KL. OCTOBRIS IN FESTIVITATB SCI 
FIRMINI EPI ET MART. 
OBIIT GODE 
FRIDUS EPS 
GIGESTREN 
SIS IPSO DIE 
V LUNiE FUIT 

La lecture courante donne : Absolvimus te, Godefride epUcope , 
vice sancti Pétri, principis apostolorum, cui Dominus dédit ligandi 
atgue solvendi potestatem, ut^ quantum tua expetit accusatio et ad 
nos pertineat remissio , sit tibi Deus redemptor omnipotens , salus, 
omnium peccatorum tuorum pius induit or. Amen, VU kalendas oc- 
tobrisyiû festivitate sancti Firmini, episcopi et mariyris, obiit Gode- 
friduSy episcopus Cicestrensis ; ipso die quinto lunœ fuit» 

e. — Le chroniqueur d'Anjou, Jean Balain, nous a transmis, 
page 564 de ses Annales, une inscription, gravée sur une croix de 
plomb qui fut trouvée à Angers , le 15 mai 171i , en creusant une 
fosse dans l'église de la Trinité ^ L'écriture est Toncialedu xi* siècle, 
avec quelques abréviations et surcharges de lettres. Au-dessous de 
chaque ligne est gravé un trait, ainsi que cela se pratiquait alors 
en épigraphie. 

Il résulte de ce texte que le défunt, nommé Guet Canoafus (peut- 
être ce dernier nom a-t-il été mal lu), était prêtre et chanoine de 
réglise de la Trinité^ et qu'il mourut le 26 novembre 1084. On re- 
marquera que Tannée est datée, non à partir de l'Incarnation du 
Seigneur, mais de sa Passion, formule inusitée en épigraphie. A la 
fin est un souhait de paix pour le repos de son âme, comme il a été 

1. Cotte inscriptioD est reproduite, en majuscules et sans abréviations, dans 
l'Histoire de VUnivefsité c^ Angers, par Rangeard, t. II, p. H5» 



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-- 884 — 

pratiqué pendant toute la durée du moyeu- âge : Anima ejus in pace 
reguiescal. Amen. 



VI. KaL endos 

DEGEm 

BRIS 

OBIIT 

GVET CANOAFVS SACER 

DOS HVIVS MChesiM CANQ 

NitVS. ANNO. A. PASSIO 



NE Domim 
M. LXXX 
IIII. AIMA 
EIVS. IN 
PAGE 
REQVI 
ESCAT. AM 



Godard-Faultrier revient sur cette croix dans VInven(aire du 
musée d'antiquités de la ville d'Angers (Angers, 1884), pp. i47-148, 
en ces termes : 

79 B. Marbre noir. Haot. 0^,46, long. 0^,40. Inscription provenant de 
l'aamônerie de Saint-Jean : 

BPITAPUmf 
GVBT0A!«GAI SACERD HVIV8 BCCLB»^ GAUONia 
DEFVlfGTI ANNO A PASSIONS DNI yLXXXIUI. 



t 



CETTE CBOIX DE PLOMB A ÉTÉ TEOUVÉE DANS 
VN TOMBEAV PROCHE CE PIUER COUVERT DYNE 
TOMBE DE PIERRE NORE ^ SVIVANT LE PROGEZ 
VERBAL INSftRft 8VR LE REGISTRE DE CETTE 
E0LI8B LE XXX MDGCXL 

La croix a disparu de son encastrement. 

D^ rapprochement de IMnscription snr marbre noir avec l'inscription 
reproduite par Balain (Bibliothèque d* Angers , ms. 867» p. 064) , nous 
avons la certitude que cette épitaphe doit se lire ainsi : vi kt, etc. 

Balain, beaucoup plus explicite que Tioscription sur marbre noir pro- 
venant des hospices d^AngerSy nous apprend quei, le vendredi 15 mai 4711, 

i. Noire. 



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— 385 — 

ladite croix de plomb fut trouvée dans Tégliae de la Trinité d'Angers, aa 
fond d'une fosse que l'on creusa pour y enterrer M. Mallet de la Sauva- 
gère, gentilhomme et paroissien de ladite église. 

La mention du procès- verbal , gravée sur marbre noir, est de la même 
année que celle indiquée par Balain, savoir 1711. C'est de tout point la 
teneur de la même épitaphe , moins les quatre premières lignes suppri- 
mées sur le marbre et remplacées arbitrairement par le mot : epitaphiumj 
avec l'emploi du génitif pour les noms et qualités du chanoine défunt. 
Cette croix de plomb aurait plutôt dû appartenir à la Trinité qu'à l'hô- 
pital Saint-Jean, qui n'existait pas en 1084, du moins comme fondation de 
Henri II et de son sénéchal. 

Le nom propre reste douteux, car d'un côté il est écrit : gvet ca- 
NOAFvSy en deux mots, et de l'autre en un seul : GV£T0ANGi£us. Je 
n'ose me prononcer à défaut de Toriginal. 

Il y a encore une autre variante à la première ligne kt pour kl, 
qui me semble la seule lecture plausible. 

f. Alfred Ramé a publié, dans la Revue des Sociétés savantes 
(2* série, t. III, pp. 658-659), une note isolée que je lui emprunte. 
La croix dont il reproduit l'inscription , d'après un ouvrage raris- 
sime, nomme une fille du roi d'Angleterre Guillaume, décédée l'an 
1090, le 13 août, indiction 13, épacte 28 ^. 

Une croix analogue à celle de Thierry fut trouvée, au xvue siècle, dans 
la tombe d'une comtesse de Bretagne, Constance, femine d*Alain Fergent. 
Quoique cette découverte ait fait alors le sujet d'une dissertation d'Uevin, 
avocat au parlement de Bretagne, cette brochure est si rare (deux exem- 
plaires connus, l'un dans la collection des Blancs-Manteaux, l'autre à la 
bibliothèque de Rennes) qu'elle a tout le mérite d'une notice manuscrite. 

Le 9 juin 1672, les ouvriers employés à creuser les fondations de la tour 
occidentale de l'église de Saint-Melaine de Rennes rencontrèrent un cer- 
cueil en maçonnerie, se rétrécissant vers les pieds et couvert de grandes 
pierres plates. 11 contenait, outre un étui en cuir qui avait servi à ren- 
fermer le corps, un crâne, des débris de chevelure, des ossements, « une 
étoffe de laine d'un tissu gros et mal serré, de couleur brune qui paroist 
naturelle et sans teinture et à la place où devait estre l'estomac, ane 

1. La duchesse Constance, fille de Guillaume le Conquérant et femme du duc 
de Bretagne Alain III» mourut en 1090. D'Argentré, dans son Hisk)ire de Bre- 
tagne, liv. m, p. 42, dit qu'elle fut inhumée à Saint-Pierre de Rennes, mais 
il se trompe, car, on 1672, on découvrit à Saint-Melaine dans la même ville, 
« le tombeau de cette princesse dans lequel était renfermée une croix portant 
son nom, la date de sa mort et d'autres renseignements qui ne peuvent laisser 
aucun doute sur l'authenticité de cette sépulture ». (Le Men, Monogr, de la 
cath, de Quimper, p. 73)* 

XII. 25 



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— 386 - 

croix de plomb », de dix-oeuf pouces de hauteur, aiosi figurée par 
UevtD. J*iodique entre croehels les lettres restituées : 



ANNO 

Afi INOAR 

NATIONlfi 

DiNI MILL 

ËSiMO 

[XC 1] NDICTiONE XIII KPACTA [XXVIIIJ 

[CJONCVRRENTE VNO ID» AVGVSTi. 

OBIiT CONSTANTIA BRiTANNlE 

COMiTIS 

SA COMiTIS 

[AjLANI 
[FKH]GI£NS» 
CONJVX 
NOBiLISSl 
MA VVIL 
LELMl REG 
IS ANGLO 
HV FILIA 



g. La tombe de Hérimaii, 51<) évèque de Metz, fut retrouvée en 
i712. On y constata une « croix de plomb », dit Bégm, qu^une in- 
scription, placée à cette occasion, qualifie seulement « plumbea la- 
mina y>. Elle était endommagée et on crut y lire : 

« Obiit in d[omino] Heri[manus] Het[ensis] epus, legatus [aposto- 
licœsejdts, a papa Gregorio VH [honore] mitrse et palii [decoratus, 
anno a] nativitate [Domiiii MKCIV, nouis mail] ]» ^. 

Ce texte est précieux par la mention qu*il fait d*un double privi- 
lège, la mitre et le pallium. L*usage de la miti*e émana presque tou- 
jours du Suint-Siège, par voie de concession '. il est curieux de 
constater ici qu'à la fm du xi* siècle, les évéques de Metz ne por- 
taient pas encore cet insigne, qui irallait pas tarder à devenir géné- 
ral. Les sceaux de Tépoque montrent souvent les évéques la tète 

i. « Je préférerais à la restitution d'Hevin celle qui rétablirait à la dousiéme 
ligne, le mot [db]gisns. Le surnom d*Alain, dans les anciens textes, est Hiranger 
ou Pergan, » 

t, BèoiN, t n, p. 378. 

3. Le pape saint Léon IX écrivait en 1049 k Ebherard. évéque de Trêves t 
« Romana mitra caput vestrum insignimus , qua et vos et successores vestri 
iu ecclesiasticis officiis romano more semper utamini semperque vos esse 
Roulante sedis discipulos reminiscamini. » 



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— 387 - 

nue, mais plus tard ils l'ont constamment coiffée. On pourrait donc 
lixer à peu près, par ces seuls monuments, Tiiitroduction en France, 
et dans chaque diocèse en particulier, de la coiffure propre aux 
évêques. 

h. La dernière inscription faisait partie, à l'Exposition univer- 
selle de i878, de rex{Josition particulière de la ville de Paris, ce qui 
indique qu'elle a été découverte dans la capitale : l'étiquette qui 
l'accompagnait ajoute qu'elle provient des fouilles du cimetière de 
Saint-Marcel. La croix est en plomb , mais plus ornée que d'habi- 
tude, car les extrémités sont ancrées, comme on dit en blason, et les 
croisillons, afin d'éviter une cassure, sont renforcés de quarts de 
cercle, de manière à donner au centre de la croix l'aspect d'un mé- 
daillon ou d'un nimbe. Le personnage mentionné par l'inscription 
est tout à fait inconnu : il se nomme Albéric Chrétien. Chri^lianus 
doit-il se prendre adjectivement? Je ne le pense pas^ car tous les dé- 
funts admis dans les cimetières des églises faisaient nécessairement 
profession de la foi chrétienne. Cependant deux noms^ au lieu d'un 
seul plus fréquent, constituent, pour cette époque, un fait presque 
anormal *. J'ai relevé à Rome, sur une tombe du x' ou xi« siècle, dans 
l'église de Sainte-Fraxède , la signature d*un lapicide, qui précisé- 
ment se nommait aussi Chrétien^ mais ce nom était unique ^. Le 
second nom ne se prenait qu'au cas où l'on voulait préciser une 
filiation, mais alors on le mettait au génitif, en sous-entendant filius, 
parce que le premier nom était celui qui avait été imposé au bap- 
tême, tandis que le second , donné pour distinguer des autres per- 
sonnes appelées de la même façon, était celui du père; surnom, 
comme disaient les Italiens , cognome , qui fut ultérieurement une 
des formes du nom de famille \ 

Les deux noms gravés en majuscules romaines sur la croix se cou- 
pent à angle droit ^ 



i. Mémoires de la Société des Antiqttaires de VOuesl, 1847, p. 121. 
«. CKISTIANVS MAGISTER FEGIT. 

3. Je ne citerai que quelques exemples d'après le cartulaire de Sainl-Hilaire 
de PoiUers: en 1096, Petrus Guarnerii; en 1102, Bodinus Aimerici; en 1138, 
Wilelmus Seguini, Petrus Vtllani, Constantinus Budelli. 

4. Cette croix est gravée dans le tome V, p. 93. des Inscriptions du diocèse 
de Paris, par de Guilhermy et de Lasteyrie. On l'y donne comme intacte : 
d'aprèe ma copie, deux lettres manquaient à Albericus. Le sarcophage avait 



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— 388 - 



X 



ALBE(ri)CVS 



> 

C/5 



S. Le xue siècle nous apporte jusqu'à neuf croix gravées, dont 
une provient d'Angleterre et trois de la cathédrale de Metz. 

a). En 1589, « fut ouvert, vers le milieu du chœur » de Téglise 
abbatiale de Chaumousey (Vosges), ce un tombeau », dans lequel on 
trouva « partie d'un calice d'estain, un baston ou crosse, avec cer- 
tains ossements, en outre une croix de plomb, escrite des deux coslés, 
en l'un desquels esloit l'évangile de S. Jean Inprincipio^ et en l'autre 
ce qui s'ensuit » (Ruyr, Sainctts anliquitez de la VosgCy SaintDié, 
1628, livr. lil, 3' partie). Or ce pitacium, donné en lecture courante 
par les Annales de la Société d'émulation des Vosges, 1889, p. 53, 
nous apprend que c'était la sépulture de Tabbé Scher, fondateur du 
monastère, décédé en 1128. 



ANNO. AB 
INCARNATI 
ONE. DOMINI 
MlLLESmO. CENTESIMO. YIGESIMO. OCTAVO. 

IDVS. MAII OBUT. PUE. MEMGKIAË. DOMINVS. 

SCHERVS. ABBAS. PRIMVS. ET. FVDATOR. HVIVS. 
COENOBU. ET 
SANGTl. LE 
OmS. TVLLI 



l'aspect des « tombeaux roéroviDgiens et carlovingiens, mais il est peu vrai- 
semblable qu'il faille donner à la croix une date aussi ancienne... Elle était 
placée du côté des pieds, au lieu de se trouver k la hauteur de la poitrine on 
de la lôte du défunt, comme c'est la régie habituelle... Elle doit remonter au 
moins au xi* siècle, époque vers laquelle parait s'être généralisée la coutume 
de placer dans les tombes des croix de plomb avec inscription. Toute» celles 
que Ton possède sont de la fin du xi* siècle ou du xu«... Ajoutons qu'elle est 
une des plus peUtes que l'on possède ». Sa hauteur est de 0,95 et sa largeur 
de 0,68, ce qui donne les dimensions ordinaires ou moyennes; plus petites 
est donc exagéré. Quant à la date de ces croix, parquée du xt* au xii* siècle, 
elle Cbt ê^'alemeut inexacte, comme le prouve ce mémoire tout enUer. 



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— 389 - 

L'auteur rapporte, à la suite de cette épitaphe, un distique qui 
s'y rattache : 

GaBMOSII PVNDATOR OBIT . POST PACTA SEHERYS 
QVI FR F 

SINE AVDB VIT 

NEC L VI * 

b). Voici ce que M. Depelchin écrivait dans le Monde, no du 14 mai 
1879, dans un second feuilleton relatif à Saint-Front de Péri- 
gueux : 

AjoatODS, pendant que nous parlons de découvertes archéologiques, 
que la restauration, dans d^autres parties de l'édifice, a mis au jour divers 
objets qui méritaient d*intéresser les antiquaires. Nous mentionnerons, 
entre autres, dans le chœur des moines, un coffre renfermant, avec des 
ossements réduits en poussier }, deux croix épiscopales, un suaire et une 
étoffe tissée, d*un beau travail byzantin. Cette étoffe, dont le dessin figure 
des aigles portant un écu, des lions et des animaux fantastiques tirés du 
bestiaire oriental, paraît venir de Cappadoce. Peut-être s-t-elle été appor- 
tée à Périgueux par la colonie vénitienne de Limoges. 

Le suaire, d*une couleur brune, qui s'est assez bien conservé à travers 
les âges, porte encore des traces de sang : il paraît être celui de Guillaume 
de Nanclard, évêque de Périgueux au xi* siècle. Enfin, sur une des croix 
à laquMle était soudée un chapeau en métal recouvrant sans doute un reli- 
quaire, on lit distinctement ces lettres, gravées avec une pointe et d'une 
main peu assurée : VV épis — copus. Ëtant donnée l'identité du 6 et du V 
dans l*ancienne écriture, ne pourra-t-on pas admettre qu'il s'agit ici de 
Guillaume de Montbrond, évêque de Périgueux en 11307 Le fait n'est pas 
certain, mais le caractère de l'inscription et l'antiquité de la croix le ren- 
dent au moins très vraisemblable '. 

c). H. Akerman, de Londres, a acquis une croix en plomb, 
fournie par un tombeau d'Angers. Cette croix mentionne simple- 
ment la date du décès, qui est Tan 1136 : hcxxxvi non. Novemrris^. 

d). Un cercueil en plomb fut découvert, en 1789, dans la salle ca- 
pitulaire de Téglise du Christ, à Cantorbéry. Il contenait les cendres 
du prieur Aimer, mort en 1 137. Son nom était gravé sur une croix 
de plomb. [Archœologia, t. XV, pp. 294-297, pi. X.) 

i. Lire : Qui sine ftaxide fuit, nec sine laude vivit, 

2. Voir sur les croix de plomb découvertes à Périgueux la brochure de 
M. Delornie, Étude sur deux croix de plomb du XII* siècle. Toulouse, 1886, in-8, 
et Bull, de la Soc. arch, du Midi, 1886, p. 55. 

3. Bulletin du Comité, 4856, p. 318. 



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- 390 - 

e). Passons à l'an 1173. 

En 1521, on rencontra dans le tombeau du cardinal Etienne de 
Bar, cinquante-cinquième évâque, « une croix de plomb desroro pue 
de vieillesse et escripte des deux côtés » (Bégin, t. I, pp. 100-101) : 



lllo KLIA 





ANNO 
AB IN 
GARNA 




Bl«. 


TIONE 
C* LXXllK 









'ertio kalendas januarii obiit 
insis Ecclesie episcopus, anno 
lUa Christiana (t. XII, p. 748) 
ir compte delà disposition des 
raccr exactement : elle lit, au 
ous Tournit ce renseignement 
imposita, y> Il ne faut pas voir 
le proprement, dite, qui a un 
sous la chasuble. Uimposiiion 
e chaînette, a seulement pour 
de glisser sur la poitrine, lors 

ecclesie episcopus, dont l'Église 
ige, et que le Cérémonial des 
is des lieux pour la promulga- 
itre formule pie memoine, qui, 



Dominus, Dominus N., Dei et Apos- 
e episcopus. » (Cserem. Episc, lib. I, 



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— 391 — 

au moyen-âgô et nctuetlement en Italie, s*est transror 
memorlœ, ce qui est un peu moins significatif et spéc 

f) Théodoric III, mort en 1171, avait dans son sé| 
petite croix de plomb en laquelle estoit son nom cscri 

Théodoric ou Thierry était chanoine et diacre Ion 
évoque de Metz : il ne reçut pas la consécration épisco( 
graphe se lit ainsi : « Sexto idus Augusti , obiit Dbeo 
Mettensis electus^ canonicus et levita ^ » 







VI ID* 








AYGVS 








e 








DHE 








ODE 






mcvb 


METT 


. ELKCr CANONICYS ET 






LE 


1 






VI 








TA 





On remarquera l'emploi du thêta grec; comme dans 
lions latines de Tépoque romaine» il équivaut à obiit. i 
deMonza, publié par Frisi, t. IH, en faisait encore ui 
ici, en plein moyen âge. 

y) J*ai copié en 1864,au musée de Limoges, une courl 
funèbre, gravée sur une croix de plomb provenant d 
et que Ton ne retrouve plus actuellement. Les caractèi 
du xii<> siècle. En haut, on lit le monogramme ordinaii 
Jésus-Christ; aux extrémités des croisillons sont les 
alpha et oméga; enfin sur la hampe parait Tépitaphe c 
défunt, Berniar, Peut-être faudrait-il lire Bernard? 

La croix a la forme des croix latines, c'est-à dire q 
est plus longue que sa tête et ses bras. Des demi-cercle 

1. Bkoin, t. I, p. 102. 



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- 392 - 

croisillons à la tige, de manière à lui donner plus de solidité. Les 
extrémités sont légèrement pattées. 





1HS< 






XPS 




A 


IC* RE 


(0 » 




QVIES 






CIT 






BER 






NIAR 





h) J extrais encore de Bégin, t. II, pp. 396, 397, la « vieille croix » 
trouvée en 1477 ac dedans un cercueil demarbre)) et quimentionne, 
sous la date du 3 septembre, mais sans millésime, Telon, prêtre 
attaché à Téglise de Saint-Gorgon *. Je restitue le texte : ce Tertio 
kalendas septerabris obiit Telo, presbiter saneti Gorgonii. v 





m KL 

SEPT 
e TB 
LO 




PR 


GORG 







i) L'abbé Cochet, dans les Touilles faites au cimetière de Bouteil- 
les (Normandie)^ en i8S6, signale « une croix en plomb » trouvée 

1. Ihesus Xpistus. 

2. a Ego 8um a et &>. principium et finis, dicit Dominus Deus, qui est et qui 
erat et qui venturus est, oinnipoteas » (Apocalyps., 1,8.). 

3. Sic, pour HIC. 

4. « S. Gorgon. martyr, premier ofGcier de Diocléticn, est venu reposer 
sur la terre do France. lia son pèlerinage séculaire du 8 au 15 septembre 
dans la pauvre église en ruines du Fréty (Ardennes), église riche par son 
trésor de reliques. Une antique image représente le soldat dans Taréne où 
il a triomphé; il y est environné des malheureux atteints de maladies de 
nerfs qui depuis longtemps trouvent plus spécialement guérison auprès de 
lui. La modeste chapelle est devenue la paroisse ». [Vies des Saints du Pè- 
lerin). 



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— 393 — 
sur le corps d'un jeune homme d'environ dix à douze an?, inhumé 
dans un cercueil de bois. Celte croix, écrite sur les quatre côtés, ne 
contenait pa$ d'absolution, mais une indication sépulcrale composée 
des trois vers léonins qui suivent : 

Hec est Gallerml crus istic intamulali 

Krgo pater noster quisqais legis versus hos fer 

Dicas, qaod requiem det sibi Cristus. Amen ^ 

M. Cochet estimait cette croix du xii® siècle. Elle nomme la per- 
sonne dont elle constatait ridentité,'6uillaume, pour qui elle de- 
mande au lecteur de réciter trois Pater^ afin que le Christ accorde 
au défunt le rei>os éternel; puis vient le souhait ordinaire des priè- 
res liturgiques : Ainsi soU-iL 

6. Au xiu^ siècle, le chiffre des croix diminue ; il se réduit à 
quatre et encore nous ne sortons pas de Metz. 

a Jean d'Apremont, mort le iO décembre 1238, avait, dans son 
cercueil, (c une croix d'argent, pendant à ung filet d'or, là où estoit 
escript le nom dudit évesque, le jour et le mois qu'il trespassoit * »: 
Quarto idus decembris ohiit Johannes^ Meliemis episcopus. 





1 




METT^ 


r C9 


EPS 




2 

s. 
w 

(J. 





La croix est étroite et longue; à l'extrémité supérieure est un petit 
crochet qui servit à la suspendre en manière de croix pectorale. 



i. ttulL du Comité, 1856, p. 311. 
2. BÉoipf, t. I, p 115. 



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— 394 — 

Sous le rapport épigraphique^ observons que l'inscription débute 
par nn point, tandis que la croix d'usage est reléguée à la fin de la 
ligne; que obiit se traduit encore par le thêta grec déjà signalé et 
enfin que l'orthographe de decembris est aussi irrégulière que la 
contraction inusitée de Mettensis. 

b) Bouchard d'Avesnes, mort le 29 novembre 1296, avait a une 
croix de plomb pendue au col 9 (Bégin, t. ], pp. 121-122): 

ANNO DNTm'^CC** NONAGEo SEXTO 
IN VIGILIA STl ANDRBB APLÏ" 
OBirX DNS BOCHARDVS METN 
EPS. Fr7 DNI. lOHlS GOMITTIS. 
DE. HANOMA TERTIO : KALENDA9 
DECEMBRIS : 

L'inscription est gravée sur la traverse de la croix, dont le som- 
met et la hampe sont garnis de roses. Sa lecture ne pi'ésente aucune 
difficulté, cependant il est bon de la débarrasser de ses abréviations: 

Addo Domini milletimo ducentesimo nonagesimo sexto. In vigilia 
sancli Andreae apostoli, obilt dominus Bochardos, IfeteniU episcopus» 
traler domini Johannis comitisMe HaDonia, (erlio calendas decembris. 

J'emprunte cette inscription aux Bénédictins, parce que ce me sera 
une occasion do dire un mot de leur méthode. Il est à regretter 
qu'ils n'aient jamais reproduit les inscriptions citées en forme épi- 
graphique. Je fais le même reproche à l'éditeur moderne de la Gai- 
lia, qui pouvait fort bien, sur ce point, quand la chose était possi- 
ble, corriger un texte défectueux {Gall. christ., XIII, 767.) 

c) La (( croix de plomb », découverte dans la tombe <jle Philippe 
de Floranges, porte qu'il mourut en i297, le 20 décembre Bégin, 
t. I, p. 120.) 

Cet évèque avait été auparavant trésorier de la cathédrale. Sa 
mort n'arriva que trente trois ans après son abdication, dont ne parle 
pas le pitacium. Pour la première fois, nous voyons inscrire le nom 
de famille, mais h la (in, loin du nom de baptême, qui est le seul 
vrai nom épiscopal. 

La Gallia christiana (t. XIII, p. 762) assure que la croix pendait 
au cou : ce Habenscollo suspensam crucem plumbeam, proferentem 
banc inscriptionem. » 



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— 398 ^ 

f ANNO DOMI 
Ni. M«. OC» NONA 

GESIMO. XVII. 

OBHT. DOMINVS 
PHILIPPVS. METENSIS. EPIS 
COPVS. ET TESAVRARIVS MAG 
NE ECCLESIE DESIMO TERTIO 
KANDAS. UNVARII. DICTV3 . 
DE FLOREHANGES 



d) La quatrième inscription présente un intérêt particulier, parce 
qu'elle est rédigée en français, ou mieux en patois Messin. La croix 
est <c de plomb », pattée et écrite en gothique rouge (Bégin, 1, 132): 

SEI. GEIT SIRE. IBHANS. DE 
MET. ET. COLLAIT. CHAINOI 
NE DOV.GRAN MOISTEIT. 

La formule a changé avec la langue et le type des caractères. Elle 
se rapproche de celle employéepourlesépitaphes, car elle[débute par 
ci-git : Jehan de Metz et Collait était chanoine du Grand Moulier. 
Son nom paraîtra insolite : peut-être de Metz s'applique t-il à sa 
ville natale et de Collait à son fief seigneurial? Sire, équivalant à 
Dominusy se maintiendra jusqu'au xviii** siècle sous la forme de 
Messire. 

7. Le XI v<» siècle est plus riche en croix de plomb que le xni®, car 
il en compte six, également fournies parThistorien de la cathédrale 
de Metz. 

a) Sur une c croix de plomb j), datée de iSOl, mention de la 
mort de Jean Gillet, trésorier de Metz et chantredeTi*èves(/6i6f.,133). 

Je n'insisterai que sur trois particularités : Dominus est le qualifi* 
catif de la dignité, et IHS, qui signifie ordinairement Jhesus, Tabré^ 
viation de Johannet; DOS se lit dictus, comme dans Tiuscription de 
Philippe de Floranges, et non decanus, ainsi que Ta prétendu Bégin; 
enfin le quinto nonas manque de son complément indispensable qui 
serait la désignation du mois. 



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— 396 — 

ANNO DO 
MINI Mo 
. CCC«P»MO 

OBIIT DNS IHS DOS GILLKT 
THKSAVRARIVS MKTN? ET 
CANTOR KCGLKSIK TREUB 

RËN 

V NONas. 



' une « croix de plomb », en gothique ronde, inscrite au 
le de 1316 : 



ANNO DNI 
M. CGC. SEX 
TO. DECIM 
G FERIA 
QVINTA P 
J 0. FESTVM 



Sanctl. BARTHOLOMEI. A PLI. OBIIT 

PONCJVS. ProVINClALIS. PBR.^VSTO 

S. Z. CANONICVS METEN. PBENDA 
TVSZ 



I Provincial ou ProvenzaI remplissait à la cathédrale de Metz 
on de prétre-coutre, c'est-à-dire qu'il avait la garde de la 
; il était en outre chanoine et prébende (Bégin, l, 131). 
te se signale par un particularisme qui se constate sur les 
taries du temps : le jour de la mort est le jeudi après la fête 
tre saint Barthélémy, qui tombe le 24 août, 
français reparaît pour l'inscription funèbre du chanoine 
^Honbort, décédé en 1336, la veille de sainte Agathe, au- 
dit le 4 février. Avec l'abandon de la langue latine, revient, 



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— 397 — 

comme à la fin du iiii*' siècle, la formule de l'épitaphe : ci-git. Le 
deruier motesl d*uûe interprétation difficile; cependant le sens est 
celui-ci : Dieu Cait en paix. 
Sur une « croix de plomb », courte et large (Bégin, I, 13i) : 



CI GIST. Lf 
SIRES. L 



OWI DK. HONBOHT QYl 
FVT GHANONES DE 
MES QVI MOHVT LA 
VBILE STE AGATHE 
LAN. M. CGC. 3 » 

1 XXXVI 

DEVS 
LAIICE 



d) Thomas deXivery, ctianoinederordredessous-diacres. 
précédemment Ponce Provincial Tétait de Tordre des prêtre 
rut le 2i janvier 1351, veille de la fête de la conversion ( 
Paul. L'inscription est rédigée en français et Tbabitude s'en 
vera pendant tout le xiv* siècle. 

Sur une « croix de plomb » (Bégin, I, 436] : 



CI GIST Ll 

SIRES THO 

MES DE XI 

VERY GHA 
NONES 3 SOVOIAIGRE 
DE SAIANS Kl MORI LA 
VIGILLB DE LA CONUER 

aON. S. 

POL. Par 

MGGC 

Ll. ANS 



e) Adam Polet cumula avec son titre de chanoine une ch 
nie sous le patronage de saint Gall (?). Su mort coïncida s 
fête de saint Michel, 29 septembre de Tan 1353. 

1. Le chiffre 3, ici, comme plus loin, équivaut à et. 



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— 398 - 

initiale S qui termine la première ligne s'explique iiaturelle- 
t à l'aide de l'inscription do Thomas de Xivry : il faut donc 
; Li sires. Par ou Per, comme dans cette dernière, précède le 
ésime. 

jr a une croix de plomb )) (Bégin, I, 437) : 





i Cl : GJST : Ll : S 






A DANS : PO 




LET. 


CHANONES. Dfi. 


SAl 


ANS : 3 : CHAIPELAINS : DE : S. 


GAL3 : QVl : MOKVT : LE 


JOVR : DE : FESTE : S'MICH 


iEL3 . Par. M. CGC 






3 LUI : ANS 





I Encore un chanoine, Nicole de Tialcort, contre do céans, qui 
assa en 1367 au mois de mai, sans plus préciser la date (Bégin, 

16): 



Cl GIST 

Ll. SIRES 

NiCOLLE 
DE TlALCOhT . CHANO 
NE . 3 COSTRE ..DE . SAJAN 
QVl . MORVT . ON MOY DE 
MAY . MCCG . LXVll 



. Je termine celte longue nomenclature par deux inscriptions 
îsines^ Tune du xv<^ siècle, en français, et l'autre du xyii^, en 
B, pour reprendre les vieilles tradHiems* 



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— 399 - 

a) Le 2 janvier 1400, mourait sire Herpeliu de Rode, chanoine de 
céans. Sur « uoe croix de plomb », découverte en 1521 (Bégiu, 
1, 167) : 





LAN . M 
GCCC 
ET LE 
SECO 
lOVH 
DE IVK 




MORVT 
U£ HODK 


5ENGOVH HERPËLLM 
CHINE DE. SEAN 









b) Mkrtia Meurisse, évêque de Madaure,mort eulBH, futiahumé 
dans la cathédrale de Metz, où l'on retrouva en 1760 la ce croix de 
plomb-» qui, dans son cercueil, formait son épitapke (Bégin, H, 
51): 



t. H. S » 



liEVEKKNDlSSIMVS D. D. 
MAUriNVS . MEURISSE . EPISCOPVS 
MADAVRENSIS. EX. ORDi/iE. FF. 
MINORUM. ASSUMPTUS. BPISGOPATV 
METENSIS. 



Il était né à Roye en Picardie, et avait fait sa profession reli- 
gieuse dans l'ordre des Frères mineurs, à Metz, oii il fut vicaire 
général. Par luise clôt dignement une coutume ecclésiastique dont 

1. Monogramme du nom de Jésus. 



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- 400 - 

nous avons constaté, pour co siège, Texistence dès 1046 et qu'il 
serait utile, à l'avantage de la postérité, de continuer de nos jours 
et même de généraliser; car ce qui est bon ailleurs doit Tétre aussi 
pour nous et Te&emple du passé peut servir de règle au présent <. 

VIII. — L^'UOSTIE DANS LES TOMBEAUX 

1. S. Grégoire rapporte, dans ses Dialogues, liv. II, ch. 24, qu'un 
jeune moine, coupable de désobéissance, mourut en état de péché. 
On l'ensevelit ; mais, dès le lendemain, la tombe avait rejeté le ca- 
davre. Inbumé de nouveau, il fut encore une fois retrouvé hors de 
la sépulture. On accourut auprès de l'abbé, S. Benoit, en le suppliant 
de pardonner au coupable. L'homme de Dieu remit alors à ceux 
qui l'imploraient le pain eucharistique. Allez, dit-il, déposer avec 
respect le corps du Seigneur sur la poitrine du mort et replacez le 
cadavre dans la tombe. On obéit et, dès ce moment, la terre conserva 
les restes du religieux *. 

Ce trait, qui pourra paraître extraordinaire, réclame sa justifica- 
tion. Comme il n'est pas insolite, il s'agit de montrer par des textes 
et des monuments l'origine et la persistance d'un usage, que S. Be- 
noit n'inventa certainement pas, mais qui dut à sa foi et à la célé- 
brité que lui donna S. Grégoire la confiance en son efficacité. 

3. M. Edmond leBlaat explique ainsi comment les fidèles ont été 
amenés à ce que « le Christ protège le défunt» {Hev. de l'art chrél,^ 
t. XIX, pp. 27-28): 

Deux questions s'offrent ici tout d'abord : Comment le Seignear peut-il 
être présent dans la tombe d*un fidèle ? Contre quelles attaques le mort 
doit-il être gardé dans sud sépulcre 7 

Avant rheure de la résurrection et du jugement suprême, le pécheur, 
répétaient les anciens, pouvait souffrir, dans son corps même, de cruels 
tourments. Le démon, par la permission de Dieu, ou des anges terribles, 

1. « Quod alibi reciius servalur et nos reclius custodimus. » (S. Ambros., 
De SacramentiSf lib. IH, cap. i» no5). 

2. Les collections d*histoire et d*art au musée euchai*is tique de Paray-ie* 
Moniale p* 1S> Ce miracle y est inscrit au « v* siècle >», avec références à « la 
vie de S. Benoit, parSurius, et àCorbin ».— J. Gorblet, Hist, de VEuck.fi, 1, 
p. 536 : « Le religieux était sorti du monastère sans avoir re^u la bénédic* 
tien de S. Benoit, ce qui était une violation de la règle. Le jeune moine mourut 
le même jour ». 



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- 401 - 

ministres de sa justice ^ faisaient expier dès la mort les crimes ou les 
fautes de la vie. Des faits qui répandaient Tépouvante se racontaient 
parmi les cbrétiens. Ici, c'était un débauché dont la flamme avait fouillé 
la tombe et anéanti les restes (Gregor. Mag., Dialog.^ I. IV, c. 32) ; là, 
une religieuse indigne, arrachée de sa couche mortuaire et à demi con- 
sumée par le feu (/4., IV, 5i); des morts criaient du fond de leurs tom- 
beaux que la flamme les dévorait (Gregor. Turon., De gloria martyr,, 
c. CVI); un autre gémissait^et suppliait de le délivrer du démon (Gregor. 
Turon., Vitae Patrum, c. XVI). A Milan, un impie avait été enterré dans 
une église; la nuit suivante, on entendit le bruit d\ine lutte engagée dans 
lesanctuaire; deux esprits, à face terrible, avaient lié les pieds du cadavre, 
Tentraînaient malgré ses clameurs et le jetaient hors de Tenceinte sacrée 
(Gregor. Magn., Dialog.y I. IV, c. S3). 

Ainsi prend corps et se dramatise, sous la plume de deux Sainte Pères, 
Grégoire de Tours et Grégoire le Grand, une croyance déjà bien ancienne 
dès avant l*âge où nous reportent leurs écrits, les chrétiens redoutaient 
pour leurs restes les attaques du démon, f C'est là, dit S. Maxime de 
Turin, une crainte que nos ancêtres nous ont transmise > {Homil. LXXXI), 
Le temps ne devait pas la faire disparaître. Au ixe, au x^ siècle, cette 
persuasion demeure vivante. On raconte aux fidèles épouvantés la terrible 
légende du dragon torturant, dans le sépulcre, un prince impie (Baluz., 
CapituL, t. 11, pp. i09 et 179 ; Flodoard, I. Il, c. 12). Longtemps après, 
Guillaume Durand (Rationale div. offic.y I. VU, c. 35, §37, 38,39), 
Théodore Balzamon {Commentar, in Canon. Apost. et Concil., In can. 
LXXXVI,concil.Trull.) répètent que les démons s'acharnent sur nos restes 
misérables. 

Le Seigneur et ses saints pouvaient seuls assister, dans la tombe, le 
chrétien que ne couvre plus alors le bouclier de la prière. La croix ^, 
les reliques ^, auprès desquelles, dit S. Jérôme, les esprits de l'abîme 
rugissent impuissants, Teau consacrée par la bénédiction^, tout ce qui 
avait, pendant la vie, défendu le fidèle contre l'enfer devait encore après 
le trépas être sa protection et son appui... 

Ce secours que la Rome des Gaules (Trêves) reçut ainsi des reliques de 

1. Hûbnor, înscr. Hisp. christ., no 253 : Ut non permittas introîre angelum 
percutientem ; cf. I Paralip., XXXII, 21 : Et misit Dominus angelum qui per^ 
cussil omnem virum robustum. Eulog., Memor. sanclor., lib. II, c. \6:Angelo 
perçu lien te. 

2. MorceWi.Kalend. Constant., t. I, p. 231 ; Ducliesne, t. IF, p. 87; Bolland., 
t. m Mart, col. 138, § 5; Allegr., Opusc, p. 59; de Rossi, BulL arch. crist., 
aprile 1853; l'abbé Cochet, Sépultures, p. 312. 

3. ThoodoreU, Philoth. c. xxc; Sozom., Hist. eccles.,lXt 11; Duchesne, t. II, 
p. 87; Bosio, Roma sott., p. 105; Mabillon, Acla SS, ord. S. Bened,, sœc. III, 
pars II, p. 165 ; de Rossi, loc. cil, 

4. Durandus, loc. cit.'j Bosio, Roma sollerr., p. 20; Lupi, Dissertazioni, i. I, 
pp. 76, 77. 

T. xn. 26 



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-- 402 ^ 

ses aDcleas pasleurs (S. Ëuchaire et S. Maximin), des prières de celui 
qui leur avait succédé (S. Nizier), les chrétiens l*espéraieut pour ieurs 
tombes delà présence des choses saintes, cbercliant ainsi, c«)mme le disent 
les iascriplions, une protection pour leur dépouille mortelle, en même 
temps qu'un patronage pour leur âme K 

C'était par la vertu du Christ que s'obtenait ce merveilleux secours ; 
aussi, plus d'un, parmi nos pères, voulut demander au Seigneur même de 
i'assister dans le tombeau. Là, comme ailleurs, devait être tout puissant 
celui dont la présence lient les démons enchaînés àla porte des sanctuaires. 
(S. Chrysost., Homil, de S. Mariyrib,, §4.) Son corps vénéré devait accom- 
plir partout le même miracle, et ce corps n*étail-ce pas la sainte Eucharis- 
tie? Au milieu de tant detextesqui l'affirment, l'une de nosanciennes ins- 
criptions, celle d'Autun, nous dit que le ttiJèle, recevant du prêtre, sui- 
vant l'usage des premiers siècles, tes espèces eucharistiques, tient en ses 
mains le divin 'lx,ôuç^; puis, par une expression qui rappelle celle del'épi- 
taphe si laconique dont je cherche à pénétrer lo sens, S. Optât dit qu^co 
renversant ces autels que chaque consécration eucharistique fait la demeure 
du Fils de Dieu, les donatistes ont frappé le Christ lui-même qui y réside '. 
L'hostie est donc le Seigneur en personne, ainsi que l'Eglise l'a enseigné 

par la parole^ parles écrits des Pères, la liturgie, les monuments Nos 

ancêtres l'avaient compris et, comme tant d*aulres choses saintes, des 
oblatae furent placées sur la poitrine des morts, afin de leur assurer le 
repos dans la tombe. Du vi^ au xe siècle, le fait est souvent constat43 *, 

M. Le Blant répète sa démonstralion en termes identiques dans 
son Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, anté- 
rieures au Vlll" siècle j Paris, 1892, pp. 3-iO. Il la complète par 
ces vers de Prudence, appliqués à la croix, mais où se retrouve la 
formule de Vix : tortuose serpens, Qui mille per mœandros Frau- 
desque flexuosas Agitas corda quie ta, Discede, Chrtstus hic est ; 
Hic Christus est, liqucsce. Il repousse Tobjection faite par labbé 
Morelet, qui combat l'hypothèse de Thostie ; mais apprend que le 
miracle opéré par S. Benoît a été traduitdans la belle fresque peinte 

1. Gazzera, Iscriz, crUt. det Piem., p. 80 : Martyribus Domini animam cor- 
pusque iuendo gratta commendans tumuto requiescit in isto Sitvius, etc. ; p. 102 : 
Com. men. dans, sanclis. animam corpusque fovendo, 

2. Inscript, chrét. de la Gante, n» 4. Voir encore, pour l'identification du 
Christ et des espèces eucharistiques, le fait miraculeux rapporté par S. Cy- 
prien {De lapsis, c. xxvi). 

3. S. Optai, De schismate Donatist., lib. VI : « Quid vos offenderat Christus, 
cujus illic per ccrta momenta corpus et sanguis habitabat?... Dum impie per- 
scquimini nianus nostras illic ubi corpus Chrisli habitabat feristis et vestras. 
Hoc modo Judœos eslis imitali : illi injecerunl mànus Ghristo in cnice, a vobis 
percussus est iu allari ». 

4. M. Le Blant, qui sait tant de choses, aurait bien fait d'appuyer son as- 
.scrtion de quelques textes, que le lecteur eût assurément goûtés. X. B. de M. 



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— 403 - 

par le Sodoma à Monte Oliveto, et enfin que la pierre de Vii a ap- 
partient à l'époque mérovingienne ». 

3. Le chanoine Corblet a un chapitre fort intéressant sur la 
communion des morts (^is^ de V Eucharistie, t. I, pp. 339-340) : 

Bd Afrique, en France et surtout en Orient, on a déposé parfois le pain 
eucharistique dans la bouche des personnes décédées qui n'avaient pu le 
recevoir avant leur mort. D'après le témoignage de Balsamon, cet usage 
persévéra longtemps en Orient, surtout à Tégard des évêques. 

D'après quelques èrudits, Théophile Raynaud, Fassini, A. Murcier, etc., 
l'hostie, pour certaios chrétiens iguorants, aurait remplacé l'obole nommée 
miule, que les païens mettaient dans la bouche des morts pour payer à 
Charon le passage du Styx et de TAchéron. Selon Zaccaria, on aurait mal 
compris le 13' canon du 1*^ concile de Nicée, recommandant aux évêques 
de veiller à ce que personne ne mourût sans avoir reçu le viatique, néces- 
saire au chrétien pour terminer heureusement le cours de son pèlerinage; 
cet abus serait donc provenu de la croyance erronée à la nécessité absolue 
de TEucharistie pour le salut. De l'AubespIne croit que Ton commença à 
mettre l'Eucharistie dans la bouche des pénitents que la mort avait frappés 
subitement, pour témoigner que l'Église les considérait comme étant 
rentrés dans sa communion {Observ, eccles., l. I, obs. 9 et 10). Balsamon 
pense qu'on donnait TEucharistie aux morts afin de préserver leurs 
corps contre les embûches des démons (fn can.[LXXXIH^ conc, in TruUo). 
Chacune de ces explications peut être vraie pour telle ou telle contrée. 

On a prétendu que l'usage de mettre TEucharlstie dans la bouche des 
morts avait amené l'érection des fanaux de cimetières, qui auraient été des 
espèces de lampes du S. Sacrement. Mais il est bien certain que ces lan- 
ternes des morts n'avaient nullement celte destination. Les édicules ont 
été construits uniquement dans le but de rendre un religieux hommage 
à ceux qui dorment du sommeil du juste dans le champ du repos et 
d'éveiller aussi un pieux souvenir pour les défunts dans Tâmedes voya- 
geurs qui apercevraient de loin cette lumière (J. Corblet, Manuel d'ar- 
chéologie, 2e édit., p. 358). 

Le 3e concile de Carthage (397) paraît être le premier qui ait parlé 
contre l'abus dont nous nous occupons. «On ne donnera point TEucharistie 
aux corps des morts, dit le 6« canon, car le Seigneur a dit : Prenez et 
mangez; or les cadavres ne peuvent ni prendre ni manger; et il esta 
craindre que si on ia leur donne, les faibles d'entre les frères ne s'ima- 
ginent qu'on peut aussi baptiser les morts, t La même défense a été for- 
mulée par le 6e concile de Carthage (525), psr le concile d'Auxerre (57S) 
et par le concile de Constantinople in Trullo *. 

l.Tout le monde comprendra combien, dans un ouvrage scionlifique, il im- 
portait de rapporter textuellement les canons de ces conciles. Trop d'écrivains 
se soustraient à ce devoir élémentaire, qui parfois oblige le lecteur à des re- 
cherches personnelles. X. B. de M. 



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— 404 -^ 

Diverses légendes pnrleDl de morts rendus à la vie pendanl quelques ins- 
tants pour recevoir le saint viatique dont ils avaient été privés par des 
circonstances indépendantes de leur volonté. Nous ne saurions nous faire 
le garant des récils de ce genre qu*on trouve dans la vie de S. Evrouit, 
dans celle du S. abbé Pulcherius et dans les actes de S. Jean, pape et 
martyr, relativement au philosophe Boëce, qui, après avoir été décapité, 
aurait remis sa tête sur son cou el serait allé communier dans une église 
voisine. Nous nous bornerons à reproduire deux de ces légendes qui ont 
peut-être servi de type à plusieurs autres. 

A la fin du vil* siècle, le monastère d'Ouche en Normandie, gouverné 
par S. Evroulty était décimé par la peste, i Dieu, qui voulait faire briller 
encore d'un plus vif éclat la sainteté de cet abbé, dit M. Vubbé Blin {Vie 
des SS. du diocèse de Séez, 29 déc), permit qu'un vénérable religieux, 
nommé Ansbert, mourût sans recevoir le saint viatique. Le frère, qui était 
chargé de le garder, vint aussitôt en avertir le saint ;*bbé... Le saint... se 
rendit auprès du lit du défunt... Tout à coup, sentant qu'il est exaucé, il 
se lève et commande au mort de revivre. A la voix du saint, le mort lève 
\é tête... mon père, lui dit-il, que je vous remercie d'être venu à mon 
secours ! Poursuivi au tribunal de Dieu par l'ennemi des hommes, qui 
voulait emporter mon âme, parce que j'avais eu le malheur de mourir sans 
le saint viatique, je me voyais sur le point d'être temporairement éloigné 
de mon Dieu..., vous êtes venu me délivrer des mains de mon ennemi. 
Ohl bon père, soyez éternellement bénil Mais, de grâce, allez vite me 
chercher la sainte communion... Aussitôt le saint fit apporter le corps de 
N. S., et le religieux ne l'eut pas plutôt reçu que, par un dessein tout 
particulier de la Providence, il rendit de nouveau son âme à Dieu. » 

S. Sardos. dit Ribadeneira (4 mai), alors qu'il était supérieur de 
l'abbaye de Sarlal, en Périgord, eut la douleur de perdre son père, sans 
qu'il eût reçu les derniers sacrements... Plongé dans la plus grande tristesse, 
le pieux abbé se jette au pied des divins tabernacles... merveille! Par. 
sa foi vive et ardente, Sardos obtient la résurrection de son père ; Il lui 
administre le sacrement de la divine Eucharistie; puis, après avoir reçu 
le viatique sacré, son père rend de nouveau son dernier soupir. 

Le docte chanoine continue réiucidation du sujet dans le chapi- 
tre intitulé : De la réserve eucharistique destinée à être enterrée 
avec les morts (pp. 535-337) : 

Il s'agit ici d'un usage différent, de TËucharistie mise dans le cercueil 
du défunt. Ponce de Léon et J.-B. Thiers (Traité des superst., t. II, 
p. 247) croient en trouver l'origine dans la coutume qu'avaient les païens 
de déposer une pièce de monnaie dans la bouche des morts, pour qu'ils 
pusseut payer leur passage au nautonier du Cocyte. Les chrétiens, qui 
modifiaient souvent les usages des infidèles par la nouvelle signification 
qu'ils y attachaient, auraient remplacé la pièce de monnaie matérielle par 



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- 408 — 

la monoaie céleste qui pouvait payer le rachat de leurs péchés. Nous 
croyons qu'on peut assigner un motif plus plausible à cette coutume. 
Uuand les pénitents et les excommuniés repentants mouraient avant 
d'avoir eu le temps d'être réconciliés, on les enterrait avec des hosties non 
eonsacroes, pour montrer que TEglise les réintégrait en quelque sorte dans 
son sein, en leur restituant fictivement le droit d'offrir des oblations, 
droit qui n'appartenait qu'aux fidèles (De l'Aubespine, Be vet, EccL rd-, 
1. 1). Parmi les textes que Ton cite pour prouver que l'Eucharistie était 
enterrée avec les morts, il en est beaucoup que Ton doit interpréter dans 
le sens que nous venons d'indiquer. Les mots oblatOy oblationes, ne peu- 
vent donner lieu à aucune équivoque. Quoi qu'on en ait dit, ce sont des 
hosties non consacrées qui furent déposées, en 687, sur la poitrine de 
S. Cuthberti; en 759, sur celle de S. Othmar '. Ainsi donc, lorsqu'il 
est dit qu'on enterra la communion avec un mort, nous pensons qu'il ne 
faut pas donner à cette expression le sens que nous y attachons aujour- 
d'hui, mais qu'il faut entendre par là l'union avec l'Eglise, union dont le 
symbole était une oblation, c'est-à-dire une hostie non consacrée. Par la 
suite des temps, cet usage se dénatura dans certaines localités et ce fut 
des hosties consacrées qu'on déposa dans les tombeaux. Quelques textes 
fort précis ne peuvent laisser aucun doute sur ce point; d'ailleurs, la 
coutume d'enterrer l'Eucharistie avec les morts a été formellement inter 
dite par le 3« concile de Carthage (397), par celui d'Auxerre (578) et par 
celui de Gonstantinople (693). 

Le P. de fiuck, dans un ouvrage sur les vases de sang trouvés dans 
les catacombes, a supposé que la matière rougeâtre qu'on y voit était du 
vin de communion ^. M. de Rossi rejette cette opinion qui lui paraît en 
désharmonie avec le soin que prenaient les chrétiens de ne point laisser 
tomber la moindre goutte de vin consacré *, 

On lit dans l'histoire de S. Basile, attribuée faussement à S. Amphilo- 
que, que l'évéque de Césarée, en célébrant pour la première fois les saints 
mystères, divisa le pain consacré en trois parties, qu'il en prit une pour 

i. « Oblatis super sanclum pectus positis. • (Vita S. Cuthberti, I. IV, 
c. xui.) 

2. « Sub capite aulem et supra pectus viri Dei qucedara panis rotula, qu® 
vulgo oblalse dicuntur» [Demiracul.S, Otmari, lib. 1, c. m). 

3. Ut' di Carlo {Risposta al P. Grisar, Tivoli, 1896, pp. 6, 8) écrit au sujet 
de l'èvêque S. Ulric : « In Augusta fu trovato il corpo di S. Ulderico, vescovo 
di quella città... « Gum quibusdam particulis pontilicalium induviarum... et 
M in dextero latcre, ad caput, pyxis argentca, admodum niions, in sacculo 
« boloserico et in pyxide, ut quidam dicebant, sanguis Doœini et alia sancta 
M continebantur. » X. B. de M. 

4. Voir sur le vase de sang, mon tome VIÏ, p. 196. Comme il est à peu près 
certain que ce VBse ne contenait pas le sang du chrétien inbumé dans la 
tombe où il est apposé, il y a toute probal ilité que le sang d'un martyr est là, 
à titre de relique, pour protéger le corps du défunt. X. ii. de M. 



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- 406 — 

se communier, réserva la seconde pour qu*elle fût enterrée avec lui et mit 
la troisième dans une colombe d*or qu'il suspendit à l'autel *. 

S. Grégoire le Grand raconte 

M. Le Blant croit que Tinscription Chris tus hic est d'une pierre tu mu- 
lâtre du v^ siècle, trouvée à Vix, près de Châtilion -sur-Seine, est relative 
à TEucharislie qui aurait été enterrée avec le défunt {Revue de l'art chré^ 
tien, t. XIX, p. 25). M. le chanoine Davin ne partage pas cet avis et pense 
que celte inscription se rapporte uniquement au monogramme du Christ 
gravé ttur la tombe et signifierait : le Christ avec sa croix garde celte 
tombe contre le serpent infernal (/6li., t. XXVIl, p. 38) ^ 

Au moyen-âge, on déposait souvent un calice dans la sépulture des 
prêtres et des évéques '. Plusieurs archéologues ont supposé qu'on 
mettait du vin consacré dans ces vases ; nous ne connaissons aucun texte 
qui puisse favoriser cette hypothèse. 

4. Je crois utile d'insister ici sur les lanternes des aiorts, qui 
pourraient bien être des lanternes eucharistiques. 

VAmi du clergé (1896, pp. 895-896) a publié une inléressanteétu- 
de sur les « oculus que Ton trouve, dans l'Est de la France^ au- 
dessous et à côté des fenêtres principales, dans le pignon formant 
le chœur de certaines églises » et qui ouvrent, à Textérieur, sur le 
cimetière, et, à l'intérieur, surl'armoire où était enfermée la réserve 
eucharistique. Je lui emprunte les extraits suivants qui vont à mon 
sujet : (( D'autres archéologues prétendent que l'oculus avait pour 
but d'étendre aux défunts reposant dans le cimetière les effets de la 
présence réelle de Notre Seigneur dans l'Eucharistie et de remplacer 
les vieilles lanternes des morts, en faisant parvenir sur les tombes 
la lueur de la lampe qui brûlait devant le saint Sacrement. On trouve 

i. Le eh. Corblct, tronquant la citation, je crois opportun de la rétablir inté- 
gralement (D'Achery, Spicileg.,X, VI) : « lUe paulo anle mortem, mystcriis ce- 
tcbratis, hostiam in très partes divisissc... unam earum communicassc cum 
tiniore multo, altoram réservasse secum sopoliendam, terliam vcro imposuisse 
eolumbae aurere pendenti super allare. i X. B. de M. 

2. Cette opinion est la plus archéologiquement vraie, le mot Chrislus ne fai-- 
sant que traduire le chnsme, qui a ici la vertu de la croix, comme dans Pru- 
dence et cette inscription d*Espagne (Hûbner, Inscr. Hisp, christ. , n* 268) : 

A f M 

CRVCIS AI.ME 

FERO SIGNV 

FVGIE DEMON 

X. B. de M. 

3. Ces calices ont fait l'objet d*un savant mémoire du regretté chanoine 
Van Drivai. X. B. de M. 



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— 407 — 

dans le Dictionnaire d'architecture de M. Viollet le Duc(vo Chapelle, 
p. 445)^ à propos de la chapelle de Tabbaye de Montmajour, près 
Arles, de curieuses remarques qui peuvent servir à corroborer cette 
hypothèse : elle est considérée comme sérieuse par M. Léon Ger- 
roain^ secrétaire perpétuel de la Société d'archéologie Lorraine, 
qui a tout particulièrement étudié ces ouvertures, nombreuses 
dans les églises du pays qu'il habite. — Les lanternes des morts 
sont, elles aussi, mystérieuses et leur intervention dans le problème 
n'est peut-être pas de nature à le simplifier....... Une notice anony- 
me inédite sur Téglise de Monseaugeon, rédigée vraisemblablement 
au commencement de ce siècle, renferme un passage constatant 
Texistence simultanée dans le chœur de cette édifice, « du côté de 
ec répltre, d'un enfoncement où reposait le S. Sacrement et, du côté 
(t de Tévangile, d'une autre ouverture non fermée destinée à rece- 
(( voir la lampe du S. Sacrement)). L'auteur inconnu ajoute:» Dans 
« les églises environnées d'un cimetière, cette ouverture était à jour 
(( du côté du cimetière même; alors la lampe du S. Sacrement avait 
<c une double destination, elle éclairait aussi le dehors et portait le 
« nom de lampe des morts. » Si ce texte était contemporain de Tu- 
sage à expliquer, il serait décisif. Le profil des moulures, les 
ornements qui accompagnent les ouvertures en question indiquent 
comme date la fin du xv« et le commencement du xvi^ siècle. Celle 
de Serrigny (Côte-d'Or) est datée de 1540 et la pierre dans laquelle 
elle est pratiquée porte, dans ses angles, des médaillons circulaires 
où sont gravés les noms et les symboles des quatre évangélîstes ». 
M. ChabeuC revient sur la question dans les Notes d'art et d'ar- 
chéologie^ 1896, p. 138, en ces termes : « Ces ouvertures, d'un très 
faible diamètre, ne sont pas toujours contemporaines des édifices... 
les plus anciennes remontent seulement à la fin du xiv* siècle. Il 

en existe du xvi* siècle, mais aucune, à ce qu'il semble, du xvn* 

On s'était demandé aussi s'il ne fallait pas y voir une sorte de lan- 
terne des morts rayonnant sur le cimetière. Ces opinions ont été 
écartées au moins provisoirement; certaines de ces ouvertures ne 
donnent pas sur le cimetière et toutes, au contraire, communiquent 
ou communiquaient avec des armoires pratiquées dans la muraille 
du sanctuaire. La première idée dès lors qui se présente à l'esprit 
est que ces armoires étaient destinées à recevoir les saintes espèces, 



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usage qui fut pratiqué jusqu'à la fin du xvi* siècle et même au-delà 
et ne cessa que quand se fut généralisé celui des tabernacles faisant 
corps avec Tautel ». 

Le Répertoire archéologique de f Anjou, 1858-1859, contient, pp. 
15-18, un article intitulé: Des lampes ardentes dans les cimetièf^es. 
On y cite deux textes importants, qui se lisent dans Considérations 
el pratiques de piété, tirées de l'Ecriture sainte, des Conciles et des 
Pères de l Église, pour honorer Jésus- Christ au Saint Sacrement; 
ChâteaU'Gontier, Joseph Gentil, 1716, in-18. A propos des lampes 
devant le S. Sacrement, lauteur anonyme écrit: « Cette pratique 
s'observait en plusieurs lieux d'Orient et d'Occident dans les cime- 
tières, à cause de la divine Eucharistie que l'on mettait dans la bou- 
che des morts. » Il ajoute : « M. Henri, docteur en théologie, a assu- 
ré à un de mes amis avoir vu dans le trésor de S.-Florent-le-jeune 
(près Saumur, Maine-et-Loire) la fondation d'une lampe dans le ci- 
metière de Montsoreau (Maine-et-Loire),oô reverentiam corporis Do^ 
mini in ore defunctorum. D'autres, contrairement à cette opinion 
qui est la plus commune, prétendent qu'on se servait de ces lampes 
pour éclairer les peuples qui s'assemblaient la nuit dans les églises 
et dans les cimetières, pour y célébrer la veille des fêtes, d'où elles 
ont retenu le nom de vigilix ». 

5. En confirmation des textes, je puis citer un exemple notable. 
Récemment on a découvert à Jérusalem, dans une tombe, une 
colombe en terre cuite^ creusée circulairement avec une feuillure 
indiquant un couvercle qui s*y adaptait; peut être était-ce simple* 
ment un cristal, qui permettait de voir rintérieur. On put supposer 
que la tombe renferma des reliques; mais^ en examinant de plus 
près, on constata comme un reste de pâte de farine ^. Il est donc 
infiniment probable que nous sommes là en présence de la réserve 
eucharistique, contenue à dessein dans un vase de forme symboli- 
que, mais aussi de matière économique. Cet insigne monument 

l. Le même tait est ainsi rapporté par le comle de Gironde {Bull, areh. de la 
Soc. arch. de Tam-et-Garonne, 1895, p. 272) : a Un des Pères blancs m*a fait 
part de la toute récente découverte qui a été faite chez eux, à Jérusalem même. 
S. Basile avait demandé dans son testament qu'un fragment d'hostie consa- 
crée fût enseveli avec lui, ce qui eut lieu. Cet exemple fut suivi par quelques 
chrétiens de son époque et, dans un tombeau que des inscriptions ont fait re- 
connaître comme aulhenliqucment chrétien, on a trouvé la custode suivante: 



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— 409 — 

de la tradition remonterait au iv^ siècle environ. Il est donc con- 
temporain du concile deCarthage qui prohiba cette coutume, pleine 
de foi assurément, mais, au fond, assez peu respectueuse et indigne 
du Sacrement. En effet, outre que le récipient était peu en harmo- 
nie avec sa destination qui exigeait un métal précieux ou upe 
gemme, on sent, avec nos idées modernes, combien il était incon- 
venant et anormal d'associer les saintes espèces à la décomposition 
du cadavre; d'où il suivait rigoureusement que la présence réelle 
ne pouvait être que temporaire, puisqu'elle cessait aussitôt que la 
matière sacramentelle s'altérait substantiellement. L'efficacité de 
cette protection spéciale du corps par l'Eucharistie n'avait donc de 
portée que pour les premiers temps de la sépulture, à moins de 
conditions spéciales comme l'embaumement et la nature du sol qui 
retardaient la décomposition. 

6. Les conciles ont pu enrayer la pratique de l'Orient et de 
rOccident, mais ils n'ont pas eu la puissance de l'empêcher absolu- 
ment. Le fait semble attesté par Tépigraphie. 

L'inscription de Yix, publiée et commentée par M. Le Blant, 
serait le premier témoin à invoquer, si l'explication était rigou- 
reuse et indéniable. Avec l'époque mérovingienne, nous arriverions 
à l'époque du concile d'Auxerre. 

Le second serait l'inscription tombale du Musée de Salona (Dal- 
matie), qui porte: Ecce Agnus Dei, ecce qui lollit peccatum seculi 
(Bulic, Museo archeologico Salonitano^ p. H). 

Un témoignage du même genre me parait résulter de trois ins- 
criptions déposées au Musée de Niort et publiées par le Bulletin 
de la Société de statistique des Deux-Sèvres, 1887, p. 676 ; 1888, 
pp. 67-68). Voicices inscriptions,que je transcris en lecture courante, 



un paon en pierre cuite ; la matière est naturellement rosée , comme celle 
de beaucoup de petites statuettes grecques. Le paon est vu de profil ; au milieu 
de Taile, dont les plumes sont assez bien formées, un rond vitré, dans lequel 
on voit encore l'hostie presque entière; dans le haut, un tout petit trou don- 
nait passage au 111 qui suspendait la custode. La tête du paon est très res- 
semblante; sa queue, un peu réduite, porte des yeux caractéristiques. Pour- 
quoi un paon? Ce n'est point sans raison Quelques chrétiens, parait-il, 

l'adoptèrent comme symbole d'immortalité. La colombe, c'est l'amour; le 
paon, qui perd son plumage en automne et le revêt neuf, de pied en cap. au 

printemps, symbolise la naissance à une autre vie En dehors de la pensée 

de résurrection, S. Augustin signale une autre qualité du paon : c'est l'incor- 
ruptibilité, attribuée de son temps à la chair de cet oiseau. • 



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— 410 — 

ne s'agit pas ici d*uQ document épigraphique, mais uni- 
*une formule liturgique, 
e d'Ermengarde, de V m époque carlovingienne », a été 

dans le « cimetière de Saint-Pierre de Helle ». Elle porte 
suivis de Tépitaphe : 

scipit terra(m), cosma reldiiar (h)uiiio^ 

ii8y qui redemisti, re(de vita(m) de baralro. 

I De! qui toUit crimina cosmi. 

liescit corpus Ermeniardi 

1. migravit a 8(e)c(u)lo. 

^po. Quii legUt ora pro anima : 

us Requiescat in pace. Amen, t 

^e d*Ermembert a la même date, la même origine et la 
mie : 

scipit terra(m), cosma retditar (li]umo, 

iSy qui redemîsti, retde viia(m) de baratro. 

s) De! qui toi lit crimina cosmi. 

8scil corpus Ermenberli 

febroarias migravit a seculo. 

Lpo. Qui legis ora pro anima eius : 

it anima eius in pace. t 

le d'Ahcard, trouvée à Saint-Maixent *, ne consiste plus 
n fragment, qu'il est facile de restituer ainsi et dont la 
3se au x« siècle : 

( Dei qui lolUt crimina cosmi. 

sscil corpus Ahkardi 

Lpo anima iliius in sempiternum. 

)ns ces divers membres de phrase. 

t opposé à terra. Le globe terrestre, le sol, reçoit ce qui 

3 lui, car Thomme, à Torigine, fut formé d'un peu de 

corps retourne à la terre. Le second hémistiche n'est 



ntevine, 188S, p. 88. 

ii a reproduit {Cronachetla di archeologiay iHH9y p. 12) l'inscription 
vée dans la basilique de S. Yaleniin, sur la voie Flaminîenne, et 
il ainsi : a La terre recouvre le défunt Âblavius, au visage divin 
fait à Timage de Dieu), l'ami des bienheureux immortels, homme 
eux près du Dieu vivant et prés des hommes mortels. Il vécut 
aix. k> 



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— 411 — 

qu'une redondance du premier et humus, synonyme de (e.llusy se 
complète par cosma, équivalent de corpus. 

Le corps est mort, mais Târae vit. On s'adresse aussitôt à la pitié 
du Rédempteur, pour obtenir la vie véritable, en arrachant Fàme 
au gouffre de l'enfer. Sur les tombeaux italiens de la Renaissance, 
le Christ de pitié occupe souvent une place fort apparente. 

Suit la prière liturgique, tirée de TÉvangile : Voici l'Agneau de 
Dieu, qui enlève les crimes du monde. 

Plus haut, nous avions cosma au féminin ou au neutre; ici il est 
au masculin, cosmus. 

L'opposition entre le corps et l'âme reparaît. Le corps repose ici, 
depuis qu'il a quitté le siècle, tel jour, tel mois. Pas d'autre date. 
L'année était rarement enregistrée dans les obituaires et nécro- 
loges. 

L'âme vit dans le Christ. Le lecteur dira à son intention : Que 
son âme repose en paix. Ainsi soit-il. 

In pace est la formule primitive, à Rome, comme en Tunisie. Le 
requiescat in pace s'est maintenu dans la liturgie, concurremment 
avec l'autre formule : Anima ejus. 

Tout cela est donc fortement imprégné de saveur antique et tra- 
ditionnelle. En Agnus, qui est essentiellement démonstratif, peut 
sans difficulté se rapporter à l'hostie incluse dans le tombeau, 
d'autant plus qu'aucune sculpture de l'Agneau divin ne paraît au 
dehors du sarcophage, pour contrebalancer cette interprétation. 

Il y a corrélation évidente entre le fait du prêtre, qui à la messe 
montre l'hostie au fidèle qu'il va communier, en lui disant : Voici 
r Agneau de Dieu, et les mômes paroles répétées sur une tombe, où 
elles n'ont de signification qu'autant que cette tombe renferme une 
hostie consacrée. 

7. Le fait suivant, quoiqu'il ne soit pas absolument probant, 
doit être invoqué comme le dernier vestige de la tradition ecclé- 
siastique. 

La Revue de l'art chrétien, 1888, p. 455, décrit en ces termes 
une tombe de la cathédrale de Lubeck, dans le nord de l'Alle- 
magne : 

Dans le chœur, la tombe en métal de Pévêque Bockoli. Sa statue, 
légèrement élevée sur un^ sorte de sarcophage, est fort belle. Le gisant 



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— 412 - 

est représenté revêtu des vêlements liturgiques, mitre en tête, tenant de 
la main gauche un joli modèle d'église — allusion à la constraction da 
chœur où Tévêque repose, — et la crosse épiscopale ; la droite est élevée 
dans l'action de la bénédiction et, chose rare, elle tient entre les mains 

une hostie L'inscription qui règne autour du mausolée, sur une 

plaque traitée dans le goût des plaques tombales bourgeoises, nous ap- 
prend que révoque Henri Bockolt est mort en i341. 

8. Revenons aux mots terra, tellus et humuSf employés par 
les épilaphes« 

Une inscription du iv^ siècle, relative à S. Agapit, dit: « Quem 
tradimus lerrae » (De Rossi, Inscript, christ., t. H, p. 40). 

Le comm^ de Rossi cite dans son Bullettinoy {88k, p. 73, ce début 
d'une épitaphe du cimetière de Prlscille, antérieure au iv« siècle : 

DixiT . ET HOC.PATKR . OMNiPOTENS . cvM pelleret Adam 

DE TERRA SVMPTVS . TERRAE . TRADERIS . HMUailduS. 

Le même archéologue pose comme règle, dans le Bulletin d'ar- 
chéologie chrétienne ^ 1877, p. 38, qu'après le vi^ siècle, on repro- 
duisit de préférence sur les tombeaux, et cela dans diverses contrées, 
le premier distique do Tépitaphe de Grégoire le Grand (Lk) Blant, 
Manuel d'épigraphie chrét.,p, 67; VEpigr. chrét. en Gaule, p. 61). 

« Suscipe, terra, tuo corpus de corpore sumptum, 
Reddere quod valeas, vivificante Deo. » 

Le chanoine Duchesne, dans son édition du Liber pontificalis , 
t. II, pp. 150, 190, reproduit ces deux inscriptions de tombes 
papales : 

Epitaphe de Benoît III (858) : 

« Hac gelida praesul benedictus membra quiète 
Tertius en claudit quae sibi reddat humus. » 

Épitaphe d'Adrien II (872) : 

cr Ei mihi composuit mortalis pondéra carnis 

fladrianus praesul. Hic sua mater humus 
In cincres mcrsit quicquid de pulvero sumpsit 

Ast animam caelo, reddidit ossa solo. » 

Le célèbre Nicolas Flamel, mort en 1418, avait fait graver sur sa 
tombe : De terre suis venu et en terre retourne. 



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413 — 



IX. ~ La légende de Trajan 

(( Dans un mémoire des plus érudits ^, dit M. Mûntz, M. Gaston 
Paris a signalé Tintérét de cette légende, si populaire vers la fin du 
moyen âge... Le travail de M. Paris n'est pas à refaire >. Je me 
contenterai donc de le reproduire textuellement et de le compléter : 
mes notes personnelles seront précédées d'un astérisque ^. 

i. Trajan et saint Grégoire. — Le récit le plus simple et le plus ancien 
ne nous est parvenu qu*enveloppé dans une autre légende. On raconte 
que le pape saint Grégoire le Grand (590-604), en se rappelant Tacle de 
justice de Trajan, fut saisi d*une profonde douleur à la pensée qu'un 
homme si vertueux était damné. Il pleura et pria longtemps pour lui, et 
une voix d'en haut lui annonça, dans une vision, que Dieu avait exaucé 
sa prière pour Trajan, mais qu'il se gardât bien désormais de prier pour 
d'autres que pour des chrétiens. Ce sont les biographes de Grégoire qui, 
en nous racontant cette histoire, nous font connaître le trait de la vie de 
Trajan qui avait tant ému le pape. 

^ous possédons, en comptant celle de Bède, trois vies de saint Grégoire ^, 
qui ont toutes pour source principale une i légende », composée, sans 
doute peu de temps après sa mort, pour Tusage des Eglises anglo-saxon- 
nes, qui lui devaient leur existence. Cette légende est perdue: elle a clé 
d*abord utilisée par Bède (73^), qui a inséré dans son Historia ecclesias- 
tica Anglorum une véritable biographie de saint Grégoire; Tonvrage de 
Bède a fourni le fond de la Vie rédigée vers 7t)0 * par Paul, fils de Warne- 
frid, connu sous le nom de Paul Diacre. Enfin, vers Tan 880, un diacre 
romain, nommé Jean '* et surnommé Hymonide, composa une Vie beau- 
coup plus étendue, à la prière du pape Jean YIU. Ce pape avait remarqué 
avec étonnement que saint Grégoire n'avait pas trouvé de biographe dans 
TEglIse romaine, tandis que les Saxons et les Lombards, peuples, Fun si 
éloigné, Tautre si ennemi de Rome, possédaient des vies du pontire ro> 
main écrites pour leurs Eglises. Ce fut pour combler celte lacune que Jean 

1. La légende de Trajan, extrait des Mélanges publiés par l* Ecole des Hautes 
Eludes, Paris, Imprimerie nationale, 1878, in-8* de 40 pages, ayant conservé 
la pagination de la revue. 

2. *Dans lo tome II, j'ai cité les textes de Jean Diacre et de Jacques de Yora- 
gine. Je renverrai aussi aux Bollandistes, I. Il, de mars, p. 136. 

3. La Vie publiée par Canisius (Lecliones andçuœ, éd. Basnage, t, II, p. ni, 
p. 256) ne compte pas: ce n*est qu'un sec abrégé de celle de Jean. 

4. C'est une œuvre de la jeunesse de Paul (voy. Bethmann, dans V Archivée 
Pertz, X. 303). 

5. C'est par suite d'une confusion que M. R. Reuss (Rev. cril.f 187i, l. II, 
p. 28'3) fait de Jean un moine du Mont-Cassin. La même erreur se trouvedan^ 
Gregorovius, Geschichle der Sladl Rom., 2* éd., t. II, p. 93, n, 1. 



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— 414 — 

composa sa vie en quatre livres^ il put puiser pour l*écrire dans les ar- 
chives pontificales ; mais il n*y trouva que des lettres ou des actes de 
Grégoire: il ne put ajouter aucun document réellement biographique à la 
légende saxonne et à Topuscule de Paul. 

La légende anglaise contenait Thistoire des prières pour Trajan et du 
fait qui les avait provoquées. Jean le dit expressément: « Legitur pênes 
easdem Anglorum ecclesias. » (A A. SS..Marl., 11, 153). Bédc lavait donc 
lue; mais, la jugeant sans doute fabuleuse et dangereuse, il Ta omise. 
Elle fîgure cependant dans les diverses éditions de 1 ouvrage de Paul, 
qui n*avait d'autre source que Bède; mais, comme Ta montré M. Beth- 
mann {Archiv de Pertz, /. l.), toute la partie où elle se trouve est ane 
interpolation postérieure. D'où provient cette interpolation qui remonte 
au moins au xi* siècle, puisqu'elle se lit dans un grand nombre de ma- 
nuscrits du XII*? Elle peut avoir deux sources : ou la légende saxonne 
(que Paul n'avait connue que par l'extrait de Bède), ou la VUa de 
Jean. M. Bethmann croit que c'est la légende saxonne qui en a 
fourni le fond, et plusieurs circonstances rendent cette opinion à peu 
près assurée. En ce qui concerne notre anecdote, Touvrage de Jean et 
l'interpolation pratiquée dans le livre de Paul nous offrent donc deux dé- 
livations indépendantes de cette légende, aujourd'hui perdue. Je vais 
donner en regard Tune de l'autre les deux rédactions qui la représentent: 

PAUL memor sis (quaeso peccator ego in- 

Cum quadara die per forum Tra- dignissimus), propler nomen sauc- 

jani, quod opère mirifîco constat ^'««""«^ g'«"* ^"» («0 fidelissim» 

esse construclnm. procederet, et in- promissionis tu» in hujus devolis- 

signia misericordiœ ejus conspice- »»°^î ^"" 'ac^<>- Perveniensque ad 

ret, inter cetera memorabile illud sepulcrum beati Peiri apostoli, ibi- 

comperit quod, etc. ^^^ *^*"*'"^ ^''^^'^ «^ û®^*^î *^<1"^ 

veluti gravissimo somno correplus 

CujurreVgratVacom'punctusVe- ^" ^^**^^ mentis raptus est, quo 

nerabilis ponlifex cœpit lacrymosis P^** revelatlonem se exauditum 

gemitibus secum inter verba pre- ^^'^'^' ^^ "® "**^''*"^ J*"^ ^"^ ^® 

cantia haec, siquidem prophetica, ^l"oq"am sine baptismale sacro 

evolvereoracula : Tu Domine, dixis- ^^^^^^^o priesumeret petere prome- 

li : Judicate pupillo, defendUe vL '"^^ ^^«^'S^" (^^^ ^S., 1. 1. 135). 
duam, et venite et arguite me ; di- jban » 

miUite et dimitteiur vobis. Ne im- Gregorius per forum Tra- 

1. *Je croîs utile de rétablir le texte de Jean Diacre dans son intégrité : 
« Legitur pones oasdeni Anglorum ecclesias , quod Gregorius per Forum 
Trajani, quod ipse quondam puicherrimis œdificiis venuslarat, procedens, 
judicii ejus, quo viduam consolalus fuerat, recordatus atque memoratus sil. 
Quodiim tempore, Trajano ad imminentis belli proeinctuni vehementissime 
festinanti, vidua quœdam proccssit, flebililer dicons : « Filius meus innocens» 



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jani, quod ipse quoDdam pulchcrri- Itim ad sancli apostoli basilicam 

mis iediÔciis venasUrat, procedens^ percoluisset Sibique lam diu super 

judicii eJQS, quo viduam coDSoIatus errore clenieolissimi principis de- 

foerat, recordatus atqae memoralus flevisse, quousque responsum se- 

est, etc. quenti nocte cepisset, se pro Tra- 

jano fuisse auditum tantum pro 

Uujus ergo maDsuetudinem ju- nulle ulterius pagano preces effun- 

dicis assoruut Gregorium recorda- deret (AA. SS., /. /. 153). 

Ce sont probablement les dernières paroles du texte de Paul, mal in- 
terprétées, qui ont donné lieu à ud développement postérieur de la lé- 
gende. D*aprè8 un manuscrit du Vatican ^, qui rapporte cette histoire 
sous le nom (certainement feint) du diacre Pierre, le meilleur ami de Gré- 
goire, et d*un diacre Jean, dont le nom est sans doute emprunté au bio- 
graphe plus jeune de deux siècles, Grégoire aurait raconté lui-même 
qu*un ange lu! avait annoncé qu*en punition de son intervention indis- 
crète, quoique heureuse^ il souffrirait dans son corps (de fièvres et de 

te régnante, peremptus est. Obsecro ut quia eum mihi reddere non vales, 
sanguioem ejus digneris legaliier vindicare. » Cumque Trajanus, si sanus re- 
verteretur a prœlio bunc se viDdicaturum per omnia responderet, vidua dixit : 
« Si tu in prœlio mortuas fueris, qais mihi prœstabit? n Trajanus respondit : 
o Ille qui post me imperabit. » Vidua dixit : « Et quid tibi proderit, si alter 
mihi justitiam fecerit? • Trajanus respondit : « Utique nihil. » Et vidua : 
« Nonne, inquit, melius est tibi ut tu mihi justitiam facias et pro hoc merce- 
dem tuam accipias» quam alteri banc transmittas? » Tune Trajanus, ratione 
pariter pietateque commotus, equo descendit, nec ante discessit quam judi- 
cium viduœ per semet imminens profligaret. Hujus ergo magnitudinem judi- 
cis, etc. » (JoANN. DiÀCON. apud Bolland., t. II mart., p? 155.) 

Voici la lin du texte de Jean Diacre : 

« Sed cum de superioribus miraculis Romanorum sit nemo qui dubilet, de 
hoc quod apud Saxoncs legitur, hujus precibus Trajani unimam ab inferni 
cruciatibus iiberatam, ob id vel maxime dubitari videtur, quod tantus doctor 
nequaquam prœsumcret pro pagano prorsus orare, qui quarto Dialogorum 
suorum libre docuerit eamdem causam esse, cur non oretur a sanctis in fu- 
ture judicio pro peccatoribus œterno igné damnatis, quœ nunc etiam causa 
est ut non orent sancti homines pro hominibus iatidelibus impiisque defuoctis, 
non advertentes quia non legitur pro Trajano Gregorium exorasse, sed taolum 
flevisse. Et notandum quod non legitur Gregorii precibus Trajani anima ab 
infemo liberata et in paradiso reposita, quod omnino incredibile videtur...., 
sed simpliciter dicitur, ab inferni solummodo cruciatibus liberata. Quod vide- 
licet potest videri credibile. quippe cum ita valeat anima in inferno existere 
et in inferni cruciatusper Dei misericordiam nonsentire. » (Joann. Diacon., 
lib. Il, Vil. S, Gregorii, cap. xiv). 

1. Pervonisse. 

2. Ce ms., découvert et cité par Chacon, portait de son temps la cote 
Plut, m, n« 153. Il contenait les Dialogues de Grégoire, et la note censée ré- 
digée par Pierre et Jean était écrite sur la dernière page. Baronius, qui la 
déclare avec raison bien postérieure au vu» siècle, n'indique pas la date de 
récriture. Cette note ne mentionne notre légende qu'en passant; elle a réel- 

• lement pour but de faire croire à certains privilèges obtenus du ciel par Gré- 
goire pour la paroisse de Saint-André. 



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- 416 - 

maux d*esloinac) ' jnsqu*à la (in de ses jours . Ce récit existait certaine- 
ment à une époque ancienne, puisque la Kaiserchronik, au zii* siècle. Ta 
reproduit dans son style archaïque et naïf : l*ange qui annonce à Gré- 
goire que Dieu est prêt à exaucer son vœu le laisse encore libre d*j re- 
noncer ; s'il y persiste; il sera frappé de a sept maladies i et il mourra 
bientôt. Grégoire accepte de payer la rançon de Trajan ; alors l'âme de 
Tempereur sort de la tombe où elle était chargée de liens, aux cris de 
fureur des démons; elle est remise à Grégoire, qui 8*en fait le gardien 
jusqu'au jour du jugement dernier. Bientôt après, les maladies annoncées 
le saisissent, et il ne tarde pas à mourir. Dans la Légende dorée ^, nous 

1. S. Grégoire, dans ses ouvrages, se plaint plusieurs fois de maux d'esto- 
mac qui le fatiguent. 

2. * Dura igitup quadam vice, diu jam defuncto Trajano, Gregorius per fo- 
rum Trajani transiret et hujus mansuetudinem judicis recordatus fuisset, ad 
b. Pétri basJlicam pervenit et ibidem pro ejus orrore amarissime flevit. Tune 
sibi divinitus est responsum : Ecce, petitionem tuam complevi et Trajano 
pœnam œtomam peperci ; do cœtero autem diligentissime caveasne pro dam- 
nato aliquo preces fundas. Damasccnus (0;>., vol. i,p. 591) autem in quo- 
dam suc scrmone narrât quod Grejçorius, pro Trajano oralionem fundens, au- 
divit vocem sibi divinitus illatam : Vocem tuara audivi et veniaro Trajano do. 
Cujus rei (ut ibidem dicit)testis est Oriens oronis et Occidens. Super hoc dixe- 
runl quidam quod Trajaaus revocatus fuit ad vitam, ubi gratiam consecutus 
veniam meruit et sic gloriam oblinuit née erat in inferno finaliter deputatus 
nec sententia definitiva damnatus.Âlii dixerunt quod aoiroaTrajaDi non fuit sim- 
piicitera reatupœnœœternœ absoluta,sedejus pœnausque ad tempus, scilicct 
usque ad diem judicii fuit suspensa. Alii quod pœnaquoad locum velmodum 
aliquem tormenti sub conditioQcfuit taxaia,donec,oranle Gregoricper Ghrisli 
fjraliam locus vel medus aliquis rautaretur. Alii, ut Johannes dyaconus, qui 
hanc legendam corapilavit, quod non legitur orasse. sed flevisse; et fréquen- 
ter Dominus misertus coacedit quod homo quamvis desiderans petere non 
prœsumit et quod ejus anima non est ab inferno liberala et in paradiso repo- 
sita, sed simpliciter ab inferni cruciatibus'liberata. Valet enim (ut dicit) ani- 
ma et in inferno exsistere et ioferoi cruciatus per Dei misericordiam non seo- 
tire. Alii, quod pœna œterna consistit in duobus, scilicet in pœna sensus et 
in pœna damni, quod est carentia visionis divinœ. Pœna igitur œtema quan- 
tum ad primum sibi est dimissa, sed quantum ad secuudum reteota. Fertur 
quoque, quia et angélus istud adjecerit : Quia enim pro damnato rogasti, 
duorum tibi datur optio : aut enim in purgatorio duobus diebus cruciaberis 
aut certe tolo tompore vitœ tuœ infirmilatibus et doloribus fatigaberis. Qui 
prœelegit toto tempore vitos suae doloribus concnli quam duobus diebus in 
purgatorio cruciari. Unde factura est quod semper deinceps autfebribus labo- 
ravit aut podagrœ moleslia pressus fuit aut validis doloribus conquassatus 
aut dolore stomachi mirabiliter cruciatus.Undein quadam epistola sicloquitur 
dicens : « Tantis podagrœ,tantis raolestiarum doloribus premor, ut vila inea 
mihigravissima pœna si(,quotidie enim deûcioet morlisrcmediumexspectando 
suspiro». Item alibi : «Dolor meusinlerdum mihi leotus est,interdum nimius, 
sed neque ita lentus ut recédât, neque ita nimius ut interGciat. Unde fit ut 
qui quotidie in morte sum, repellara morte. Sic autem infcctio noxii humoris 
imbibit ut vivere mihi pœna sit et mortsm desidcranter exspectem, quam ge- 
mitibus meis solam credo esse remediura ». (Leg, aur., édit. Grœsse, 
pp. 196-197). 



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- 417 — 

retrouvons la punitioD de Grégoire, mais eUe n*est pas facultative, non 
plus que dans lo récit attribué à Pierre et à Jean; l'ange donne seulement 
au pape le choix entre deux genres de cliâiimcnt : ou un état constant de 
maladie jusqu'à sa mort, ou deux jours de purgatoire; il n'hésite pas à 
choisir la maladie *. Ce choix n'est pas marqué dans le récit de Godefroi 
de Viterbe, et la punition est autre : 

Angelico pitho fémur ejus tempore multo 
Glaudicat, et pœnœ corpore signa tcnet. 

L'histoire de la rédemption de l'âme de Trajan par les prières de Gré- 
goire ne nous est pas connue seulement par les deux biographies de Jean 
et de Paul : un autre témoignage, apparemment plus ancien, nous atteste 
et son antiquité et sa diffusion. L'auteur grec d'un traité attribué à tort à 
saint Jean Damascène, mais qui n'est sans doute pas beaucoup plus ré- 
cent, nous rapporte que Grégoire adressa au Dieu miséricordieux des 
prières ardentes pour la rémission des péchés de Trajan, et qu'il entendit 
aussitôt une voix divine lui dire : i J'ai exaucé les prières, et je pardonne 
à Trajan; mais garde-toi dorénavant de m'Implorer pour des impies. » 
L'auteur ajoute : « Que ce soit là un fait réel et à l'abri de toute contesta- 
tion, c'est ce qu'attestent l'Orient et TOccident tout entier '. i Faut-il 
croire que l'auteur grec avait lu la légende saxonne ? Il est beaucoup plus 
probable, d'après les termes mêmes dont il se sert, qu'il connaissait par 
la tradition l'intercession extraordinaire de Grégoire. S'il en est ainsi, il 
nous fournit pour cette histoire une seconde source, indépendante de la 
première ^. 

î. Ce trait se retrouve dans le Catalogus sanctorum de Pierre de Natalibus 
(III, 19â) : aul biduo in purgatorio cruciari^ aut in vitasua infirmitatibxis fati- 
gari. Il est reproduit dans les Fiori di filosofi, mais il n'a pas passé dans le 
Nouellino; il est indique dans lo Commentaire de Dante connu sous le nom 
de VOttimo. L'anonyme de Florence ne parle que d'un jour de purgatoire, 
Buti que d'une heure. 

2. è,Joann. Damasc, opp., éd. Migne (t. XCV), col. 261. L'inauthenticité du 
traité Sur ceux qui se sont endormis dans la foi a été démontrée par Léon 
Allatius et, après lui, par l'auteur des Dissertationes damascenicœ, reprodui- 
tes dans le tome XGIV de la Patrologie grecque de Migne. 

3. C'est probablement au prétendu Jean Damascène que l'histoire a été 
empruntée par VEuchologe grec que cite Baronius : « De même que tu as dé- 
livré Trajan de sa peine par l'ardente intercession de ton serviteur Grégoire, 
écoute-nous, qui t'implorons non pour un idolâtre, » etc. Un grand nombre de 
passages d'écrivains grecs, réunis par Preuser ont aussi pour unique base le 
passage du traité attribué à Jean de Damas. Hugo d'Eteria(/)e anima corpore 
exutat c. XV) a, bien que Latin, emprunté cette histoire à la tradition grecque. 
C'est ce qui ressort do la façon dont il raconte, et surtout de ses derniers 
mots : QuêBrilCySi placet, apud Grœcos; grœca certe omnis testatur hœc Eccle- 
sia (Migne, Pair, lai., t. CCII, p. 200). Cet écrivain a d'ailleurs vécu longtemps 
à Constanlinople et connaissait à fond les théologiens grecs. S. Thomas aussi 
s'appuie sur S. Jean Damascène. 

T. xii. Î7 



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— 418 — 

Quoi qu'il en soU, cette histoire fut accaeiliie avec faveur, pendant 
tout le moyen-âgei par les historiens et même par beaucoup de théolo- 
giens. G*est le plus souvent à propos de Grégoire le Grand qu'est raconté 
ce trait de la mansuétude et de la justice de Trajan, qui excita à un si 
haut degré son admiration et sa pitié. Sigebert de Gembloux se contente 
de rappeler brièvement la délivrance opérée par Grégoire ; mais la plus 
part des auteurs que j'ai cités plus haut à propos de Trajan encadrent 
Tun des récits dans l'autre ou mentionnent Tun à propos de l'autre. C'est 
le cas pour la Kaiserchronik, Godefroi de Viterbe <, Jean de Sallsbury ', 
les Annales MagdeburgenseSy^èWnsLuà, reproduit par Vincent de Beauvais, 
Girarl de BoitssUlont les Fiori di filosofit le Novellino, Dante ^ et ses com- 
mentateurs, Bromyard, et sans doute beaucoup d'autres ouvrages pieux 
et historiques qui n'ont pas encore été cités *. Quelques-uns de ces textes 
ajoutent diverses circonstances, qui nous offrent le développement à la 
fois logique et puéril de la donnée légendaire. 

La Chronique des Empereurs semble déjà dire que saint Grégoire fît ou- 
vrir le tombeau de Trajan ; l'imagination du moyen âge devait naturel- 
lement se demander dans quel état on avait trouvé le corps ^ D'après un 

1. * Son Spéculum regum a été reproduit par Pertz, dans ses Monumenla 
Germanise hislorica^ XXI J, 75. 

2. * «Jean de Salisbury,dans son Policraticus (lib. V, cap. vin), ne manfpie 
pas de raconter ce fait quelconque à propos des modèles que jdoivent imiter 
les princes; il ajoute plusieurs détails qui ne sont pas mentionnés par Hono- 
rius, et entr'autres que la veuve saisit le pied du prince, comme pour l'arrêter 
par la botte et que l'empereur descendit de cheval (arrêtant son armée) pour 
faire justice immédiatement à cette femme désolée. Ce Irait a passé jusque 
chez les Grecs, comme on le voit dans Nicéphore Blemmydas [Traité sur le% 
devoirs d*un roi) et par un discours longtemps attribué à S. Jean Damas- 
cùue. » (Cahier, Nouv, mél. d'arch,^ t. II, p. 2G3). 

3. « Del roman prince, lo cui gran valore. 

Mosse Gregorio alla sua gran vittoria ». {Purgalorio, X, 70 et suiv.; Para- 
diso, XX, 42-106). 

4. * « La question plusieurs fois traitée parades critiques et des théologiens, 
et par les Bollandistes entr'autres, se trouve débattue méthodiquement par 
Santé Viola (Zaccaria, Wacco/<a di disseriaz, di storia ecclesiastica, Rom&, 1795, 
t. XVIII, pp. 1-78). On croit reconnaître l'origine de cette historiette dans ce 
que dit un biographe de l'empereur Adrien. » (Cahier, p. 264.) 

Ce sujet a aussi occupé Bellarmin, Vossius, Capizucchi (Controvers, seleclss, 
Roma, 1677,controv.7, p. 245) et Bourassé {Summa aurea de laudiôusB, M.V., 
t. IV, col. 115 et suiv.). 

On peut consulter encore Jean Etienne Duranli {De Rilib,, lib. II, cap. 43, 
n, 12), Gonzalve Durant! , évéque de Montefeltro, dans son commentaire sur 
les révélations de sainte Brigitte, Melchior Cauo (locor. Théologie,^ lib. XI. 
cap. 2), Dominique Soto, Raphaël de la Torre, Médina et Fassoni {De prior, in 
sinuAbrahœ &ea/.,num. 67 et 68). 

Voir Maï, Nov. coll. ex Vatic, codic, II, 622 et suiv. 

Aux historiens il convient d'ajouter de Champagny, pour son Histoire des 
Césars, et Serviôres, pour V Histoire de Sainte Foy, p. 355. 

5. Bien entendu on ne savait pas que le sépulcre pratiqué sous la colonne 



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récit que nous connaissonB, non pas sans doute dans sa forme originale, 
qui était certainement latine ^, mais par la rédaction allemande de la 
Chronique de Cologne et la rédaction italienne des Fiori di filosofiy source 
de celle du Z^Touel/mo, quand on ouvrit la tombe, c la langue, dit la Chro- 
nique, était encore chair et sang, » a signe, dit le texte italien, qu'il avait 
parlé justement i : — f mais, ajoute la Chronique allemande, quand elle 
eut été à Tair, elle redevint poussière '. » Cette histoire forme le sujet du 
second tableau relatif à notre légende, exécuté par Roger de la Pasture et 
reproduit sur la tapisserie de Berne : d*un côté saint Grégoire est en 
prières, de Tautre on trouve le crâne de Trajan, où la langue est encore 
pleine et fraîche. L'inscription latine s'exprime ainsi :t Cuni beatus papa 
Gregorius rem ta m difticilem a Deo suis precibus Impetrare meruisset, 
corpus Trayani jam versum in pulverem reverenter detegens, linguam 
ejus quasi hominis vivi integram adinvenil, quod propter justiclam quam 
tinguasua persolvit pie credilur contigisse.» (Kinkel, p. 364.) 

Les mêmes scènes étaient sans doute représentées à Phôtel de ville de 
Cologne ; au-dessous, d'après la Chronique, était écrit ce vers que pro- 
nonçait Trajan : 

Justus ego barairo genlilis salvor ab atro K 

On devait aller plus loin : du moment que Trajan avait conservé sa 
langue, ce devait être pour s'en servir. D'après plusieurs commentateurs 
de Dante, on avait par hasard^ ouvert une tombe Inconnue : on y trouva, 
parmi des ossements, un crâne dans lequel la langue était encore fraîche; 
conjurée par le pape Grégoire, elle se mit à parler, à dire qu'elle avait 
appartenu à Trajan, et à raconter sa justice, en demandant au pape de 
prier pour lui. Telle fut, d'après cette légende, qui s'éloigne sensiblement 
du point de départ, roccasion des prières dif pape, f Ita fabulas, dit Uaro- 
nius, fabulis addidere, ut ridiculum etiam illud demum sit superadditum, 
de Trajani cranio cum vivida adhuc lingua reperto, qua ipse suam mise- 
riam deplorans ad commiserationem sanctum Gregorium movlL i> 

Trajane n'avait contenu que des cendres et non un cadavre. Tant le souvenir 
de l'antiquité avait complètement disparu! 

1. Au moins n*oserais-je pas affirmer que celte forme primitive fût celle 
que donne l'inscription de Berne. 

2. La Chronique est citée dans Massmann, l, L; les deux textes italiens se 
trouvent dans le Manua/e de Nannucci, /. /. 

3. Notons que, d'après le témoignage de Salmeron et de Ghacon, l'interces- 
sion de Grégoire était représentée sur un retable de l'église consacrée, à Rome» 
à ce saint. 

4. C'est ce que disent Buti (éd. Giannini.t. II, p. 234) et Jacopo della Lana, 
dans l'édition de son Commentaire, publiée à Bologne en 1866.D'aprôs YOttimo 
(Pisa, 1826, II, 161), c'était l'empereur Maurice qui avait donné l'ordre d'ouvrir 
le tombeau. Le même conte a été inséré par Bernardine Corio dans son His- 
toire de Milan (1503), et c'est par cet ouvrage que l'a connu Ghacon et, à tra- 
vers lui, Baronius. 



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— 420 — 

L'aalenr des Annales de VEglise, on le voit, parle avec grand mépris 
de ces fables da moyen âge; il est d'ailleurs absolument hostile à la lé- 
gende elle-même. Rien n'est plus naturel, et ce qui surprend, au contraire, 
c'est que des théologiens, aient ^laissé passer et même répété un récit 
qui est directement contraire à deux dogmes fondamentaux de TÉglise : 
Fun que les infidèles sont damnés, l'autre qu'il est défendu de prier pour 
les damnés. Dès les plus anciens temps, il faut le constater, des objections 
s'étaient produites. La légende saxonne n'en élevait aucune; elle racon- 
tait naïvement cette histoire bizarre et touchante. Mais le diacre Jean en 
sentait les difficultés, et la manière dont il en parle prouve que ce trait 
de la vie de Grégoire, profondément oublié à Rome lorsqu'il le raconta 
d'après la légende saxonne, y avait rencontré des doutes et des scru- 
pules: « Tandis que personne à Rome ne doute des miracles précédentss 
dit-il, cet endroit de la légende saxonne où on raconte que Tâme de Tra- 
jan fat, par les prières de Grégoire, délivrée des tourments de Tenfer, 
n'est pas cru de tous; on fait surtout remarquer que le grand docteur en- 
seigne au quatrième livre deses Dialogues que la même raison empêchera 
les saints, au jugement dernier^ de prier pour les damnés qui empêche 
aujourd'hui les fidèles de prier pour les Intidèles défunts, et que celui 
qui parle ainsi n'aurait certainement jamais songe à prier pour un païen. 
On ne fait pas attention que la légende ne dit pas que Grégoire pria pour 
Trajan, mais seulement qu'il pleura. Or, sans qu'il ait prié, ses larmes 
ont pu être exaucées... 11 faul^encore noter que la légende ne dit pas que, 
par les prières de Grégoire, l'âme de Trajan ait été délivrée de l'enfer et 
mise dans le paradis, ce qui paraît absolument incroyable, puisqu'il est 
écrit : A moins que Vhomme ne renaisse de Veau et de l' Esprit-Saint, il 
n'entrera pas dans le royaume des cieux. Ou dit simplement que l'âme fut 
délivrée des tourments de l'enfer, ce qui peut paraître croyable. Une âme 
peut être dans Tenfer, et, par la grâce de Dieu, ne pas en sentir les tour- 
ments ; de même dans Tenfer c'est un seul et même feu qui embrase 
tous les damnés, mais, par la justice de Dieu, il ne les brûle pas tous éga- 
lement : car autant la faute de chacun est grave, autant sa peine est dou- 
loureuse. y> Des deux atténuations de Jean, la première est peu sérieuse 
et manque même de bonne foi: dans son texte, il est vrai, on lit simple- 
ment flevisse, tandis que le texte attribué à Paul, plus fidèle sans doute à 
la légende saxonne, porte oravit et flevit ; mais il rapporte lui-même que 
l'ange avertit Grégoire a de ne plus prier pour un païen '. » Quant à l'i- 
dée que l'âme de Trajan avait obtenu par l'intercession de Grégoire, non 

1. L'Église romaine, on l'a vu,nepossL'dait aucune biographie de Grégoire; 
celle de Bètle, qu'on counuissait k Home par le rifacimento de Paul Diacre, 
avait supprimé tous les miracles racoutés dans la légende saxonne; en sorte 
que Jean, qui les reprenait dans celle légende, élait le premier à les faire 
connaître à Home. 

2. D'ailleurs, comme l'ont fait remarquer plusieurs théologiens, on prie 
avec le cœur et non avec les lèvres. 



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pas une grâce entière, maii ane commntation de peine, elle est évidem- 
ment contraire à Tesprit de la légende, et à Tinterprétation qu'elle a reçue 
généralement au moyen âge, mais elle peut se défendre suÎTant la lettre 
et elle a été admise par quelques auteurs. Le rédacteur des Annales Mag^ 
deburgenses, par exemple, Fa précisée encore plus que le diacre romain : 
« Je ne voudrais pas, dit-il, affirmer que cette intervention ait valu à 
Trajan le salut complet ; je pense seulement que, grâce aux larmes de 
Grégoire, il a obtenu une peine plus douce. » 

Ce ne fut pas toutefois la seule tentative qu'on fit pour conserver le ré- 
cit légendaire sans porter atteinte à la pureté de la fol. « La peine de Tra- 
jan» dit l'un % avait dès l'origine été conditionnelle ; Grégoire n'a pas 
sauvé un damné, mais mis à un supplice temporaire le terme prévu. > 
C'est n'expliquer rien : car comment un homme non baptisé pouvait-il ne 
pas être damné pour Tétemité ? — a La peine de Trajan, par Tinter- 
cession de Grégoire,fat seulement suspendue jusqu'au jugement dernier». 
Celte hypothèse paraît avoir été celle qu'a suivie la Chronique des Empe- 
reurs: elle est ingénieuse, mais elle ne résout pas la question : au juge- 
ment dernier que deviendra l'âme' ? — Enfin la plus heureuse, quoique 
la plus hardie des explications, fut donnée par un théologien inventif, 
Guillaume d'Auxerre (f 1230): « Nul ne peut, dit-il, être sauvé s'il n'est 
baptisé ; mais ce fut précisément ce que saint Grégoire obtint pour Tra- 
jan : à sa prière, il revint à la vie, son âme rentra dans son corps, Gré- 
goire le baptisa, et Tâme, quittant de nouveau son enveloppe terrestre^ 
monta droit au ciel ^. » Ainsi tout était concilié. Saint Thomas d*Aquin 
ne s'en tint pas là : il fallait aux prières de Grégoire joindre quelque mé- 
rite personnel de Trajan, et tant qu'il était païen, il n'avait pu mériter : il 
admit donc que Tamede Trajan anima un nouveau corps, qui, une fois 
baptisé, vécut chrétiennement et mérita le paradis^. Dante, qui vit Fâme 

1. S. Thom. d'Aq., QuaesL dkput., VI. 6 (éd. Fretté. t. XIV, p. 463). 

2. Saint Thomas d'Aquia, auquel celle question do l'àme de Trajan a donné 
beaucoup de mal, et qui en a proposé des solutions contradictoires, semble 
bien dire à un endroit {Adlibr. IV Sent,, xlv, 2, 2; éd. Fretté, t. XI, p. 372) 
qu'après le jugement dernier l'âme de Trajan. sera rendue aux enfers. Ce 
n'était presque pas la peine d'un miracle. 

*< On peut penser avec probabilité que Trajan a été rappelé à la vie par les 
prières de S. Grégoire, et qu'ainsi il a obtenu la grâce par laquelle ses péchés 
lui ont été remis, et que, par suite, il a été exempt de sa peine; comme on le 
voit aussi dans tous ceux qui ont été miraculeusement ressuscites, parmi les- 
quels il y en a plusieurs qui étaient idolâtres et qui avaient été damnés. 11 
fout penser qu'ils n'étaient pas finalement condamnés à Tenfer, à cause de 
leurs mérites, mais qu'il devait être autrement disposé d'eux, d'après les 
causes supérieures, selon lesquelles il était prévu qu'ils reviendraient à la vie. » 
(Summa, suppl,, LXXI, 5.) 

3. Voy. Chacon, p. 18. Toutes ces explications atténuantes sont réunies 
dans la Légende dorée. L'&me seule aurait été baptisée, d'après une des solu- 
tions de saint Thomas, adoptée par saint Vincent et saint Antonin. 

4. Voy. l'endroit cité dans le n. 2. C'est une opinion qui, d'après Preuser, 



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de Tra]an formant, avec d^autres, le sourcil de Taigle qai vole devant 
Jupiter (Farad, y XX, 43), a exposé à sa manière le système du docteur 
angélique. Ainsi Timagination, dirigée par la logique, indifférente à la 
réalité, — c'est la vraie scolastique, — s'exerça sur ce sujet pendant des 
siècles, et déposa autour du simple noyau primitif ses cristallisations bi- 
zarres. 

Sans s'embarrasser de ces subtilités, on admit généralement, au moyen 
âge, que l'âme de Trajan était sauvée, par les prières de saint Gré- 
goire ' et en considération de sa justice*. Si quelque esprit réfléehi s'é- 
tonnait de la contradiction infligée par une pareille croyance à la doc- 
trine catholique, les âmes pieuses se contentaient facilement des réfle- 
xions par lesquelles Tinte rpolateur de Paul termine son récit. « Le plus 
sûr est de voir ici un acte de la justice e( de la puissance divine, qu*il 
faut vénérer et non pas discuter^. » Les Bollandistes se sont approprié 
ces paroles et ont respecté le mystère. 

Il n'en avait pas été ainsi de la théologie du xvi« siècle. Je ne sache pas 
que les protestants aient alors touché à la question ; ils se seraient sans 

a été admise par plusieurs théologieos. Ceux qui rejettent la légende ont fait 
remarquer, non sans raison, que cette résurrection et cette seconde vie de 
Trajan auraient fait quelque bruit à Rome, et que Grégoire lui-môme en aurait 
sans doute parlé dans ses lettres. 

1. On avait môme profité de cette croyance pour l'exploiter. Ochino, dans 
le 23* de ses Apologi, nous montre un charlatan vendant une prière de Gré- 
goire le Grand qui, chaque fois qu'on la récite, tire une âme de l'enfer, et 
«'appuyant pour prouver son dire sur l'histoire do l'âme de Trajan. [Ce conte» 
mentionné par Preuser, se trouve â la page 31 de la version allemande 
d'Ochino par Wirsing (1559, in-i*»); je n'ai pu voir l'original italien. 

2. Sainte Brigitte de Suède (f 1373) eut une i^évélation qui lui confirma le 
salut d« l'âme de Trajan. Une visionnaire plus ancienne, sainte Malhilde 
(f vers 1160), avait entendu Dieu lui dire qu'il ne voulait pas réTéler aux 
hommes le sort de cette âme, non plus que de celles de Samson, de Salonion 
et d'Origône. Rolewink [Fasciculus lemporum, éd. Pistorius, p. 40) fait sur ces 
révélations et d'autres semblables, qu'il avait entendu raconter, des réflexions 
assez curieuses. Chacon cite ces témoignages comme démontrant la légende, 
et ils embarrassent quelque peu Baronius. 

«Sainte Mathilde en parle incidemment. Elle écoute le Christ qui lui dit : 
« Quidego statuerim mealiberalitate in animaTrajani nolo.'ut homines sciant.» 

Sainte Brigitte {Révélai., lib. IV, cap. 13) atteste dans une de ses révélations 
que le Christ lui montra Trajan délivré de l'enfer par les prières de S. Grégoire. 
Mais Bellurmin {Conlrovers . , t. II, de Purgal. , lib. II, p. 8) dit que le texte in- 
voqué est obscur et ne prouve nullement que Trajan ait été élevé jusqu'aux 
cieux, mais seulement avoir monté à un degré plus haut. Baronio, k l'an 604, 
no 47, conteste l'authonticilé de ce texte. 

Les révélations sont conformes aux idées du temps et, par elles-mêmes, ne 
prouvent rien dans la question, car sainte Mathilde et sainte Brigitte répètent 
simplement ce dont elles ont eu connaissance, soit par la lecture, soit par 
l'iconographie. 

3. Les phrases qui précèdent celle-là, sur les doutes auxquels l'histoire peut 
donner lieu, sont, dans le texte des Bollandistes, inintelligibles et sans doute 
altérées. 



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— 423 - 

doute bornés à tourner en ridicule ce qu'ils auraient traité de fable pa- 
piste : car, moins encore que les catholiques» ils pouvaient admettre le 
salut d'un païen, surtout obtenu par des prières ^ Mais les organes ofG- 
ciels de cette théologie à moitié rationaliste, qui marqua, vers la fin du 
XVI* siècle, la renaissance de TÉglise romaine, se prononcèrent énergi- 
quementcontreFauthenticité du miracle attribué à saint Grégoire. Ils y 
furent provoqués par une tentative en sens contraire, qui sembla sans 
doute dangereuse: en 1576, le savant Alphonse Chacon ', connu, entre 
autres travaux d'érudition, par une monographie de la colonne Trajane 
que Ton consulte encore avec profit, publia à Rome un livre exprès pour 
démontrer que Tâme de Trajan était sauvée. Chacon avait été précédé par 
un autre Espagnol, Salmeron, Tun des douze premiers compagnons d'I- 
gnace de Loyola, qui, dans le tome XIV de ses Dissertations théologi- 
f{ues^ en a une spéciale (xxvii) sur ce sujet. Salmeron et Chacon s*inté- 
ressaient à l'âme de Trajan comme à celle d'un compatriote. La thèse du 
premier passa inaperçue, mais le petit livre de Chacon, où pour la pre- 
mière fois était cité le prétendu témoignage des diacres Pierre et Jean, fit 
dii bruit ^. Ce fut à cause de cet écrit que Baronins se crut obligé de dé- 
truire de fond en comble la légende que le monde chrétien avait acceptée 
depuis près de mille ans^ Bellarmînne mit pas moins d'ardeur à soutenir 

1. Salmeron parle, au début de sa dissertation, dos railleries des hérétiques 
h ce sujet, mais il n'en cite aucun. 11 est pou probable qu'il fasse allusion à 
l'apologue d'Ochino. 

2. Le livre do Chacon sur Tàme de Trajan, comme celui sur la colonne Tra- 
jane, ayant paru (en latin) en Italie, il est appelé sur le titre Ciacconus, d'où 
Ton a tiré le nom Ciacconi ou Ciaccone, qu'on lui donne souvent à propos de 
ces livres. Sa dissertation porte le titre suivant: Hisloria ceu verissima aca- 
lumniis multorum vindicaia guœ refert Trajani animam precibus divi Grego- 
rii a Tarlareis cruciatibus ereplam. Elle a 22 pages in-folio et est dédiée & 
Grégoire XIII. 

* Ce petit volume est rare. Il fait suite à VBistona utriusque belli Dacici a 
Trajano Cses, gesti ex columna Roms accessit Historia, etc. 

Dom Morin, dans la Revue Bénédictine, écrit, 1890, p. 291, note 2 : « Parmi 
les erreurs signalées par Baronius, les plus graves consistent dans quelques 
récits légendaires qu'on reproche à Jean diacre (vers 872) d'avoir admis avec 
trop de crédulité. Mais on oublie que les plus incroyables de ces légendes se 
trouvent dans les biographies antérieures, par exemple l'historiette do la 
délivrance de Trajan figure au chap. xxix de la plus ancienne Vie de S. Gré- 
goire, écrite au monastère anglais de Streoneshalch, tout au commencement 
du vm* siècle (P. Ewald, Dte atteste biographie Gregoris I, pp. 26, 45). Jean 
Diacre, en la reproduisant, fait ressortir tout ce qu'elle contient d'invraîsem» 
blable; il a soin do la faire suivre de quelques réflexions qui permettent de 
l'interpréter d'une façon raisonnable. 

3. Ed. de Madrid, 1597-1602. Mais il doit y avoir une édition antérieure, 
Salmeron étant mort en 1585. Chacon n'a pas connu son devancier. 

4. Une traduction italienne par le camaldule Fr. Piileri parut à Sienne en 
1595 (in-8», 88 pages). Le traducteur, sur le titre et dans le corps de l'ouvrage, 
appelle l'autouF original Giaccone, faute qui a été souvent reproduite. 

5. Annales^ éd. Luc , t. XI, pp. 59 ss. 



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— 424 — 

la même thôse, et cet accord indique qu'à Rome on était gêné par ce ré- 
cit, et on voulait s'en débarrasser. Quand on a lu les deux grands théo* 
logions du catholicisme moderne ^, quand on y a joint la dissertation , 
d'ailleurs fort érudite, du protestant P. Preuser^, on est bien convaincu 
que Pâme de Trajan n'a pas été délivrée par saint Grégoire, et qu*elle su- 
bit et subira éternellement dans l'enfer la peine de son infidélité. 

3. Origine de la légende, — On a reconnu, il y a longtemps ^, que l'his- 
toire de la veuve et de Trajan a pour source une anecdote rapportée par 
Dion Gassius à Hadrien : « Un jour, il rencontra dans la rue une femme 
qui lui adressa une requête ; il lui répondit d'abord : Je n'ai pas le temps. 
Elle s'écria : Alors ne règne pas! 11 se retourna et lui donna audience *. » 
Ce trait devait frapper le peuple ; on en conserva le souvenir, mais on 
l'attribua bientôt à Trajan ^. Rien n'est plus fréquent que les substitu- 
tions de ce genre, et celle-ci s'explique sans peine. Hadrien ne fut pas 
aimé, il ne savait pas se rendre populaire. Trajan, au contraire, laissa un 
souvenir incomparable de grandeur, de justice, et surtout de bonté, 
c Tout concourut à perpétuer le souvenir de sa bonté. A chaque nouvel 
avènement, on souhaitait au prince d'être plus heureux qu^AuguaU^ meil^ 
leur que Trajan,., Ce type d'un prince équitable et puissant, que l'esprit 
construit à l'aide de quelques grands faits bien constatés, ne saurait suf- 
Gre à l'imagination populaire. Elle invente, ou elle emprunte ailleurs des 

i, Lsi, Bedargutio historim de anima Trajani... liberata, auctore Bernardo 
BruachOt theologo Veronense (Vérone, s. a.), n'a pas d'intérêt; c'est une simple 
compilation de ce qu'ont dit les ttiéologiens antérieurs. Parmi ceux qui, après 
Baronius et Bel]armin,se sont encore occupés de notre Iégeude,';il faut surtout 
citer le théologien français Noël Alexandre, qui Ta également.réfutée en forme. 

t. De Trajano imperatore precihus Gregorii magni ex inferno liberato (thèse 
soutenue à Leipzig le 12 février 1710). 

3. Je ne sais quel érudit est le premier à l'avoir fait. Chacon signale déjà 
ce rapprochement, mais, convaincu de l'aulhenlicité de l'histoire relative à 
Trajan, il est porté à croire que c'est par confusion ou malveillance que Dion 
l'a transportée, en l'altérant, à lïadrien. 

4. Dion, LXIX, 6. Il est curieux qu'un trait presque identiquement pareil 
soit raconté de Saladin. Voici comment le rapporte Heinaud [Hibl. des Croi- 
sades, IV, 318): « Une autre fois, pendant qu'il délibérait avec ses généraux, 
une femme lui présenta un placet; il lui fît dire d'attendre. Et pourquoi, 
s'écria cette femme, ètes-vous notre roi, si vous ne voulez pas être notre juge? 
Elle a raison, répondit le sultan. Il quitta aussitôt l'assemblée, s'approcha de 
cette femme, et lui accorda ce qu'elle désirait. » Reinaud no dit pas de quel 
auteur il lire celte anecdote, qui ne se trouve pas dans Beha-Eddin, comme on 
pourrait le croire par le contexte. M. Defrémery, qui a bien voulu 8*assurer 
pour moi de ce point, pense cependant que l'histoire est authentique et 
puisée dans le récit d'un auteur contemporain. Sans cela, on pourrait croire 
à un emprunt : Saladin, ainsi que Trajan, a été considéré comme un type de 
souverain Justicier, et on sait que les chrétiens ont essayé aussi de croire au 
salut de son âme. 

5. *Le souvenir en est encore vivant au xix* siècle, car la Justice de Trajan 
fait le sujet d'un tableau d'Eugène Delacroix, qui est au Musée* de Rouen. 



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traits caractéristiques. . . Dos lo ui* siècle, on saisit autour de la personne 
de Trajan les traces d'un semblable travail. Tous les traits un peu remar- 
quables de bonté Jai sont attribués. Alexandre Sévère tire d'un conspira- 
teur une vengeance généreuse accompagnée,^ dans l'exécution, d'une cer- 
taine espièglerie (Lampride, Sev. Alex, 48) : on en fait honneur à Trajan. 
L.ampride discute la version populaire et montre qu'elle n'est pas fondée, 
mais il ne se oacbe pas qu'il est trop tard pour ébranler cette tradition 
déjà invétérée. On relève un trait d'équité dans la vie d'Hadrien, on l'em- 
bellit. . . alors il devient digne de Trajan ^ » La substitution avait dû se 
faire de bonne heure , peut-être aussi anciennement que celle dont pou- 
vait se plaindre Alexandre Sévère dès l'époque de Lampride. 

Mais d'où provient la transformation qui a fait changer de caractère à 
cette anecdote, et qui Ta rendue invraisemblable et romanesque? Pour- 
quoi s'est-on représenté Trajan à cheval, au milieu de ses généraux, par- 
tant pour une expédition, quand la suppliante le rencontre et l'arrête? 
Pourquoi a-t-on fait de cette femme une veuve? Pourquoi a-t-on raconté 
qu'elle demandait justice de la mort de son fils? C'est ce que pourra noi*s 
indiquer l'examen attentif de nos plus anciens textes, a Grégoire, dit la 
légende saxonne conservée dans l'ouvrage interpolé de Paul Diacre, pas- 
sait un jour par le forum de Trajan, construit, comme on sait, avec une 
rare magnificence ; il regardait les marques de la bonté de cet empereur, 
et il prit connaissance entre autres de cette mémorable action, t etc. Le 
texte de Jean est moins précis, mais il a cependant conservé la circons- 
tance essentielle : ce fut en passant par le forum de Trajan que Grégoire 
se ressouvint du plus beau trait de la vie de ce prince ^. La tradition d'un 

1. C. de la Berge, Essai sur le règne de Trajan, p. 292. 

2. Les paroles du traité grec attribuées à saint Jean Damascône sont fort 
obscures. Les traducteurs latins rendent rijv X{0ivov par locum lapidibus stra- 
ium, ce qui ne veut pas dire grand'chose. Hugo d'Eteria, qui suivait le texte 
grec, dit : Hic aliquando (per lapideum poiitem qtiem Trajanus exstruxeraL 
gradiens modicum tardato eundi officio ex industria. Il semble donc que quel- 
ques mots comme Y^çupav îjv 5 aÔTOXpoTwp Tpaïovb; xaTeoxeùaxev soient 
tombés entre Xiôtvov et xopsfav. Godefroi de Viterbe parle aussi d'un pool, 
ce qui indique une source commune: il est vrai que ce pont est ici la scène de 
raction deTrajao et non de rémotion de Grégoire, mais^ccla revient à peu près 
au même. Salmcron et Chacon donnent, comme texte de Jean Damascéue, cum 
per forum Trajani, lapidibus stralum, iter facerel. Ces deux auteurs ont-ils 
suppléé ex ingenio les mots forum Trajani? C'est peu probable, car ils sont 
indépendants l'un de l'autre. 11 faut donc qu'ils aient eu sous les yeux la 
même traduction latine du traité attribué à Jean de Damas, mais dans cette 
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